Diagnostic des maladies de la hanche
« La science du diagnostic tient le premier rang entre « toutes les parties de l’art, et en est la plus utile et la plus « difficile. Le discernement du caractère propre de chaque « genre de maladies et de ses différentes espèces est la « source des indications curatives. Sans un diagnostic « exact et précis, la théorie est toujours en défaut et la <( pratique souvent infidèle (1). »
La difficulté que Louis signale, dans les quelques lignes que nous venons de citer, s’augmente encore lorsqu’il s’agit du diagnostic des maladies de la hanche.
En premier lieu, parce que cette région n’ayant point de limites naturelles, est étroitement liée à des régions voisines, dont les maladies offrent des symptômes qui pourraient être confondus avec ceux des maladies de la hanche. En second lieu, à cause des difficultés que présente l’exa-
(1) Mémoires de l’Académie de chirurgie, t. V, 1819, p. 1.
men chirurgical d'une région où des parties molles recouvrent profondément les parties le plus souvent et le plus grièvement lésées.
Notre tâche a été facilitée par les importants travaux de J. L. Petit, Sabatier, Brodie, Rust, Boyer, Bérard, Larrey, Malgaigne, Parise, Bonnet; de MM. Laugier, Gosselin, J. Guérin, Maisonneuve, Marjolin, Giraldès, Yerneuil, Ollier, Valette, Labbé, Philipeaux, etc., etc.
Nous devons beaucoup en particulier à Bonnet, qui, le premier, a donné une description générale des maladies de la hanche; à l’école de Lyon, qui a recueilli et continué sa tradition; enfin aux travaux de la Société de Chirurgie, dans laquelle nos maîtres apportent les résultats précieux de leur expérience personnelle, et dont les savantes discussions font naître des idées nouvelles qui servent au progrès de ia science.
En nous servant des travaux importants que nous venons de signaler, des monographies qui ont paru en France et à l’étranger, des observations publiées dans les recueils périodiques ou qui se sont produites dans les sociétés savantes, nous avons essayé de donner une classification générale des diverses maladies de la hanche, et de mettre en relief les caractères spéciaux qui distinguent chacune d’elles.
Nous avons dû commencer par quelques considérations anatomiques et physiologiques sur la région de la hanche, préliminaire indispensable de toute étude de ces maladies. Puis nous avons exposé les symptômes communs à la plupart de ces affections avant d’entrer dans le détail de chacune d’elles, ce qui nous a permis tout à la fois de grouper dans une même catégorie les caractères généraux des maladies de cette région, de prévenir les erreurs d’interpré-
tation auxquelles pouvait donner lieu un examen superficiel des malades, et de dégager ce qui pourrait obscurcir le diagnostic particulier de chaque maladie spéciale.
Nous avons cru devoir établir la division des maladies de la hanche, non d’après leur siège, selon qu’elles occupaient les parties molles, les os ou l’articulation (ce qui, dans beaucoup de cas, aurait amené des confusions et des répétitions); mais d’après la nature même des maladies, ce qui nous a permis de les classer en quatre groupes bien distincts, et dont chacun offre des caractères bien tranchés qui servent de base au diagnostic :
1° Maladies traumatiques;
2° Maladies inflammatoires ;
3° Maladie nerveuse ;
4° Difformités.
Nous avons réuni dans ce dernier groupe des lésions qui sont plutôt des infirmités que des maladies, mais qui, faute d’un diagnostic exact, pourraient provoquer un traitement ou dangereux, ou tout au moins inutile.
Enfin, dans un dernier chapitre, nous avons traité de quelques cas exceptionnels qui ne pouvaient rentrer dans aucune des divisions régulières que nous avons tracées.
On verra, dans le cours de ce travail, que nous avons particulièrement cherché à distinguer de la coxalgie plusieurs maladies qui avaient été décrites avec elle, à isoler la contracture hystérique de la hanche des autres contractures symptomatiques de la même région.
De plus nous avons insisté, dans l’étude des diverses lésions de la hanche, sur les symptômes fournis par les maladies du grand trochanter.
Après avoir exposé les signes diagnostiques de chaque maladie et de ses variétés, nous avons eu soin de la distinguer des maladies étrangères à la région qui offraient des symptômes analogues. Quant aux autres maladies de la hanche avec lesquelles on pouvait la confondre, nous avons dû nous borner à les indiquer, puisque chacune d’elles se trouvait exposée en détail à la place qui lui était assignée.