‹ Diagnostic et traitement du cancer de l'estomacChapitre 13 sur 47 · RAS · texte numérisé non relu

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Pour terminer cette trop longue énumération, voici les observations de Gallard, dont nous avons parlé plus haut. Rappelons qu'il s'agit Jà d'hématémèses mortelles, produites par la rupture d'anévrysmes miliaires.

OBSERVATION XX. (Résumée.)

Homme de 51 ans, entré à la Pitié, le 16 février 1876, service de M. Gallard.

Le malade était en traitement pour un emphysème pulmonaire, lorsque le 19 février, il rend en grande quantité des matières noires, par les vomissements et par les selles. Le 20, le malade est très pâle, très affaibli. On ne trouve rien du côté de l'estomac. Il meurt le 21.

Autopsie. — Esiomac. — Après un examen attentif, on finit par découvrir, sur la muqueuse de la face postérieure de l’estomac, une toute pelite ulcération de la grosseur d’une lentille, située à 2 centim. à droite du cardia et à 3 centim. au-dessous de la petite courbure. La solution de continuité de la muqueuse présente tous les caractères d’une lésion récente et semble s’être produite plutôt par distension que par un véritable travail ulcératif. L'espèce de boutonnière formée par la déchirure de cette membrane emprisonne une tumeur grisälre, de la grosseur d’un grain de cheénevis. Au point culminant de cette tumeur est appendu un caillot, qui s'enfonce dans sa cavité. L'extraction de ce coagulum nous permet de constater qu'il obture un petit orifice, situé sur la tumeur. Nous nous trouvons en présence d'une dilatation anévrysmatique, située sur le trajet d'une des branches postérieures de l'artère coronaire stomachique. En poussant par l'artère coronaire une injection de gélatine, colorée par le carminale d’amoniaque, nous avons vu le liquide pénétrer dans les branches postérieures de l'artère coronaire, distendre la tumeur décrite, et sourdre à $on sommet, par un orifice irrégulier de la grosseur d’une têle d'épingle.

OBSERVATION XXI. (Résumée.)

Homme de 25 ans, entré à la Pitié le 2 mars 1876, service de M. Gallard.

— ponte

Vomissements noirs très abondants survenus brusquement, sans cause connue : rien dans ses antécédents, rien à l'estomac. Il s’affaiblit lès rapidement, et, malgré tous les moyens thérapeutiques employés, il meurt le 4 mars, à 10 heures du soir, ayant présenté quelques heures avant sa mort, une température de 33° 8.

Autopsie. — On trouve sur la face postérieure de l'estomac une déchirure de la muqueuse, produite par l'ouverture d'un petit anévrysme situé sur le trajet d'une artériole fournie par la coronaire stomachique.

OBSERVATION XXII. (Résumée.)

Victor G..., 48 ans, entré le 22 janvier 1884, service de M. Gallard, hôpital de la Pitié.

Ce malade vomit du sang en grande quantité depuis 2 jours. Il raconte que depuis 3 semaines, il a commencé à perdre appétit, ayant un grand dégoût pour tous les aliments, les graisses en particulier ; il éprouvait après le repas des douleurs vives dans la région épigastrique accompagnées de vomissements alimentaires. Il est pâle, presqu'exsangue; les vomissements continuent, le ventre est balloné, l'estomac dilaté On souge à un cancer. Le malade meurt dans la nuit, à la suite de nouveaux vomissements.

Autopsie. — L'intestin est rempli de sang. — Æslomac. —- A 4 centimètres du cardia, on trouve une saillie recouverte par la muqueuse, présentant à son sommet un orifice large comme une tête d’épingle et par lequel on fait sourdre, par la pression, du sang décomposé. Elle parait bien devoir être le point de départ des hémorrhagies qui ont été causées par la rupture d’un anévrysme miliaire Sous-muqueux.

En résumé, voilà un symptôme bien inconstant: on le trouve un peu partout, produit par des causes très différentes. Comme on peut le voir par tous ces documents, non seulement il n'est pas particulier au cancer, mais il n’appartient même pas en propre à l'estomac. Quand il se présente, il indique qu’il y a gastrorrhagie, mais c’est tout : au médecin de trouver la cause de cette gastrorrhagie. Les

exemples précédents montrent bien qu'elles peuvent être multiples. Il faut séparer ce mot « hématémèse » de l'idée de cancer de l'estomac, à laquelle il était resté trop longtemps attaché; l’un n'allait pas sans l’autre. Nous croyons avoir montré qu'ils sont parfaitement séparables, qu'il est même juste et légitime de rompre cette union que le succès n'a point légilimée, ear elle a été la source d'erreurs de diagnostic dont quelques-unes ant été fatales. L'hématémèse n'est pas un symptôme, c'est un syndrôme clinique, c'est presqu'une maladie à part. El comme telle, quand on se trouve en sa présence, on doit songer à bien des diagnostics. C'est, croyons-nous, la meilleure conduite à suivre et la plus sage; c'est celle qui résulte de l'expérience.

