Dialogue entre quelques bourgeois
Comme nous fommes dans un temps de liberté , & fur- tout ? comme vous le dites , un temps où le peuple , qui eft la véritable force politique de l’Etat , doit avoir une fi grande part au Gouvernement civil ^ ( & de fait , nous vous avons affez bien aidés pour devoir être écoutés ) dans un temps , dis-je , où tout Citoyen doit fa part de lumières au Corps : vous ne trouverez pas mauvais qu’nne petite troupe de bons Bourgeois de boutique vous fafïent part des réflexions qu’ils ont faites, en beuvant leurs petites chopines j ce feroiî grand dommage , fi elles peuvent être utiles, de les avoir gardées pour nous feuls } car ilme feinble que nous avons politique de bon feus. Nous nous fonuneâ
d’abord félicités de ce que Noffeigneurs des Communes nous avoient enfin fait des hommes égaux à eux-mêmes : quelle générofite , avons-nous di t ! Prenez «arde , nous a dit avec un foupir , Mlr. Grégdire que ces Meilleurs ne nous ait faits leurs dogues , qu’ils ont lâché à plaifir fur tout ce qui pou voit nous défendre : car enfin , la maniéré do^ Hchofe s’eft paffée , me devient un peu luipecte en v fondant l cette réflexion, que nous ayons d’abord regardée comme un blafpheme , tant e“‘ forte l’impreflion de nette reco.noto a' J nous a cependant affectes , car U en w
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foire faute, là Nation dan. fe. ‘A*!.
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ChMaÏ cependant Mr. Grégoire ( nous vous rendons Noffeigneurs notre poUiK^e nio^ po^o^,^
cependant M- Grégoire , vous ne fai.r z
-nh qu’il eft bien doux d’être égal a W . le t JVI. le Comte , &c. —
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— Chanfons que tout cela ils nous promettent là une cliofe qui n’eft pas en leur pouvoir. Les gens qui s’appellent comme il faut , fauront bien fe diftinguer toujours } & ce n’eft que par les moyens qu’ils nous ôtent , que nous pouvions cfpérer un jour de fortir d’une claffe où ils nous fixent réellement , en ôtant aux riches & aux grands cette aifance qui réfluoit fur nous , & qui peu à peu auroit bâti notre petite fortune , comme ils ont bâti là leur : iis la tiennent maintenant *, & par ce défordre , s’il dure guere , ils nous ont fermé la porte à nous },car je vous prie, quel moyen refie-t-il à un pauvre homme de monter à fon tour au haut de la roue de la fortune ?
Mais , M. Grégoire , ils nous relient tous } au moins fommes-nous admis à tout.
Voilà les belles fornettes dont on nous a'bernés pour nous faire fervir à leurs fins.
Notre fortune s’oppofant à une éducation propre à la légifiaîion , croyez-vous que nous aurons beaucoup de voix* pour nous élire & certes ce feroit un malheur pour nous-mêmes , fi nous ou nos femblables étoient à la tête des affaires j on auroit beau jeu à nous tromper. --
— C’eft toujours un honneur de netre pas exclus } vous en conviendrez. —
Nous ne l’avons jamais été, quand par les moyensqu’on nous enleve , nous parvenions à pouvoir donner à nos enfans une éducation qui développât leurs talens , & mille exemples en font foi. —
— Cependant on ne nous appelloit pas depuis long-temps à l’éleéKon des Officiers Municipaux.—
— C’étoit notre droit } & file defpotifme Minifiériel l’avoit ufurpé , c’étoit ce qu’il falloir réformer , & non pas avilir ce droit du Citoyen , en nous affimilant , par une Motion expreffe , les Juifs , les Comédiens & les Bourreaux. Oh ! M. Grégoire 3 nous n’avions point fait cette cruelle réflexion >
pas un honnête homme ne voudra entrer dans les Municipalités ! Et comment ferons - nous gouvernés ?
