UN MAITRE IGNORÉ
Le dix-neuvième siècle a vu disparaître le dernier des savants encyclopédistes, j'entends par là ces savants qui réunissaient dans leur vaste intelligence tout ce que les lettres, les sciences et les arts avaient acquis de leur temps. S'ils ne possédaient toutes ces connaissances dans leurs détails, ils avaient, du moins, des idées nettes sur leurs principes, leurs vérités fondamentales et leurs méthodes.
Ils ne les cultivaient pas toutes également; les uns étaient plus lettrés que savants, les autres plus savants qu'artistes, mais tous, au lieu de se confiner dans une seule branche, les embrassaient toutes, et chaque découverte particulière était mise à sa place dans un ensemble régi par des conceptions supérieures ou métaphysiques.
Ces géants, dont Guvier nous racontait les hauts faits pour le siècle dernier et Flourens pour nos contemporains, nous rappelaient à nous autres, simples étudiants, ce temps dont parle le poète :
... Où le ciel sur la terre Marchait et respirait dans un peuple de dieux.
Si ces hommes universels ont disparu, ce n'est pas que la génération actuelle leur soit inférieure. Mais on a découvert