V. — Cachexie. — Si, par sa présence seule, le cancer de l'estomac apportait dans l'économie un trouble particulier, une modification organique se traduisant par la « cachexie», l'aspect cachectique du malade serait un excellent signe. Mais très souvent il sommeille, comme dans les cancers latents; il est donc parfaitement innocent dans tous ces cas là. S'il devient nuisible, c'est qu'il apporte une gêne dans la nutrition, et la conséquence immédiate de cette gêne nutritive est un affaiblissement de l'organisme qui amène avec lui cette émaciation générale et cette pàleur des téguments, qu'on a l'habitude de regarder comme caractéristiques. Nous traiterons cette question de la nutrition dans un chapitre spécial. Bornons-nous à dire, pour le moment, que de « toutes les théories, celle qui regarde la cachexie spéciale ou pathognomonique comme le résultat d’une maladie humorale, précédant, déterminant la formation du dépôt cancéreux, est, à tout prendre, la plus certaine et la plus féconde. » (Brinton).

Pas plus que les autres signes, la cachexie n’est donc un symptôme constant, mais elle existe dans la plupart des cas,

cp 90 ou 98 fois sur 100, d'après Brinton. La face présente le plus souvent une teinte terreuse, d’autres fois jaune paille, qu'on rencontre chez presque tous les gens atteints de cancer de l'estomac. Cette décoloration, qui frappe la vue, offre une grande importance. Dans les cancers latents, c’est le seul signe qui puisse mettre sur la voie du diagnostic. On voit par exemple des malades, comme quelques-uns de ceux cités dans nos observations, ne présentant aucun trouble du côté de l'estomac, devenir tout à coup cachectiques, sans qu'on puisse s’en expliquer la raison. A l’autopsie, on découvre un cancer de l'estomac. Quand on voit la cachexie se produire ainsi, il faut toujours songer à une affection grave de l'estomac, tumeur cancéreuse ou non. Il n’est pas d’organe, en effet, qui ait plus d'action sur la nutrition générale, et, en y songeant, peut-être pourra-t-on éviter bien des mé- Comptes.

Mais, encore comme dans les paragraphes précédents, si la cachexie existe : 1° elle peut manquer ; 2° elle existe dans d'autres maladies de l'estomac; 8° elle existe dans des affections étrangères à cet organe.

La cachexie peut manquer ; il suffit de parcourir nos observations pour s'en convaincre; tant que la nutrition a été bonne, l’état cachectique ne s’est pas montré.

Par exemple, elle existe avec des caractères absolument identiques dans la gastrique chronique ou ulcéreuse, dans la dilatation, dans l’ulcère. La plupart des auteurs sont unanimes à ce sujet. Voici des observations qui prouvent notre dire ; elles sont plus éloquentes que toutes les dissertations.

OBSERVATION XXII. (Résumée).

Catarrhe chronique simulant un cancer de l'estomac ; Amélioration. ({n Vuzpran. — Clin. de l'hôp. de la Charité, 1879, P- 234.)

M. Léonard, 51 ans, entré le 15 mars 1877. Malade de-

puis 1873 ; vomissements aqueux fréquents; entre 2? ou 8 fois à l'hôpital, d'où il sort amélioré par le régime lacté. Actuellement, il offre un aspect absolument cachectique ; sa peau est terreuse, son estomac est dilalé, il a de la douleur à la région épigastrique et des vomissements alimentaires ; anorexie complète, Traitement par les vésicatoires, l'eau de chaux et le sirop de morphine : amélioration très sensible.

OBSERVATION XXIV. (Clin. d’ANDRAL.)

Dilatation de l'estomac qui remplit tout l'abdomen; induration de la paroi pylorique, avec atrophie de la tunique musculaire, conservation de la largeur accoutumée du pylore. Digestions difficiles ; alternatives d’anorexie complète et d’appétit dévorant ; vomissements, Cachexie, marasme.

OBSERVATION XXV. (Clin. d’ANDpraL.)

Dyspepsie pendant plusieurs mois ; anorexie, dégoût pour les aliments ; dépérissement, cachexie et marasme. Aucune lésion à l’autopsie.

OBSERVATION XXVI (Résumée).

Dyspepsie simulant le cancer de l'estomac; Guérison : Rommelaëre ; Du diagnostic du cancer, p. 79.

B..., âgé de 41 ans, venu à la consultation le 11 avril 1881 ; malaises gastralgiques depuis 5 ans ; — depuis quelques mois, les symptômes sont permanents, inappétence, mauvaises digestions, pas de nausées ni de vomissements. Le malade est affaibli et amaigri; le teintest cachectique, le moral déprimé. On sent un léger engorgement au niveau de la petite courbure.

Au premier abord on croit à une tumeur cancéreuse de l'estomac, puis on pense qu’elle siège dans le pancréas.

On prescrit au malade le régime lacté, l'emploi régulier de la poudre de réglisse composée et de préparations toniques.

Le 27 avril, l’état du malade s’est aggravé, la faiblesse et l’amaigrissement sont extrèmes.

Yi

ROM RES Vers le milieu de mai, les forces commencent à revenir, et

dans le milieu de 1882, l’état général et local du malade était très satisfaisant, il avait de l'appétit et de l'embonpoint.

Ces faits sont on ne peut plus probants ; on trouvera aux articles Vomissement et Tumeur, d'autres observations de dyspepsies et autres affections, dans lesquelles a été constatée la cachexie. Dans quelques cas que nous donnons au chapitre IT, on y trouvera des exemples également remarquables de cachexie indépendante de lésion cancéreuse.

En revanche, comme nous le disions au début de ce paragraphe, l'état cachectique est quelquefois le seul qui puisse mettre sur la trace d’une tumeur stomacale, comme on peut le voir par les observations suivantes.

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