Ils en auront bien une autre caufe , s'ils font leneés & délicats \ ne faut-il pas avant d’être électeur ou éligible , faire ferment de maintenir la nouvelle Conftinmon ? Et peut-on le faire ce ferment ? Puis-je jurer , moi , de fbutenir , prolonger un nouvel ordre , qui détruit la Religion , viole les droits les plus facrés des propriétés -, renverfe l’ordre de la hiérarchie de la Société 5 renverfe un Corps de Magiftrature, imposant par fon antiquité,. & par conféqueiit par fon expérience , pour mettre à la place une Magiftratüre nouvelle , volante, fans force , fans vigueur , mutable à chaque inftaut. Que pouvons-nous en attendre de cette Magiftrature , que la brigue , la force , l’impreffion du moment formera ?
Mais , M. Grégoire , vous êtes bien lavant.-, & qui vous en a tant appris ? Hélas ! — premièrement la raifon ! Mais d’ailleurs , vous favez que je loue des chambres à des Savants , qui ne font pas difficulté de raifonner devant nous -, & qui nous ont bien prouvé que le Gouvernement du peuple ne fauroit convenir à un grand état ^ & nous faifons dans ce moment la trifte expérience que quand les pieds veulent prendre la place de la tête , & ia faire marcher -, 110ns allons bien de travers- Vos Savants , M. Grégoire , trouvent donc bien mauvais que nous aiyons une Gonftitutioix , & que nous: foyons libres ? —
— Dites donc débandés -, & tous prêts par notre défordre à devenir la proie du premier qui voudra s’emparer de nous : mais je veux répondre à chacune de ces affermons en particulier.
Nous avions une Conftitution d’autant plus belle & plus folide , quelle n’étoit point convenue 5 que tos befoins, notre pefttion, notre caraâerd’avQiens
formée peu à peu & fur l’expérience } & telle qifelle étoit , elle nous avoit rendus l’objet de l’envie & de la terreur de l’Europe entière ; quand j’y fonge de quel point fommes-nous partis 9 où en fommes-nous , où aboutifïbns-nous ? Dieu le fait , mais les larmes m’en viennent aux yeux.
Nous fouîmes libres , dites- vous , & où efl votre liberté ? On vous a fait une caricature ( ou gravé une eftampe ) bien propre à vous ouvrir les yeux j on vous a montré un homme garroté de toutes les parties de fon corps , & qui s’écrie je fuis libre ; c’eft bien nous traiter en grues , que de nous tenir ce langage. Sommes-nous plu» libres pour avoir échangé la domination légitime & modérée d’un gouvernement paternel contre un gouvernement ariftocratique , tumultueux , variable à l’infini , qui s’annonce comme tous les gouverneinens tyranniques par les défordres, les violences , les meurtres , la violation des droits les plus facfés , & crient au bonheur , à la liberté , en égorgeant , en établilfant i’inquifîtion la plus tyrannique. Moyens qui feuls devroient rendre leurs motifs au moins bien fufpeâs.—
— Il nous femble , M. Grégoire, que vous traitez nos augufies bien rigoureufement , ne faut-il pas de grands moyens pour opérer un changement univerfel j & comment faire adopter à tout Iq monde des opérations fi nouvelles , fans le fecours de la terreur & de la force ?
—Eh ! quelle néfiiceté de les faire adopter quand il s’agit du fort de tout un peuple , & qu’on n’a que de bonnes vues j on n’a pas befoin de meurtres & des terreurs pour les lui faire adopter.
Mais fans ce moyen comment vouliez-vous faire confentir la NoblelTe & le Clergé à faire le facrifice de leur bien , & c’eft cependant ce qu’on vouloit pour notre foulagement.
