INTRODUCTION
Il peut parailre étrange qu’on choisisse à Paris pour litre de thèse inaugurale un tel sujet de pathologie, vour ainsi dire exotique. Mais si l’on songe que l'extension de notre domaine colonial devient depuis quelques années considérable, que les voyages, de plus en plus faciles et rapides, sont fréquents aux pays chauds et qu’on en peut revenir touché par la dysentérie ou la malaria, causes essentielles d’abcès du foie, que les hépatites suppurées d’origine sporadique ne sont pas si rares, mais demeurent souvent méconnues, que les observations d’abcès du foie se multiplient dans les hôpitaux de Paris et qu’un diagnostic précoce et un prompt traitement s'imposent à qui les veut guérir, on conviendra que ces abcès méritent une sérieuse étude sur les difficultés de leur diagnostic et sur les exigences de leur traitement.
Tels sont les molifs qui m'ont dicté ce choix.
Aussi bien le hasard m'a donné raison, puisque au cours de ces recherches il est entré à l'hôpital Saint- Antoine, dans le service de mon maître, M. Merklen, un malade revenant de Lisbonne avec un abcès du foie. L’opéralion m'en fut confiée, mais l’opéré mourut de complications pulmonaires et de dysentérie (1).
4. Nous avons eu la bonne fortune d'observer en même temps dans le service un abcès du foie, une pleurésie purulente diaphragmatique et un kyste hydatique suppuré : trois affections d’un diagnostic souvent très difficile.
Leblond
LME
Il ne suffit pas de choisir un sujet : il le‘faut encore préciser ; je m'attacherai donc en quelques lignes à en fixer jes bornes, ne sachant pas d'autre méthode pour définir que de bien délimiter.
Or, la suppuration du foie peut avoir deux modalités distinctes : L’une correspond aux formes diffuses de péripyléphlébite et de périangiocholite par lithiase, ainsi qu'aux foyers métastatiques de l'infection purulente : c'est le groupe des petits abcès du foie, souvent impossibles à diagnostiquer, qui ne sont pas justiciables du bistouri et doivent être éliminés de cette élude.
L'autre répond à des foyers volumineux, plutôt uniques, sinon plus apparents et faciles à reconnaîlre, qui peuvent avoir mêmes causes que ceux du premier groupe ; mais ils succèdent le plus souvent aux variétés d’hépatite circonscrite, dont le type est l’hépatite des pays chauds.
Ce dernier mode de suppuration sera l'objet de ce travail; je crois qu’on y peut ajouter les abcès du foie, souvent uniques et volumineux, causés par des ulcérations de fièvre typhoïde, de typhlile ou d’appendicite.
À la vérité, il ne faut rien exagérer, car il est facile aujourd’hui, grâce aux embolies microbiennes, d'assimiler le processus de l'hépatite dysentérique à celui des abcès métastaliques, et les différences sont parfois bien minimes entre les abcès dysentériques et les abcès métaslaliques.
Au cours de ces recherches j'ai parcouru un nombre considérable d'observations ; je ne les donnerai pas toutes, mais publierai seulement celles qui m'ont paru les plus intéressantes à quelque point de vue.
Pour l'étude du diagnostic, le plan suivi est sans doute artificiel ; 11 m’a semblé le plus capable de mettre un peu d'ordre et de clarté dans cette difficile question.
Au reste, si ce travail vaut quelque chose, le mérite en est aux maîtres qui, par leurs leçons, leurs conseils ou
RENTRER leurs exemples ont durant neuf années guidé mes études médicales :
À M. Périer, à qui je dois le meilleur de mon instruction chirurgicale, et qui m'a montré pendant deux années entières comment un habile chirurgien, de grande expérience, pouvait avoir excellent cœur et charmant caractère.
À M. Merklen, maître affable et bienveillant, qui apporle à son enseignement clinique les ressources d’une vaste érudition et d’un parfait dévouement ; c’est dans son beau service que j'ai eu le bonheur de faire ma quatrième année d’internat et d'achever mon éducation médicale.
A M. Bouilly, qui m'a laissé la plus large initiative dans son service d’accouchements de l'hôpital Cochin, et m'a fait profiter en gynécologie de la sûrelé de son diagnostic et de son habilelé opératoire.
A M. de Saint-Germain, chirurgien de lhôpital deë Enfants-Malades, qui m'initia à la pratique de la chirurgie infantile, et dont je n'oublierai jamais les utiles leçons de sa longue expérience.
A mes autres maîtres dans les Hôpitaux, MM. Nélaton, Th. Anger, Ficqué, Tuffier et Hennequin.
MM. Dumontpallier, Troisier, Comby, Josias, Chauffard, de Beurmann et Chantemesse.
Je dois remercier mes amis, H. Angerant, Jayle, Ch. Lévi et Lima de leurs recherches et de leurs traductions anglaises, italiennes et espagnoles.
Que M. le professeur Tillaux agrée l'expression de ma vive reconnaissance pour ce qu'il a bien voulu accepter la présidence de cette thèse.