‹ Dialogue sur une question importanteChapitre 3 sur 3 · JAMAIS LES LUMIÈRES VOULUES POUR ADMINISTRER MON- TRÉAL · texte numérisé non relu

JAMAIS LES LUMIÈRES VOULUES POUR ADMINISTRER MON- TRÉAL

Joseph. — Si les Canadiens sont doués intellectuellement d'une façon si médiocre, je ne vois pas qu'il faille une si grande dose de science pour administrer Montréal ! î î

Henri. — C'est ainsi que les Sulpiciens se contredisent. A les en croire, tantôt les Canadiens sont trop bêtes pour mériter un enseignement supérieur, tantôt ils sont si spirituels, si intelligents, qu'il faut beaucoup de science pour les évangéliser, et cependant, qui le nierait, dès qu'ils se font prêtres, ils deviennent si stupides qu'on doit leur interdire de force, le ministère au sein des villes.

Louis. — En effet, ce que tu dis-là ressort bien de tout ce que les Curés perpétuels disent des Canadiens.

Henri. — Et puis, disait un jour M. Bayle, il est trèsdangereux d'instruire les Canadiens. La plupart de ceux qui appartiennent aux classes libérales ne se confessent pas. Les clers-médecins, par exemple, ne pratiquent plus la religion et sont tout ce qu'on peut voir de plus impie.

Joseph. — Ce M. Bayle est un calomniateur. Ce qu'il dit des clercs-médecins est absolument faux. Les étudiants en médecine canadiens sont religieux. Le chanoine Fabre, pour sa part, en confesse un nombre considérable. Ils vont même jusqu'à faire des communions générales. Voit-on cela ailleurs ?

Ephrême. — Voyons, tu conteras cela quand j'aurai terminé.

" Il tarde à l'Évêque de Québec, continue Mgr. Provencher, d'être déchargé du district de Montréal qui lui a causé tant de déboires et de chagrin. Son prédécesseur immédiat, le vénérable évêque Panet, n'en avait pas eu moins et son anté-prédécesseur, Mgr. J. O. Plessis, dont la mémoire vivra éternellement en Canada, en était tellement abreuvé et accablé qu'il était las de vivre. Il m'écrivait dans mes missions ; " Je vis trop longtemps ; j'aurais dû mourir en arrivant de Kome pour ne pas être témoin de ce que je vois. "

Henri-. — Ainsi, sans remonter au delà de 50 ans,v les Sulpiciens ont martyrisé et abreuvé d'amertume les Eve-

ques suivants : Bourget, Lartigue, Baillargeon, Panet, Plessis ! Qu'ils viennent maintenant se donner pour des moutons ! !

Ephrême. — " L'Évêque de Québec, dit encore le mémoire de Mgr. Proveneher, l'Évêque de Québec a refusé rentrée des prêtres français dans son diocèse, parce que ces étrangers, ne voulant vivre en harmonie, ni avec le clergé, ni avec le peuple, étaient évidemment les auteurs des troubles qui régnaient dans le District de Montréal, et qu'ils intriguaient sans cesse à Borne pour renverser ses plans les mieux concertés pour le bien du pays. Deux fois il a été dans la nécessité d'envoyer des agents à Borne ; toujours ils ont réussi à faire connaître la vérité, mais quelle dépense pour payer les frais de ces agents. Si encore les prétentions du Séminaire étaient finies ; mais non, M. Thavenet est toujours ici à Borne, faisant ce qu'il peut pour soutenir les prétentions de ses confrères ; tout cela se fait en dessous et en cachette.

Henri. — Et après M. Thavenet, est venu M. Faillon en compagnie de M. Bayle ; après côs deux .accusateurs, est venu M. Larue ; après M. Lame en Viendra un autre ; car il est écrit que les Sulpiciens ne laisseront jamais dormir les Evêques en paix.

Et pour avoir raison des Evêques, ils les accuseront de rapacité, d'ignorance; ils accuseront le clergé et le peuple d'imbécilité. Non contents d'avoir ruiné la réputation intellectuelle des Canadiens, ils essaieront à les faire passer pour des révoltés, des gens capables d'en venir aux voies de fait contre leur Evêque.

