‹ Devoirs et périls biologiques [microform]Chapitre 24 sur 135 · C. Effets de l'alcoolisine. — a. Les etlets de l'alcool ne · texte numérisé non relu

C. Effets de l'alcoolisine. — a. Les etlets de l'alcool ne

sont pas les mêmes dans tous les cas ; il y a des éléments

modificateurs de la nocivité de ce poison.

D'abord la dose : même pour le vin, qui est la forme la plus inolfensive, j'ai dit plus haut la dose quotidienne qu'un

liomme ne doit pas dépasser. Il ne faut donc pas dire : le vin ne fait jamais mal. (Juaiul on i\n boit tiop, il fait mal. On peut dire seulement (|ue le mauvais vin fait encore plus xhv mal.

En deuxième lieu, la vitesse, avec laquelle une même dose d'alcool est ingérée, n'est pas sans influence sur la toxicité

de la boisson alcoolique.

Un troisième élément, qui diminue la puissance nocive

de 1 alcool est son degré de dilution. Il ne faut pas croire que 50 grammes d'alcool fassent te même mal, mêlés dans

un litre d'eau ou seulement dans un demi-litre de liquide inotfensif ; un litre de vin contenant 100 grammes d'alcool

^sl moins mauvais qu un demi-lilre de liqueur qui contient

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la même (juantité d'alcool. Une dose de vin pur est plus dan*^ereuse (pie la même (juantité de ce vin étendu d'eau et les vins très alcoolisés (Banyuls, MadfTe, Marsala) qui marquent 17 à 23 degrés sont plus dangereux, à égalité d'alcool absolu. D'où le danger des vins de quinquina, coca ou kola et des élixirs à base d'alcool. J'ai cité ailleurs l'hisU)ire de

cvXiv dame du meilleur monde qui prenait tous les jours (pialre fioles entièiTS d'eau de mélisse : chaque fiole contient (JO «Tammes d'alcool à 82 degrés. Elle prenait donc tous les jours 240 grammes ou un très grand verre ou 8 petits verres d'alcool à 82% la valeui* en alcool de 8 absinthes à deux sous onde ii pelils verres d'eau-de-vie. On s'alcoolisera delà même manière avec l'alcool de menthe, voire même l'eau de Cologne et le \ ulnéraire ou eau d'arquebuse.

Ces diverses boissons constituent un danger encore Lien

]>lus grand (piatid on les prend comme apéritifs c'est-à-dire (juand on les olfre à un estomac vide ; tout poison est mieux absorbé et est plus toxique ({uaiid il est consommé à jeun, .l'ai vu un malade (pii a avoué absorber une moyenne de

20 absinthes par jour (sans compter (luelques rares petits verres et un peu de vin à ses repas). Ces 20 absinthes à deux sous dans nos débits font environ un litre d'absinthe pure à oO degrés, soit un demi-litre d'alcool absolu, o litres de

vin à 10 degrés ou en(^ore 3o petits verres d'eau-de-vie. — L'absinthe plus chère marque 60, au lieu de 50, degrés. Dans ces cas, s'ajoute encore un autre gros élément de

nocivité plus grande : \ addition à l'alcool de diverses ^î/^5- /<///ce^ nocives et toxiques.

II y a d'ahord les alcools d'origines diverses, dont la toxicité varie' de 1 à 25 (JolIVoy et Serveaux). Dans beaucoup

de vins frelatés on ajoute des extraits ou bouquets artificiels, des « huiles de vin », dont Laborde et Magnan ont montré que 8 centimètres cubes, iitjeclés dans les veines d'un chien, le tuent en une heure.

Il faut mentionner également les substances qui accom- Grasset. — Devoirs et périls biol. lO

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pagnent d'ordinaire ralcool dans los boissons ferillentées OU distillées, qui, toutes. dilDuclaux, « ont ceci de commun qu'elles sont des toxiques plus aclit's que Talcool «. A cause

de leur dilution elles n'accroissent pas Iieaucoup la loxicil»' de l'alcool et il ne faudrait pas avoir l'illusion de pouvoir préparer un « alcool hygiénique w inofl'ensifen le débarrassant de ces impuretés ; Duclaux a bien montré (ju'il faul

« renoncer à ce rêve d'alcool Iiuinanitaire qu'on a caress»' pendant (pielques années ».

