RHUMATISME AVEC BRUITS ANEMIQUES JUGULAIRES
Observation VII. Anémie dans le rhumatisme articulaire aigu. Souffle cervical. - La nommée M..., âgée de vingt-quatre ans, journalière, entrée à l'hôpital Saint-Antoine, salle Sainte-Thérèse, n° 4, le 25 janvier 1876.
Cette malade, qui est accouchée il y a quatorze mois, a nourri son enfant au sein depuis cette époque.
Elle habite une chambre humide.
Le 22 janvier, trois jours avant son entrée à l'hôpital, elle a ressenti une douleur dans le genou gauche, au-devant de la rotule; cette douleur n'était accompagnée ni de gonflement ni de rougeur. Le lendemain 23, la douleur du genou a disparu; mais elle a été remplacée par une douleur dans la hanche du môme côté. La pression est douloureuse à la racine du membre dans le triangle de Scarpa. La pression faite profondément dans la fosse
iliaque ne détermine pas de douleur. Il n'y a ni œdème ni fourmillement. La malade, qui a une fièvre modérée, a cessé de donner le sein depuis trois jours et présente un engorgement laiteux, douloureux, surtout à gauche.
L'auscultation du cou fait entendre, dans les deux jugulaires, un bruit de souffle musical d'une intensité très grande.
Il n'y a rien au cœur.
La malade est atteinte, en outre, d'un goitre caractérisé par un peu de développement des deux lobes latéraux du corps thyroïde.
Ce cas est fréquent et j'aurais pu en fournir bien des exemples. Celui-ci est suffisant.
RHUMATISME ARTICULAIRE AVEC BRUITS ANÉMIQUES JUGULAIRES ET PULMONAIRES.
J'arrive à la deuxième série où le rhumatisme s'accompagne de deux foyers de bruits anémiques, l'un dans les veines jugulaires du cou, l'autre à l'artère pulmonaire.
Observation VIII . Rhumatisme articulaire aigu blennorrhagiquc. Souffle cervical et pulmonaire. — Marie R..., âgée de dix-neuf ans, domestique, entre à l'hôpital Saint-Antoine, salle Sainte-Thérèse, n° 24, le 13 avril 1876.
Cette fille est née d'un père rhumatisant, mais elle n'a jamais été atteinte personnellement de rhumatisme : elle a été atteinte seulement d'une pleurésie dans son enfance et, plus tard, d'une fièvre typhoïde. Elle est bien nourrie et travaille dans une cuisine qui n'est pas humide. Depuis quinze jours, elle est prise de douleurs en urinant et d'un écoulement.
Douze jours après le début de cette affection, c'est-à-dire il y a trois jours, elle a été prise, au réveil, d'une douleur au mollet du côté gauche, puis l'articulation tibioTtarsieiine du côté gauche s'est prise, puis le genou du même côté; rien à droite. L'articulation du poignet, du côté gauche, a été envahie presque aussitôt après.
A l'auscultation, on trouve un bruit de souffle dans les deux veines jugulaires, et à la poitrine dans le deuxième espace intercostal gauche, près du sternum, un bruit de souffle systolique identique à ceux que nous trouvons dans l'anémie.
A mesure que la maladie a marché, l'affection s'est localisée dans le poignet gauche; nous l'avons combattue par des pointes de feu.
La malade a quitté le service le 16 mai, très améliorée au point de vue de son état général; mais le poignet est encore un peu douloureux et un peu gonflé.
FAUSSES ENDOCARDITES.
L'auscultation, pratiquée de nouveau à ce moment, permet de constater encore les bruits jugulaires et le bruit du souffle de l'artère pulmonaire.
Observation IX. Rhumatisme articulaire léger avec anémie. Souffle cervical et pulmonaire. — T.. . , âgé de vingt-sept ans, menuisier, entre à l'hôpital Lariboisière, salle Saint-Henri, n° 14, le 28 juin 1879.
Ce malade est atteint d'un rhumatisme articulaire généralisé. C'est la première attaque, les douleurs sont modérées. On constate un faible souffle cervical et un autre très net à l'artère pulmonaire. La fièvre est modérée et oscille autour de 38 degrés. Il sort guéri le 29 juillet, c'est-à-dire après un mois de maladie.
11 en est de même dans le rhumatisme articulaire puerpéral.
Observation X. Rhumatisme puerpéral, phlegmatia alba dolens. Bruits anémiques, foyers cervical et pulmonaire. — Marie H..., âgée de vingt et un ans, entre à l'hôpital Saint-Antoine le 15 janvier 1877.
Elle vient d'accoucher et présente des douleurs légères dans les membres. On constate un souffle léger dans les vaisseaux du cou et à l'artère pulmonaire. Le 30 janvier, les bruits de souffle deviennent plus forts, la malade est prise d'une phlegmatia alba dolens. Le 15 février, les bruits anémiques persistent.
RHUMATISME ARTICULAIRE AIGU AVEC BRUITS ANÉMIQUES DANS LES TROIS FOYERS : JUGULAIRE, PULMONAIRE ET MITRAL.
Dans une troisième série, je classerai les cas où l'anémie a ses trois foyers, cervical, pulmonaire et mitral, et où la nature anémique du bruit mitral est indiquée par ce fait qu'aussitôt que l'anémie s'amende, le bruit mitral disparaît en même temps que le bruit pulmonaire s'atténue.
