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Messieurs,
Nous connaissons les cinq principaux devoirs (|ue nous avons à remplir à l'égard de notre mère l'Église catholique : devoir de croire à sa divine parole, comme à la parole de Jésus- Christ ; devoir d'obéir à ses commandements^ comme aux commandements de Jésus— Christ ; devoir d'aimer l'Église de l'amour même que nous devons avoir pour Jésus-Christ ; devoir de respecter dans l'Église l'autorité et la grandeur môme de Jésus-Christ; devoir de compatira l'Église, et de souffrir avec elle des souffrances mêmes de Jésus-Christ.
Nous pourrions nous arrêter ici. Nous avons, ce semble , touché aux essentiels devoirs que réclame de nous cette divine maternité de rÉglise.
Mais, puisque le cours de ces exercices nous laisse encore quelques moments d'entretien suprême avant la conclusion de notre Retraite ; je veux en profiter pour vous parler d'un autre devoir doux et cher à nos cœurs, comme le devoir de Tamour lui-même, je veux parler du devoir de la confiance. La confiance, c'est-àdire l'appui qu'une vie cherche dans une autre vie, l'abandon à un autre être que soi^ et qu'on suppose capable d'appuyer, sous tous les rapports , notre infirme et chancelante vie : voilà ce que je considère comme notre dernier devoir envers l'Église catholique : nous confier à sa maternité divine comme des enfents se confient à une mère, r
Le suprême devoir d'un enfant envers sa mère, c'est en effet de se confier. C'est l'instinct de la nature humaine ; c'est même l'instinct de la nature animale, se confier à la maternité. Toute vie sortant d'une autre vie tend naturellement à s'appuyer sur cette vie même
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d'où elle est sortie. Surnaturellement sortis de la vie de l'Église, en elle aussi nous devons chercher notre appui ; en elle nous avons le suprême mais doux devoir de nous confier.
Mais la confiance est difficile. Pour la donner, la donner complète et sans réserve, je veux trouver en celui qui doit la recevoir tout ce qu'il faut pour Tappuyer. Je veux me confier ; il le faut; j'en ai besoin ; c'est la loi de ma vie. Mais à qui me confier ? là est la question souveraine.
Hélas, qu'ils apparaissent rares ceux qui me présentent toutes les conditions que ma confiance exige pour se donner ! L'expérience me Ta trop démontré, et me le démontre mieux chaque jour : sur la terre hélas ! telle est ma condition dans l'humanité, que je ne puis , d'une manière absolue, me confier à rien ni à personne ! à personne, ô mon Dieu ! Ah! je me trompe ! ô sainte Église, je puis, je dois et je veux me confiera vous, parce qu'en vous, en vous seule, je rencontre tous les éléments qui composent et appuient ma confiance.
0 Mère immaculée et toute puissante, qui nous protégez du haut du ciel, ah! faites— nous comprendre, à la lumière de ce discours, que
nous avons aussi sur la terre une mère digne, la seule digne ici-bas de toute notre filiale confiance. Ave Maria , etc.
La première condition qu'exige la confiance dans la personne ou l'institution qui la reçoit, c'est la lumière. Un aveugle ne peut conduire un autre aveugle. Pour donner ma confiance, je veux trouver un véritable voyant, un être lumineux ; quelqu'un qui voit dans mes ténèbres et fait la clarté dans ma nuit ; quelqu'un qui montre la route, la roule illuminée et sûre, et au bout du chemin le terme, où je dois arriver pour trouver le repos. Voilà pourquoi, dans celui qui prétend me conduire , je cherche et je désire trouver, si ce n'est le génie, du moins l'intelligence, le jugement, la sûreté du coup d'œil ; en un mot, un véritable voyant. II est bien remarquable , en effet , qu'un instinct infaillible nous pousse à demander la direction à ceux qui voient, à ceux qui voient plus
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clair, à ceux qui voient de plus haut, à ceux qui voient plus loin que nous-mêmes : tant nos intelligences obscurcies et amoindries par la chute nous avertissent de notre impuissance de voir, et de nous guider nous-mêmes sûrement au chemin. Et , alors que Torgueil n'est pas encore en nous assez monstrueux pour nous faire nommer lumière nos ténèbres ; ce besoin de nous confier à celui qui voit^ qui sait et qui comprend, est en nous si profond qu'il nous porte parfois à nous confier, même à qui voit, à qui sait, à qui comprend moins que nous-mêmes: et dans ce cas la lumière supposée tient lieu à notre besoin de nous confier de la lumière réelle. Mais c'est toujours l'amour de la lumière qui attire et incline notre âme confiante.
Mais, où donc est-elle , non pour moi seulement, mais pour l'humanité entière , l'institution assez voyante, assez lumineuse et assez sûre de ses propres visions, pour m'inspirer dans sa direction une confiance sans réserve ?
Ah ! Messieurs, pour nous qui voyageons sur la terre à travers tant de chemins obscurs; (juelle consolation de savoir que nous avons pour nous guider dans larouteune mère douée de
l'infaillible puissance de voir, et de séparer pour nous, en tout et partout, la lumière des ténèbres!
Oui, Messieurs, il y a une véritable voyante, celle que Dieu a faite tout exprès pour nous ; oui, nous avons la mère de la vraie lumière ; oui, nous avons la vraie directrice pour nous conduire au chemin, en nous montrant le terme : TÉglise catholique, apostolique et romaine.
