CHAPITRE XLYIl
TRAITEMENT DES ENDOCARDITES.
- L'endocardite peut se montrer d'emblée et représenter à elle seule la maladie, ou bien n'être que la première manifestation d'un rhumatisme aigu qui envahira peu de jours après les articulations. D'autres fois, l'endocardite apparaît plus tard comme l'une des affections symptomatiques du rhumatisme, de la blennorrhagie, de la scarlatine, de la variole, de la rougeole, de l'érysipèle, de la diphthérie, de la néphrite albumineuse.
Lorsqu'on se trouve en présence de l'une de ces maladies, et plus particulièrement du rhumatisme articulaire aigu, y a-t-il quelque mesure à prendre pour empêcher la maladie d'envahir l'endocarde? Faut-il seulement compter sur le traitement général de la maladie ou faire quelque chose de spécial? Il n'a pas manqué de médecins pour prétendre que le traitement par le sulfate de quinine, le nitrate de potasse, le tarlrate de soude, empêchait l'endocardite de se produire et. constituait par là le traitement préventif de l'endocardite. Stricker a avancé de même que le salicylate de soude avait cette heureuse propriété. Malheureusement, il n'en est rien, et le salicylate de soude n'agit utilement sur le cœur ni avant, ni pendant, ni après l'endocardite. Peut-être, en atténuant les douleurs, évite-t-il des réflexes pénibles sur les nerfs cardiaques.
Herbert Davies (1) a été plus loin : il dit qu'en mettant des vésicatoires sur les articulations envahies par le rhumatisme, en aussi grand nombre qu'il y a d'articulations envahies, on fait une sorte de dérivation qui empêche l'endocardite. Je ne saurais me prononcer à cet égard.
(1) Herbert Davies, Clinkal Lectwcs\and Reports of London Hospital. l8Gi
L'endocardite une fois déclarée, il faut d'abord la combattre localement. Ici, les saignées locales n'ont plus d'action; le sachet de glace, si utile dans la péricardite, n'a plus ici la môme activité. Le mieux est d'appliquer immédiatement un vésicatoire delà grandeur delà surface cardiaque. On peut y ajouter, comme le faisait Bouillaud, chaque jour, 40 à 60 centigra mmes de poudre de feuilles de digitale, dont l'action irritative entretiendra le vésicatoire, et peut-ôtre y en aura-t-il d'absorbé.
On peut encore se contenter d'une large friction répétée tous les jours deux fois avec de la teinture de digitale. J'ai pu m'assurer que l'absorption se faisait, en pareil cas, dans une certaine mesure, et que l'agitation cardiaque se calmait.
Quant au traitement général, il comprend d'abord le repos, comme pour la péricardite, le repos et l'abslimulation,c'Qst-h-d\ve l'absence de toute excitation par le bruit, la lumière, la conversation, etc., puis des boissons fraîches, acidulées ou neutres.
Doit-on, maintenant, continuer le traitement déjà prescrit, consistant dans l'administration du salicylate de soude et du sulfate de quinine ? Oui, si ce traitement paraît agir sur la marche du rhumatisme et si l'agitation cardiaque n'est pas grande, si le pouls n'est pas trop fréquent et s'il est régulier et sans altération du rythme.
Les antiphlogistiques, ici, ont peu d'action. La méthode des saignées coup sur coup, de Bouillaud, est justement abandonnée, ainsi que les mercuriaux conseillés par les Anglais, et cela à cause de la facilité avec laquelle le rhumatisme produit l'anémie. Mais si le pouls est fréquent, et surtout s'il est irrégulier, il faut arriver aux modérateurs du cœur.
La digitale est, ici, le premier médicament à employer ; il reste à déterminer la forme et la mesure.
On a justement abandonné la poudre de feuilles donnée en pilules, à cause de la difficulté de la tolérance par l'estomac. La macération et l'infusion, qui sont surtout diurétiques, ne sont pas aussi utiles, et, de plus, elles ont un peu l'inconvénient des pilules. Il vaut mieux recourir à la teinture. On l'emploie à la dose de 20 gouttes ou 1 gramme, répétée d'abord deux fois dans la journée, et on peut aller à 3 et môme à 4 grammes en aug-
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mentant progressivement; mais il ne faut pas oublier que la teinture de digitale met au moins vingt-quatre heures pour faire sentir son action ; il faudra donc attendre deux jours pour augmenter. Une fois l'effet obtenu, au bout de trois ou quatre jours, on diminuera ou on suspendra tout à fait la digitale et l'on attendra, pour la reprendre, que son action qui se maintient pendant quelques jours commence à disparaître.
Les autres dépresseurs du cœur : vératrine, bromure de potassium, chloral, sont loin de rendre les mêmes services.
Il n'en est pas de même des préparations de muguet. L'alcoolature de comallaria maiaîis, à la dose de 5 grammes par jour, m'a paru régulariser le cœur en pareil cas, tout en soutenant le malade; mais mon expérience h cet égard ne date que de six mois, et j'ai besoin de nouvelles observations pour la confirmer.
Une fois la sédation obtenue par ces moyens, il faut se hiter d'arriver aux toniques, et en particulier aux préparations ferrugineuses, qui sont des sédatifs du cœur. En pareil cas, les préparations solubles sont les meilleures : le tartrate ferrico-potas sique(l), l'eau martiale de Rousseau (2), l'eau ferrée gazeuse de Mialhe (3). On peut employer encore la solution de perchlorure de fer à 30 degrés (4), le citrate de fer (5) et le pyrophosphate de fer citro-ammoniacal (6).
(1) Le tartrate ferrico-potassique est soluble dans l'eau et l'alcool et n'a au'uae saveur stypliqae peu marquée; il s'associe très bien aux eaux alca- Tnes en par tcaulr à l'eau de Vais (Saint-Jeau), 2o . f «-"^'S^r^^f-^jr ùnTbouteille. Le tartrate ferrico-potassique se^donne àla dose de 2o ceat.gram-
""SU^rSrrS^^usseauest ainsi composée : tartrate ferrico-potas-
l^i^rr;:; :::^::.ï^:S":;su:;. composée = .au. .0 .ra^es;
biiarbolte de soude, 5, tartrate ferrico-potassique, 1; acide cUr.que trans-
'T4TLa''solutlon de perchlorure de fer à 30 degrés (Adrian, donne 1. dose de vingt gouttes répétées deux ou trois fois par jour dans de 1 eau d. ■ tiUée édurorée'avec du Lp de cannelle. Les Anglais donnent la texnturo de «pçniiiplilnrnre de fer à la même dose.
"S;™ Lique ou citrate de peroxyde de fer est un se, tr.s^^^ l'eau, donnant une solution stable; sa saveur est peu accusée et d^spar l fau lement dans les eaux minérales alcoolisées de Soulzmalt, Bussang, Va!., etc.
On peut employer encore le citrate de fer ammoniacal.
(6) Le pyrophosphate de fer ;citro-ammoniacal de Robiquet se donne à 1.