Alexandre. — "Voyons, Henri, tu charges à dessein : le tableau est assez noir, n'y ajoute pas d'ombres. ; Henri. — C'est tellement le cas ; j'invente si peu que, pour rassurer Borne sur l'état des esprits à Montréal, les Supérieurs de deux communautés ont été obligés d'écrire des lettres qui prouvaient que la population était bien paisible.

François. — Je m'explique maintenant pourquoi, en Europe, on garde encore l'idée que le Canada est un pays de cannibales ! ! !

Ephrême. — Avec toutes vos interruptions, je n'en finirai pas.

•< Si l'Evêque de Québec, dit Monseigneur Proveneher, refuse l'entrée de son diocèse aux Sulpiciens français, il ne refuse pas aux prêtres canadiens, ou du moins aux sujets anglais, de se faire Sulpiciens. Il y a déjà dans la maison autant de Canadiens que de Français, c'est sur ceux-là que retombe la plus grande partie de l'ouvrage. Ils n'ont aucune des places honorables... "

Henri. — " Les Canadiens ont d'ailleurs si peu d'intelligence," disent les messieurs du Séminaire.

Ephrême. — " Ainsi, toujours selon Monseigneur Provencher, la maison des Sulpiciens de Montréal ne pourrait s'éteindre que par sa faute, en s'obstinant à ne pas admettre les prêtres canadiens. C'est une chose bien étonnante et qui ne se rencontrera qu'en Canada, que de voir une dizaine de prêtres étrangers, venus de France, placés par le conseil de la maison, devenus tout-à-coup de grands seigneurs, de les voir, dis-je, vouloir faire la loi dans le pays, heurter ouvertement l'opinion du clergé, forcer toutes barrières pour parvenir à leur but, en venir enfin jusqu'au point de-vouloir donner des êvêques au Canada, sans qu'on n'en sache rien dans le pays.

" C'est ce qu'on a vu ici, à Eome, à la nomination du dernier coadjuteur de Québec et à la nomination de M. Ta beau pour Montréal. Ces deux hommes n'étaient pas des ambitieux. Mgr. Turgeon avait refusé la coadjutorerie de Québec en 1825. M. Tabeau a refusé d'accepter ses bulles, et est mort peu après l'arrivée d'un rescrit de Eome qui l'engageait à les accepter. La charge d'évêque est si désagréable en Canada, grâce aux Sulpiciens, que personne ne veut l'accepter."

François. — C'est bien naturel ! «

Ephrême. — Ecoutez ce qui suit :

" M. .Roux, Supérieur du Séminaire de Montréal, qui vint à Eome il y a quelques années, avait obtenu du St. Siège la permission de vendre les biens du Séminaire au Gouvernement. L'évêque de Québec refusa son consentement et envoya à Eome deux agents qui obtinrent la révocation de cette permission. Il adressa, avec son clergé, une requête au gouvernement pour demander la conservation de ces biens ; le parlement se joignit au clergé en demandant plusieurs fois que ces biens restassent tels qu'ils avaient toujours été. Le clergé comme le parlement considéraient ces possessions comme biens religieux du pays ; vu que la possession des fonds était beaucoup plus sûre qu'une rente sur le gouvernement.

" C'est ainsi que le Séminaire restera, malgré lui; possesseur de ses biens "

Henri. — Qu'il crie au voleur, maintenant !

François. — Qu'il vienne surtout dire que, s'il fait opposition au démembrement, c'est qu'il croit que le mode en est vicieux ! L'histoire lui répondra que son opposition aux évêques est traditionnelle ! ! Qu'il n'a jamais su faire autre chose ! ! !

