‹ Diagnostic et traitement des maladies du cœurChapitre 334 sur 413 · TROISIÈME ÉCOLE EXPÉRIMENTALE. VAN HELMONT · texte numérisé non relu

TROISIÈME ÉCOLE EXPÉRIMENTALE. VAN HELMONT

J'appelai deux fameux médecins de notre ville, heureux d'éprouver sur moi-même si la pratique répondait à la théorie. Ceux-ci, en voyant cette gale purulente, pensèrent aussitôt qu'il y avait abondance de bile brûlée avec une pituite salée et que l'hématose était troublée dans le foie. Cette réponse me satisfit beaucoup, en me montrant, confirmée par deux praticiens expérimentés, les axiomes des vieux auteurs, axiomes que je croyais aussi vrais que ceux des mathématiques, pensant qu'ils étaient ce qu'ils devaient être. Mais une curiosité, qui m'était naturelle, me fit aussitôt demander quelle était cette intempérie du foie, qui du même coup enflammait la bile jaune et produisait un excès de pituite ; car, dans le même temps, il ne pouvait se former deux produits aussi différents, une pituite froide et une bile ardente. Ces savants hésitèrent longtemps en fronçant le sourcil, et après s'être regardés longtemps avec stupéfaction, le plus jeune répondit que la même intempérie du foie échauffé donnait, non une vraie pituite, mais une pituite salée et que la nature du sel est chaude et sèche.

Je demandai alors si le sel de l'urine était dû aussi à un vice du foie et à un excès de chaleur, et j'objectai que le jus des viandes non salées n'était pas salé du tout malgré l'ébullition .

Le plus vieux me répondit : Ce sont des choses qu'il faut proposer dans les écoles et non h des praticiens dont les heures sont comptées.

Il me demanda aussitôt quels auteurs j'avais étudiés, et ce que, d'après mes études, je croyais convenable de faire dans ce cas. Je répondis que pour rafraîchir le foie et le sang, il fallait ouvrir la veine du bras droit audessous de la céplialique, pour procéder par des apozèmes réfrigérants, à cause de la bile ardente, de telle sorte cependant qu'on mêlât les incisifs et les insinuantes modérées, à cause de la salure de la pituite. Je leur montrai dans Rondelet un apozème qui contenait environ cinquante ingrédients et qui promettait de remplir ces deux indications ; ils furent de cet avis.

En effet, après une abondante saignée faite dans toute la force de la jeunesse et de la santé, à part la gale, je pris pendant trois jours l'apozème de Rondelet; le quatrième et le cinquième, j'y ajoutai de la rhubarbe et de l'agaric, si bien que l'économie commença à obéir à l'appel du remède et que les deux humeurs peccantes furent mises en mouvement. Mes médecins approuvèrent tout et me louèrent d'être docile et aussi avide d'instruction. Le soir du cinquième jour, je pris des pilules de fumaria sur la foi de Cordus. Le sixième jour, j'eus au moius quinze selles. On me félicita beaucoup d'avoir si bien préparé les voies.

Deux jours après, la gale n'ayant rien perdu de sa violence, je recommençai le même traitement. Les médecins disaient que l'Age de dix-sept ans est propre à la génération de la bile ; et voyant que les pustules et la démangeaison ne diminuaient pas, ils prescrivirent, deux jours après, un troisième purgatif. Mais, le soir, j'étais épuisé, mes joues s'affaissaient; ma

voix était rauque, ma maigreur extrême; la descente du lit et la marche m'étaient difficiles, parce que les genoux ne me soutenaient plus.

Cette épreuve fut décisive, et le dégoûta à jamais des doctrines de Galien, contre lesquelles il nourrissait depuis longtemps une haine sourde.

Il eut un instant de découragement, fut sur le point d'abandonner la médecine, finalement partit pour un voyage en Espagne, en France et en Angleterre. A son retour, il se dévoua dans une épidémie de fièvre maligne à Anvers, puis vint se fixer à Bruxelles, en 1605, pour y exercer la médecine; mais il l'exerça uniquement sur les pauvres, refusant tous les honneurs et toutes les distinctions qu'on lui proposait.

Il rejeta alors tous les livres et ne reconnut plus que la méthode expérimentale, il s'adonna surtout à la chimie et s'intitula lui-même philosophus per ignem.

Après six années de réclusion, dans son laboratoire, il publia son premier ouvrage renfermant ses doctrines sur la physiologie et la pathologie (1), et dans lequel il attaqua avec la dernière violence et les termes les plus grossiers la doctrine humorale de Galien.

Van Helmont ne place pas la vie dans les organes, mais dans un principe immatériel, Yarcheus faber, qui a sous ses ordres d'autres archées secondaires qui dirigent le fonctionnement des organes.

De même, dans les maladies, les lésions des organes et des fonctions sont produites par une altération de l'archée, cette altéralion donne à la maladie son cachet, nota sigillaris, sa spécificité. Quidquid in natura fit aut nascùur, fît ex necessitate seminum efficientium (2). Il cite comme exemple la diathèse goutteuse, syphilitique, scrofuleuse, il ne comprenait pas ces diathèses d'une manière abstraite, mais incarnées dans les organes.

Quare apoplexia, lepva, h y drops vel amenda, quatenus quahtales in abstracto, pênes me non sunt niorbi; sed quatenus m apo-

(1) Daghcraad ofte nieuve opkomst der Ge?ieesko3ist, in verbognn grand rcgulm der nature. Leyde, 1615, in-4°.

(2) Van Helmont, Ortus medicinœ, p. 133. Amstclodami, Elzévir, 164S.

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