LE MASSAGE
Le massage était déjà conseillé par Galien pour faire cesser les infiltrations séreuses. 11 consiste, en pareil cas, à faire des frictions dans le sens delà circulation veineuse. 11 forme, comme dit M. Gendrin, une sorte de cœur veineux accessoire. Je l'ai employé très souvent avec succès pour faire disparaîlre l'œdème des membres inférieurs. (Voir la thèse d'un de mes élèves, le docteur Perrussel, Paris, 1869, n° 125, et la neuvième édition du Traité de thérapeutique, par Trousseau, Pidoux et Constantin Paul, t. II, p. 122 et 129.)
Lorsque l'hydropisie est considérable, que les reins sont malades et que le patient suffoque, on ne peut espérer faire passer par les reins la masse du liquide ; on peut alors lui donner une issue directe par des solutions de continuité faites à la peau. On y est souvent conduit parce que la peau s'est infiltrée, enflammée et que, distendue, elle s'est laissé érailler, et que par là il se fait un suintement de liquide.
1° Position à donner au malade. Pour que les piqûres soient efficaces, il faut que le malade soit assis, afin que la déclivité entraîne les liquides par la pesanteur. Ce n'est que dans certains cas qu'on laissera le malade couché, et nous verrons quelles précautions il faudra prendre.
2° Lieu d'élection des piqûres. Il semblerait que les lois de la pesanteur forcent à faire les piqûres aussi bas que possible, par exemple aux talons. Il n'en est rien. Il faut surtout choisir les endroits où la peau résiste le moins à la pression par les liquides.
(I) Lancet, 17 novembre 1S83; Bulletin de thérapeutique, 1S84, I, p. 40.
On peut faire des piqûres sur la partie la plus saillanle de la région tarsienne boursouflée, mais l'écoulement dure peu, à moins que la piqûre ne soit faite au thermocautère.
La lymphe plastique contenue dans la sérosité réunit la plaie par première intention et l'écoulement cesse bientôt.
De même, il est inutile de faire des piqûres dans le bas de la jambe, au-dessous du mollet. Danscetterégion, le tissu conjonctif est trop serré, et la sérosité s'y écoule difficilement.
Le lieu d'élection pour ces piqûres est à la face interne de la jambe, à 3 ou 4 centimètres du tibia et à une hauteur qui correspond à la fin du mollet. On peut encore en faire à la partie supérieure de la jambe, à la hauteur de la jarretière.
Aux cuisses, on les fait à la partie la plus déclive, toujours à la face interne, soit au tiers inférieur, soit au tiers supérieur.
Aux bourses, on les fait à 1 centimètre'ou 2 du raphé, à 2 centimètres au moins au-dessus de la partie qui repose sur le lit ou le fauteuil, pour que, quand les bourses seront désemplies, la piqûre ne se trouve pas cachée à la face inférieure, et par conséquent fermée par la compression.
A l'abdomen, les piqûres se font dans la région sus-pubienne , clans le pli formé par la peau de la région hypogastrique.
3° Le procédé opératoire consiste le plus souvent à faire des piqûres avec une aiguille un peu forte, flambée à la flamme d'abord, puis trempée dans l'huile. On l'enfonce de 2 ou 3 centimètres, jusqu'à ce qu'on rencontre l'aponévrose. On la laisse une minute environ pour qu'elle fasse son passage.
Mais ce procédé tend à disparaître pour être remplacé par les piqûres au thermocautère ou au galvanocautère.
Le docteur Southey (I) (de Londres) a proposé, pour cet usage, un petit trocart muni d'une canule en argent. Cette petite canule, longue de 21 millimètres, porte à son extrémité un petit renflement de 3 millimètres pour l'arrêter à l'extérieur. Son diamètre extérieur est de 13 dixièmes de millimètre ; il est percé sur les côtés de deux trous.
On ajoute à la partie renflée un tube de caoutchouc d'une
(1) Association française pour l'avancement des sciences, session du Havre,
longueur variable et d'un diamètre extérieur de 23 dixièmes de millimètre. Ce trocart a pour but de ne pas laisser la sérosité couler le long des membres et de la conduire dans un vase qui la recueille et permet, par conséquent, d'en mesurer la quantité.
