‹ Diagnostic et traitement des maladies nerveusesChapitre 5 sur 322 · LIBRARY · texte numérisé non relu

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PREFACE

C’est une tâche bien délicate et qui ne saurait aller, semltle t-il, sans quelque hardiesse, que d'essayer, M’heure préseute, d'exposer, eu un nombre restreint de payes claires et concises, l’ensemble de nos connaissances en pathologie nerveuse ; comme de rassembler en un faisceau serré la somme des efforts réalisés depuis trente ans dans ce demeure, pour les faire servir au diagnostic précis, à l’appréciation rigoureuse des syndromes variés, sous l’apparence desquels peuvent se présenter les altérations multiples, ou, simplement, les troubles fonctionnels de tout I’appa-

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point culminant. G était 1 heure en effet où, sous l’impulsion des admirables expériences de Ferrier et d’Hitzig, la doctrine des localisations planait en maîtresse sur l’œuvre de tous les chercheurs, expérimentateurs ou cliniciens, et où sous l’influence du chef éminent de l’école de la Salpêtrière, les divisions schématiques si séduisantes dans leur clarté, mais peut-être un peu trop simplistes, dominaient les classifications cliniques et réglaient la systématisation des inflammations et des scléroses médullaires, constituant une œuvre pleine de lucidité et de précision, dont Grasset vulgarisait les grands traits dans un livre resté classique et qui a élevé toute la génération médicale d’alors.

Mais à cette œuvre éminemment synthétique, aux vues si simples de l’Ecole se sont substituées petit à petit des conceptions nouvelles ; la découverte des scléroses combinées et des dégénérescences médullaires d’ordre familial a jeté quelque trouble sur les systématisations spinales désormais trop schématiques ; la découverte des névrites périphériques et des dissociations sensitives, liées aux altérations syringomyéliques, ont rendu le diagnostic des localisations dans la moelle plus aléatoire, et remis a la fois en question le trajet des impressions sensitives dans le névraxe, trajet que Brown-Séquard semblait avoir définitivement établi avec cette expérience célèbre de 1 hémisection spinale qui a gardé son nom. De plus, la conception de la segmentation métamérique de l’axe médullaire et la détermination minutieuse des territoires scnsitivo-motcui s

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vit

propres à chaque racine spinale, ont rendu particulièrement délicate l’appréciation des symptômes périphériques, et mis en évidence toute une pathologie radiculaire qui, sans avoir la prétention d’effacer les grands cadres des localisations spinales, est néanmoins appelée à les restreindre.

Joignons à cela une série de conquêtes précieuses dans l’ordre expérimental : les connexions anatomiques centrales mieux précisées, grâce à l’étude rendue plus facile des dégénérescences consécutives aux lésions en foyer, les relations du cervelet avec le mésencéphale ou la moelle, les tractus sensitifs intra-pédonculaires, les voies optiques intra-cérébrales nettement définis; enfin, la structure des éléments nerveux plus minutieusement fouillée grâce à de merveilleux procédés d’investigation et de coloration qui ont permis de s’élever à la conception de l’élément nerveux primordial ou rudimentaire, qui depuis les travaux des Waldeyer, des Golgi, des Ramon y Cajal, et de Van Gehuchten jette une lumière éclatante sur la constitution intime et le fonctionnement des centres cérébro-médullaires comme sur l’interprétation pathogénique des symptômes morbides.

Ainsi est née toute une neuropathologie moderne, œuvre d’analyse minutieuse et patiente, dont Vulpian, en critique sévère et en chercheur consciencieux à l’excès, avait marqué le début et préparé l’avènement, et à laquelle la jeune école française, digne en tous points de ses illustres devanciers, a ajouté l’important contingent de ses labeurs et de scs découvertes.

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Mais gii face de 1 effort colossal accompli *ct de l'étendue des connaissances acquises, du nombre important et toujours croissant des publications et des revues où elles sont exposées, seul l’homme de l’art exclusivement versé dans l’étude spéciale des sciences neurologiques peut prétendre se tenir au courant du progrès réalisé et se déclarer suffisamment armé pour poser des diagnostics raisonnés. Et sans parler de l’élève avide de s’initier aux éléments de la science, ou du praticien soucieux d’ôlrc mieux éclairé et plus apte à apprécier les difficiles problèmes se présentant à son observation journalière, il n’est pas jusqu’à ceux qui ont mission de vulgariser, par l’enseignement, l’ensemble de la pathologie humaine qui n’aient senti le besoin de trouver condensées et bien mises au point toutes ces notions nouvelles, au milieu desquelles il serait très facile de s’égarer.

