‹ Diagnostic et traitement des maladies du cœur [electronic resource]Chapitre 43 sur 355 · NERF DE LUDWIG ET CYON · texte numérisé non relu

NERF DE LUDWIG ET CYON

En opérant la section du pneumogastrique et l'excitation du M)out central, on obtient un abaissement dans la tension artéririelle. V. Lezold, en faisant cette expérience, pensait qu'il s'a-

gissait, en pareil cas, d'une action réflexe sur le cœur. Ludwig et Thiry montrèrent qu'il ne s'agissait pas là d'une action sur le cœur, mais bien d'une action sur tous les vaisseaux du corps et, plus particulièrement, sur ceux de l'abdomen. Ils reconnurent que, dans les cas d'irritation de la moelle , il se produit une diminution du champ circulatoire par le resserrement des petits vaisseaux, et, par suite, une accélération du cœur. Ludwig et Cyon montrèrent que cette action est due à un nerf qui part du cœur, monte avec les pneumogastriques et se rend à la moelle allongée.

Ce nerf est très sensible ; quand on le tiraille ou qu'on le pince, il détermine chez le lapin de la douleur ou des cris. Si on le coupe et qu'on excite le bout périphérique, il ne se produit rien, et si l'on excite, au contraire, le bout central, il se produit une diminution de pression. Cette dépression tient à une dilatation de tous les petits vaisseaux (Ludwig et Cyon) et à une augmentation des mouvements respiratoires (F. Franck.)

M. Yulpian expose ainsi l'action de ce nerf : « Que le cœur, par exemple, sous l'influence d'un obstacle à la circulation pulmonaire ou d'une autre cause, se trouve rempli outre mesure de sang et qu'il éprouve de la difficulté à se vider lors de chaque systole ventriculaire, il y aura encore production d'une impression spéciale sur les extrémités périphériques des nerfs cardiaques, soit dans l'endocarde, soit dans le myocarde lui-même. Cette fois, ce sont les nerfs dépresseurs qui seraient surtout mis en jeu. Ils conduiront au bulbe rachidien l'impression qu'ils ont reçue et, par l'intermédiaire du centre bulbo-spinal et des nerfs vaso-dilatateurs, il se produira une action vaso-dilatatrice généralisée, mais portant surtout, par les nerfs splanchniques, sur les vaisseaux mésentériques. Si le cœur, au contraire, reçoit moins de sang que dans les conditions normales, un effet inverse de celui que nous venons de voir aura lieu dans toute l'étendue de l'appareil vaso-moteur. Les nerfs vaso-constricteurs seront excités par une action réflexe, ayant encore pour point de départ une impression particulière subie par les extrémités périphériques des nerfs cardiaques. La plupart des petits vaisseaux se resserreront plus ou moins, et le sang, soumis ainsi

dans les veines à une vis à tergo plus intense, affluera én plus grande abondance dans le cœur. »

Celte sensibilité de la surface interne du cœur a été prouvée encore par une expérience de Cl. Bernard (1808). En touchant l'endocarde avec un thermomètre, il a fait accélérer les mouvements du cœur.

Dans une thèse récente de M. LafTont, où se trouvent confirmés les résultats obtenus sur le nerf de Cyon, on voit que les nerfs dépresseurs auraient, dans le bulbe, de chaque côté du bulbe, deux centres distincts situés dans le plancher du quatrième ventricule, près de l'origine des pneumogastriques. Ces nerfs descendraient ensuite, on suivant les cordons nerveux, par les deux premières paires dorsales et iraient rejoindre les fibres dilatatrices des viscères abdominaux. Ce fait expliquerait comment l'excitation du bout central du nerf de Cyon produit la glycosurie.

Notons enfin d'autres fibres centripètes découvertes par M. F. Franck en 1880. Ces fibres, parties de l'endocarde, n'auraient plus leur action réflexe sur les vaisseaux, mais bien sur les organes de la respiration. En eflet, une injection irritante lancée dans le cœur droit amène non seulement larrêt ou le ralentissement du cœur, mais encore des troubles respiratoires, caractérisés le plus souvent par l'arrêt de la respiration.

Quant à des nerfs de sensibilité ordinaire, il y en a certainement très peu dans le cœur, comme le prouve l'expérience de Harvey, qui touchait directement le cœur du jeune Montgomery sans que le blessé s'en aperçût; en pareil cas, les excitations portées directement sur le cœur provoquent non pas la douleur, mais la syncope.

RÉFLEXES EXTRACARDIAQUES.

Dans les cas de sensibilité du cœur qui viennent d'être cités plus haut, l'excitation partie du cœur, peut-être même du péricarde (Pagliani, Ranvier), peut être réfléchie soit par les ganglions intracardiaques, soit par le bulbe, et aboutir soit au cœur, soit aux autres organes de la circulation, soit môme aux organes

de la respiration. Inversement, on voit, et le cas est le plus fréquent, les impressions ressenties par différents points de l'économie transportées par une action réflexe sur le cceur.

Tel est l'état actuel de nos connaissances sur l'innervation du cœur, nous aurons à en faire notre profit pour étudier la pathologie et la thérapeutique du cœur. Cet exposé est loin d'être complet; il ne comprend que les parties fondamentales. J'ai dû laisser de côté un certain nombre d'expériences qui trouveront plus loin leur place dans chacun des chapitres de la pathologie ou de la thérapeutique.

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