‹ Diagnostic et traitement des affections oculaires [electronic resource]Chapitre 82 sur 134 · AMDLYOPIES ET AM AU ROSES · texte numérisé non relu

AMDLYOPIES ET AM AU ROSES

tantôt vague du même objet, d'où le phénomène de mobilité et de vacillement de l'image qu'il perçoit.

6° Diplopie et polyopie. — On voit aussi l'amblyopie alcoolique s'accompagner, chez quelques sujets, d'une certaine paresse d'accommodation (Romiée), et quelquefois de diplopie ou de polyopie, surtoutlorsque les malades veulent fixer de petits objets : témoin ce garçon de café, dont nous avons publié l'observation, qui, chargé deservir des liqueurs aux clients, voyait les objets en double et versait souvent les liquides à côté du verre qu'il devait remplir, ce qui ne tarda pas à lui faire perdre sa place.

V Mydriase. — Un certain degré de dilatation des pupilles a aussi été signalé dans l'amblyopie alcoolique. Cette dilatation est la règle, quand l'intoxication est simplement due à l alcool; mais comme les grands buveurs sont souvent en même temps de grands fumeurs, on rencontre fréquemment chez eux un mélange des deux principes toxiques, l'alcool et le tabac, ce qui donne lieu à une amblyopie mixte, dans laquelle l'une des pupilles est dilatée et l'autre contractée.

8° Affection binoculaire. — Un autre caractère de l'amblyopie alcoolique est d'être toujours binoculaire et d'atteindre les deux yeux à un degré égal, à l'inverse de ce qui a lieu pour l'atrophie des papilles, où un œil reste plus faible que l'autre.

9' Symptômes généraux. — Enfin, tout un ensemble de symptômes généraux, relevant de l'alcoohsme chronique, font ordinairement cortège à l'amblyopie que nous venons de décrire. Nous pouvons citer: la pituite, le tremblement des mains, les hallucinations, les cauchemars, la perle d'appétit, etc.

10" Examen ophlhalmoscopique . — L'examen ophthalmoscopique ne donne que des résultats négatifs : la rétine

AMBLYOPIli: ALCOOLIQUE.

est saine, la papille a son aspect normal. Mais cette proposition n'est exacte que dans la majorité des cas et non d'une façon absolue : chez certains malades, en effet, on peut constater soit des con tractions spasmodiques sur les artères l étiniennes, soit une légère infiltration péri-papillaire ou un état tortueux des veines et, dans des cas très rares, une ou deux petites taches hémorrhagiques le long des veines de la rétine. Lorsque la maladie a duré longtemps, on peut aussi observer quelquefois une décoloration prononcée de la moitié externe de la papille finissant par aboutir à l'atrophie. Ce sont ces altérations qui ont fait considérer la maladie par quelques auteurs, comme l'expression d'une névrite partielle, limitée d'abord à un seul faisceau du nerf optique et pouvant être d'origine centrale et même corticale (Panas) .

Les divers symptômes que nous venons de retracer sont assez caractéristiques pour permettre de reconnaître facilement l'affection. Toutefois, il est nécessaire de se rappeler que, dans certains cas,, elle peut être aisément confondue : r avec les troubles visuels qui signalent le début de l'atrophie progressive de la papille; 2° avec d'autres amblyopies, telles que l'amblyopie nicotinique et l'amblyopie glycosurique ; 3° et enfin exceptionnellement avec des hémorrhagies rétiniennes.

Nous ne reviendrons pas sur le premier point de ce diagnostic différentiel, qui a déjà été traité dans l'étude que nous avons faite des atrophies du nerf optique (1) :

(i) Aux caractères Je diagnostic différentiel que nous avons exposés, nous devons ajouter que le D'' Dariez vient de proposer récemment de mettre à profit la réaction électrique du nerf optique, pour permettre de distinguer les am-

blyopies des atrophies papillaires.