Mais la conclusion d'innocuité « ne sera plus la même si, des eaux-de-vie, cognacs, etc., nous passons aux bitters,

vermouths, absinthes et en général à toutes les li<jueurs dans lesquelles on a ajouté des matières diverses destinées à

superposer leur action propre à celle de Texcipient ». Quel

([ues-unes de ces substances sont de vériliil)les poisons ou

« sans être exceptionnellement toxiques, sont introduites à des doses telles que le mélang*' est dangereux... Un buveur, (jui dilue son absinthe dans Teau. pour en ramener le titre

alcoolique à celui d'un vin ordinaire, suhil une impression

plus vi\e que celle que lui donn<'rait ce verre devin, et c/est avec raison qu'on a distingué depuis longtemps l'absinthisme de l'alcoolisme. Dans l'absinthe l'alcool est au second plan,

tandis qu'il est au premier dans le vin et les eaux-de-vie. »

If. Les premiers effets de l'alcool sur l'orgam'sme peuvent être aiçiis : Ci'si YiL'resse ; et Talcoolisna' chronique peut

être coupé d'accidents aigus : c'est le delin'mn tremens.

L'élément causal principal de ces manitestations aiguës n'est pas tant, la forme du poison ingéré que l'état parti cuber de tolérance et de réaction du sujet: ehez certains.

l'alcool (( parait n'avoir aucune action, tandis que, chez

d'autres, il produit rapidement l'ivresse, même à des doses modérées, du moins chez les psychopathes; ce qui a conduit Féré à dire que Talcool est la pierre de louche de l'équilibri'

des fonctions cérébrales. »

ALCOOL, ALGOOLOMANIE, ALCOOLISME 147

Le début insidieuœ et inconscient de l'alcoolisme est bi'aucoup plus fréquent que l'ivresse et, en tous cas plus

important et plus redoutable au point de vue du péril social

(Uii nous intéresse ici.

On prend d'abord des doses, assez faibles pour ne pas produire l'ivresse vraie; tout au plus, éprouve-t-on cette période de stimulation intellectuelle qui est agréable; le

sujet, cpii n'a pas, au déhut, dépassé la dose d'alcool qu'il peut tolérer sans malaise immédiat, y prend goût, recommence et peu à peu prend l'habitude et le goût du poison

et s'alcoolise insidieusement sans s'en rendre compte.

('/est ainsi (jue, dans la plupart des cas, Talcoolomaniei nest pas la cause première et initiale de l'alcoolisme. On commence à boire pour des motifs divers comme je Tai dit plus

liaul el c'est l'alcool qui, au lieu de vacciner contre lui-même,

])rédispose à la consommation croissante du poison : c'est l'alcool qui développe d'abord l'aleoolomanie, et, par là, «Misuile l'alcoolisme.

L'état psyclii(|ue d'affaissement du caractère, que j'ai

analvsé plus haut, n'intervient comme cause efficiente tout à lait au déhut pour déterminer les premières prises d'alcool (pie chez les malades, alignés ou déséquilibrés, dipsomanes.

(]hez la majorité des sujets, c'est à la période étudiée

ucluellementjttprè^ les premières prises d'alcool, que cet état j»sychi(pie intervient pour faire continuer l'usage du poison, pour en faire contracter l'habitude, pour réaliser l'intoxica

tion vraie.

A celte période en effet, à côté des satisfactions que l'on éprouve et que l'on recherche, on commence à sentir quel- (pies signes d'effets nocifs ; parce que Ton sait et parce que

I nti apprend, par les conseils des médecins, des livres et <le tout le monde, on sait le danger que l'on va courir : et <'ependant on continue à cause de cet état psychique de débilité de la raison et ile la volonté et on devient un

akooligue.

