‹ Devoirs des prêtresChapitre 40 sur 54 · REMÈDE CONTRE LA TIÉDEUR · texte numérisé non relu

REMÈDE CONTRE LA TIÉDEUR

Il y en a trois : la vigilance, Y oraison et Y action.

La vigilance est pour l'esprit, l'oraison est pour le œur et l'action pour le corps. Tellement que les trois acuités concourent à laguérison. Veillez, priez, agisez. Ces remèdes sont aussi précieux l'un que l'autre. Si ous ne veillez pas sur vous, sur votre caractère, sur vos >assions, pour les diriger ou les brider, vous ne vous uérirez jamais. Si vous ne montez pas au ciel pour y

(l) Hébr.,x, 31/

solliciter secours par l'oraison et si vous ne réfléchissez pas, vous ne guérirez pas. Si vous n'agissez pas et bien, et pieusement, et saintement, vous favorisez la tiédeur au lieu de chercher à la guérir. Allez donc, marchez, avancez ! Mais priez et veillez ! Et vous vous guérirez.

11 ne faut point regarder le Lien que Ton a pu faire dans sa vie, il faut l'oublier, s'étendre en avant et ne voir que ce que l'on est obligé de faire. Ainsi, pour le tiède le passé n'est rien, c'est l'avenir qu'il faut avoir en vue, régler solidement. 11 dira avec le grand Paul : Oh ! que je suis loin d'avoir atteint le but! Mon malheureux état passé m'a retardé : Fratres, ego nie non arbitror comprehendisse. Unum autem, quœ quidem retrb sunt obliviscens, ad eaverô quœ suntpriora extendens mcip> sum, ad destinatum persequar, ad bravium supernœ vocationis Dei in Christo Jesu (1). J'irai au but et à la hauteur de ma vocation. Il est encore temps, ô mon Dieu !

Il n'y a aucun danger de prendre pour intention c( qu'il y a de plus sublime dans la perfection ; il fau viser très-haiit et ne point s'arrêter aux choses ordi naires. Tous les saints s'accordent à nous le dire Parce que, si vous visez haut, vous serez fortemen; poussé à y aller et vous y arriverez probablement avej du courage ; tandis que si vous ne visez que bas, vou n'aurez aucune incitation à monter plus haut et voi vous en tiendrez là. Or cet état est plein d'inconvénient! 11 est opposé à la perfection, puisque l'on reste ph bas, tandis que l'on aurait pu monter plus haut; 1<

(1) Philip., m, 13, 14.

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mérites sont moins grands et le bien ne se fait pas aussi, parfaitement. Oh ! que de défauts spirituels avec bien d'autres! Si vous ne vous arrêtez qu'aux choses ordinaires, petites, accoutumées, que vous connaissez bien de toute votre vie , vous vous corrigerez beaucoup plus difficilement de votre état de tiédeur. Taudis qu'au contraire votre force se doublera, se triplera en visant haut, en vous proposant de sublimes intentions. Sous peu, nous chanterons votre rénovation et votre ferveur.

Enfin il faut faire parfaitement chacune de ses actions : âge qitod agis. La tiédeur ne peut vivre avec ]a perfection des actions ; car elle en est la paralysie. Vous la vaincrez et vous la chasserez en priant, en psalmodiant bien, en entendant bien la sainte messe, en travaillant bien.

Écoutons saint Jérôme. « Le soleil et la lune louent Dieu, dit le prophète, mais comment les astres peuventils le louer? les animaux aussi, les bêtes des champs; ils le louent sans relâche et sans tiédeur. Et comment? C'est en faisant le bien que le Seigneur leur a commandé de faire ; ils lui donnent par là une grande louange. Voilà donc une excellente manière de louer Dieu tout le jour : faites tout le bien qu'il vous est ordonné de faire, faites bien tout ce que vous ferez. »

Détestation de la tiédeur et de la part du religieux et de la part du prêtre. Livrez-vous-y et vous plairez à Dieu d'une manière saillante, puisqu'il la déteste lui-même jusqu'à la vomir.

11 y a une grande gloire à ki vaincre, parce que cette victoire suppose de grands efforts dans la lutte, des motifs sublimes dans la pensée, des résolutions fortes dans la pratique , et un violent désir d'être tout à Dieu : Gloria magna seqtii Doniîninn(\). Mihi adhœrere Deo, bon uni est (2).

L'état de ferveur qui suivrait la tiédeur serait l'état le plus excellent comme le contraste le plus frappant. Dieu et les anges en seraient réjouis. Naguère point de bonnes, œuvres réelles; maintenant des "actions qui l'emportent sur toutes les prouesses des conquérants et des héros qui ont illustré les siècles ; naguère on se traînait; maintenant on va vite, on court, on vole ; naguère tout dégoûtait ; maintenant tout encourage ; naguère ni les petites choses , ni les grandes , rien n'était considéré;- maintenait on dit avec François de Sales : « Les petites actipns sont grandes si elles sont bien faites. Tne petite action faite pour la gloire de Dieu avec un grand désir de lui plaire lui est plus agréable qu'une grande action faite avec moins de ferveur. »

Vite le changement, vite, vite ! que faites-vous dans ce malheureux état? Ô malades, ô languissants, ô fiévreux ! vous pouvez vous guérir à l'instant même et vous ne le faites pas ; quel est votre aveuglement ! allez de ce pas, avec une sainte hardiesse , trouver votre directeur; ayez avec lui une explication décisive, et .; revenez en face de la ferveur.

(I) Ee 'IL, xxm, 38. — (2) Ps. lxx, 41 .

O mon Dieu! donnez-moi la grâce et la force! ah! je sens mes besoins, aidez-moi, montrez-vous à moi, quoique je sois indigne de vous voir! et je serai excité, animé, poussé à la perfection qui est votre plaisir. Pourquoi donc est-ce que je ne vous le procure pas ? Je pleure, je gémis ; c'en est fait, je suis à vous et à vous pour toujours!

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