Même à ne l'envisager que comme une institution purement humaine, il faudrait encore reconnaître en elle le plus illustre collège d'intelligences , et le plus vaste faisceau d'esprits lumineux que l'on puisse trouver sur la terre. Au point de vue des nécessaires enseignements de la vie, aucune réunion d'hommes n'a jamais égalé cet immense conseil d'intelligences éclairées, et éclairées d'une plus pure lumière. Ailleurs, saos doute, il y a des savants; il y a ce que l'on appelle des spécialités illustres dans la sphère des choses secondaires et non nécessaires à l'humanité^ en physique, en physiologie, en chimie, en mathématiques.
Mais pour ce qui touche à la vraie science de la vie, à son origine, à son but, à sa destinée.
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jamais pareille assemblée d'hommes savants ne s'est rencontrée sur la terre portant une telle lumière. Comptez nos docteurs, nos théologiens, nos professeurs, nos orateurs , nos érudits de toutes sortes; comptez.
Et ce qui est remarquable surtout, dans cette vaste assemblée, ce n'est pas le nombre, c'est la qualité ; et par dessus tout , c'est l'accord de tant de vastes esprits se rencontrant dans l'Unité. Les grands hommes qui brillent au sein de l'Église, même des humaines clartés, sont non-seulement les plus nombreux et les plus vertueux : leurs intelligences émues et touchées par les mêmes vérités rendent les mêmes accords et font le concert le plus unanime.
Donc, même en ne regardant l'Église que sous son aspect purement humain, nous découvrons en elle l'institution la plus digne de nous servir de guide : cl nous pouvons dire : si tant et de tels hommes, se rencontrant dans un tel accord;, ne peuvent nous inspirer confiance ; à qui, donc, et à quoi dans l'humanité demandirons-nous la direction ? Qui nous apportera la vraie lumière ? et à qui désormais pourronsnous nous confier ?
Mais TÉglise est une mère divme: et comme telle^ elle a tous les titres incomparables pour appuyer notre confiance en elle. Parcourons, en les indiquant seulement, quelques-uns de ces titres, car ici la lumière se découvre d'elle-même.
L'Église peut nous conduire ; TÉglise est pournous la divine voyante: pourquoi? L'Église sait tout ; j'entends tout ce que nous avons besoin de savoir ; elle a la synthèse populaire de la science de notre vie. Oui, dans un sens vrai, elle sait tout ce qu'il importe de savoir, parce qu'elle est le réflecteur humain du Verbe divin, et qu'avec lui et par lui, elle éclaire toute intelligence.
L'Église sait, et non pas opinativement, mais sûrement ; elle a la certitude pleine de chaque vérité enseignée par elle ; elle ignore le doute et le scepticisme ; et son omniscience est l'absolue affirmation de tout ce qu'elle voit et de tout ce qu'elle enseigne.
Ce n'est pas encore le dernier mot qui appuie sur l'Église la confiance de nos esprits : il y a plus encore ; et ceci est surtout à considérer. Pour faire accepter tout ce qu'elle enseigne et communiquer avec la vérité si propre certitude,
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TÉglise a Tautorité légitime, l'autorité reconnue, Tautorité acceptée par nous-mêmes.
Enfin, pour donner à son autorité le sceau de la divinité, l'Église a le don de l'infaillibilité. Ah ! cette infaillibilité dont le nom, à l'heure où je vous parle, retentit au fond des âmes, et y éveille des échos si divers, qui ne comprend combien elle était nécessaire, pour compléter dans l'Ëglise directrice de l'humanité croyante, ridéal de la vraie direction des esprits? Qui ne comprend que mon besoin le plus impérieux et mon ambition la plus naturelle, dans les routes obscures où je marche, est de trouver un guide sur lequel je puisse compter sans crainte et sans réserve, un guide dont je puisse dire : je sais que non-seulement il ne veut pas me tromper ; mais je sais qu'il ne peut pas me tromper : je sais que son intelligence est unie, d'une indissoluble union, à l'intelligence même de Dieu. Quelle consolation enfin^ de pouvoir me dire : j'ai pour me guider dans la vie, une mère, et une mère infaillible ; et comme à la parole même de Dieu, je crois à la parole de ma mère.
Eh bien, ce privilège à nul autre comparable, le privilège, non-seulement de ne pas se trom-
per, mais de 7îe pouvoir pas se tromper, c'est le privilège de ma mère l'Église. Et, quoi qu'il puisse advenir du grand débat qui s'agite aujourd'hui, l'infîiillibilité pontificale ; quoiqu'il en doive être, au point de vue dogmatique, de cette infaillibilité paternelle que j'aime et que j'appelle de toute mon âme ; en attendant que, sur ce point, le dessein de Dieu s'accomplisse, je crois à l'infaillibilité de l'Église notre mère.
0 divine et infaillible mère î avec tous cea titres vus et reconnus en vous, comment pour la direction de mon intelligence pourrais-je jamais me défier de vous ?
D'ailleurs, si je ne me confie à vous, pour guider mon intelligence, ma volonté, mon cœur, à qui donc, ô divine mère, pourrais-je avoir recours ? Au milieu de ces doutes qui viennent nous assaillir, à travers ces débats qui nous agitent, et ces ténèbres qui nous environnent ; dans quel sein nous réfugier? Quel regard pour nous éclairer? Quelle main pour nous guider? Quelle bouche infaillible toujours ouverte, pour nous dire la vérité et toute la vérité ?
