MON ÉTÉ A HILLSBOROUGtt VkM
A la fin d'une belle journée je me treuTai au petit tiltag^ de Hillsborough ; c'était m tùoÎÈ d'août, et la chaleur était trèsforte. J'avais voyagé toute la journée, et, lorsque la vieille diligence délabrée qui desservait quotidiennement la gare me déposa à la grille d'une charmante ferme, je compris que j'étais au bout de mon voyage.
La maison était située loin de la route, des arbres ombra* geaient les deux côtés de la large avenue qui y conduit. Il y avait des arbres tout autour de la maison, et derrière la maison un joli petit lac. C'était la résidence de M. Horton, former (i) aisé. La famille se composait de M. Horton, de sa femme et d'une fille nommée Ida. Elle était charmante a¥ec ses cheveux bruns bouclés et ses yeux noirs ; nous étions à pea près du même âge. On attendait dans quelques jours un fils qui était au collège. M. Horton avait environ cinquante ans, il était grand, de bonne mine, plein d'animation et d'entrain.
M** Horton, bonne maman de quarante-six ans, vint an-éevant de moi et me souhaita la bienvenue à Hillsborough Farm. Une amitié ne tarda pas à s'établir entre Ida et moi. Elle me dit qu'ils attendaient sous peu de jours beaucoup de personnes qui viendraient s'installer ehes eux, entre autres une demoi-
(1) On sait que le farmer américain n*est pas un fermier, mais un propriétaire qui cultive lui-même ses domaines, et qui peut être ibrt riche.
KUIRATlOiiS. i03
selle nommée Ltllie Rtymond, qui» disait-on, était one grande beauté et une grande coquette. Était-ce la Lillie Raymond que j'avais connue a l'école ?
Trois jours après moi arriva Henri Horton avec son camarade de collège, Walter Robinson, qui était grand et fort. Henri ressemblait à son père. Après leur arrivée on me laissa m'amuser ou me promener avec Henri Horton dans la propriété, qui était très-bien tenue, pendant que M. Robinson et Ida lisaient qaek{iie livre amusant on se promenaient sur le lac. Nous fûmes très-tranquilles pendant une semaine, puis tout changea.
Un matin que j'étais assise dans le salon et que je causais avec M. Horton, j'entendis quelqu'un crier dans la salle : c Rersia Dean est-elle ici ? > Au même moment la porte s'ouvrit brusquement et, en levant les yeux, j'aperçus LtlHe Raymond, encore plus belle qu'elle n'était lorsque nous nous étions quittées à l'école, deux ans auparavant. Elle s'élançA joyeusement dans mes bras en s'écriant : c Qu'êtes-vous dévolue depuis si longtemps, si longtemps? Oh ! je suis si contente vie me retrouver avec vous. Mais j'ai oublié de vous dire que mon frère Frank est avec moi et il faut que je vous le présente, venez! > Elle n'avait pas aperçu mon compagnon, qui n'avait pas quitté l'appartement, et lorsque je le lui présentai, elle frit un air de reine.
Oh 1 quels heureux moments nous passâmes ensuite. Un jour no«s nous promenions en bateau, le lendemain nous montions à cheval ; nous faisions des pique-niques ; nos soirées se pas* saknt toujours très^gréablement. Nous faisions des parties de eroquet au dair de lune. Lillie était toujours radieuse et trôs^ belle; elle allait se promener dans la propriété avec Henri Horton ou avec son frère, et elle m'emmenait toujours avec eux. Les jours s'écoulaient ainsi.
Le mois d'août se passa et septembre vint. Un jour nous allâmes faire une partie de putting (1). Ida et Walter Robinson allèreni seuls de leur côté, quelques-uns des invités étaient restés en groupes un peu plus loin à faire une partie. Enfin nous nous disposâmes à rentrer. Frank portait mon panier, laissant Lillie et Henri seuls. La lune se levait en ce moment, et sa lumière, tamisée par les branches des arbres, répandait une grande beauté sur le paysage. Au moment où, sortant de sous les arbres, nous fûmes éclairés par la lune, je me relour-
(1) Jeu écossais.
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nai pour regarder Lillie. Elle marchait la tête mclinée pendant que son compagnon se baissait pour lui parler. A ce moment elle releva la tête : elle était toute rouge, son compagnon baissa un peu plus la tête et, si je ne me trompe, déposa un baiser sur ses lèvres.
Ce soir-là Lillie vint me trouver dans ma chambre et me dit qu'elle avait un secret à me confier : elle était fiancée à Henri Horton et ils devaient se marier aux roses prochaines. J'avais aussi un secret à lui confier, car, en revenant à la maison, j'avais promis d'être M*"* Frank Raymond. Lillie fut ravie de penser que nous serions sœurs pour tout de bon, et ce coquin de Frank ne lui avait jamais parlé de cela. Le lendemain matin nous consultâmes Ida et Walter, et nous convînmes qu'aux prochaines roses nous nous réunirions tous à Hillsborough Farm, où nous avions été si heureux, et que là, dans la vieille ferme, nous nous marierions tranquillement. D'abord Lillie hésita; comme elle était une héritière, elle pensait qu'il serait plus convenable de faire une grande cérémonie ; mais comme nous étions toutes les deux orphelines et que la bonne M'"'* Horton insista beaucoup, nous consentîmes à venir faire la noce chez elle.
Le lendemain nous dîmes adieu à Hillsborough Farm jusqu'au mois de juin prochain. Lillie retourna chez elle dans le Sud. Moi je retournai à mon école. Henri Horton nous conduisit tous trois au chemin de fer dans la voiture. Nous versâmes des larmes en nous quittant; mais comme nous savions qu'il ne s'écoulerait que peu de mois jusqu'à notre prochaine réunion et que nous ne serions pas séparées jusqu'à la mort, nous nous dîmes au revoir. Je restai sur la plate-forme, à l'arridre du wagon, d'où je regardai le train qui s'éloignait ; Lillie et Frank agitèrent leurs mouchoirs jusqu'au moment où nous ne pûmes plus nous voir.
Ainsi je me retrouvai seule, mais seulement pour quelques mois, et j'étais bien heureuse.
Fannie A.
Age : dix-sept ans.
Comté de Middlesex (New Jersey). District n« 71.