Ah ! nous y voilà , voilà l’abuferie dans laquelle
nous avons donné : foyez affurez , mes amis , que cela même , comme je vous l’ai déjà dit , retombe abfolument fur nous à plat ; je parlerai moins de la Nobleffe , parce qu’elle me paroit un peu moins maltraitée que le Clergé; mais il n’eft pas moins vrai que fon bien eft à elle , que dans 1 origine la plupart ont reçu les fonds fur lefquels ils ont établi les fiefs à titre de recompenfe de leur lervice ou de paiement de leurs avances pour 1 ttat , ou enfin à titre de droit de vainqueur fur les vaincus ; qu’ils ont donné ces fonds qui leur appartenoient fous des petites redevances , &>bien petites par comparaifon au rapport de leur fonds , ix cela en confidération du précaire éternel qu’ils dévoient avoir fur leur fonds ; ces grands fiefs s étant iubdivifés dans la fuite ont formé les terres d aujourd’hui , qui . par la gravitation ou circulation naturelle , ont paffé dans des mains même roturières,
, mais les titres de propriété n’en font pas moins facrés. Cependant on coiffent qu’ils aient au moins en efpeces la repréfentation de leur avoir. Je me contenterai de vous faire examiner li le peuple y trouve bien du foulagement , aiufi que vous en
paroilfez perfuadés. . , i»
Nous ne payerons plus deux , trois boiffeaux de {j-rain par arpent ou même moins. Mais les entans de la plus baffe claffe qui commençoient leur gravitation au fervice de ces premiers Citoyens , qui n’en fortoieut fouvent que pour faire des etablifiemeris, qui commençoient à donner dés Citoyens honnêtes à la fociété , y trouveront-ils les memes reffources y &C le nombre en eft-il fi petit depuis les plus basdomeftiques jufques al'liomme d affaires , r e fût-ce que cinq perfonnes par Seigneur , calculez le nombre d’individus qui perdent leur fubliltance : les feuls Gardes-Chaffe qui en mterdilant a 1 homme de travail un pljifir meurtrier vu fa fituation , confervoient les récoltes qu’on détruit abfolument •au-
iourd’hui par la foule liccntieufe qui les ravage ; cesfculs Gardês-ChalTe , dis-je font une perte irréparable pour la fociété. . Les Seigneurs dépouillés de leurs droits , peut-être ruines par la malhcureu.c facilité de difpofer des efpeces , ou par des placemeus qui les expoferont à des banqueroutes , dans des temps difeteux ou calamiteux , s’emprcllerontils d’être les confolateurs , les peres , les confervateurs de leurs emphytéotes ? Le pourront-ils . Pourront-ils faire travailler le pauvre Cultivateur & animer par là la récolte qui influe fi fort lur toute la fociété ? Voilà le mal de la Campagne , qui pourra être un peu aggrave par 1 epuifement d elpeces dont nous avons parié. ... r
Mais celui des Villes dont le Peuple fubfiftoit lur l’aifance des riches , les Seigneurs ruinés pourrontils Ja faire refluer cette aifance fur tout le Peuple, depuis la pourvoyeufe jufques aux ouvriers du plus haut luxe, qui tous au moyen de leur industrie profitent de la fortune des riches ; par la première épreuve qu’ils en font , ils peuvent commencer a
juger de l’avenir. . vr
Cependant, M. Grégoire, vous ne faunez dilconvenir que MM. des Communes n’aient approvifionné Paris , qui étoit menacé de mourir de faim.
Vous ne me trouverez pas mieux difpcie a la
reconnoilfance fur ce point , que fur les autres } car, voyez-vous , nos Meilleurs , ( je veux dire nos Locataires ) ont tous,raifon. .
Si Noifeigneurs des Communes , je veux dire un très -petit nombre , qui ont fournis les autres par la terreur , les meurtres , & les horreurs que
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les
nous avons vues j li ces Seigneurs x , , chefs qui les font agir, n’avoient pas eux-mêmes fait accaparer les grains , pour foulever le Peuple par la difette , en aurions-nous manqué , dans une année d’abondance?
Oh ! M. Grégoire , c’eft la Nobleüe & le Cierge !
~ Mes amis , raifonnez avec moi 5 je vous prie.