Ah ! quand je sors de ce giron d'où ma mère divine sait faire sortir pour moi tous les oracles
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de la vérité ; quand je détourne ines«yeux de ce visage illuminé de tant et de si beaux rayons ; hélas ! qu'est-ce que je vois passer autour de moi ? Qu'est-ce qui se présente pour me donner la main, et porter, dans ma route obscure, le flambeau dont j'ai besoin pour arriver jusqu'au terme ?
Voici venir le rationalisme, le scepticisme, le panthéisme, le positivisme, le spiritisme, le matérialisme, et même l'athéisme ; et voici que j'entends tous ces génies de la nuit crier autour de moi : Venez à nous ; c'est nous qui portons la lumière ; c'est nous qui sommes les voyants de votre présent et les prophètes de votre avenir. Nous sommes la science ; et notre science c'est la lumière. Quelle lumière, grand Dieu ! Lucifers obscurs, qui portent sur la terre quelque chose de ces ténèbres dont l'éternelle horreur est l'enfer lui-même ; ah! retirez-vous, retirez-vous ! 0 ma mère ! donnez -moi votre main ; et faites briller votre regard sur la route où je marche. Je suis votre enfant : égaré dans cet exil obscur, et dans ce pays de ténèbres, à vous seule, à vous seule, je veux me confier ; parce que vous êtes la lumière, encore la lu-
mière, et Ijoujours la lumière, la divine et inaltérable lumière; vous êtes la vraie voyante, Tinfaillible voyante du terme où je dois arriver, et des chemins par où je dois passer.
Mais, pour nous confier, nous voulons nonseulement quelqu'un que nous puissions croire, nous voulons quelqu'un que nous puissions aimer, et sur l'amour duquel nous puissions, partout et toujours, compter. La confiance est à ce prix ; elle demande l'amour ; et d'ordinaire, elle se fait elle-même à la mesure, et de l'amour qu'elle accorde et de l'amour qu'elle reçoit.
La confiance chasse la crainte ; il est dans sa nature de ne pouvoir rien craindre ; surtout elle est incompatible avec la crainte d'être trompée, la plus poignante de toutes les craintes et la plus essentiellement destructive de toute vraie confiance. Cela est si vrai, que le seul soupçon d'être ou de pouvoir être trompé tue la con-
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fiance au plus intime de l'àme, et rempôche de ressusciter jamais.
Or, quelque chose nous dit à tous, au meilleur endroit de notre cœur, (jue l'amour ne trompe pas, que quiconque nous aime, nous aime sincèrement, profondément et généreusement, ne voudra jamais nous tromper, et beaucoup moins nous trahir. A qui se confier, pourquoi et corn ■ ment se confier, si on peut être trompé même par l'amour?
Voilà pourquoi la confiance a besoin de trouver dans l'être qui la reçoit, ce second point d'appui ; elle veut avec une intelligence qui éclaire, un cœur qui aime. Ce besoin d'amour dans la confiance est si fort, que quand elle l'a trouvé quelque part^ cet amour l'emporte luimême si souverainement, que l'on arrive quelquefois, sous l'empire de cet amour, à se confier à lui^ alors même qu'il est pour nous conduire d'une incapacité et d'une impuissance radicale ; l'amour nous faisant supposer dans l'être aimé la lumière et l'intelligence nécessaires pour diriger nos esprits et fonder notre confiance.
Eh bien ! Messieurs, nous avons une mère, une mère que nous devons aimer, une mère que
nous aimons, mais, par-dessus tout, une mère qui nous aime, et dont Tamour pas plus que la parole ne saurait jamais faillir, ni jamais nous tromper.
L'Église n'est pas seulement, dans l'humanité, la cité delà lumière, elle est aussi la cité de l'amour; elle est la famille où l'on aime. Mère de la pure lumière, elle est encore mère du bel amour ; c'est-à-dire de l'amour désintéressé, de l'amour dévoué , de l'amour sacrifié. L'Église catholique est en essence l'amour de Dieu dans l'humanité . Continuatrice du grand mystère consommé au Calvaire, elle est l'amour de Dieu même toujours vivant avec le Christ au sein de l'humanité chrétienne. L'amour est dans son fond ; il est dans son centre, il est dans son cœur, vrai cœur de mère placé au centre de l'humanité chrétienne.
• L'Église est dans le monde l'organisation de l'amour ; et la hiérarchie de ses fonctions est une hiérarchie de ministères d'amour. Voyez le Pasteur^ l'Evêque, le Pontife. Ici l'amour monte avec la hauteur des fonctions et il s'étend avec leur objet : la plus haute fonction appartient à celui qui veut aimer le plus. Qui n'aime pas
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n'est pas digne de prendre rang dans cette grande légion organisée par Tamour de Dieu dans notre humanité.
Aussi, une seule chose inspire et meut la divine action de TÉglise ; c'est le sacrifice ; et la hiérarchie est la grande armée des sacrificateurs.
Voyez TÉglise et toute son histoire : c'est Tamour et le dévouement en permanence. Ah ! sansdoutC;, de loin en loin, des égoïsmes y apparaissent. Mais l'Église les condamne ; elle les répudie ; elle leur dit : anathême ; et son action d'ensemble est absolument désintéressée.
