‹ Diagnostic bactériologique post mortem au point de vue médico-légal de certaines septicémies (Travail de l’Institut médico-légal)Chapitre 38 sur 40 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

Les circonstances dans lesquelles nous avons recueilli nos observations et les recherches expérimentales que nous avons faites pour compléter celles-ci nous paraissent donner aux documents que nous apportons un intérêt pratique réel.

Ainsi que nous l’avons exposé au début de ce travail, nous nous sommes demandé si, dans les septicémies mortelles méconnues, l'examen du sang cadavérique pouvait fournir au médecin-légiste des renseignements suffisants pour lui permettre d'éclairer la justice sur la cause précise du décès; l’avis de maîtres éminents, comme les Professeurs Achard, Balthazard, Sabrazès, nous permettait d'envisager cette hypothèse, et nous avons pu en effet constater que les résultats de nos recherches bactériologiques concordaient bien avec leurs conclüsions.

Nos observations concernent uniquement des sujets dont la mort avait été précédée de symptômes qui l'avaient fait attribuer à une septicémie. Dans tous les cas, les recherches bactériologiques pratiquées post mortem dans le sang ont été positives : nous avons retrouvé le microbe dont le médecin traitant avait soupçonné l'existence, sans pouvoir l’affirmer.

Le fait que dans la plupart des cas le streptocoque était en Cause pourrait faire songer à l'une des causes d'erreur signalées par les auteurs, à savoir une émigration de ce microbe saprophyte des voies naturelles pendant les périodes pré et post-agoniques. Nous pensons que cette hypothèse doive être écartée; le microbe, en effet, se trouvait dans le sang en quantité considérable, et la date de l’autopsie était trop

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proche de celle du décès pour permettre à quelques microbes saprophytes de se développer avec une telle intensité.

La seule cause d'erreur qui nous paraisse pouvoir être invoquée est celle du streptocoque considéré comme microbe secondaire, le microbe pathogène spécifique passant inaperçu; Strauch, en effet, nous dit avoir rencontré dans le sang de sujets ayant succombé à certaines affections bien déterminées : scarlatine, érysipèle, méningite, des microbes secondaires comme le staphylocoque, le streptocoque, le bacille diphtérique, le pneumocoque. Nous pensons que, dans ces cas, il est bien difficile d'affirmer le rôle pathogène exact de ces microbes, et, lorsqu'ils se trouvent dans le sang en quanhté vraiment considérable, rien ne prouve que la septicémie secondaire qu'ils constituent n'ait pas été la cause véritable de la mort.

A notre avis, le médecin légiste, dans quelques cas bien déterminés et, notre fréquentation de l’Institut médico-légal nous l’a montré, assez fréquents, pourra trouver dans l’examen bactériologique du sang des cadavres infectieux une base solide pour ses conclusions, à condition toutelois que le microbe trouvé soit en quantité suffisante pour permettre d’écarter les interprétations précédemment mentionnées.

Il est un autre point que nous avons essayé d'éclaircir, et qui a été le but poursuivi par notre expérimentation : à savoir la détermination approximative du délai, durant lequel cet examen bactériologique post mortem du sang peut être pratiqué avec quelques chances de succès. Ce point ne nous semble pas avoir été spécialement envisagé par les différents auteurs que nous avons pu consulter, à l'exception du Professeur Balthazard et de notre camarade Grinsard.

Comme le Professeur Balthazard, nous avons constaté que ce délai d'examen utile variait avec les différentes races microbiennes en cause. Et ceci en raison de deux facteurs

Il faut envisager d’abord la vitalité plus ou moins grande des divers microbes dans le milieu cadavérique. Certains, comme les pneumocoques par exemple, disparaîtront du ca-

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davre rapidement, parfois même avant que les microbes de la putréfaction aient fait leur apparition. D’autres, plus résistants, persisteront dans le cadavre, et c’est ici qu'intervient le second facteur, à savoir la morphologie microscopique du microbe étudié.

Ainsi que nous l’avons mentionné au cours de nos recherches, ce sont les microbes de la putréfaction qui, par leur développement intense, viennent rendre de plus en plus difficile et bientôt impossible l’identification du microbe pathogène préexistant. Si ce dernier possède, comme la bactéridie charbonneuse spécialement mentionnée par Balthazard, une allure caractéristique la diflérenciant nettement des autres bactéries, sa présence dans le sang pourra être décelée en quantité suffisante pendant une période plus longue.

Au contraire, un autre microbe pathogène, comme le colibacille par exemple, dont la morphologie comporte de nom: breuses ressemblances avec celle des bacilles de la putréfaction, ne pourra plus être mis en évidence dès l'instant de l'apparition de ces derniers, même s'il existe en quantité considérable.

Le résultat de nos expériences, bien qu’assez variable, nous permet toutefois de donner les chiffres approximatifs suivants

1° Pour le streptocoque, cinq à six jours; 2° Pour l’entérocoque, trois jours;

3° Pour la B. charbonneuse, quatorze jours; 4° Pour lé pneumocoque, trois à quatre jours;

3° Pour le colibacille, deux jours.

Quant à la question du point de l’organisme où doit être prélevé le sang à examiner, d’après les résultats que nous avons obtenus soit dans le cœur, soit dans les veines périphériques, il semble que, pour un examen précoce, le sang du cœur donne des résultats assez fidèles. Pour un examen tardif, le sang périphérique, plus longtemps épargné par les microbes de la putréfaction, présente moins de difficultés.

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En résumé, nous croyons pouvoir affirmer qu'un examen bactériologique direct du sang d’un cadavre infectieux, ne présentant aucune lésion macroscopique expliquant la mort, peut être d’une grande utilité pour le médecin légiste. Inversement, un examen bactériologique du sang du cadavre, fait dans les délais que nous avons approximativement ‘fixés, montrant la présence d’un microbe pathogène abondant, permet, dans la plupart des cas, au médecin légiste, de fournir dans son rapport la cause précise du décès. | |

Comme preuve ultime de l'utilité que peut avoir l'examen microbiologique du cadavre, même dans les sciences paramédicales, nous citerons les travaux de Rüffer, intitulés Studies of Paleopathology of Egypt (University of Chicago Press), 1921, dont le résumé nous a été communiqué par notre camarade Pales, qui, dans sa thèse (Bordeaux 1929), a approfondi la question : Rüfler a montré l'existence, dans les voies pulmonaires d’une momie égyptienne, d'un bacille qu'il a assimilé au bacille pesteux de Yersin. Dans les tubes contournés du rein d’une autre momie, il a découvert des œufs de Bilharzia Hœmatobia, et ceci après plusieurs siècles.

Etant. donnée l'importance, mentionnée plus haut, de la présence dans le cadavre humain des bacilles de la putréfaction, il serait intéressant au point de vue médico-légal, et comme complément de notre travail, — dont le but était différent — d'approfondir les recherches concernant les circonstances et la date exacte de l’apparition de ces microbes dans les diverses parties du cadavre.

VU, BON A IMPRIMER Vo : Le Doyen, Le Président,

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