Quel eft le Noble , le Prélat 9 qui en a fourni ? Et cependant l’abondance eft arrivée à point nommé , quand nous avons eu fervi leurs vues par des avions inouies. Jugez vous - mêmes , en quelles mains étoient les commeftibles ou les vivres 7 8c s’il ne faîloit pas néceffairement que les,auteurs de la révolution eulfent été eux-mêmes les accapareurs 9 pour pouvoir récompenfer nos fureurs , en rejettent nos miferes palfées fur ceux qu’ils vouloient perdre.
— Et pourquoi , je vous prie 3 voulait -on les perdre?
— Parce que voulant renverfer l’Autel & le Trône , le Clergé auroit défendu l’un , 8c la Noblelfe l’autre.
— Ah mon Dieu I vous nous faites frémir 7 mais avant d’aller plus loin dites-nous donc fi vos Meffieurs locataires ne croyaient pas que la Nobleffe n’avoit pas toute de bons titres, & qu’elle avoit quelques usurpations à fe reprocher. — Ils ne difent pas que non -, mais fur cela , comme fur tout le relie , il falloit réformer , corriger , 8c non pas détruire 7 il falloit demander l’exhibition des bons litres ? pour être maintenus dans leurs droits , 8c non pas nous commetre pour les brûler.
— - Vous faites bien , fans doute , également grâce aux autres droits feigneuriaux ?
— Non pas , s’il vous plaît , par exemple les banuaîités font odieufes , parce qu’ordinairement les Seigneurs afferment le droit exclufif de voler ou faire mal la befogne qu’on ne peut pas faire ailleurs ^ il falloit donc les abolir , en dédommageant cependant le propriétaire qui avoit de bons titres , parce qu’il faut toujours refpeéler les propriétés.
— Par ce que vous avez déjà dit Moniteur , nous comprenons • que vous n’approuvez pas l’expolia-
tion du Clergé , & que vous regardiez cela comme un vol j cependant il eft bien doux de ne plus payer de dîme.
— Si je le regarde comme un vol ? Et comme un vol quadruple de tous les autres 9 premièrement comme un vol faerilege 9 puifque ces biens , fruits de la piété de nos peres , font deftinés à l’entretien des Minifhès 9 à celui des Eglifes 9 & au foui âge ment des Pauvres , un vol aux généra* tions paffées 9 puifqu’il intervertit la deffination qu’elles ayoient fait de leurs offrandes 9 un vol à la génération présente 9 qu’elle dépouillé d’un ufufhiit qui lui appartient légitimement 9 un vol aux générations futures 9 qui toutes ont droit & des titres fur ces biens 9 $C ceci tombe dire&ement fur nous 9 qui avons droit pour nos enfans aux titres dans le Clergé fécuber 9 aux places dans le Clergé régulier.
— Je vous arrête crainte de l’oublier , M- Grégoire 9 fur une deftinafcian des bieHS du Clergé , c’eft celle du foulagement des Pauvres , croyezvous que le Clergé fait toujours bien remplie ?
— Non , je conviens qu’ils ont fouvent été employés à d’autres ufages 9 mais malgré la négligence , la coupable négligence de certains titulaires à cet égard ; j’en appelle à nous -même 9 combien de fois dans nos calamités n’avons-nous pas trouvé des fe cours puiffans chez nos Evêques , chez nos Curés , chez les moindres Bénéficiers 9 chacun félon fa portée, même chez nos pauvres Vicaires dont la charitable follicitude 9 ne pouvant rien par eux-mêmes 9 foulageoit notre pudeur auprès des riches 9 leur peignoit nos maux 5 & en obtenoit des fecours.