Pourquoi nos prédications? quelle est notre ambition en montant dans ces chaires ? Quel est le grand souffle de notre parole, et le vrai secret de notre éloquence, alors qu'il nous est donné d'être une fois éloquent ? Ah ! c'est que nous y mettons avec notre cœur la meilleure part de nous-mêmes, et que, plus ou moins, vous y sentez tressaillir la vie, et y entendez retentir le cri de l'amour. Pourquoi nos missions lointaines?. . Pourquoi ces conquérants nouveaux ? pourquoi cette ambition de nos apôtres? 0 frères que cherchez-vous sur ces lointains rivages ? deux choses : le martyre, et des âmes. Que
faites-vous au sein de ces peuplades sauvages ? une seule chose, l'œuvre de l'Église, l'œuvre de l'amour.
Pourquoi aussi ces grandes assemblées de pontifes dans l'Église de Dieu? Pourquoi aujourd'hui ce concile du Vatican? Pourquoi tous ces hommes sont-ils partis de tous les bouts du monde? Pourquoi? pour venir rendre un témoignage d'amour à la vérité qui doit vous sauver. Quel intérêt humain a pu porter ces augustes pèlerins à braver la fatigue et même la mort, pour venir proclamer des vérités dont la proclamation n'aboutira peut-être qu'à les rendre impopulaires ? Ah ! l'amour des âmes est là; l'amour de l'humanité est là, et avec lui la sainte passion du dévouement.
Aussi, pour mon âme affamée d'affection et altérée d'amour, pour mon âme qui partout sent passer le souffle glacé de tousles égoïsmes, quelle consolation de pouvoir se dire : Ah ! je ne suis pas seule ; je cherche l'amour, l'amour pur et dévoué pour lui confier ma vie ; je cherche l'amour pour croire à sa parole et m'appuyer sur son cœur ; et cet amour qui partout me fuit et se dérobe, je le trouve dans l'Église : voici
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une mère qui aime, et qui aime des millions d'enfants, comme si ce n'était qu'un enfant. Oui, ici, malgré des faiblesses humaines, malgré des égoïsmes humains qui la font gémir et pleurer ses plus grandes larmes, je sens un souffle d'amour, je sens vivre le dévouement et souvent le dévouement poussé jusqu'au martyre. Donc, ô mère du bel amour, à vous^, à vous surtout ma confiance, à vous le filial abandon de tout moimême. Je cherchais un amour pur et désintéressé pour appuyer mon cœur, comme je cherchais une parole infaillible pour appuyer mon intelligence : grâce au ciel, je l'ai trouvé. Comme j'ai trouvé dans l'Église la divine Voyante qui m'assure la possession de la vérité, j'ai trouvé la mère divinement aimante qui m'assure la possession de l'amour ; et je sens avec moi, pour fonder ma confiance, ce double appui d'une parole qui ne peut mentir, et d'un amour qui ne me peut tromper : j'ai confiance, parce que je crois à la plus infaillible des autorités ; j'ai confiance, parce que j'aime et que je suis aimé du plus pur et du plus généreux amour î
Avec l'amour qui m'aime et se dévoue pour moi, je veux, pour donner ma confiance, trouver encore cette chose si sympathique à mon âme, et qui est elle-même comme une nuance de cet amour que je cherche : la bonté ; la bonté, la chose la plus divine que Dieu ait cachée, en nous créant, au fond de notre humanité; la bonté qui nous fait le plus ressembler à Dieu dont la nature est d'être bon, cnjus natura bonitas.
MaiS;, quelle bonté me faut-il trouver ? x\h ! la bonté qui s'abaisse, parce que je suis petit ; la bonté qui compatit, parce que je suis souffrant, la bonté qui console, parce que souvent dans ma souffrance je me sens désolé.
Qui n'a rencontré dans sa vie un être véritablement bon ? Et qui n'a senti, sur son propre cœur, cette puissance de la bonté pour inspirer la confiance ? Ah ! ce n'est pas mon intelligence seulement, je le sens, c'est mon cœur aussi, mon cœur surtout qui me dit que ce qui rapproche le
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plus de la nature de Dieu les êtres faits à son image, c'est la bonté, la bonté qui dans Thomme comme dans Dieu lui-même est le premier fondement de notre confiance. A qui me confierai-je^ si je dois me défier même de la bonté, c'est-àdire de ce qui, par sa nature et par son essence, me veut du bien, et rien que du bien ?
Ah ! mes frères, voici une mère, une mère qui est bonne; c'est l'Église : les peuples en ont rinstinct. Elle peut avoir, de loin en loin, quelques représentants indignes de sa maternelle bonté ; mais, dans son ensemble, TÉglise est bonne ; elle est la plus douce représentation de la bonté de Dieu sur la terre.: car elle veut une chose, le bien, encore le bien, toujours le bien de ses propres enfants.
Elle a la bonté qui s'abaisse. Les plus petits sont l'objet de ses meilleures tendresses. Voyez, comme elle se penche, vers vos pauvres, vos orphelins, vos vieillards, et tous les abandonnés de ce monde ! Comme elle crée, de son souffle maternel, et tire de son sein toujours fécond, les institutions les plus héroïquement dévouées aux plus petits de notre race humaine !
