‹ Dévotion à la Sainte Vierge, ou, Recueil des notes qui ont servi de bases aux différens sujets traités sur cette matière dans le cours des missions, retraites, etcChapitre 5 sur 133 · Livre L · texte numérisé non relu

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Il n'en a pas été ainsi de Marie ; cette loi de malédiction , qui est venue peser sur toute la race d'Adam , n'a point été portée pour elle ; Dieu a dit à Marie au moment de sa conception , sinon par sa parole , du moins par l'effet lui-même , ce qu'Assuérus dit autrefois à Esther : Non morieris ; non enim pro te , sed pro omnibus hœc leoc constituta est ( Esth. i5, i5 j. « Vous ^> ne serez point enveloppée dans le îi> malheur commun ; cette loi, qui a îi> été portée par un juste jugement » sur le reste des hommes , n'a point » été portée pour vous. » Marie , dès le moment même de sa conception , a donc été ce jardin fermé dont il est parlé dans la Sainte Écriture , ce jardin de prédilection, où le démon n'a point pu pénétrer pour la blesser de son aiguillon , comme autrefois la première femme dans le paradis terrestre; elle a été cette source féconde de grâces et scellée , dont parle l'Esprit Saint ; elle a été ce beau lis qui a cru au milieu des épines ; ce buisson ardent qui fut montré à Moïse , qui brûlait sans se consumer ; cette toison miraculeuse que vit Gédéon au milieu d'une vaste plaine , qui resta sèche pendant

ïO Dé^^otion a la S» Plerge, que toute la terre devint humide , ou qui reçut seule toute la rosée du ciel, pendant que toute la terre demeura dans la sécheresse ; enfin l'arche de 'Noé , que les eaux abondantes du déluge n'ont pu submerger ; l'arche d'alliance , que celles du Jourdain ont respectée à son passage : ce sont là autant de figures qui nous parlent de la conception immaculée de la plus sainte et de la plus pure des vierges. Ainsi Marie a été conçue sans péché; Marie n'a jamais été souillée d'aucune espèce de péché. Ecoutons parler làdessus les Docteurs de l'Eglise et les Saints ; écoutons parler l'Église ellemême. Voici ce que nous disent les docteurs et les Saints : Lorsqu'il s'agira du péché, dit Saint -Augustin , pour riionncur de mon Sauveur et de mon Dieu , je me garderai de confondre Marie avec le reste des hommes :

Excepta beatd virgine Dei Maria , de quel , propter honorem Doniini , nullani prorsiis , ciim de peccato agitur Jiaheri volo qiicestioneîn (S. Aug.). En efïet , convenait -il que celle qui devait donner au Monde celui qui , par sa précieuse mort , devait abolir le règne du péché , fût un seul instant

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souillée du péché ? que celle qui devait écraser la tête du serpent , fût en naissant l'esclave du serpent lui-même?

Était-il donc convenable que celle qui devait enfanter le triomphateur de la mort et de Tenfer, commençât par se voir elle-même sous l'empire de l'une et de l'autre ? enfin , que cette chair , que ce sang très - purs , qui devaient servir à former un corps au Fils de Dieu , fussent jamais impurs et souillés ? « Oh non ! pour l'honneur de mon i> Seigneur et de mon Dieu, je me gars> derai de faire mention de Marie quand » il s'agira du péché , et de quelque ^ genre de péché que ce puisse être»; de quel , pr opter honorem Domini , nullam prorsiis , ciini de peccato agi' tur , haberi volo quœstionem.

Saint -Thomas tient à peu près le même langage : « Exceptez toujours , dit » ce docteur angélique, exceptez tou- » jours, quand il sera parlé du péché , s> la très-pure et la très-digne de toute » louange vierge Marie ; ^> Excipitur purissima etomnilaude dignissima virgo Maria. (S. Thomas d'Aquin). S. Vincent - Ferrier ajoute que déjà dès le sein de sa mère Marie était plus pure que tous les Saints et que tous les

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Anges réunis ensemble : Firgo sanC" tifcata fuit in utero super omnes Sanctos et omnes Angelos ( S. Vincent-Ferrier ).

Si nous voulons entendre parler l'Église notre mère, elle nous dira aussi , assemblée à Trente , que son intention n'est point de comprendre la bienheureuse et immaculée mère de Dieu dans le décret où il est traité du péché originel : Declaravit sancta sy* nodus non esse intentionis suce cornprehendere in hoc decreto , ubi de peccato originali agitur , beatam et immaculatam Dei genitricem»

De plus , l'Église a établi une fête en l'honneur de l'immaculée conception de Marie ; elle a créé un office particulier pour célébrer ce privilège qui lui est si glorieux ; je dis si glorieux , car fut-il jamais un autre privilège qui fût comparable à celui de n'avoir jamais été un instant souillée du péché, et de n'avoir jamais été esclave du démon ?

Élie et Jean-Baptiste furent sanctifiés dès le sein de leur mère ; c'est là sans doute un grand privilège ; mais ils furent conçus Tun et l'autre dans le péché , au lieu que Marie est sancti-

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fiée dès l'instant même de sa conception.