Il suffit, dit cet auteur, d'un courant très faible de 1 à 2 dixièmes de milli-Ampère, pour provoquer une sensation lumineuse dans un œil atteint d'amblyopie par intoxication, tandis que le courant doit

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nous ne nous occuperons donc que des amblyopies piopremenl dites que nous venons de citer.

Tout d'abord, si l'amblyopie est monoculaire, aucune hésitation n'est possible : elle n'est pas du ressort de l'alcoolisme et se rapporte soit au nicolinisme, soit à la glycosurie, qui quelquefois n'atteignent qu'un seul œil.

Si l'amblyopie est binoculaire, elle peut être de nature alcoolique, nicotinique ou glycosurique. Les habitudes du malade et l'analyse de l'urine tranchent facilement la question : toutefois, on peut déjà trouver dans l'inspection des oritices pupillaires de précieux renseignements pour le diagnostic. Ainsi les pupilles sont régulièrement dilatées dans l'amblyopie alcoolique et glycosurique; elles sont rétrécies dans l'amblyopie nicotinique, et inégales dans les amblyopies mixtes dues à l'alcool et au tabac.

Dans un autre ordre de faits, les hémorrhagies rétiniennes qui se déclarent accidentellement dans le cours de la maladie, ce qui du reste est très rare, ne sauraient tromper un observateur attentif sur la nature de l'affection. Ces hémorrhagies sont peu abondantes, peu nombreuses, siègent sur le trajet d'une grosse veine, souvent à une certaine distance de la papille et jamais sur la macula. Le trouble visuel qui existe n'est pas sous leur dépendance, car il est hors de proportion avec celui qu'elles peuvent produire : il faut donc bien se garder de diagnostiquer des

être beaucoup plus fort pour produire le phosphène électrique, s'il s'agit d'une atrophie du nerf optique.

On ne peut encore juger complètement ce nouveau moyen de diagnostic. Les variations considérables qui s'observent d'un sujet à

un autre au point de vue des variations produites par les courants électriques semblent rendre les résultats obtenus difficilement comparables. Mais l'auteur prétend que les différences individuelles cessent d'exister, après avoir fait passer plusieurs fois le môme courant.

AMBLYOPIE ALGOOLlQUfc:. "53

hémorrliagies rétiniennes vulgaires, sans voir l'amijlyopie alcoolique qui est la maladie principale et donl elles ne sont qu'un épipliénomène.

Semblablement, lorsqu'après un certain temps une atrophie de la papille se manifeste, il faut encore savoir reconnaître l'origine alcoolique de l'affection, sous ce nouveau caractère. Or, les antécédents du malade et la très longue durée des troubles visuels qui précèdent le processus atrophique caractérisent cette atrophie et en dévoilent la nature.

L'amblyopie alcoolique est une affection facilement curable, si le malade s'astreint à un régime sévère et se soumet aux prescriptions qui lui sont ordonnées. La guérison s'obtient généralememt après trois ou quatre mois de traitement, mais ne reste définitive que si le malade renonce à ses habitudes d'intempérance : autrement^ les récidives sont fréquentes et peuvent aboutir à l'atrophie des nerfs optiques, ainsi que nous l'avons signalé.

La première indication du traitement — et celle-ci est capitale — consister supprimer l'usage de toute boisson alcoolique. Cette suppression doit être brusque et complète: en recommandant cette méthode, nous avons obtenu de meilleurs résultats qu'en cherchant à régler la désaccoutumance du malade, car nous avons remarqué que des doses d'alcool même très minimes entretiennent l'intoxication et mettent obstacle à la guérison.

La seconde indication à remplir est de calmer l'excitation du système nerveux. L'alcoolique dort mal, est sujet à une agitation factice qu'il importe de modérer. C'est dans ces cas, qu'à l'exemple de Gubler nous prescrivons le bromure de potassium, à la dose suivante :

Gale7,o\vs«i et Uaguenkt. /o

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Bromure de polassiuin 20 grammes.

Eau dislillée 300 —

Une cuillerée de celte soluLlou malin el soir.