La bonté qui s'abaisse, elle est en même temps
la bonté qui compatit. Où trouvez-vous une autre institution qui fasse, comme elle, de vos douleurs ses douleurs ? Comme elle se plaît au chevet de vos malades ! Gomme elle assiste vos agonisants ! comme elle pleure sur vos tombes ! comme elle soupire avec vous, sur la mort des vôtres, au milieu de toutes vos funérailles, le chant de l'éternel adieu î et comme elle joint au cri de toutes vos tristesses le gémissement de ses maternelles tristesses !
Elle est enfin la bonté qui console. C'est elle, et elle seule, qui vous tire de votre solitude ; elle, qui reçoit vos plus intimes confidences; elle, qui a, pour vous consoler de tout, une parole pleine d'espérance. Oui^, comme la vierge Marie^ elle est la consolatrice de tous les affligés, parce qu'elle estbonne, et que c'est l'invincible besoin de son cœur maternel de consoler tout ce qui est seul.
Ah ! qui dira surtout la consolation qu'elle donne au pécheur qui a su verser sur son cœur une larme de douleur et de repentir ! 0 prodige de consolation descendue hier, avant-hier, aujourd'hui même, aucœurde mes frèrbs pénitents ! Comme je comprends dans ces jours des grandes
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miséricordes et des grandes conversions, tout ce que fait rÉglise ma mère, pour la consolation de ses enfants !
Ah ! dans ces heures bénies entre toutes les heures, alors que s'accomplit dans vos âmes émues par le repentir le grand mystère de la réconciliation, comme le cœur du prêtre, organe de cette divine maternité, s'associe au cœur de l'Église, pour vous faire trouver dans vos larmes le plus doux et le plus profond mystère de la consolation ! Et, qui donc, alors^, parmi vous, témoins et objets de ce doux mystère, peut voir dans le prêtre autre chose que l'organe visible de la bonté de l'Église, et dans l'Église elle-même autre chose que la plus suave image de la bonté de Dieu ?
Ainsi;, trouver la lumière, trouver l'amour, trouver la bonté, voilà ce que je veux d'abord, dans une personne ou dans une institution vivante, pour fonder ma confiance. Si l'une de ces choses vient à me manquer, la confiance me devient, par là même, impossible. Et pourtant, si tout cela est nécessaire, rien de tout cela ne suffit encore à asseoir ma confiance sur une base inébranlable. Avec les trois 'éléments dont je
viens de parler, il m'en faut un quatrième : la force.
La quatrième chose, en elTet, que je cherche dans Tinstitution ou la personne à qui je veux donner ma confiance;, c'est avec l'amour, la force. Je suis faible^ et je veux sentir ma faiblesse appuyée sur une force. C'est l'instinct universel de l'humanité : chercher un appui à sa propre faiblesse. Ah ! c'est que nous nous sentons sur la terre comme le roseau fragile balancé par l'orage. 0 faiblesse, ô faiblesse humaine ! qui pourra vous comprendre ? et surtout qui pourra vous bien dire ? Faiblesse en tout, faiblesse partout : faiblesse de nos volontés ; faiblesse de nos esprits ; faiblesse de nos cœurs ; faiblesse de nos sens, faiblesse de nos imaginations ; toutes les faiblesses !
Aussi, voyez comme partout les êtres faibles cherchent instinctivement l'appui de la force. Voyez comme l'enfant, même sans savoir ce
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{[ii'il fait, se presse sur le cœur de la mère où Dieu lui a préparé son naturel appui. Voyez comme la femme, instruite par le sens intime de sa propre faiblesse, cherche son soutien en s'appuyant sur Thomme, l'homme dont le nom même signifie la force. Et, voyez comme les animaux sans raison, eux aussi, portent dans leur propre faiblesse cet infaillible instinct qui leur fait chercher pour s'abriter la protection de la force.
Après cela, quoi d'étonnant que nous cherchions nous-mêmes, dans une institution vivante, la force pour protéger toutes nos faiblesses ? Qui donc, en regardant autour de soi, ne sent le mal de sa faiblesse aggravé par le mal de sa solitude? Et qui n'invoque pour toute sa vie l'appui d'une institution inébranlable dans sa force?
Mais, où est-elle^ je vous prie, sur cette terre de l'infirmité, l'institution capable de protéger toutes nos faiblesses humaines sous le bouclier de sa force divine ?
Ah ! la voici ; la voici devant vous, la vraie cité de la force, l'Église catholique.
L'Église, en effet, c'est la forcg morale, au suprême degré; la force douce sans doute, imi-
tant la force de Dieu, mais la force, la force protectrice de la vraie maternité.
Voyez plutôt ; et regardez dans son histoire. Le caractère de la force, c'est la résistance. Qui cède, cède encore, est la faiblesse. Qui résiste, résiste encore, est la force; et ce qui ne cède jamais et résiste toujours, c'est la force par excellence, la force vraiment divine.
Ah! mes frères, comment l'Église, TÉglise désarmée, résiste, ai-je besoin de vous rapprendre ?
Elle résiste à toutes les erreurs, de quelque nom qu'elles se nomment, et sous quelque patronage qu'elles -se présentent : erreurs dogmatiques, erreurs philosophiques, erreurs morales, erreurs religieuses, erreurs sociales ; toutes les erreurs enfin la trouvent inflexible.
Elle résiste à toutes les passions, même aux plus violentes ; aux passions des grands et aux passions des petits, aux passions des rois et aux passions des multitudes.
