PRÉFACE. XI
Sa thérapeutique, limitée aux grands médicaments, nous paraissait des plusliardies . La saignée liabituelle dans la pneumonie, le sulfate de quinine h la dose de 2 grammes dès le début dans le rhumatisme articulaire aigu, l'hydrothérapie dans les fièvres typhoïdes et même les fièvres éruptives et le choléra, le tartre stibié h dose rasorienne contre la chorée. etc., ne font plus peur aujourd'hui.
J.-J. Bouley n'était pas communicatif : il avait surtout horreur de la discussion. Il parlait peu au lit du malade et se bornait à prononcer le mot juste caractérisant soit le diagnostic, soit le pronostic, soit l'indication thérapeutique.
Mais, à la fin de sa visite, alors qu'il venait de donner les signatures nécessaires au service, il reprenait les problèmes de la matinée, les développait, cherchait surtout à nous donner des idées nettes et précises, les appuyait de sa vaste érudition et de son expérience, les comparait avec les dernières découvertes qui pouvaient les éclairer et, quand il se sentait entouré par un petit auditoire sympathique, il développait volontiers ses idées. Mais si quelque malencontreux venait alors lui faire quelque objection indiquant qu'il ignorait les grandes lois delà pathologie, il s'arrêtait et, en se retu-ant, nous montrait en souriant le creux de certaine science solennelle en cravate blanche.
J.-J. Bouley restait un savant pur et ne pratiquait pas la médecine : il vivait retiré au milieu de ses livres, dans la petite maison que M. Blanche lui avait fait construire dans le parc de son établissement, oii il faisait les fonctions de médecin résidant; et, en effet, jamais médecin ne fut plus résidant.
Après l'hôpital, où il avait conservé les grandes traditions d'exactitude et d'enseignement, puis la visite presque quotidienne au libraire, J.-J. Bouley rentrait chez lui et, après déjeuner, commençait des lectures qui ne finissaient que tard dans la nuit. Il s'était ainsi retiré seul pour tenir compagnie à
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sa mère, atteinte d'une maladie du cœur, ne voulant pas se séparer d'elle jusqu'à son dernier moment.
Là, assis dans son fauteuil, la tête penchée sur le lutrin qui portait ses gros volumes, il vivait au milieu des grands penseurs de toutes les époques, recevant quelques amis : Claude Bernard, Armand Moreau, Berthelot, Blanche, A. Deschamps, Peisse, Renouvier, et agitant avec eux les grandes questions du jour concernant les lettres, les sciences et les arts.
J.-J. Bouley, aussi ardent pour acquérir des connaissances, n'avait pas d'entrain pour l'action. Son extrême timidité l'empêcha de rien produire. Son grand traité de pathologie générale, pour lequel il avait recueilli des notes dans tous les auteurs classiques, est resté à l'état de projet.
Quoi que j'aie fait pour le décider à l'écrire, me mettant à sa disposition pour lui ôter toute fatigue de rédaction ou d'écriture, il ne l'a pas mis à exécution.
Il en donnait pour raison que le microscope avait toutremis en question, qu'il n'avait pu se faire histologiste, et que son traité resterait par là une sorte d'œuvre scolastique abstraite à laquelle manqueraient l'incarnation et la forme vivante que seul pourrait donner l'anatomiste armé du microscope : si bien qu'en somme il est resté un maître à la manière d'autrefois (4), se bornant à faire des disciples auxquels il confiait ses trésors, les inscrivant, comme dit l'Ecriture, in tabulis cordiorimi.
J.-J. Bouley, ainsi retiré et sans goût pour l'exercice, ne tarda pas à devenir goutteux: les accès, d'abord légers, sont devenus plus tenaces et plus étendus. Il a été emporté le 30 septembre 1867, après quelques jours d'une anurie provoquée par un petit calcul siégeant dans le rein droit.
J.-J. Bouley est donc resté dans un petit cercle, qu'il ne
(1) Lasègue, Discours prononcé sur la tombe.
PRÉFACE. XllI
cherchait pas à étendre, et par là peu connu, mais admiré et hautement estimé par ceux qui l'ont approché.
Tel a été le maître dont j'ai eu l'honneur, et le bonheur de suivre les leçons pendant quinze ans. Puisse le lecteur retrouver dans ce livre la trace de la sûreté de ses principes, de la sévérité de sa méthode et de la clarté de son exposition!
4 octobre 1882.
Constantin PAUL.
TABLE MÉTHODIQUE DES MATIÈRES
Pages.
Chap. I. Considérations générales sur la topographie du cœur. . 1
Chap. II. Examen clinique du cœur normal, diagnostic de la forme et de la position du cœur, mensuration clinique du cœur 13
Chap. III. Diagnostic des déplacements du cœur. Ectocardies,
ectopies 31
Chap. IV. Exploration clinique des mouvements du cœur et des
bruits du cœur 42
Chap. V. Exploration des mouvements du cœur par les appareils
automatiques 62
Chap. VI. Des muscles et des nerfs du cœur. De l'influence du
système nerveux sur le rythme cardiaque 69
Chap. VII. Des variations du pouls. Des palpitations, des lipothymies..De la syncope 87
Chap. VIII. De l'anémie gg