Comme moyen local, nous faisons usage des inslillations d'éséi'ine ou de pilocarpine pour resserrer les pupilles qui sont anormalement dilatées, pour -venir en aide à l'accommodation qui est défectueuse et pour agir enfin suil'élément vasculaire du fond de l'œil. En même temps, des conserves teinte fumée sont prescrites, s'il existe de la photopliobie, et quelques \ésicatoires volants sont alternativement promenés sur les tempes et sur la nuque, à litre de dérivatifs.

Dans les cas oii la maladie traîne en longueur ou s'accompagne de troubles gastriques, l'hydrothérapie se montre très utile. 11 en est de même des préparations de noix vomique (six à huit gouttes de teinture de noix vomique avant chaque repas), des toniques, de l'emploi des courants continus et des injections de strychnine.

Il est sans inconvénient de permettre au malade de vaquer à ses occupations habituelles, pendant le cours du traitement, mais si comme les mécaniciens de chemins de fer, par exemple, il est chargé d'interpréter des signaux de diverses couleurs, il est nécessaire de lui conseiller de suspendre ses fonctions, au point de vue de la sécurité publique, à cause de la dyschromatopsie qui est un des symptômes constants de son affection.

AMBLYOPIE NICOTINIQUE.

De même que l'alcool pris d'une façon immodérée, le tabac fumé avec excès, c'est-à-dire à la dose de 20 grammes par jour et au-delà, donne quelquefois heu à une

AMBLYOPIE NIGOTINIQUE. 755

véritable amblyopie. C'est la iiicoline qui joue ici le rôle fl'ageiit toxique : aussi le tabac français, qui en contient 8 à 9 pour 1 00, offre-t-il plus de danger que le tabac de Turquie et de la Havane, qui n'en renferme que 2 à 3 pour 100.

Étudiée d'abord par Mackensie, Siebel père et Desmarres, l'amblyopie nicotinique se présente sous la forme d'un scotome central, tantôt binoculaire, tantôt monoculaire.

La forme binoculaire est de beaucoup la plus fréquente et a une telle ressemblance avec l'amblyopie alcoolique, que ce n'est que par la connaissance des habitudes du malade qu'on peut arriver à établir le diagnostic. L'aspect des pupilles peut cependant être ici d'un grand secours, car l'abus du tabac en provoque la contraction, tandis que l'alcoolisme en amène la dilatation. Toutefois, la confusion entre les deux maladies est d'autant plus facile que les grands buveurs sont en général des fumeurs endurcis, et qu'on est souvent en présence d'une amblyopie mixte, dont il n'est pas toujours facile de dégager l'élément principal.

Sous sa variété monoculaire, l'amblyopie nicotinique se manifeste sous la forme d'un scotome central, s'étendant généralement depuis la papille jusqu'au delà des limites de la macula, mais pouvant envahir une grande étendue de la rétine et amener une cécité momentanée presque complète, en même temps qu'un certain degré d'anémie de la papille

On ne saurait guère la confondre qu'avec l'amblyopie glycosurique monoculaire, mais l'analyse de l'urine ne laisse subsister aucun doute.

Le diagnostic peut présenter des difficultés plus sérieuses lorsque cette amblyopie se manifeste sur un œil atteint d altérations diverses, ou se développe au milieu de circonstances qui peuvent donner le change. C'est ainsi que nous avons vu un malade se plaindre, après des manifes-

Amblyopie quiuiquc.

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talions syphililiffies cutanées, d'un scotome central monoculaire survenu rapidement; le premier confrère consulté \it là une manifestalion syphilitique oculaire, qu'il traita vainement par les préparations mercurielles, alors qu'il s'agissait d'un scotome nicolinique, dont la guérison fut obtenue après un traitement de quatre mois environ.

Pour combattre cette amblyopie, on met en usage les mômes moyens que ceux que nous avons indiqués contre l'amblyopie alcoolique, etl'on suspend d'une façon absolue l'usage du tabac.

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