Elle résiste à toutes les injustices ; partout, toujours, et quand même; elle défend le droit, le droit vaincu, le droit impopulaire, le droit menacé; et, debout, même sur les ruines que
SE CONFIEU A l'église .'^51)
l'oi) fait nutour d'elle, l'Église au milieu de toutes les défaites maintient le seul triomphe qui sauve vraiment l'humanité, le triomphe des principes.
Elle résiste à toutes les diplomaties, à toutes les politiques, et à toutes les puissances, même les mieux armées. Elle résiste par la diplomatie de la simplicité, par la politique de la vérité, et par Tincomparable force de la justice et de Toquité.
Elle résiste aux entraînements de l'époque, aux courants du siècle, au fanatisme de l'opinion, aux despotismes de la popularité ; alors que ces entraînements vont au mal, et que ces courants portent aux abîmes ; alors que le fanatisme de l'opinion veut prévaloir sur les droits de la justice, et que la tyrannie de la popularité prétend opprimer l'empire éternellement légitime de la vérité.
L'Église résiste, enfin, môme à toutes les séductions ; séductions de la faveur, de la protection, de la gloire, de la richesse. Et quel prodige! Aucune de ces choses qui trouvent partout plus ou moins l'humanité malléable, flexible, vulnérable, ne parvient à vaincre son invincible résistance. Et au milieu de tant d'attaques ca—
pables de faire ployer toutes les humaines faiblesses, TÊglise peut dire à tout ce qui veut la faire céder : je résiste ; donc, je suis la force.
Et, lorsque je songe que cette mère si puissante pour résister Test plus encore pour produire et pour créer ; pour créer les dévouements, les œuvres, les institutions : oh ! alors, je me dis que^, s'il me faut trouver sur la terre une force pour me porter, cette force la voici ; la force de mon invincible mère^ toujours prête à couvrir de son divin bouclier mon humaine infirmité.
Ah ! pour vous montrer dans tout l'éclat de son fait historique cette force de production et cette puissance de fécondité qu'a déployées, à travers les longs siècles, cette Église catholique humainement si faible et naturellement si désarmée» il nous faudrait plus qu'un discours. Cette force de créations, et de créations les plus solides, les plus durables, les plus fécondes, et les plus harmonieuses ; cette force vraiment créatrice, telle que l'Éghse l'a déployée au soleil de ses siècles, d'autres l'ont montrée dans des ouvrages qui sont eux-mêmes des monuments illustres ; et je ne puis ici en passant qu'en évo-
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quer la pensée du fond de vos aines» et le souvenir du fond des siècles. Comptez, si vous le pouvez, les dévouements qu'a créés TÉgiise, les œuvres qu'a créées TÉgiise, les institutions qu'a créées l'Église, par la force de sa vitalité propre^ et par la puissance de cette fécondité inhérente à elle-même : tout un monde de créations divinement spontanées va se lever devant vous; et, du milieu de tant de merveilles écloses sous son souffle puissant, une grande voix sortira pour crier à l'humanité tout entière : l'Église, c'est la création; l'Église, c'est la fécondité: donc l'Éghse, c'est la force ; non-seulement c'est la force de résister, attestée par tant d'assauts qui l'ont trouvée invulnérable ; mais encore, et par dessus tout, l'Église, c'est la force de produire attestée, de siècle en siècle, par la splendeur de ses œuvres et par la magnificence de ses créations.
Aussi, ô mère divine, en me confiant à vous, ah! je sais ce que je fais; j'appuie ma faiblesse sur une indomptable force; et, je suis heureux de sentir toutes mes humaines impuissances absorbées dans votre divine puissance. Effrayé de ma faiblesse et de ma solitude, je tends la main
autour de moi, pour trouver un soutien; et l'on dirait que je ne trouve que des roseaux ployant sous les mains qui leur demandent appui; et, en voyant que partout je ne rencontre que des faiblesses pareilles à ma faiblesse ; comme un enfant impuissant à se défendre et à se sauvegarder luimême, je me retourne du côté de ma divine mère; je me presse sur ce sein, où je sens la force vivre avec Tamour, et je lui crie : ô mère, ô ma divine mère, à vous, oui à vous pour toujours. J'ai besoin de trouver un appui ; et tout, en moi et hors de moi, me crie que je suis la faiblesse, et que vous êtes la force.
La force, la force morale, la force qui ne demande rien, ni à la matière ni à la violence, oh ! oui, voilà bien ce qu'invoque mon irrémédiable faiblesse. Mais, cette force, il faut qu'elle me demeure, et qu'elle-même, au milieu des dangers qui menacent ma faiblesse, ne puisse jamais songer à se dérobera moi, et beaucoup moins
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encore à me trahir jamais. En un mot, il faut (jue cette force me soit et me demeure toujours une force fidèle, une force qui ne se relire pas ; qui n'abandonne pas^ qui ne trahit pas ; une force qui soit pour moi la fidélité elle-même. Ce que je cherche encore, en ell'et, comme point d'appui de ma confiance, c'est la lidélité, la fidélité à toute épreuve. Ah ! si l'ami à qui je me confie n'est pas fidèle ; si je n'en suis pas certain ; hélas ! comment me confier réellement ? Nous avons si grand besoin de trouver la fidélité, que, alors même que nous ne l'avons pas rencontrée, nous voulons sur elle nous faire au moins une illusion. Nous voulons croire, croire, quand mêmey qu'on ne nous trahira jamais; qu'on ne peut pas nous trahir. Nous croyons au toujours de la fidélité et de la promesse avec une naïveté d'enfant : on nous a dit un jour : vous tromper, vous abandonner, vous trahir? Jamais! Et nous avons cru.