INTOXICATIONS VOLONTAIRES EUPHORISTIQUES

Cet alroolisme. chronique et pro^jcressif. se manifeste par un grand n()nil)re do syinptoiiios. dont los prineipaux ppuvont-rtrc groupés sous deux chefs : symptômes du système nerveux, svmptomes de l'élat général et de hi

nutrition.

c. Dans les phénomènes présentés par le sj/sfhne nerveux, nous avons d'ahord les rêceSy h^s cauchemars et les haliu-

cinations. Pour h's décrire, j'ai utilise ailleurs les puhlications de deux alcooliques de génie, Ilolhnann et Edgar Poë. (|ui ont écrit leurs rêves et qui ont ainsi admirablement décrit les effets produits sur eux-mêmes par ce poison.

Coinnie Arvède Bîuine l'a très hien montré dans ses Etudes

sur /es névrosés y leur feuvre et leur maladie se confondent.

Seul, la nuit, assis à sa table de travail, Hoffmann esl

entouré de spectres et de figures grima(;antes. « Ses contes

fantastiques se vivaient ak)rs autour tle lui avec tant de réalisme que l'effroi le prenait et qu il allait réveiller sa femme. La patiente Micheline se levait, tirait son tricot et s'asseyait auprès de son mari pour le rassurer. «

Edgar Poë, qui boit « en barbare », comme dit Baudelaire, et saisit un plein verre sans vavi ni sucre et l'avale d'un trait sans le goûter, a d'horribles hallucinations qu'il

expose dans ses contes : il vit parla pensée dans les tombeaux en compagnie des vers et des cercueils, entend « causer les putréfactions » et sait « les sensations des déliquescences ». La tristesse, l'angoisse, la terreur paralysante

imprègnent tous les contes d'Edgar Poi', dont Barbey d'Au-

revillv a dit : « depuis Pascal peut-être, il n'y eut jamais de^ génie plus épouvanté, plus livré aux affres de TefFroi et à ses mortelles agonies que le génie panique d'Edgar Poë ! »

Dans la lutte antialcoolique, peut-être ramènera-t-on

quelques malheureux, par la peur de ces atroces angoisses morales, plus facilement que par la peur du cabanon ou même de la mort. En buvant, ils fuient et veulent éviter la

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douleur; rinconscience ou la mort, c'est la délivrance;

mais la douleur atroce, continue et croissante, c'est l'effet précisément inverse de celui qu'ils recherchent au péril même ^ de leur vie.

Comme accidents nerveux plus graves, on décrit classiquement : 1° la psychose alcoolique aiguë (accès subaigu, ai"^u ou suraigu) ; 2° la psychose alcoolique chronique : confusion mentale avec onirisme, hallucinations, accès épilep-

tiques ou délire vesanitpie syslématisé. le plus souvent de

persécution ; 3" enfin la démence alcoolique : déchéance progressive de l'individu, tant au point de vue psycliique <|u'au point de vue physicpie ; démence paralytique

Pour échapper aux angoisses des hallucinations, l'alcoolique se suicide : « tandis qu'en 1850, sur 3596 suicides, 197 seulemenl sont dus directement à l'alcool, en 1896, sur 9260. 1142 lui sont imputables et, en 1909,

1 181 sur 9619... La montée des suicides esl si bien parallèle à celle de l'alcoolisme que, alors que, de 1881 à 1900, la moyenne générale de c^ux-ci s'élevait de 11 à 22 pour 100000 habitants dans toute la France, elle mon-

lail, pour les départements à bouilleries, de 18 à 39 dans

la Seine-Inférieure, de 16 à 40 dans l'Eure, de 9 à 22 dans le Calvados, de 5 à 13 dans la Manche, de 6 à 17 dans l'Orne. On peut vraisemblablement lui attribuer 30

pour 100 des suicides. »

De même pour l'aliénation mentale. Il résulte en effet, continue Paul Gaultier, de l'enquête de Claude des Vosges, (pie « de 1861 à 1885, sur 86593 hommes internés, 16932

(soi! 21 pour 100) étaient alcooliques et que, sur 66 772 lenunes, 3 356 (soit 5 pour 100) étaient adonnées à la boisson. D'après le^ relevés de Magnan, la proportion des aliénés alcoolicjues inscrits au bureau d'admission de

Sainte-Anne, était, en 1891, de 38,12 pour 100 chez les hommes, de 12,81 pour 100 chez les femmes et en 1900 respectivement de 50,93 et de 18,33 pour 100... En cinq

ISO INTOXICATIONS VOLONTAIRES EUPHORISTIQUES

ans, le taux des aliénés alcooliques s'est accru, à Auxerre,

(le 29 à 81 pour 100 ; h Marseille de 48 à 87 pour 100...

