DuLrouleau. Maladies des Européens dans les pays chauds
3. Hammond. /. nerv. and Ment. Dis. Chicago, cité in Gaz. hebdom., 1880, p. 772.
et progresse lentement, sans se manifester autrement que par une hypertrophie du foie ou même sans retentir d'une façon nette sur l'organisme. Parfois l'état général demeure longtemps mauvais, et l'on n!en peut saisir la cause réelle; et la suppuration ne sera décelée qu'à l'autopsie ou s'il survient des signes de pénétration du pus dans une cavité voisine.
d Ce silence de lésions souvent aussi profondes, opposé à l'évolution si tumultueuse de la maladie en d'autres cas, constitue un des traits les plus curieux de l'hépatite suppurée. Quand l'affection a ainsi poursuivi lentement son courSj la nutrition se détériore de plus en plus, les forces s'usent peu à peu, l'amaigrissement augmente chaque jour, les membres s'infiltrent et le malade succombe dans le marasme. j> (Kelsch et Kiener).
Ainsi cette forme, caractérisée par la bénignité apparente des symptômes au début, mais dont la marche peut être interrompue soudain par des accidents graves, durera de longs mois.
Abcès à marche aiguë.
Assez fréquente aux pays chauds^ chez nous extrêmement rare, cette forme offre des traits si saisissants et de si nets symptômes qu'elle s'impose à l'observateur le moins exercé. Elle survient d'emblée, ou après quelques poussées congestives si communes au début de la forme subaiguë. L'invasion subite s'annonce par une fièvre intense, avec frissons, nausées et vomissements bilieux, par une douleur souvent très vive à Thypochondre droit, iiradiée à l'épi^astre et surtout à l'épaule droite, et qui peut avoir tous les caractères déjà signalés dans la forme subaiguë. Puis à l'accès initial succède une fièvre continue, rémittente, avec agitation, respiration haletante, que gênent encore des quintes de toux. Le teint anémié ou blême exprime la souffrance et l'anxiété.
Les désordres fonctionnels du tube digestif sont constants : langue sale et jaunâtre, avec papilles proéminentes (Younge), soif vive, nausées et vomissements habituels, selles rares: ce sont en somme tous Içs symptômes énumérés dans la forme subaiguc, mais leur intensité est acci'ue (Kelsch et Kiener).
Vers le cinquième ou sixième jour peut se faire une légère détente, qu'annonce l'atténuation de la fièvre et des souffrances; mais cette amélioration passagère n'est que séduisante, et la maladie reprend vite une acuité nouvelle dont la signification est bien nette: c'est une recrudescence delà douleur locale, c'est une fièvre d'accès irréguliers, surtout vespéraux, s'annonçant par des frissons et termincslpar des sueurs, c'est une somnolence continuelle et une rapide diminution des forces : tous signes d'une suppuration certaine. En peu de jours le pus va faire une tumeur plus ou moins fluctuante entre les côtes, à l'hypochondre, à l'épigastre, ou bien l'irruption subite de Tabcès. se révélera dans une cavité voisine. Mais si pareille issue ne se fait pas, si l'intervention est trop tardive, la fièvre persistante, les forces épuisées, le délire et les phénomènes ataxo-adynamiques qui s'aggravent, un état typhoïde profond présagent une fin prochaine, et l'on trouve à l'autopsie auprès d'un grand abcès de petits, foyers multiples, encore en formation (Kelsch et Kiener).
Cette évolution peut durer 15 ou 20 jours.
Parfois la mort surprend le malade : tel ce médecin militaire, cité par Mac Lean, qui brusquement pris de syncope et de violent frisson, en passant un examen, succombe le lendemain pendant une vomique.
Dans ce court tableau des trois formes possibles d'abcès du foie peut-on trouver quelques signes ou symptômes caractéristiques? En d'autres termes, y en a-t-il qui aient une valeur séméiologique ?
Parmi les troubles généraux du début, les accidents gastriques n'ont aucune signification ; par son allure spé-
ciale, continue, rémittente, la fièvre en a davantage. Les phénomènes fonctionnels (toux, dyspnée, mode respiratoire), sont d'une affection pleuro-pulmonaire et peuvent rappeler la pleurésie. Seule la douleur est remarquable par sa nature, son siège et ses irradiations, mais elle est mobile et variable d'un sujet à l'autre. Qu'on y joigne Taspect de la région, l'étendue de sa matité, la déformation et la voussure du thorax, l'écartement des espaces intercostaux effacés, l'œdème ou l'empâtement local chez un malade dysentérique ou récemment guéri d'une diarrhée, et l'on pourra songer à un abcès du foie. C'est déjà beaucoup de soupçonner une hépatite suppurée, car une ponction exploratrice permet de dissiper tous les doutes et de changer en certitude l'existence possible ou probable de la suppuration. Si cette ponction est le premier temps du traitement chirurgical, c'est aussi un contrôle nécessaire et essentiel du diagnostic: j'en dirai donc ici quelques mots.
Elle doit être hâtive, faite le plus proprement du monde, au siège maximum de la douleur, si possible, ou bien au point le plus saillant ou fluctuant de la collection, dans un espace intercostal ou dans l'hypochondre. Répétée fréquemment avec la seringue de Pravaz, avec le petit ou mieux le moyen Irocart de l'aspirateur Polain (car le pus est souvent épais), cette ponction est inoffensive. Lavigerie l'a montré par des expériences sur les chiens (i); de nombreux faits cliniques prouvent que chez Thomme cette pratique a pu se renouveler sans crainte pour le tissu hépatique (2) : l'un des plus convaincants est celui de M. Jaccoud {Gaz. des hôpitaux, 1867) où. après une douzaine de ponctions l'autopsie montra le tissu du foie presque sans altération (3).
1. Lavigerie. Thèse de Paris, 1866. — Léo. Archives de médecine navale, 1890, t. 54.