LE SURMENAGE
Dans ces cas, l'hypertrophie est donc symptomalique d'une affection nerveuse. L'effort prolongé de travaux rudes, l'action de faire des exercices de force (soulever des poids, etc ) et môme de vitesse, détermine également l'hypertrophie chez les portefaiXj les geindres, les mineurs et les forgerons (Albutt, 1869). La marche est de même une cause d'hypertrophie, ou plutôt les marches forcées des soldats (Da Costa, Thurn, Myens, ïrâenzel, Seitz, Lévy, Beau).
L'exercice du cheval pousse à l'hypertrophie. C'était autrefois la maladie des postillons, et c'est le premier exercice qu'il faut interdire aux gens qui souffrent d'une affection du cœur.
Couttin et Foville ont constaté également que les efforts que font les aliénés crieurs les mènent à l'hypertrophie, comme les chanteurs.
Ces faits sont d'accord avec la théorie de Corvisart qui disait que l'hypertrophie est toujours la suite d'un effort de l'organe pour lutter contre des résistances anormales.
D'autres pensent que l'hypertrophie est le résultat d'une inflammation par propagation ou d'une irritation nutritive qui aboutit à la prolifération du tissu (Corvisart, Dupuytren, Marandel, Cruveilhier, Bouillaud).
Quoi qu'il en soit de cette distinction, il en résulte que chaque fois que l'équilibre circulatoire se rompt et qu'un obstacle nouveau se présente, le cœur est excité par un acte réflexe à faire un effort pour surmonter cet obstacle. Ici, le développement de la fonction entraîne le développement de l'organe, mais ce surmenage ne tarde pas à entraîner la déchéance organique, la dégénérescence granulo-graisseuse des éléments actifs.
DES DIFFÉRENTES FORMES DE L 'HYPERTROPHIE CAUSÉE PAR LES LÉSIONS CARDIAQUES.
L'hypertrophie, avant d'être générale, est d'abord partielle, et ce qui justifie la théorie de Corvisart, c'est que la partie qui s'hypertrophie la première est celle qui est amenée à faire effort contre l'obstacle créé par une lésion. De sorte que si l'obstacle siège sur le cours du sang rouge, le ventricule gauche s'hyper-
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trophie le premier. Si l'obstacle se trouve au contraire sur le cours du sang noir et surtout sur la circulation de l'artère pulmonaire, c'est au contraire le ventricule droit qui se développe le premier.
La constatation de l'hypertrophie gauche ou de l'hypertrophie droite se fait de la manière la plus simple par le procédé que j'ai indiqué pour mesurer le cœur. Ou le côté gauche s'est alourdi seul et s'est abaissé, c'est l'hypertrophie gauche ; ou l'angle droit seul est abaissé, c'est l'hypertrophie droite, ou tous deux sont abaissés, c'est l'hypertrophie totale.
Les causes de l'hypertrophie du cœur gauche sont :
1" Le rétrécissement de l'orince sigmoïde de l'aorte;
2" Le rétrécissement aortique préarlériel signalé par M. le professeur Vulpian ;
3" L'insuffisance des valvules sigmoïdes de l'aorte ;
4" Le rétrécissement de l'aorte dans une partie éloignée de son origine, par exemple au niveau du canal artériel;
5° L'endocardite chronique, qui supprime les propriétés élastiques et par suite les fonctions de l'artère à son origine;
(Selon Kirker, c'est l'hypertrophie qui produirait l'alhérome, c'est bien invraisemblable.)
6" Les anévrysmes de l'aorte ;
7° Le rétrécissement ou la sténose de la valvule mitrale.
L'hypertrophie occupe alors non seulement, le ventricule, mais
l'oreillette gauche.
Les causes de l'hypertrophie du cœur droit sont: 1° Le rétrécissement de l'artère pulmonaire congénital ou
acquis ;
2" Le rétrécissement congénital de l'aorte et de l'artère pulmonaire (1).
La cause d'hypertrophie générale du cœur la plus puissante, plus puissante même que les lésions valvulaires, est fournie par les adhérences du péricarde et surtout par la symphyse cardiaque (2).
(1) Andral, Clinique médicale, t. III, p. 6/,, 3^ édilioa. L'aorte n'avait dans tout son parcours que le diamètre da sa partie lombaire.
(2) Beau, Mémoire à l'Académie des sciences, 1836.