Mais, hélas! un jour les illusions s'en vont; un jour la fidélité s'évanouit. On n'y peut croire encore ; mais il faut en prendre son parti : la trahison, ou du moins l'indifiérence a remplacé la fidélité. Quel spectacle, sous ce rapport, me
présente le monde vu, connu et pénétré jusqu'au fond ! Qu'ils sont rares les fidèles, les véritables fidèles !
Où êtes-vous, sainte et divine fidélité? Moi, déjà victime de la trahison d'autrui, et victime aussi de mes propres illusions;, je vous invoque et vous cherche; il me serait si doux, et j'ai un besoin si prcTond de trouver sur la terre une âme, un cœur, une personne, une institution sur laquelle je puisse compter sans craindre d'être trahi jamais !...
0 sainte Église, c'est vous que j'invoque ; vous, par excellence, l'idéal de la fidéhté ; vous la mère de la génération des vrais fidèles, et, mère la plus fidèle vous-même, que l'on ait jamais vue sur la terre ! Quand avez- vous trahi quelqu'un sur cette terre, hélas! si pleine de trahisons? Quand avez -vous failli à un seul de vos enfants? Quand avez-vous abandonné celui qui voulait vous suivre, et vous suivre jusqu'à la mort ? Jamais. Quand avez-vous trahi celui qui voulait vous servir, et vous servir toujours? Jamais. Quand, enfin, avez-vous failli envers notre humanité, à un seul de vos engagements, à une seule de vos promesses ? Jamais, oh ! non jamais, vous
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dis-je ! Pourtant, rinfidélité, vous l'avez rencontrée, vous, tant de fois sur ia terre ! La trahison, oui, même la trahison, elle vous a tant de fois blessée au sein de cette humanité toujours prompte à déserter, et aussi, toujours prompte à trahir î Combien de puissants vous ont trahie ! combien de politiques vois ont trahie ! combien d'apostats vous ont trahie et vous trahissent encore ! Et l'on vous a trouvée fidèle toujours ; oui;, toujours fidèle envers l'humanité, parce que vous êtes restée toujours fidèle à Dieu et à la vérité, à la vérité qui est en vous et que vous êtes vous-même. Non, la vérité vous ne l'avez jamais trahie, vous qui êtes son immortelle et invincible défense. La vérité, vous l'avez toujours défendue, au risque même de vous rendre impopulaire. En un mot , toujours fidèle à la vérité et à Dieu, vous n'avez jamais ni abandonné, ni trahi une ame sur la terre. 0 mère divinement fidèle ! ah ! venez à moi ; c'est à vous que je m'abandonne^, et que je me livre pour toujours, sûr, absolument sûr que vous ne me trahirez et ne m'abandonnerez jamais !
Mais, alors même que nous avons rencontré au chemin de la vie cette chose rare que j'ai nommée la fidélité ; alors que je suis bien assuré que l'âme dont j'ai fait choix, pour donner ma confiance, veut me demeurer constante, dévouée, en un mot, fidèle; fidèle jusqu'à l'abnégation, jusqu'au sacrifice, et même jusqu'au martyre ; hélas! telle est la réalité de notre terrestre vie, que le temps, ou les événements, l'injure des hommes ou l'injure des choses, la nécessité de vieillir, de passer, de mourir; que sais-je enfin, mille causes fatales conspirent à arracher de nos brasimpuissantsà les retenir, nos amis même les plus dévoués, même les plus fidèles, la fidélité elle-même. Oh î combien ont pu nous demeurer fidèles, même dans l'infortune, fidèles en tout, fidèles partout, fidèles même jusqu'à l'héroïsme, et dont la fidélité a dû céder à cette violence à laquelle personne ne résiste ici-bas, la violence de la mort ! et combien, après avoii^
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possédé cet inestimable trésor de la vie, ont été vus pleurant sur la tombe de l'ami fidèle jusqu'à la mort, et, après ce départ de la fidélité pour un monde meilleur, sont retombés dans la tristesse et le vide de leur solitude !
Aussi, ce que je veux trouver comme suprême élément de ma confiance, c'est la durée, c'est la permanence, et s'il se peut, même l'immortalité. Ah ! ne me parlez pas, pour appuyer ma confiance, de ce qui peut se dérober aujourd'hui et me manquer demain. Ce qu'il me faut aujourd'hui, lumière, amour, bonté, force, fidélité, est-ce qu'il ne me le faudra pas encore demain ? et que m'importerait un appui d'un jour soumis lui-même à l'empire de la fragilité ?
Hélas ! et quand je regarde sur la terre, je n'ai sous les yeux que le spectacle toujours varié, mais toujours le même, de la caducité et de la fragilité. Gomme tout s'use, et comme tout tombe ! comme tout s'en w ; et, aujourd'hui pour demain, comme tout va me manquer!... Ah ! la lumière qui m'éclairait, elle va s'éteindre ! l'amour qui m'embrassait, il va partir ; la bonté qui me consolait, elle va disparaître ; la force qui me soutenait, elle va se
briser ; et puis, plus rien, rien que mes ténèbres, rien que ma solitude, rien que ma désolation, rien que mon irrémédiable faiblesse !