Henri. — Il n'aura pas même la fortune d'invoquer le droit d'appel qu'a le dernier des fidèles quand il se croit lésé dans ses droits. Pie IX lui répondrait, en lui rappelant ce que lui, Vicaire infaillible, écrivait en 1870, aux Arméniens révoltés contre l'autorité de leurs prélats :

" Qu'il ne faut jamais faire appel à l'autorité des Papes pour diminuer ou amoindrir celle des Evêques. Car si le droit d'appeler au Pontife Romain est sacré parce qu'il a le pouvoir divin de délier tout ce qui est lié par quelques juges que ce soit, droit qui a été scrupuleusement conservé dans tous les siècles, cependant le Pape ne souffrira jamais qu'on l'allègue pour couvrir la désobéissance aux Evêques. Ceux qui agissent ainsi sont plutôt des perturbai teurs de l'ordre ecclésiastique que des fidèles soumis axe siège apostolique."

Grégoire XYI avait dit la même chose à propos de Lamennais.

Or, les Sulpiciens en appellent à Eome afin d'obtenir des privilèges qui diminuent ou amoindrissent V autorité de VEvéque de Montréal ! ! !

ëphrême. — Je ne vous rapporterai pas la conclusion du mémoire de Mgr. Provencher ; vous en avez, je crois, suffisamment pour vous convaincre qu'il faut éviter d'accuser l'évêque de Montréal. .

Presque tous. — Trop ! Trop !

Alexandre. — J'avoue que le Séminaire a mal agi ; mais il le fesait pour conserver ses droits comme communauté.

Le Séminaire de St. Sulpice doit être, partout où il se trouve, indépendant des Evêques, je le tiens de plusieurs Sulpiciens.

François. — Pauvre Alexandre ! Comment as-tu pu croire une chose pareille ? Tiens ! j'ai lu dans la vie de Monsieur Olier, fondateur, des Sulpiciens, une lettre que ce saint homme écrivait à un Evêque, qui était en difficulté avec les prêtres du Séminaire de sa ville, j'ai appris cette lettre par cœur, afin de pouvoir la citer aux Sulpiciens qui viennent cabaler dans notre paroisse contre l'Evêque, je vais te la réciter, et si tu veux la lire ensuite, tu prendras la Vie de Monsieur1 Olier, par M. Faillon, Sulpicien, tu l'ouvriras aux pages 441, 442, 443, tu trouveras ce qu'il te faut.

Louis. — Voyons, récite-nous cette lettre. François, récitant la lettre de M. Olier. " Monseigneur,

" Etant entré dans votre diocèse par le commandement " de Monseigneur votre prédécesseur, et M. Couderc, par "qui j'avais désiré continuer mes obéissances à votre per-

11 sonne, ayant été agréé de vous dans les commencements, "j'avais été ravi, non-seulement de lui conserver votre " bienveillance, mais aussi de le faire subsister avec quel- " ques autres sujets, pour votre plus grande satisfaction. " Mais maintenant qu'il n'a pu mériter la continuation de " vos grâces, je lui ai mandé de se démettre de son béné- " fice, en lui faisant connaître qu'il n'est pas juste d'être " dans la maison d'un maître, sans son agrément, et qu'il " ne pouvait espérer aucune bénédiction que dans l'union u de votre charité. C'est sur ce fondement et cette ma- " xime qu'est établie la maison de St. Sulpice. Elle ne se " réserve d'autres droits sur les sujets qui en sortent par " la vocation de messeigneùrs les Prélats, que de leur " faire toujours connaître la " dépendance absolue " où " ils doivent être à leur égard, et de les reprendre de toute " manière, s'ils y avaient manqué. C'est pourquoi, Mon- " seigneur, dans la douleur que je souffre en voyant un " des sujets de la maison, indigne de votre affection, je " ressens une véritable joie de faire le sacrifice entier de " ce bénéfice afin de témoigner par là, dans un de nos pre- " miers établissements, que les sujets delà maison n'ont " point de YIE, d'INTÉEÊT, ni de CONDUITE que dans " l'obéissance de messeigneùrs les Prélats.