Il était donc nécessaire que quelqu’un groupât sous une forme commode l’ensemble de ces connaissances et en établît le bilan, mettant chaque signe, chaque symptôme à sa vraie place, dans un exposé lucide et quasi brutal des faits, comme une série de réponses topiques et sans phrases aux questions impératives du praticien : tel signe étant donné, quelle est la valeur réelle et démontrée de ce signe? tel syndrome étant constitué, quelle en est la signification rigoureuse? et cela dans le but exclusif d’arriver à une analyse vraiment pratique des troubles morbides et à la détermination de leur véritable valeur clinique.

La tâche étai L lourde et ingrate, mais bieü propre a tenter un esprit méthodique et rompu depuis longtemps a

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toutes les difficultés de la clinique nerveuse, ayant fait de celle-ci l’objet de prédilection de scs études et de ses méditations journalières, habitué à passer tous les faits, toutes les doctrines au crible de la critique la plus sévère et à juger chaque chose avec cette précision et celte sincérité que donne le goût de la philosophie pure et des œuvres de haute culture intellectuelle. Le D1' Joanny Roux était particulièrement bien préparé pour mener cette œuvre a bonne fin. Il nous semble, quant à nous, y avoir pleinement réussi.

Mais pour apprécier ce livre dont le style, dans sa concision obligatoire et voulue, pourra sembler parfois un peu aride, exigeant le ressouvenir de connaissances antérieures supposées conservées, ou la notion très nette de détails anatomiques rigoureux trop facilement imprécis dans la mémoire, où les tableaux cliniques sont plus ordinairement tracés avec la précision, j’allais dire avec la sécheresse d’une académie, les solutions tranchées avec la rigidité d’une équation algébrique, la lecture attentive et réfléchie devient une nécessité indispensable. Et alors ce qui de prime abord semblait avoir quelque chose d’un défaut, devient, dans un livre de ce genre, une précieuse qualité; car ce n’est pas un mince mérite que d’avoir su résumer en quelques pages fortement documentées tous les éléments des plus vastes problèmes, et de permettre au médecin d’embrasser dans un seul coup d’œil d’ensemble toutes les faces d une question délicate, tous les éléments du diagnostic différentiel le plus compliqué.

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C’est ainsi, pour prendre des exemples, qu’en moins de trente pages on trouve développée, dans le livre du D' Roux, toute la séméiologie de la vision : modalités multiples de

l’ophlalmoplégie,trouldes variés de la sensibilité rétinienne,

sémiotique des altérations pupillaires, procédés d’investigation nouveaux dont plusieurs tout personnels, le tout exposé avec une clarté remarquable des détails, qui jointe à une série de dessins schématiques d’une compréhension simple et nette, nous conduit aisément à préciser les diagnostics les plus difficiles, tout en nous mettant, entre temps, au courant des recherches les plus récentes sur le centre des perceptions visuelles, le double centre cortical d’innervation oculo-motrice, les discussions les plus nouvelles sur la signification clinique de l’hémianopsie, les causes de l’amblyo pie croisée post-hémiplégique, et enfin la synthèse des sensations visuelles et le sens stéréognostique.

De même pour 1 exposé des troubles du langage qui sont interprétés avec une clarté toute saisissante, dans un chapitre encore plus condensé et qui nous fait passer en revue les modalités les plus diverses des aphasies, depuis les cas les plus élémentaires jusqu’aux combinaisons les plus complexes, nous conduisant, grâce à la systématisation parfaite de l’interrogatoire du malade et l’analyse méthodique et impeccable de tous les troubles observés, à la détermination des territoires intéressés, et cela sous une apparence de simplicité grande, bien que du même coup, à l’aide de quelques arguments incisifs, l’auteur tranche, en nous les révélant, les questions les plus délicates affé-

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rentes à cette partie de la séméiologie encéphalique : en particulier les discussions doctrinales relatives à l’agraphie et à l’histoire des aphasies d’origine sous-corticale. Auteur d’un important mémoiresur l’hémianopsie latérale droite dans ses rapports avec la cécité verbale, M. Roux avait toute qualité pour aborder ce chapitre avec autorité.