Où donc est -elle la permanence, la durée, la constance ? où est l'immortalité surtout ? où trouverai-je un appui qui me dérobe avec luimême à cet empire de la caducité, où je vois, sous mes propres regards, tout fuir, se précipiter et s'écrouler de toutes parts ?
J'ai besoin, pour me confier, de trouver la lumière qui éclaire mes pas dans les obscurs sentiers de ma vie ; je cherche dans la personne ou l'institution qui me doit diriger la véritable voyante. Mais où est ici-bas la lumière qui brille toujours et ne s'éteint jamais ? où sont les véritables vovants, dont les visions ne redoutent aucune nuit , et me promettent la clarté , la clarté permanente, même aux heures les plus obscures ?
J'ai besoin, pour appuyer mon cœur, de rencontrer un amour, mais non pas un amour que le premier souffle puisse emporter loin de moi, un amour que je possède aujourd'hui, que je puisse retenir encore demain, et après-demain, et toujours, oui toujours. Mais hélas I tout ce
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que j'aime se dérobe à moi-même, et Tamour même qui voulait être immortel sent, au souffle de révénement, emporter son immortalité !
J'ai besoin de trouver, pour appuyer ma vie, avec l'amour, la bonté, la bonté dont Dieu a fait le meilleur fond de notre nature humaine. Mais hélas ! il n'y a qu'une bonté qui demeure, une bonté permanente, éternelle, la bonté de Dieu ; et toutes les représentations humaines de cette bonté dfvine, toutes ces frêles et caduques images de la bonté éternellement vivante, au moment où je crois les retenir, pour jouir de leur charme, s'évanouissent à mes yeux dans le vaste tourbillon qui emporte tout autour de moi.
J'ai besoin de trouver la force surtout, la force capable de soutenir, contre le souffle des orages^, et contre l'assaut de tant de choses hostiles, mon infirme et chancelante vie. Et la force, je la trouve, en efl'et, au moins dans une mesure, en quelques êtres vivants, comme, dans une mesure aussi, je trouve la bonté; mais vainement je cherche la force qui se soutient, et je sens trop que tous les objets, dont je veux faire ici-bas une défense pour ma faiblesse, s'ébranlent au souffle de l'orage, et sont pour moi, à l'heure de l'ad-
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versité, comme le roseau qui perce, en se brisant lui-même, la main qui lui demande appui.
Je cherche, enfin, avec toutce que je viens de dire, la fidélité ; et je la trouve rare la fidélité ; je la trouve pourtant ; je la trouve dévouée souvent, héroïque quelquefois, mais, comme tout le reste, fugitive toujours, et avec toute chose humaine, emportée, elle aussi, dans le torrent qui entraîne dans son cours toutes les choses du temps.
Ah! vienne, vienne à moi, pour appuyer ma confiance, ce qui dure toujours et ne se dérobe jamais ! Vienne la mère de la vérité, la véritable institutrice de Thumanité, capable de porter devant mes yeux Tinaltérable lumière; vienne la mère du bel amour, de l'immortel amour, capable de garder, à travers tous leségoïsmes du temps, son inextinguible flamme ; vienne la mère imitatrice de la bonté divine, gardant dans son cœur cette indéfectible bonté la plus faite à rimage de la bonté de Dieu. Vienne la mère de la vraie force, de la force permanente, et qu'elle prête à toutes nos faiblesses et à toutes nos impuissances l'appui de cette force éternellement résistante à toutes les agressions, et éternellement féconde de toutes
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les créations. Vienne la mère de la fidélité, de la fidélité survivant à toute épreuve, de la fidélité qui n'a jamais failli, de la fidélité qui n'a jamais trahi. Vienne, enfin, la mère de la vie, de la vie indéfectible, de la vie (jui, bien loin de vieillir, se rajeunit avec les siècles; vienne, pour appuyer ma vie d'un jour, la véritable immortelle ; et qu'elle donne à ma vie passagère l'inébranlable appui de son immortalité.
Eh bien, mes frères, la durée la voici; l'immortalité la voici. Oui, voici une mère qui a duré et vécu deux mille ans ; deux mille ans^ grand Dieu! sans changer, sans décroître, sans défaillir en aucune manière ; et voici que je la retrouve jeune comme la Vierge dont le front n'a pas de ride, et dont le visage garde une splendeur immaculée : la voici devant nous, malgré ses longs siècles , jeune , oui vraiment jeune ; ah ! je le reconnais à ce signe d'immortalité que je vois partout briller sur elle ; oui cette mère que je cherche, cette mère de la lumière, de l'amour, de la bonté, de la force et de la fidélité, elle est telle que je Tai rêvée, telle que je l'appelle par toutes les voix de mon être, pour
appuyer ma confiance ; elle est immortelle ! Et voilà pourquoi, moi qui crains tout ce qui meurt, parce que je crains la mort, je veux m'attacher à Timmortalité de ma mère. Donc, mes frères, reposons-nous là, sur le sein de cette mère immortelle ; et enfants que nous sommes, marchons portés sur son sein maternel, jusqu'à la gloire et au repos de l'éternité. Amen,
ALLOCUTION FINALE
ALLOCUTION FINALE