" Ils (les Prélats) peuvent nous appeler et nous ren- " voyer quand ils le veulent, et la maison fait profession " de ne EIEN ÊTEE et de ne BIEN POSSEDEE, QUE " DANS LEUB PUEE ET SIMPLE DÉPENDANCE.

u L'œuvre de Dieu ne doit jamais causer rien d'incom- " mode, ni de contraire à la simplicité et à la justice de " l'Evangile ; et si je savais qu'il dût sortir jamais de St. " Sulp-ce quelque sujet qui choquât les ordres de nos Sei- " gneur les Prélats, ou apjmya le violement de leur res- » pect, je demanderais que la MAISON FUT DÉTEUITE, "et DETINT UN OBJET D'ANATHÈME A LA FACE « DE TOUT L' UNI YE RS.

" C'est pour ce sujet, Monseigneui*, qu'ayant appris " qu'il s'était passé quelque émotion et quelque mutinerie, " dans la ville de Clermont, contre votre obéissance, " j'écris à M. Couderc de se démettre de son bénéfice entre " vos mains, purement et simplement, pour que vous en " disposiez en faveur de qui il vous plaira. Nous ne <• devons ni violer le respect dû aux saints Prélats, ni " approuver ceux qui le violent, ou souffrir qu'à notre " occasion il arrive rien de pareil dans les lieux où nous " sommes présents. Si propter nos exorta est tempestas, " dejiciamur in mare : 11 vaut bien mieux qu'on ne nous " voie jamais, et qu'on n'entende plus parler de nous, que

" s'il était dit qu'à notre occasion, il se soit passé rien de " semblable, ou que nous ne l'ayons pas désapprouvé, 11 lorsque nous le pouvions. Je suis bien aise qu'on voie " l'horreur que nous avons d'une pareille conduite, et que, " pour cela, nous ne voulons point qu'il reste rien de nous 11 dans ces lieux, afin d'obliger les violateurs de vos res- " pects de penser à leur faute. Bien loin d'entrer dans " leur parti, nous le détestons, et s'il y avait quelque " chose AU DELA DE L'ANATHEME ET DE L'EXE- « CEATION, J'EN USEEAIS POUE DETESTEE ET « CONDAMNEE UNE SI INDIGNE CONDUITE. Du » moins, Monseigneur, devons-nous faire tout ce que nous " pouvons, pour témoigner combien nous honorons la cli- " gnité épiscopale en votre personne et en tous nos sei- " gneurs les Prélats. Il me suffit qu'en la présence de " Dieu, et à vos pieds, je reçoive, avec ceux qui ont défé- " rence à ma voix, votre sainte bénédiction, et que j'aie " la satisfaction de vous avoir témoigné nos respects et ""nos obéissances. Si nous eussions eu l'honneur de rece- " voir vos ordres, et qu'il vous eût plu, par un mot de " lettre, ou par quelqu'un des vôtres, nous faire savoir ce " que vous désiriez de nous, je vous aurais témoigné ponc- " tuellement mon obéissance, qui est telle que je puis dire, " en vérité, que vous n'avez pas, Monseigneur, un plus " humble, plus fidèle et plus obéissant serviteur. "

Ephrême. — Yoilà bien le langage des Saints !

Henri. — Ils n'ont qu'une manière de défendre leurs droits : se soumettre à l'autorité.

Joseph. — Cette lettre du vénérable M. Olier est foudroyante pour les Suljûciens ; car le principal motif qu'ils allèguent au public canadien, afin de justifier leur position à l'égard de l'évêque, est qu'ils défendent les intérêts de leur communauté. Cependant, leur fondateur .affirme que sa Société fait profession de " n'avoir point de vie. d'intérêt, ni de conduite que sous l'obéissance de nos seigneurs les Prélats, qu'elle ne veut rien être, rien jjosséder que dans leur pure et simple dépendance, et si la Maison cle Saint-Sulpi ce venait à se départir de cette grande loi, il demande qu'elle soit détruite et qu'elle devienne un objet d'anathème à la face de tout l'univers. "

Henri. — D'ailleurs le Séminaire est une société de prêtres ayant pour premier devoir le point suivant de leur Constitution : « les MM. de la compagnie regarderont Mgr. FEvêque comme leur premier Père et leur premier Pasteur, et ils iront le consulter dans leurs difficultés. "

Eouis. — Je ne connaissais pas toutes ces choses. Le Séminaire, j,« l'avon«. s'est mal conduit.