Nous pouvons en dire autant de toute cette série d’articles concernant le diagnostic des lésions en foyer, aussi bien encéphaliques que bulbo-protubérantielles, spinales ou radiculaires, de ces dernières surtout, dont l’histoire est tracée d’une façon tout à fait magistrale, avec une précision mathématique, si bien que ce livre en mains, grâce aux schémas si limpides qui sont annexés à ce chapitre et aux tableaux synoptiques qui les accompagnent et résument 1 ensemble des troubles sensitifs et moteurs correspondant à la lésion de chaque racine médullaire, le diagnostic necessaire des lésions totales ou partielles propres à chaque plexus s’impose pour l’observateur attentif avec une rigueur quasi fatale. Même exposé topique et luminoux est fait pour les lésions en foyerdes centres encéphaliques et des différentes paires crâniennes. Mais nous ne pouvons multiplier les exemples.

Qu’il nous suffise d’ajouter que, malgré les limites étroites où 1 auteur a dû se mouvoir, son livre contient tout ce que les sciences neurologiques modernes renferment de conquêtes importantes et nouvelles. Tout y est, tantôt sous l’aspect de formules simples mais suffisantes, lorsqu’il vise des faits définitivement acquis, tantôt sous

P K ré FA CE

forme de notes plus ou moins étendues quand il s’agit de notions douteuses, cnéore à l’étude, ou controversées. Ainsi rien n’est omis de ce qui touche aux discussions toujours pendantes sur les fonctions du faisceau pyramidal et sur les symptômes de ses lésions, sur les myoclonies, la pathogénie du réflexe rot uli en et ses variétés les plus rares, le trajet des fibres sensitives dans l’axe rachidien, la conception du vertige et les troubles de l’appareil labyrinthique, etc., etc..., surtout quand les notions visées sont susceptibles d’une interprétation propre à éclairer le symptôme morbide et à en faire saisir le mécanisme. A signaler encore un chapitre tout à fait intéressant et plein de vues originales sur la classification des sensations et sur les troubles des sensations profondes, une analyse très fine des troubles psychiques, enfin des conceptions fort ingénieuses sur le tonus musculaire, le mécanisme de la station debout et les altérations des actes coordonnés.

Enfin il n’est pas jusqu’aux indications thérapeutiques qui n aient été l’ohjetd’un soin particulier dansce volume. Les courts articles consacrés a cette partie de l’ouvrage seront lus toujours avec profit, car ils ont une portée utilitaire réelle, et sont d’une tournure point du tout banale: ici pas de considérations générales; chaque mot est une indication, chaque phrase l’exposé d’une méthode; simplement 1 énoncé des substances médicamenteuses, ou les grandes lignes des médications systématiques qui semblent avoir une efficacité prouvée, ou répondre, comme dans 1 épilepsie ou la syphilis cérébrale, à des indications for-

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nielles et précises, et c’est tout. Par contre, l’exposé très pratique et suffisamment complet des procédés nouveaux, comme la rééducation de Frankel dans le traitement des aphasies et du tabes, et l’appréciation de la méthode de Ouincke avec l’indication très nette de la technique à mettre en œuvre pour pratiquer la ponction lombaire, sa valeur diagnostique mais rarement curative, les avantages qu’on en peut retirer, les dangers qu’elle peut faire courir, le tout envisagé avec une mesure parfaite et une grande maturité de jugement.

Mais nous ne saurions insister davantage. D’ailleurs après avoir quelque peu médité ces pages si riches en faits et en idées pratiques, on acquiert vite cette conviction que tel qu’il est, ce petit volume, sous la forme d’un manuel de sémiologie spéciale, constitue cependant une œuvre originale et maîtresse, pleine d’enseignements utiles et souvent de vues générales d’un ordre particulièrement élevé, et qu’il est destiné à rapidement devenir le vade-mecum de tout praticien soucieux de baser son jugement et son diagnostic sur des notions rigoureuses et indiscutées ; il fait, en résumé, le plus grand honneur à son auteurqu’il classe d’ores et déjà parmi les représentants autorisés de la neuropathologie française.

Lyon, le 3 novembre 1 900.

J. TE1SSIER.

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