ADIBU A MES QUINZE ANS
Âdicu, mes quinze ans, ma seizième année fait son apparition... Oui, je vois expirer un an qui ne m'a apporté que plaisirSy joies» bonheur, et cette étrangère qui m'arrive que me réserv&-t-elle? Que cache-t-elle sous les piisf de son mystérieux manteau? de bien bonnes choses, J'espère? Oh, mon bon ange, veilles sur moi, éloignez do moi tous noirs chagrins, toute peine, qui fait gémir le cœur à cet âge où tout éblouit, où tout plaît, faites, oh mon Dieu, qu'il n'y ait point d'épines eacbées sous tant de roses. Mes impressions de ce matin ont été bien douces ; d'abord, à mon réveil. J'ai donné mon cœur à Dieu, non*seulement pour aujourd'hui, pour un an, mais pour toujours. Quand je me suis levée, il me semblait que j'avais grandi, et j'ai couru me jeter au pied de ma chère Madone que je couvris de baisers en lui consacrant ma seizième année. Après quelques minutes de méditation, vinrent les embrassements et les bons souhaits de ma bien aimée maman, de mon cher papa, puis de toute la famille. Ensuite, je suis allée à la messe, et 'me suis unie bien étroitement à Jésus... et je suis certaine qu'il m'a bénie. Quelle belle aurore ! après un aussi heureux commencement, toute la journée s'en est suivie ; pn m'a bien fêtée, parents, amis, compagnes, tout semblait se réjouir et me féliciter de mes seize ans. J'ai reçu plusieurs présents, niais quel plus précieux cadeau que la communion d'une maîtresse chérie qui, j'en suis bien persuadée, ne désire que mon bonlieur ; d'aussi ferventes prières ne manquent
:m DKVOIKS D'ECOLIEKS.
jamais d'être exaucées. Toutefois je sais que j'aurai un petit chagrin cette année. Jésus me demande un sacrifice, car il me faudra dire adieu au couvent, à des maîtresses chéries et à mes compagnes. Oh qu'il va m'en coûter de me séparer de ce qui me tient tant au cœur! et il me semble que cet adieu sera le signal de bien des sacrifices, on dit qu'il y en a tant dans la vie!
... Mais que craindrai-je? Marie est mon soutien.
Ida ViENNO, quinze ans.
UN NID d'oiseaux.
Par une belle matinée d'août, j'allai faire une petite promenade à la campagne pour respirer l'air embaumé des bois, et afin de me distraire des ennuis qui pèsent sur mon cœur d'orpheline.
Sur la route j'éprouvais un grand soulagement à contempler tous les charmes qu'offre la nature ; la brise suave, les fleurs des champs, le gai refrain des oiseaux, tout semblait me dire : Celui que tu pleures se promène là-haut dans des jardins plus délicieux... il respire dans une atmosphère de joie et de délices qui lui fait éprouver des délectations ineffables... Je me sentais consolée et presque heureuse ; je m'assis donc au pied d'un arbre pour prêter une oreille plus attentive à ces douces voix de la nature. Quelle ne fut pas nia surprise d'apercevoir aloi-s, tout près de moi, deux jolis enfants, dont le visage délicat semblait de lis et de roses, c'était le frère, et la sœur. Leur grâce simple et naturelle, leur gaîté* naïve et candide me faisait du bien à l'âme. Les jolis enfants de leurs beaux yeux bleus regardaient les champs couverts d'un tapis de verdure, les prairies émaillées de fleurs, tout était pour eux objet de ravissement. Mais ce qui les charmait plus que le reste, c'était le petit bois, où croissaient les chênes, les bouleaux, et les autres mille jolis arbustes, tout couverts de fleurs. — Ils allaient et venaient courant les papillons, les sauterelles, et s'amusant à ces mille riens charmants qui donnent des rires si frais, si pleins d'abandon.
Le chant des oiseaux attira leur attention, et quelle ne fut pas leur joie de "voir, sur une branche d'arbre, un petit oiseau jaune, dont le chant est si joli ; un pas plus loin, ils
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aperçoivent un joli nid, et, s*ftn emparant, ils contemplent avec ivresse leur chère découverte. Je leur dis en les abordant: petits amis, suspendez un moment votre joie pour entendre les cris douloureux de la mère de ces petits ; ces roucoulements ne vous touchent-ils pas? Voyez son inquiétude, son trouble. Elle ne chantera plus, si vous ne lui redonnez son cher petit nid, et sa tendre couvée. — Dites-moi donc ce que vous pensez faire de ces petits oiseaux.
Oh ! répondit la petite fille, je les aurais emportés chez nous, et placés dans une petite cage, où je leur donnerais du pain tressé, et du sucre blanc, et des confitures...
Je lui demandai alors ce qu'elle deviendrait, elle, sans sa maman. — Elle baissa la tête et donnant aux petits oiseaux un gros soupir de regret, elle alla poser le nid sur la branche oïl rinstinct maternel Tavait posé.
Et je revins chez nous joyeuse d'avoir consolé celte petite
mère oiseau.
Anna BoiviN, seize ans.