Henri. — Tu aurais dû le voir avant aujourd'hui. Le» contradictions, les, faussetés qu'il a avancées en public auraient dû suffire à t'éclairer.

Louis. — Quelles contradictions ?

Alexandre. — Quelles faussetés ?

Henri. — Lorsque le Supérieur du Séminaire est venu lire ses protêts dans nos assemblées de Paroisse, ne disaitil pas qu'il s'opposait au démembrement, parce qu'il s'agissait de paroisses canoniques, que quand il a signé le Décret de 1865, il ne l'a fait qu# parce qu'il était sous l'impression qu'il s'agissait de paroisses civiles ?

Alexandre. — Je ne me rappelle pas cela.

Henri. — Je vais te le rappeler:

Le 26 février 1867, M. Bayle, Supérieur du Séminaire, disait ce qui suit, dans son protêt contre le démembrement de la paroisse Notre Dame de Toutes-Grâces

" Cependant, nous étions à Eome lorsque ce décret important fut rendu et nous crûmes alors que l'intention de Mgr., aussi bien que celle du St. Siège, manifestée par la teneur de cet acte canonique, était de former des paroisses ordinaires, telles que sont en général les " autres paroises en Canada." C'est-à-dire des paroisses qui jouiraient de tous 11 les avantages civils " dont jouissent ici ces sortes d'établissements. Nous nous figurions des paroisses dont chacune aurait " son église, son presbytère, Son Curé, sa Fabrique, ses écoles, ses intérêts propres, se régirait ellemême et serait indépendante du Curé et de la Fabrique de Notre-Dame et du Séminaire."

François. — M. le Supérieur a dit la même chose dans son Protêt de St. Henri des' Tanneries.

Ephrême. — Et dans tous les autres Protêts.

Henri. — Eh bien, vous voyez maintenant ce que les Sulpiciens font et font faire par la Fabrique pour empêcher que les paroisses canoniques ne deviennent paroisses civiles.

Alexandre. — Ce n'est point le Séminaire qui s'oppose, ce sont les Marguillers.

Henri. — Qui est-ce qui est venu à Notre-Dame de Toutes-Grâces pour empêcher les gens de signer les requêtes en faveur de l'érection civile et en faire signer d'autres contre cette érection ? Ne sont-ce point des Sulpiciens ?

Chables, Louis, Joseph.— Oui ! C'est vrai !

Henri. — N'est-ce pas là une contradiction indigne ?

Alexandre. — Avouons que les Sulpiciens se contredisent. Mais assurément ils ns mentent point.

Henri.- — Les Sulpiciens ne nous ont-ils point dit, maintes et maintes fois, que le jour où le Sémîuairc abandonne-

rait Ja desserte des paroisses, les fidèles de ces paroisses perdraient les droits qu'ils peuvent avoir sur les biens du Séminaire ?

Alexandre. — Certainement qu'ils Font dit, et ils avaient grandement raison.

Henri. — Très-bien. Ecoute maintenant la déclaration faite à Eome, février 1865, par MM. Bayle et Faillon, au nom du Séminaire de Montréal, qu'ils étaient allés représenter :

" En effet, nous sommes astreints, en vertu de la loi " civile, de desservir la Paroisse de Montréal ; c'est-à-dire " la paroisse telle qu'elle existait en 1840 et qui embras- " sait alors, cemme aujourd'hui, non-seulement la ville " elle-même, mais encore ses faubourgs, et non uniquement u une partie de cette paroisse. D'où il suit que si nous " cessions de desservir une partie de cette circonscription, " par cela même nous serions réputés avoir répudié pour " l'avenir la part correspondante de l'obligation que nous " avons contractée et qui consiste à administrer gratuité^ " ment à tous les paroissiens les secours spirituels auxquels " sont tenus les Pasteurs des âmes.