Le directeur de Ville-Evrard conclut de ses observations personnelles que les formes de la folie deviennent aussi plus graves par suite de Tabus, sans cesse croissant, des

boissons alcooliques. »

L'influence de TalcoolisiTie sur les crimes est é^alemenl évidente. Toujours d'après Paul Gaultier, sur 20o assassinats qui ont été portés en 1907 devant les assises, 20 seulement ont pour auteurs des alcooliques ou des ivrognes ; 81

meurtres sur 382 et 92 viols ou attentats à la pudeur sur 756 ont été connnis sous rinfluence directe de l'alcool. Sur 218 jugements pour coups et blessures ayant entraîné la

mort, 61 furent rendus contre des buveurs invétérés. Eu

1908, le pourcentage de l'alcoolisme est de IC) dans les meurtres, de 15 dans les viols, de 27 dans les coups et blessures graves.

d. Je passe à l'action de l'alcoolisme cbronicjue sur toutes les fonctions autres que le système nerveux, sur la nutrition, l'état général et par suite la descendance.

A dose faible, accidentelle, médicale, l'alcool est un

excitant de la fonction pour tous les organes. Il stiuuile les fonctions digestives : quand on n'y est pas habitué, un petit verre peut être médicalement utile pour activei*

une digestion. Il stimule les fonctions circulatoires : un verre de cbanipagne fiut battre le cceur et donne des couleurs aux joues.

Mais, si on répète les doses et dès les premières phases

de Tempoisonnement, au lieu de rexallation, c'est la dépression^ que Talcool entraîne : les digestions s'alanguissent, Tappétit disparaît ; la circulation se ralentit et s'entrave. Alors la lésion organique apparaît et envahit

Forganisme tout entier.

L'alcool a spécialement, pour effet toxique, de détruire

ALCOOL. ALCOOLOMANIE, ALCOOLISME loi

dans tous les organes les éléments actifs et utiles et de développer au contraire, outre mesure, le squelette de l'organe,

le tissu de soutènement, le tissu conjonctif. Ainsi, peu à peu. danscluKiue organe, la partie active el vivante diminu(^ et s'atropbie constamment, tandis (pie la partie inutile et

iuerle s'hypertrophie et se développe ; la sclérose envahit

réconomie.

Cet effet de l'alcool est absolument l'analogue de celui (pie produit la sénilité. Normalement, quand un individu

vieillit, les parties actives de ses organes s'atrophiml et la

sclérose envahit tous les tissus. C'est absolument ce qui se passe chez l'alcooli(pie, qui devient ainsi uii vieillard anticipé, un vieillard avant l'âge. On a dit qu'on avait Tàge

(le ses artt'res; il est plus exact de dire qu'on a l'âge, non

de son étal civil, mais de ses organes. Toutes choses égales d'ailleurs, un alcoolique de 30 ans est beaucoup plus vieux (|u'un lionmie sobre de GO.

On comprend les graves conséquences que ces altérations progressives entraînent dans la vie du sujet, notamment tlans sa résistance à l'invîision et à l'évolution des maladies, dans sa fonction antixénique.

Ch(7. l'homme normal, l'agent pathogène, qui veut péné-

lier dans lorganisnu', y est mal rei^u par les élénu-nls actifs de nos tissus : il est re(;u, dit Duclaux, « comme un voyageur qui veut prendre le train et qui s'apprête à entrer dans, un compartiment, dont toutes les places sont retenues » et énergi(iuement défendues. Les éléments actifs de l'alcoolique iléfendront mal la place et le nn'crobe ennemi s'installera plus facilement.

Ualcoolique se laisse plus aiséuKMil envahir par les maladies infectieuses qui nous guettent et, quand il est atteint, la maladie est beaucoup plus grave chez lui que chez h»s autres et il riscjue fort, malgré les secours médicaux, de mourir là où d'autres auraient survécu et guéri. Que de sujets sont ainsi dénoncés alcooliques par la foudroyante gra-

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