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Les sueurs sont abondantes.
C'est dans cet état que la malade arrive h l'hôpital. Le 24 juillet, on constate à l'auscultation du cœur un léger souffle systolique à la pointe. Dans le deuxième espace intercostal gauche se trouve près du sternum, le foyer d'un bruit de souffle systolique allant jusqu'au claquement des valvules sigmoïdes de l'artère pulmonaire. Ce bruit de souffle se propage à 3 centimètres environ autour de ce point. On entend aussi un bruit de diable dans les vaisseaux du cou. Salicylate, 4 grammes.
Le 2b, diarrhée. — Les douleurs qui existaient la veille n'ont pas disparu ni même diminué. D'autres articulations, même celles de la tête et du cou, le genou gauche, sont prises. Cependant la température baisse. Salicylate, G grammes.
Le 26. Les douleurs du cou et des membres supérieurs ont disparu. Celles des genoux et des articulations tibio-tarsiennes persistent, et encore assez fortes; la malade a peu dormi. Il y a encore du gonflement. La température baisse.
On n'entend plus le souffle de la pointe. Celui de l'artère pulmonaire n'a subi aucun changement.
Le 27. Aucune douleur, encore un peu de gonflement. La température est normale : le matin, 37°, o, le soir, 37.
Le 29. Le gonflement est disparu. Le souffle de l'artère pulmonaire s'est un peu affaibli. Salicylate, 4 grammes.
Le 30. La malade s'est levée hier : la température est montée hier à 39, mais est redescendue pendant la nuit à 37.
Le 2 août. La dose de salicylate est baissée à 3 grammes.
Le souffle s'entend toujours, mais moins fort et sur une moins large surface.
Le 7. Le souffle s'entend encore : à peu près même intensité et même étendue de propagation.
Le 8. La malade est partie dans la journée avec ses parents, qui l'emmènent.
Observation XII. Rhumatisme aigu, bruit de souffle anémique dans les jugulaires et à l'artère pulmonaire, bruit de souffle mitral anémique. — Augustine B..., âgée de quinze ans et demi, entre à l'hôpital Saint-Antoine, salle Sainte-Jeanne, n° 1, le 9 septembre 1877.
La malade est atteinte de fièvre et se plaint de douleurs dans les jambes et dans les bras.
On lui donne du salicylate de soude, qui apaise ses douleurs; mais, les jours suivants, d'autres articulations se tuméfient et deviennent douloureuses.
Le 22 septembre a lieu la première atteinte de douleurs, et, le \ " octobre, la malade commence a se lever.
Pendant l'attaque, l'auscultation donnait un souffle anémique dans les vaisseaux du cou.
FAUSSES ENDOCARDITES.
Les bruits de l'artère pulmonaire sont vibrants. Léger bruit de souffle.
A la pointe du cœur, un souffle systolique peu intense qui, très net au moment de l'attaque, a rapidement diminué, pour disparaître bientôt; si bien que, au 1er octobre, il avait disparu; et alors les bruits de l'artère pulmonaire étaient encore vibrants, et il y avait encore un léger bruit de souffle dans les jugulaires.
Observation XIII. Rhumatisme articulaire aigu accompagné d'anémie. Souffle cervical, pulmonaire et mitral. — Caroline T..., âgée de dix-huit ans, domestique, entre dans mon service à l'hôpital Lariboisière, salle Sainte-Elisabeth, n° 1, le 18 janvier 1879.
Cette jeune fille est issue d'une famille de rhumatisants et, l'année dernière, sa sœur a été également soignée pour un rhumatisme articulaire aigu.
Elle est atteinte pour la première fois; depuis le 15 janvier, c'est-à-dire depuis trois jours avant son entrée à l'hôpital. Les douleurs ont envahi d'emblée les genoux, les pieds, les coudes et les mains sans qu'elle puisse dire quelle est l'articulation qui a été atteinte la première.
Les articulations sont douloureuses, chaudes, légèrement rouges et gonflées en même temps qu'on constate de l'épanchement dans les cavités articulaires.
L'anémie qui accompagne la fièvre s'accuse par les phénomènes suivants : la malade est pâle et l'on constate dans les vaisseaux du cou, à droite et à gauche, un bruit de souffle assez rude.
Un second foyer existe dans le deuxième espace intercostal gauche, tout près du sternum. On y constate un bruit de souffle systolique assez rude suivi d'un claquement valvulaire éclatant.
Un troisième foyer existe à la pointe du cœur. On y entend un souffle limité, systolique et de timbre assez doux.
Le cœur est petit, la pointe bat dans le cinquième espace intercostal gauche à 7 centimètres de la ligne médiane.
Il n'y a pas de doute que les bruits du cou et de l'artère pulmonaire ne soient des bruits anémiques. Quant au bruit de la pointe, l'évolution de la maladie montre qu'il ne s'agit pas d'un bruit d'endocardite, mais bien d'un bruit anémique. En effet, le 27 janvier, c'est-à-dire neuf jours après l'entrée de la malade, le bruit de souffle a disparu à la pointe ainsi qu'à l'artère pulmonaire et il ne reste plus qu'un léger bruit dans les vaisseaux du cou.