Combien de reffources ne trouvoit pas la cîaflè la plus indigente de la fociété dans les Monafteres 9 quels fecours ne donnoient pas au corps des Pafteurs ces Cénobites zélés ? Hélas ! fouvenons-nous
dé cet Ordre refpeaable , que nous avons laifFé détruire' fous nos yeux, fans avoir à lui offrir que des larmes , tandis que nous trouvons tant de force pour détruire l’Autel & le Trône } mais revenons à notre fujet , croyez-vous que le Cierge fera davantage quand il n’aura plus rien ? Et d’ailleurs , en défendant leurs propriétés comme plus facrées encore que celles de tous les autres Citoyens , parce qu elles appartiennent plus à tout le monde , 8c fur-tout à nous , qui trouvions là & des fecours & des débouches pour nos enfans ? je n’ai pas prétendu les fouftraire a la reforme générale , ils étoient Citoyens protégés pair ies Loix comme les autres , il falloit donc les taxer comme les autres f, & pour le furplus de leur revenu ( je parle des premiers Bénéficiers ) les ramener à: l’obéiffance aux Canons , en deffinant leurs revenus un tiers à eux , un tiers aux Eglifes , un tiers aux Pauvres , leur nommer des Receveurs différons pour ces objets fans les détruire, Sc fairé'à eux & à nous ce vol manifefte.
Mais, M. Grégoire , l’Etat avoit befom de fecours puiffàns & nous aufîi.
— A la bonne heure, que tant qu’auroit dure la calamité, la détreffe de 1 Etat , on lui eût appliqué le tiers concernant les Fabriques , cependant quel fecours efpérez-vous pour nous de qette
deftruéfiori ? .
i — . Nous ne payerons plus de Dîme, & les biens du Clergé payeront le déficit a notre décnarge.
Ah ! c’eit là l’efpoir qui vous fait confentir au crime } eh bien ! je vais vous faire voir que le crime fe comettra , qu’il retombera précifémeot fur vous & fur vos enfans , fans qu il en reluite le plus petit dédommagement pour vous.
Vous ne payerez plus de Dîme , dites-vous , & on parle déjà de les affermer pour dix-huit ans. s Les biens fonds du Clergé payeront le déficit. Hélas ! au point où on le dit , ( & on l’augmente
tous les jours,) il rfy* aura pas taême de quoi payer trois années d’interets de ce déficit , orna fait mettre dans les feuilles publiques que les Juifs en offroient 25° millions , & qui y avort appareuce qu’ils ferment accueillis. Y a-t-il la de
"trï™ o“u « ferans'j la peine & nous n’aurons plus de Religion , parce Jue nous n’aurons plus de Miniftres pour nous
iaP1KMonbieu ! M. Grégoire , on ne détruit pas aumoins les Curés , on les penfionnç, & la R J'«i ne périra pas , elle doit durer jufques a la confom-
mation des fiecles. , „ r 1
... On penfionne les Curés ! Et fi on voulût*
bien payer les penfions auxquelles on s engage, on n’ôteroit pas le bien au Cierge, d. ne Miroit pas pour les payer -, & fi vous aviez un fils le laifferiez-vous engager dans un état aufli précaire : au premier befoin d’etat plus de penfion. Eh ! attendra- t-on un befoin d état ? Les Séminaires fout fermés, partant plus de Miniftres.,
vous voyez que s’il eft de foi que la Religion ne périra pas ; il eft très-dangereux que nous péri.
rons pour elle. •• *
M. Grégoire , vos favans ne favent-ns quenous défefpérer ? Nous avons vainement cherche par nos queftions quelque foulagement a nos remords, de nous être fi aveuglement prêtes a creufer nous-, même le précipice où l’on cherche a nous engloutir. Toutes vos réponfes font accablantes , mais au, irioins dites-nous quels motifs vos Savans donnent à l’Aflèmblée Nationale pour nous trahir aulli cruel-.
lei---1Mes amis , il ne faut pas inculper toute l’Affemblée , le grand nombre font honnêtes gens , mais la tourbe de brigans qui font la loi ont profi e de la circonftance de la ténue des Eta s , po ®urdir la trame la plus noire j ils ont d abord
feît le projet de détruire la Religion , parce que tous fés principes s’oppofent au but principal qu’ils fepropofent, qui eË de détruire la famille régnante, pour féconder les vues de quelque Prince ambitieux & vindicatif, qui les a comblés d’or & de promefles ; l’un veut être Miniftre , l’autre Chaneeîlier , &c. . .