lo. C'est en vertu de cette obligation, nous liant aussi " par la loi civile, que tous les paroissiens possèdent stric- " tement le droit de recevoir de nous gratuitement les se- 11 cours spirituels et de pouvoir nous y forcer par la loi

civile. Car nous sommes liés à cet égard d'une promesse " obligatoire envers tous les fidèles sans exception. Nous 11 sommes tenus de la même façon à desservir la mission des " sauvages connue sous le nom de Lac des Deux Montagnes^ " et qui se compose de deux tribus, savoir les Algonquins " et les Iroquois. C'est pourquoi, si nous cessions de des- " servir l'une ou l'autre de ces tribus, celle que nous aban- " donnerions aurait strictement le droit et de nous ac- " tionner comme ayant manqué à nos promesses, et nous " ramener à leur exécution par les tribunaux civils. On " doit en dire autant de chaque fraction quelconque de notre 11 paroisse.

" 2o. De plus, les curés que Vévèque, en vertu de son au- 11 torité, établirait dans des portions de notre Paroisse qu'il " aurait démembrées, pourraient nous citer devant les tribu- 11 naux civils pour revendiquer une part de nos biens tem~ " porels, du moment qu'ils supporteraient une part des 11 charges dont iwus étions grevés de par le droit civil, avant 11 ce démembrement."

Ephrême. — Cette déclaration du Séminaire est écrasante !

Henri. — Elle prouve que les Sulpiciens disei% blanc et noir, selon le besoin de leur cause. Or, quand, on [a en main une cause que l'on ne peut servir que par de tels moyens, cette cause n'est pas fameuse.

François. — Voulez-vous encore une preuve de la bonne foi des Sulpiciens, rappelez-vous les accusations de M. le curé Eousselot contre M. l'abbé Lapierre, curé de St. Henri, Tanneries des Eolland : accusations portées à Eome même.

Joseph. — Veux-tu parler de l'affaire de la vieille chapelle ?

François.— Oui.

Voici en quels termes M. le curé Eousselot formulait son accusation :

" Une communauté de religieuses, nommées Soeurs " Grises, dirigeait depuis plusieurs années une école de " la paroisse nouvelle de St. Henri, cette école appartient " au Séminaire. Les sœurs y avaient été appelées par le " Séminaire, le nouveau curé ne put voir dans sa paroisse " des sœurs établies par des Sulpiciens. En conséquence, <l il fit venir d'autres religieuses pour y tenir une école. " Puis pendant les vacances — lorsque les Sœurs Grises " étaient allées passer quelques jours dans leur maison- " mère, les portes de l'école ont été enfoncées, et quand " les sœurs revinrent, elles trouvèrent installé à leur place " un 'maître d'école, avec sa famille, qui leur dit qu'il " avait reçu ordre du curé d'enfoncer les portes de l'école, " et de prendre possession d'une maison qui n'apparte- " nait plus au Séminaire, mais à l'administration diocé- " saine. "

Charles, avec étonnement. Ah ! Mais ! Mais ! Mais ! François. — C'est comme cela, M. Eousselot ne se gêne pas plus.

Il n'y a pas un mot de vrai dans toute cette accusation. La chapelle, le Séminaire, par une lettre de son Supérieur à l'Evêque était laissée à l'usage des paroissiens. Loin de vouloir chasser les Sœurs Grises, M. Lapierre leur avait demandé de venir plus nombreuses et de fonder un pensionnat. Ce sont les sœurs elles-mêmes, qui en partant avaient enlevé les serrures des portes. Enfin les Sœurs-Grises ont déclaré dans une pièce notariée, par L. A. Desrosiers, P., ce qui suit :

" Qu'elles n'avaient jamais accusé M. le Curé Lapierre il de les avoir, soit par des moyens directs, soit par des " moyens indirects, chassées de St. Henri, ou d'avoir en- " foncé les portes de la maison qu'elles avaient aban- " donnée. Elles ont encore avoué avoir, à l'insu du Curé,

" fait venii* un prêtre de St. Sulpice pour enlever le St. Sa- " crement que M. le Curé avait laissé dans leur chapelle, " où l'un de ses vicaires allait dire la messe deux fois par " semaine régulièrement depuis qu'on se servait de la nou- " velle église."

Alexandre. — Malgré tout, vous étiez mieux du temps des Sulpiciens, que maintenant ?