Quand les malades sont levés ou fixés dans un fauteuil, cet appareil n'est pas utile; mais il en est autrement si le malade est confiné au lit, alors on évite, par ce moyen, de mouiller la literie. Mais il faut que les malades soient tranquilles et dociles, sans quoi le caoutebouc se détache, et le liquide, gagnant les parties les plus déclives, va inonder draps et matelas.
On peut encore faire des piqûres avec une lancette ou un bistouri, mais les plaies faites par l'instrument tranchant ont cet inconvénient qu'elles se réunissent souvent par première intention et ne fournissent plus de liquide.
Le meilleur procédé consiste à faire les piqûres avec la pointe du thermocautère. Ce sont celles qui fournissent les résultats les plus satisfaisants. Elles ne donnent pas lieu à des hémorrhagies, elles sont plus larges et donnent issue à une quantité bien plus abondante de liquide. Enfin, elles ne s'enflamment pas et ne donnent lieu ni à l'érysipèle, ni aux lymphangites, soit réticulées, soit longitudinales.
Les piqûres une fois faites, le liquide s'écoule goutte à goutte et cela d'une manière continue. La peau est souvent irritée, tant par la distension qu'elle a éprouvée que par le contact du liquide.
En pareil cas, le mieux est d'envelopper les jambes avec de la toile rendue imperméable par une couche de caoutchouc.
La quantité de liquide qui s'écoule par ces plaies varie beaucoup; elle est quelquefois considérable et peut monter à plusieurs litres dans les vingt-quatre heures. Elle diminue ensuite avec la tension de la sérosité infiltrée. En général, l'écoulement s'arrête au bout de quelques jours, et quelquefois de vingt-quatre heures, parce que la sérosité s'est coagulée el a fermé la plaie. Cela arrive plus tôt encore si, au moment de la piqûre, la sérosité s'est trouvée mélangée de sang; le sang se coagule assez rapidement et l'écoulement est arrêté. Il faut donc surveiller ces piqûres et les renouveler.
En général, à chaque écoulement nouveau de liquide, le malade est soulagé et redemande de nouvelles piqûres qu'on renouvelle. Cependant il arrive quelquefois que cet écoulement, trop abondant, qui appelle la reproduction nouvelle du liquide, devient une cause d'épuisement pour le malade, et l'on doit y renoncer.
D'autres fois, la peau s'enflamme, devient rouge et érysipélateuse. 11 se produit alors un érysipèle ambulant qui donne peu de fièvre, malgré l'étendue de sa surface, mais qui est une nouvelle cause d'épuisement pour le malade. Cependant, ces érysipèles sont loin d'être toujours mortels, et bien des malades survivent, bien quel'érysipèleait parcouru rapidement la moitié de la surface du corps.
Il faut bien savoir que le liquide qui sort par les piqûres n'est pas irritant pour la peau au moment où il sort, mais qu'il le devient après son séjour à l'air. Il faut donc changer très fréquemment les linges pour que le liquide n'ait pas le temps de devenir irritant.
Trousseau avait eu l'idée, à un moment, de remplacer les piqûres par une exsudation provoquée par l'huile de croton tiglium. Il prenait cette huile à pleines mains et en enduisait les deux membres inférieurs jusqu'au tiers supérieur des cuisses. Tantôt, l'huile restait sans effet, et d'autres fois amenait une sécrétion d'une abondance extrême. Il se produisait même des plaques très étendues de gangrène superficielle, mais ne dépassant pas les parties profondes de l'épiderme, c'est-à-dire la couche de Malpighi. Au moment de cette énorme spoliation, le malade tombait dans un état de faiblesse des plus alarmants, puis, en général, tout se réparait et le malade était guéri pour un temps de son hydropisie. Mais ce procédé, des plus douloureux, presque barbare et toujours dangereux, a été abandonné par Trousseau lui-même, avant sa mort (1).
(1) Traité de thérapeutique, par Trousseau, Pidoux et G. Paul, 9° édition, 1. 1", p. C38.