‹ Diagnostic et traitement des affections oculaires [electronic resource]Chapitre 87 sur 134 · CÉRÉBRALE · texte numérisé non relu

CÉRÉBRALE

11 existe dans l'encéphale une région particulière dont les altérations organiques se révèlent non seulement par une hémiplégie, mais par une hémianesihésie complètement semblable à l'hémianesthésie hystérique. Cette région si remarquable est la capsule interne (Turck), on, d'une façon plus précise, la partie postérieure de la capsule interne, c'est-à-dire la région lenliculo-optique (Gharcot, Lépine). Dans cette hémianesthésie à laquelle prennent part tous les sens, les troubles visuels sont exactement les mêmes que ceux que nous avons signalés dans l'hémianesthésie hystérique. Même diminution delà vision, même rétrécissementdu champ visuel, même perversion du sens chromatique, mêmes réactions sous l'influence des métaux ou des aimants, à l'exception des phénomènes de transfert qui n'ont pas été observés ici, que nous sachions, et enfin même intégrité de la papille.

Nous ne nous étendrons pas davantage sur celte variété d'amblyopie, dont nous connaissons déjà les principaux caractères. Elle a ceci d'important, qu'elle nous a renseignés sur une portion du trajet intra-cérébral des fibres optiques et nous a fait voir que ces fibres sont réunies aux fibres sensitives de toute une moitié du corps, dans une région circonscrite, ce qui constitue une locahsation cérébrale du plus haut intérêt.

MIGRAINE OPHTHALMIQUE. AMAUROSE PARTIELLE TEMPORAIRE. SGOTOME SCINTILLANT.

La névropathic hémicrânienne, connue sous le nom de mic,Tmne, a des sièges multiples. Elle ne se localise pas

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(oujours sur le nerf trifacial, mais s'étend parfois sur la réline ou sur les centres nerveux, et donne lieu à des troubles visuels tout particuliers, que l'on doit ranger dans la classe des amblyopies et des amauroses.

Ces troubles sont fort divers, mais peuvent être groupés dans les trois principales variétés suivantes: 1° hémiopie périodique ; T scotome central et scotome scintillant ; 3° amaurose migraineuse.

1» Héiniopie périodique. — Cette hémiopie se déclare subitement et abolit immédiatement une des moitiés du champ visuel. Elle est le plus souvent limitée à un seul œil et en occupe le champ visuel externe ou temporal : si elle est binoculaire, elle frappe les deux yeux à des degrés différents. 11 n'est pas rare également de la voir atteindre le champ visuel supérieur ou inférieur, ce qui n'arrive jamais quand elle est consécutive à une lésion cérébrale, et nous permet de penser qu'elle est due à l'influence du système vaso-moteur.

2° Scotome central périodique et scotome scintillant. — La seconde variété d'amblyopie migraineuse est caractérisée par un scotome central périodique, tantôt monoculaire, tantôt binoculaire.

Ce scotome apparaît au malade sous la forme d'une petite tache grisâtre, demi-transparente, d'un diamètre de 4 à 5 millimètres, qui ne se trouve pas exactement sur le point de fixation, mais qui en est distante de 1 à 2 millimètres et gêne considérablement la vision.

Ce scotome ne persiste souvent que pendant quelques minutes ou tout au plus pendant quelques heures, et constitue quelquefois toute l'attaque. Nous l'avons vu cependant se prolonger plusieurs jours et même plusieurs mois, puis finir par disparaître complètement.

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Une autre forme de scofome qui accompagne l'hémiopie et le scotome central dont nous venons de parler, mais qui peut exister seul, est le scotome scintillant (Dianoux).

Ce scintillement affecte les formes les plus bizarres. Tantôt ce sont des éclairs en zigzag, des sphères lumineuses, des paillettes étincelantes qui passent au devant de l'œil avec une extrême rapidité et se renouvellent constamment. Tantôt ces images brillantes prennent l'aspect de figures angulaires, polygonales, de roues dentelées, de cercles tournant sur eux-mêmes.

Ces divers phénomènes s'observent presque constamment dans la maladie qui nous occupe, et en constituent ainsi un excellent signe de diagnostic.

3° Amaurose périodique. — Les deux premières formes de migraine ophthalmique dont nous venons de parler laissent subsister une partie de la vision, mais il y a des cas où, après une ou plusieurs crises ordinaires, on voit se développer une cécité subite, accompagnée de phénomènes de scintillement, de céphalalgie, de nausées et de vomissements. Cette amaurose migraineuse n'atteint généralement qu'un seul œil et n'a qu'une durée passagère.

Tels sont les troubles visuels les plus saillants de la migraine ophthalmique.

Ce qui les caractérise et en révèle la nature, c'est qu'ils se combinent fréquemment entre eux et s'accompagnent très souvent de scintillement; c'est qu'ils procèdent par crises, revenant parfois tous les jours, parfois à de longs intervalles et d'une durée variant ordinairement de quelques minutes à quelques heures; c'est, enfin, qu'ils sont généralement suivis des symptômes habituels d'une migraine intense. Rappe-

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Ions toutefois qu'on ne peut formuler à cet égard aucune règle bien précise, car ces troubles visuels soit dissociés, soit combinés, constituent quelquefois toute la maladie, qui n'est alors qu'ébauchée et se complète plus tard.

