‹ Diabète HyperchloruriqueChapitre 36 sur 40 · A. — TRAVAUX DU DOCTEUR PIGACHE · texte numérisé non relu

A. — TRAVAUX DU DOCTEUR PIGACHE

Nous avons été précédé dans nos travaux sur la dialyse chloruro-sodique du sérum par le docteur Pigache (43), qui a consacré sa thèse à la pathogénie de l'œdème.

L'auteur se propose de démontrer que les altérations éprouvées par l’albumine, sous l'influence de l’intoxication et de l'infection, modifient profondément cette substance et lui permettent de contracter avec le NaCI des combinaisons plus fixes qu’à l'état physiologique.

Le schéma de ses expériences est le suivant :

Le docteur Pigache met dans un dialyseur 200 cc. d'une solution de NaCI à 1 %. Il dose ce qui reste dans le dialyseur après demi-heure de dialyse.

Il répète l'expérience en ajoutant à la solution salée 3 grammes d’urée. Il constate que le reliquat du dialyseur en NaCl est moindre que précédemment, d'où il conclut que l’urée active la dialyse chlorurée et ne se combine pas au chlorure.)

Reste l'hypothèse d’une combinaison chloruro-protéique, que l’auteur prétend établir en trois groupes

d'expériences.

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Dans la première série, il met dans des dialyseurs un mélange d’albumine et de NaCL. Il constate que la dialyse du sel, pour être moins rapide qu'avec les solutions

salées pures, ne laisse pas d’être très active, et 1l en con-

clut qu'il existait un mélange et non une combinaison.

Dans un deuxième groupe, figurent des dialyses de NaCI de sérum de bœuf. La traversée de la membrane se fait avec une lenteur remarquable, d'où il déduit que dans ce sérum de bœuf, il n'existe plus un simple contact entre le chlorure et l’albumine, mais bien une combinaison des deux éléments. |

Avant d'exposer sa troisième série d'expériences, l’auteur rappelle l’affinité des métaux et des métalloïdes pour J'albumine et les altérations de cette dernière sous l'influence des alcaloïdes. Il assimile le mode d'action des toxines sur la substance protéique à celui des alcaloïdes, et cite deux observations qui mettent en relief la coïncidence de la rétention chlorurée et de l’œdème, au cours de maladies infectieuses.

Enfin, dans sa troisième série de manipulations, l’auteur vérifie que la dialyse de liquides pleurétiques et autres, dont les albumines sont altérées, lhibèrent le NaCI avec plus de lenteur.

À notre avis, notre prédécesseur s'empresse trop de conclure à l'existence des combinaisons chloruro-protéiques. Si la dialyse chlorurée se fait très rapidement dans la première série d'expériences, et très lentement dans la deuxième, la différence dans le passage du NaCI n'implique pas l'existence de ces composés. Cette différence peut s'expliquer par l'obturation des pores du parchemin, grâce à la simple présence d'une matière colloï-

LL + peu dale. Elle peut aussi tenir à des attractions moléculaires entre les miscelles de colloïde et les molécules cristalloïdes.

Nous croyons répondre à ces objections en faisant remarquer que dans nos expériences sur le sérum de cheval, on voit la dialyse s'accélérer à mesure qu'interviennent de plus en plus les phénomènes de dissociation postmortem, alors que la matière colloïdale est toujours présente.

D'autre part, si c'est celle dernière qui arrête mécaniquement le NaCÏ, comment expliquer ces différences si marquées dans la dialyse que nous avons obtenue avec du sérum de cheval, du sérum de bœuf, du sérum de brightique, qui possèdent à peu près la même teneur albumino-chlorurée.

C'est précisément cette différence dans la vitesse de dialyse des divers tiquides®æ®xaminés, que nous considérons comme la preuve la plus nette d'une combinaison chloruro-protéique.

Nous l'avons mise en évidence dans la façon de traduire les résultats de nos expériences par des graphiques, ce qui vérifie les résultats différents du deuxième et du troisième groupe du docteur Pigache.

B. —— EXPÉRIENCES PERSONNELLES SOUS LA DIRECTION DE M. More.

Tandis que Pigache se proposait surtout d'étudier la formation de l’æœdème, nous nous sommes attaché uniquement à démontrer l'existence des combinaisons chloruro-protéiques du sang. Mais, comme cet auteur nous

Note

fournissait quelques éléments pour étayer la réalité de

ces composés, nous avons essayé : 1° de vérifier; 2° d'é-

tendre et de perfectionner les résultats qu'il avait obte-

nus.

C'est ainsi que nous nous efforçons de comparer la vitesse d’une solution de NaCI, au titre de nos solutions albumineuses, avec la vitesse de dialyse du NaCI, dans chacune de ces solutions albumineuses.

En plaçant dans un même vase, traversé par un courant d’eau, et symétriquement par rapport à la direction du courant : 1° un dialyseur renfermant une solution titrée de NaCI; 2° un autre dialyseur aussi semblable que possible au précédent comme surface, qualité du papier, hauteur des liquides à l'extérieur et à l'intérieur, nous nous sommes placé dans des conditions aussi comparables que possible et nous avons cru éviter ainsi toutes les cause d'erreur pouvant faire varier la vitesse de dialyse.

1° Descriplion du dialyseur.