Que j'aime à le redire pour votre gloire , ô Marie ! que j'aime à publier ce privilège si cher à votre cœur , qui vous élève d'une manière si étonnante au-dessus de toute créature ! Je voudrais qu'il me fût donné de pouvoir le publier jusqu'aux extrémités du Monde , et de pouvoir dire à tous les 23euples qui couvrent la surface de la Terre :

Marie a été conçue sans tache et sans souillure ; elle fut toujours pure et immaculée , comme le chante l'Eglise catholique; Tota pulchra es, et macula non est in te : Marie est un soleil radieux, qui ne fut jamais obscurci par aucun nuage, et le Saint des Saints l'a choisie pour son tabernacle : In sole posait tabernaculum siium.

S'il se trouvait quelqu'un qui voulût contester à Marie cette insigne prérogative , je serais fâché de lui dire qu'il a sur cet article moins de respect pour Marie qu'un disciple de l'alcoran : qu'il me suffise, pour le lui prouver, de citer un exemple que voici. Sous le pontificat de Jean XXII , un prince musulman vint à Avignon, où était alors le Saint - Père. Comme son dessein

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était de voir toutes les cérémonies de la Religion chrétienne , il arriva qu'un jour, étant entré dans une église pour satisfaire ses pieux désirs , un prédicateur parut en chaire : il s'applique à l'entendre ; le prédicateur, dans le cours de son sermon, semble dire quelque chose qui refuse à Marie le privilège d'avoir été conçue sans péché :

au même instant le jeune prince, saisi d'indignation , se lève et s'empresse de sortir de l'église ; Avignon n'est plus pour lui un séjour qui puisse lui plaire , il ne pense plus qu'à se retirer chez les siens , et en effet il se retire. Telle est la croyance d'un disciple de Mahomet touchant l'immaculée conception , lui qui ne regarde point J. C comme vrai Fils de Dieu , mais seulement comme un grand prophète ; car c'est là la doctrine de Mahomet. Or , si déjà un mahométan croit que c'est déshonorer Jésus - Christ , considéré seulement comme un grand prophète , de ne pas accorder à celle qui l'a porté dans son sein , le privilège d'avoir été conçue sans péché , comment un chrétien , un catholique , qui reconnaît en Jésus - Christ le Fils de Dieu, pourrait- il se déterminer à

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refuser ce glorieux privilège a la mère de Dieu ?

Disons -le donc toujours avec les Saints , avec les Pères de l'Eglise et avec l'Église elle - même : Quand il s'agira de péché , de quelque espèce qu'il puisse être , Marie doit être exceptée. Dans le décret qui rend tous les hommes responsables et coupables de la faute de notre premier père , Marie n'est point comprise ; c'est-àdire que Marie dans le sein de sa mère a été formée dans le même état d'innocence et dans un état plus parfait encore que la première des femmes. Celle-ci perdit par sa faute ce don précieux, et ce fut alors que toutes les sources du bonheur furent fermées à sa race maudite. Mais Marie , après avoir reçu ce don inappréciable , le conservera avec soin , elle le fera fructifier : par sa fidélité elle attirera sur elle les regards de la Divinité , et par le fruit de ses entrailles les trésors de la grâce céleste , qui nous furent fermés à cause du péché de la première femme , nous seront de nouveau rouverts ; car c'est par elle que le genre humain recevra son réparateur ; par Marie , la tristesse et

i6 Dévotion à la S. Vierge, la douleur d'Eve seront changées en joie : Per qiiam mortalium geniis redintegratuni est ; per quam primogenitce îiiatris Ei^ce mœror in lœtitiam Tnutatus est ( S. Jean Damascène ).

Celle-là a entendu de la bouche de Dieu cette sentence de malédiction : In do' lorf paries iiheros ; « Vous enfanterez » avec douleur » (c'est toujours le même Saint qui parle). Celle-ci , au contraire, n'a entendu que des paroles de bénédiction : «Je vous salue , Marie, pleine » de grâce ; » Hcec : ^(^e, gratid plena. Celle-là : « Vous vous attacherez à i> votre époux , vous dépendrez de lui , » vous lui serez soumise; ^> llla : Ad vimm conter sio tua. L'autre : « Le Sei- St> gneur est avec vous ; » Hœc : Dominus tecum»

Ah ! bénissons à jamais l'auteur de tous les dons pour un privilège si glorieux à Marie , et tout à la fois si consolant pour la race humaine , pour les descendans malheureux dune mère coupable. Félicitons Marie de ce que Dieu l'a choisie entre toutes les femmes, pour l'honorer, pour l'enrichir, par préférence , d'une faveur aussi signalée que celle-ci ; pour la préparer , par cette première grâce , à en rece*

voir une infinité d'autres , et la disposer par-là à donner un jour au monde celui qui , par sa vie et par sa mort , doit réparer la faute de nos premiers parens. C'est de cette abondance de grâces que nous allons parler dans le chapitre suivant.

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