— Ah mon Dieu ! quelle horreur , mais le piu$ grand nombre font bons , dites-vous , pourquoi n’ont-ils pas empêché les autres ? — ô ! que le petit nombre qui étoit bien préparé de longue Main , s’étoit rendu bien plus fort , ils nous avoit féduits , & nous leur avons prêté notre bras avec lequel ils ont intimidé les autres $ des tréfors accumulés à cette fin , ont corrompu nombre d’Agens à ta Ville dans les Provinces } & d’un bout de Royaume à l’autre , Ja terreur répandue fous le même prétexte , nous a aveuglement armés contre ceux qui pouvoient nous défendre avec aiOtre fêc ours j vous voyez comme nous avons traité & nous ttaitons encore les premiers Ordres , la Nobleffe , le Clergé , la Magiftrature } nous âidons à tout détruire , & qui nou s défendra après ? Et -où feront les reffources contre ces loups , fi nous nous armons nous-mêmes contre nos Payeurs?
Ah î M. Grégoire , qu’avons-nous fait que de inaî , & où eft le remède ?
‘ ■ Il en refteroit encore , mais . il eft preffé & difficile : il faudroit premièrement être d’accord , ^ c’eft là la difficulté \ dire à la Nobleffe & au Glèrgé on nous a trompés , on nous a féduits , ioyez nos guides ; & conjointement oppofons à cet infernal torrent une digue qui ne coûte ni iàng ni larmes } faifons en corps une procuration aux Parlemens , pour juger les trahifons que nos Députés ont faites à notre confiance , & faifonsles nos repréfèntans en commun.
Ah ! que propofez-vous là , c’eft eux qui ont demandé les États.
Oui , ils les ont oppofés au defpotifme minifté* riel } mais pouvoient-ils prévoir l’abus qu’une cabale infernale feroit de cette précieufe circonstance ? Leur attente trompée fera une raifon pour qu’ils réparent tout avec le plus grand zele : faifons-leur rechercher les auteurs du defordre , ils Savent faire les procédures eux , 5c ils ne nous coûteront pas 30000 francs par jour comme Noffeigneurs des Communes , ils corrigeront les abus fans rendre tant d’individus miférables.
Mais 11e deviendront-ils pas des Ariftocrates à leur tour ; car enfin nous Sommes la proie de plufieurs Vautours qui Se la dilputent , 5c nou» Sommes payés pour être méfians.
Mes chers amis , nous n’avons pas cela à craindre ; les ordres étant d’accord, fi ces MM. venoient à abufer du pouvoir que nous leur aurons donné, ne Serions-nous pas toujours à temps de le reprendre j 5c puis nous , Tiers-État , n’aurons-nous pas toujours la force phyfique en cas qu’on nous trompe.
O ! pour le coup nous nous rendons j allons , chers camarades , éclairons nos Semblables f par tous les moyens poflibles } terrafibns , fr an chiffons le mur qu’on a malheureufement élevé entre les premiers Ordres 5c nous, qui nous ont mené à deux doigts des horreurs de la guerre civile ; on ne peut avoir de bonnes intentions quand on a recours à des moyens comme ceux-là; qu’on corrompt les Troupes , qu’on détruit les Corps les plus ancieus 5c les plus refpedables , Commerce , Arts, Induftrie , 5cc.
Voilà , Nosseigneurs , un dialogue dont nous avons cru devoir vous faire part , pour que vous vous ravifiez , ou nous nous raviverons.
Nous Sommes , Nosseigneurs ,
Vos très-humbles , 5cc.
Nota. Si cette converSation vous plaît , nous pourrons vous faire palier celles de cette nature que nous pourrons avoir encore.
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