TABES
moïdcs de l'aorte. Depuis, cette relation a été de nouveau constatée par MM. Rosenbach et Berger (1). M. Grasset (2), M. Letulle (3), MM. Hanot et Jaubert (4), Bucli (5), Dreyfus- Brissac (6).
Les observations de M. Grasset sont au nombre de 24; celles de M. Jaubert, au nombre de 12, et celles de M. Letulle, 2 ; total : 38. Dans ces observations, 18 fois la lésion aurait porté exclusivement sur les valvules aortiquos, 7 fois sur la valvule mitrale seule, 7 fois sur les valvules aortique et mitrale.
M. Dreyfus-Brissac fait remarquer que les sujets étaient peu avancés en âge et que le rhumatisme avait généralement manqué.
J'ai observé également, de 1867 à 1869, avec mon honorable confrère M. Mounier, alors professeur d'anatomie topographique au Val-de-Grâce, un sujet qui rentre dans cette catégorie.
Observation XCII. Maladie de Corrigan et plus tard tabès dorsalis. — M. Gabriel R..., âgé de vingt-trois ans, a été d'une bonne santé pendant son enfance, sauf une rougeole bénigne et la coqueluche h. l'âge de huit ans.
Il a été atteint, à l'âge de douze ans, de rhumatisme articulaire aigu généralisé. Cette première attaque a duré deux mois, le cœur n'a pas été atteint et la convalescence a été facile.
À l'âge de quatorze ans, seconde attaque de rhumatisme articulaire aigu généralisé. Cette fois, le cœur a été atteint. On a cru d'abord à une péricardite, puis le diagnostic s'est affirmé : Maladie de Corrigan qui a persisté depuis. Cette attaque de rhumatisme, plus grave que la première, a duré trois mois, la convalescence a été longue.
De quatorze à vingt et un ans, la santé générale a été bonne, le malade ne se plaignait que d'un étouffement léger, de palpitations et d'une certaine difficulté à gravir les escaliers. On a dû lui donner de temps en temps un peu de digitaline.
A vingt et un ans, seconde rougeole, grave cette fois, avec forme adynamique. La maladie a duré un mois. Mais en outre, vers l'âge de dix-neuf ans, le malade a été atteint de strabisme avec diplopie. Cette affection, qui
(1) Rosenbach et Berger, Berliner Idinische Wochetlschrifti juillet 1S79.
(2) Grasset, Montpellier médical, 1880.
(3) Letulle, Gazette médicale, 1880.
(4) Jaubert, Essai sur le tremblement (Thèse de Paris, 1880).
(5) Buch, Archiv fur Psychiatrie, Bd XI.
(6) Dreyfus-Brissac, Gazette hebdomadaire, 30 septembre 1881.
n'a duré que huit jours, et a cédé à un collyre à l'eau alcoolisée et à un peu d'iodure de potassium, avait été considérée par le docteur Cuignier comme simplement rhumatismale.
Cette année (1867), le malade étant âgé de -vingt-trois ans, il a été prig au mois de mai de nouveau dediplopie. Il existe une paralysie delà sixième paire du côté gauche, l'œil ne peut dépasser la ligne médiane, il est généralement porté en dedans. Quand le malade regarde devant lui ou à droite, la vision est nette. S'il veut regarder à gauche, la diplopie se prononce.
Au mois de juin, il y a pendant quelque temps une amélioration, mais le strabisme et la diplopie ne tardent pas à reparaître. La paralysie occupait la sixième et la troisième paire du côté gauche.
Au mois de juillet apparurent les troubles de la motilité, une diminution de la sensibilité dans le membre supérieur gauche, mais surtout dans la ; sensibilité au tact. Le malade avait de la maladresse, de l'incoordination i dans les mouvements de ce membre et ne savait reconnaître ou prendre les objets dans sa poche.
Peu de temps après apparut un peu de faiblesse dans le membre infé- • rieur gauche. Puis les vertiges se montrèrent fréquemment avec de Tincoordination dans la marche.
Au mois de novembre, il dut quitter toute occupation. L'embarras delà . parole et des mouvements de la langue vint peu de temps après. Au mois ■ de janvier 1868, il avait dans tous ses mouvements de l'incoordination, et t en particulier dans les mouvements de la tête le matin au réveil. Il reste • environ un an dans cet état. Puis vint l'affaiblissement des facultés psy- chiques : mémoire, attention, intelligence; il arriva en trois mois à la dé- mence complète, et fut emporté en avril 1869 par des accidents convulsifs. Il n'avait jamais été atteint de syphilis.
Pendant tout ce temps, nous l'observâmes avec M. Mounier, nous demandant ce que deviendrait le cœur dans un organisme aussi troublé. Ce qu'il y eut de remarquable, c'est que, malgré l'accroissement rapide et progressif des troubles nerveux, le rythme cardiaque ne s'est pas dérangé un seul instant jusqu'à la mort. Le cœur a marché jusqu'au dernier jour avec la régularité d'une horloge, donnant correctement la cadence de l'insuffisance aorlique simple, le (premier bruit bien frappé, le second soufflant et durant presque pendant toute la diastole, avec son lieu d'élection, son timbre, etc.
Or, dans ce cas, l'insuffisance aorlique a précédé de six ans les troubles oculaires de l'ataxie; le sujet a été observé tout temps avec le plus grand soin, à cause de son affection de Ce