Il arrive également que ces mêmes troubles visuels s'associent quelquefois à des troubles d'ordre plus sérieux, c'est-à-dire à des troubles d'ordre cérébral, tels que : sensations de vertige, troubles de la sensibilité, et plus rarement de la motilité du côté des membres, attaques hystériques ou épileptiformes, aphasie et amnésie (Charcot), phénomènes qui ont, comme l'attaque, une durée passagère.

L'examen ophlhalmoscopique ne révèle aucune lésion : nous avons pu cependant constater, dans quelques cas, un certain degré d'anémie du disque optique, dû au spasme des vaisseaux.

La migraine ophthalmique, au moins dans ses formes cr incomplètes, n'est pas très rare, et nous la rencontrons p^ih chaque année davantage, depuis que notre attention a été attirée sur ce sujet. On l'observe à tout âge, mais surtout chez les adultes : le tempérament nerveux y prédispose, ainsi que la dialhèse goutteuse, et la maladie se déclare souvent à la suite de vulgaires accès de migraine qui ont disparu.

Quelle est la nature de celte bizarre alTection ? Est-elle due à un spasme des artères rétiniennes (Brewster, Quaglino) ? A-t-elle uniquement son siège dans les nerfs ou les bandelettes optiques (Dianoux) ? Les nombreux phénomènes dont elle s'accompagne prouvent, selon nous, qu'elle a une extension beaucoup plus grande, et nous la considérons comme une maladie produite par l'irritation des filets vaso-moteurs qui se rendent soit aux

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organes visuels centraux, tels que les tubercules quadrijumeaux, les corps genouillés et le chiasma, soit à leurs parties périphériques, telles que les nerfs optiques et la rétine.

Nous devons maintenant dire un mot du pronostic, qui n'est pas toujours aussi bénin qu'on pourrait le croire. En effet, comme le dit si justement le professeur Charcot, chaque névrose porte en elle-même le germe de lésions matérielles, et il n'y a aucun des symptômes de la migraine ophthalmique qui ne puisse devenir permanent. Pour notre part, nous avons vu deux fois cette affection amener la thrombose des vaisseaux rétiniens, ce qui prouve bien qu'une maladie nerveuse en apparence peut donner lieu, à un moment donné, à une maladie organique.

Le diagnostic est facile, quand la migraine ophthalmique se présente sous sa forme type d'hémiopie passagère, de scotome scintillant périodique et s'accompagne d'hémicrânie, de nausées et de vomissements.

Mais il y a des cas oti les symptômes habituels de l'hémicrânie font défaut et où la maladie est tout entière constituée par les troubles visuels, bizarres, variés, que nous venons de décrire. Ces troubles peuvent laisser le médecin dans une grande indécision, lorsqu'ils s'associent, par exemple, à quelques-uns des troubles cérébraux mal définis que nous avons signalés, et se déclarent à la suite de coups reçus sur la tête, ce qui peut faire croire à une lésion organique. Même embarras lorsqu'ils se manifestent dans des yeux atteints d'altérations choroïdiennes ou rétiniennes, auxquelles on a tendance à les attribuer; ou lorsqu'ils éclatent dans un œil dont le congénère est réduit à l'état de moignon, ce qui est de nature à faire redouter l'ophthalmie sympathique. Il est alors nécessaire, pour

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élablir le diagnostic, de rechercher avec soin les anlécédents du malade, d'examiner s'il a été sujet à des accès de migraine qui ont disparu, de tenir compte- enfin de la bizarrerie des troubles visuels, de leur variété, de leur périodicité, et surtout des phénomènes de scintillement qui les accompagnent et qui sont un des bons caractères de la maladie.

Le traitement consiste à combattre l'accès lorsqu'il est déclaré et à en prévenir le retour.

On peut quelquefois diminuer la durée de l'attaque ou la faire avorter par l'aspersion d'eau froide sur la figure, par le décubitus horizontal, par la position déclive de la tête, par l'absorption d'un liquide stimulant ou d'une tasse de café noir.

Pour en prévenir le retour, le traitement n'est autre que celui de la migraine ordinaire. Il convient surtout d'insister sur les purgations répétées, telles que 15 à 20 grammes de sulfate de magnésie administrés le matin à jeun, pendant dix jours consécutifs de chaque mois. Le bromure de potassium, à la dose de 3 à 4 grammes par jour, le valérianate de quinine et surtout l'élixir polybromuré d'Yvon sont aussi des médicaments à recommander.

On combattra en même temps l'état nerveux du malade, l'anémie^ l'hystérie, la diathèse goutteuse, par les moyens appropriés (fer, quinquina, hydrothérapie, antispasmodique, salicylate de soude). On se rappellera enfin que l'attaque est souvent occasionnée par des travaux intellectuels fatigants, par des veillées prolongées, par des écarts de régime, afin de s'opposer à toutes les causes qui sont susceptibles de la provoquer.

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