Nous nous sommes servi du genre de dialyseurs employé par le docteur Lévigne, dans le laboratoire de M. Hugounenq et que l’auteur décrit ainsi dans sa thèse :

« Les dialyseurs représentent des cylindres de verre ayant chacun huit centimètres de hauteur et quatre centimètres de diamètre, et dont la forme ne peut mieux être comparée qu'à celle d’un verre de lampe. Leurs bords sont rodés à la meule; ils présentent, à environ un centimètre et demi au-dessus de leur bord inférieur, une rainure de deux millimètres et demi environ de profondeur, formant étranglement, et destinée à recevoir la ligature. Près du bord supérieur, sont percés trois

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LAN AS œillets, dans chacun desquels s'engage un fil de fer; ces fils sont réunis en une torsade, qui est ensuite recourbée en crochet. Tous ces cylindres sont coupés dans le même tube de verre et présentent donc une section uniforme. »

Pour obturer le dialyseur, nous avons utilisé le papier parcheminé de Schleicher et Schull.

2° Technique du dosage du NaCl.

Nous avons toujours dosé le liquide restant sur le dialyseur, parce que nous retranchions la quantité du NaCl resté sur le dialyseur, au bout d’un temps déterminé, de la quantité trouvée par une méthode chimique absolument identique, dans une prise d'essai de l'échantillon.

10 cc. d'échantillon (sérum, solution titrée de NaCI ou de liquide restant sur le dialyseur — y compris le papier parcheminé (1) — sont placés dans une grande capsule en platine de 18 centimètres de diamètre. On les additionne de 10 grammes de poudre nitratée, formule de Moreau (nitrate de potasse 8, carbonate de potasse I, carbonate de soude 1). On évapore doucement à feu nu, en évitant les projections. Une minéralisation complète est effectuée et le résidu est dissous dans de l'eau distillée. Après acidification par 5 cc. d'acide nitrique, on fait bouillir pendant une demi-heure pour éliminer l'acide nitreux, puis on ajoute une solution de permanganate de potasse à 5 %, jusqu'à coloration rose.

Après refroidissement et décoloration, par quelques

(1) Quand on faisait un dosage après dialyse on détachait au-dessus de la capsule de platine le fond du dialyseur de facon à doser non seulement ce qui restait au-dessus de la membrane mais ce qui se trouvait inclus dans le parchemin lui-même.

rss ee gouttes d’une solution de sulfate ferreux, on litrait par la méthode de Wolhard le liquide additionné de 20 ce. de liqueur décinormale de nitrate d'argent.

(Cette méthode de dosage, bien qu’un peu compliquée, a été choisie par nous, comme étant la meilleure et à l'abri de toute critique.)

Exposé des expériences.

I. — On met dans deux dialyseurs 10 cc. de sérum de bœuf employé une heure après la saignée, et dans deux autres dialyseurs, 10 cc. de sérum physiologique.

En une heure, la teneur salée du liquide sanguin passe de 0 gr. 06727 à 0 gr. 02047 : R=3,20 (1), celle du sérum physiologique de 0 gr. 05967 à 0 gr. 008 : R=7,40.

IL.— a) Le dialyseur contient 10 cc. de sérum de cheval, utilisé une heure après la saignée. En une heure, sa teneur salée passe de 0 gr. 05382 à 0 gr. 02398 : R=2,20.

b) Le dialyseur contient 10 cc. de sérum de cheval conservé 24 heures à la glace. En une heure, sa teneur passe de 0 gr. 05382 à 0 gr. 0120 : R=4,30.

c) Le dialyseur contient 10 cc. de sérum de cheval conservé 48 heures à la glace. En une heure sa teneur passe de 0 gr. 05382 à 0 gr. 01053 : R= 5,10.

III. — Le dialyseur contient 10 cc. de sang de bœuf, dont la teneur salée, au bout d’une heure, a passé de 0 gr. 03744 à O gr. 02042 : R= 1,80.

IV. — Le dialyseur contient un mélange de 10 cc. de sérum frais de cheval et de 10 cc. de sérum physiolo-

(1) R désigne le rapport entre la teneur en NaCI avant et la teneur en NaCI après la dialyse.

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gique. En une heure, la teneur chloruro-sodique passe de 0 gr. 13349 à 0 gr. 01872 : R—6,06.

Un dialyseur témoin contient 10 cc. de sérum physiologique, dont la teneur passe, dans le même temps, de 0 gr. 05967 à 0 gr. 008 : R=7,40.

Un dialyseur témoin contient 10 cc. de sérum frais de cheval, dont la teneur passe, "dans le même temps, de 0 gr. 05382 à 0 gr. 02398 : R—2,20.

V.— Avant l'expérience, 1l y a dans le dialyseur 10 cc. d'une solution de 5 grammes d’ovalbumine, dans 10 cc. de sérum physiologique. La teneur salée passe, en une heure; de.0 gr: 0585 à O-gr. 009 : R=6,50.

VI. — Un dialyseur contient 10 cc. d'urine albumineuse. Sa teneur passe, en une heure, de 0 gr. 069 à D'or: 025:: R=2;70;

Un dialyseur témoin contient 10 cc. d'urine normale, dont la teneur passe de 0 gr. 0128 à 0 gr. 050 : R=2,50.

Un dialyseur contient 10 cc. d'urine hématique. En une heure, la teneur passe de 0 gr. 055 à 0 gr. 020 : h=2,20:

VII. — Le dialyseur possède 10 cc. de liquide d'ascite dont la teneur salée passe, en une heure, de 0 gr. 05967 AO Sr 020621R=2,20.

VIII. — Un dialyseur contient 5 cc. d'un sérum de brightique ædémateux. La teneur passe, en deux heures, de 0 gr: 03042 à O0 gr. 019305 : R=1,50,.

Un autre dialyseur contient 4 cc. du même sérum, dont la teneur passe, en deux heures, de 0 gr. 02432 à (RorA04r25; R=1T70:

Vitesse de dialyse chloruro-sodique de divers liquides.

(La colonne À indique la teneur salée du dialyseur (rapportée au litre) avant l'expérience. La colonne B indique cette teneur après une heure de dialyse.)

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