François. — Je ne sais pas comment étaient les autres paroisses sous les Sulpiciens, tout ce que je puis affirmer c'est que nous, à St. Henri, nous n'avons que gagné en les perdant.

D'abord, il ne nous ont point bâti d'église; la chapelle que nous avions et à laquelle nous avons aidé de nos deniers, était trop petite pour contenir le quart de la paroisse, et comme il n'y avait pas assez de prêtres, la moitié de là paroisse était privée de l'entendre, le dimanche.

Ensuite, le Séminaire ne nous a pas bâti d'école ni de couvent.

Enfin, avec le Séminaire, qui est riche, il nous fallait payer comme aujourd'hui, payer jusqu'à la voiture qui nous amenait le prêtre desservant.

Aujourd'hui nous payons encore, il est vrai, mais nous avons deux églises, des écoles, des couvents ; au lieu d'un prêtre, nous en avons six, qui ont peihe à suffire, tant il se fait de bien.

, Ephrême. — Et c'est de même dans les autres paroisses.

Henri. — Aussi, devons-nous bénir la Providence d'avoir inspiré à notre vénérable évêque la pensée de démembrer la paroisse de Notre-Dame.

J oseph. — Pour moi, après avoir appris ce que je sais maintenant, j'abandonne le parti du Séminaire.

Charles. — Et moi aussi.

Louis. — Moi pareillement.

Ephrême. — Et toi, Alexandre, tu ne dis rien.

Alexandre. — Moi, j'ai toujours été pour le Séminaire, et, malgré tout ce qu'on pourra me dire, je ne l'abandonnerai pas.

Henri. — Pourquoi ?

Alexandre. — Parce qu'un homme ne doit jamais changer d'opinion.

Henri. — Si c'est là ton principe, reste du côté du Séminaire : tu est digne de sa cause.

iieste avec ceux qui ont insulté et calomnié tous nos Evêques ; reste avec ceux qui ont dénigré les Canadiens ; reste avec ceux qui nous ont fait passé à Home pour des révoltés et des imbéciles; reste avec ceux qui nous privent de secours d'argent, lorsqu'ils reconnaissent qu'en

justice, ils nous les doivent, ces secours ; reste avec ceux qui se conduisent contrairement à l'esprit de leur saint fondateur, reste, en un mot, avec le Séminaire, et comme lui, lance à la face de ton Evêque, toutes les injures possibles !

Alexandre, piqué. — C'est correct !

Henri. — Tu as toujours fait cela : tu peux le faire encore.

Pour nous, pour tous les bons catholiques et les vrais Canadiens, nous laisserons le Séminaire se débattre comme il l'entendra ; nous nous soumettrons à notre évêque, nous aiderons l'exécution de ses projets. ISous prierons pour les Surpiciens ; nous demanderons au bon Dieu qu'il les éclaire, qu'il leur fasse voir qu'ils sont les victimes du démon dans toute cette malheureuse affaire du démembrement ; qu'il leur insjoire le courage de se soumettre, etc.

Et si nos vœux sont exaucés, nous verrons le Séminaire reconquérir le respect général et opérer un bien immense.

Alexandre. — En attendant, vous vous ferez un plaisir malin de les décrier.

Henri. — En attendant, plutôt que de laisser croire à la population que notre Evêque est un misérable, tm voleur, un persécuteur, nous ferons connaître la vérité. Alexandre. — Ce sera édifiant, vraiment ! Henri. — ^Ton ! ce ne sera pas édifiant. Personne n'osera jamais dire que le spectacle d'une société de prêtres, méconnaissant l'esprit de leur vénérable et pieux fondateur jusqu'au point de s'opposer, par des moyens honteux, à l'autorité de l'évêque diocésain et s'efforçant de communiquer cet esprit d'insubordination à la population, personne, dis-je, n'osera croire qu'un tel spectacle est édifiant. Aussi, ne serait-ce pas pour édifier que nous ferons connaître le Séminaire ; mais seulement pour empêcher un grand mal, un scandale plus grand encore, celui de laisser triompher l'insubordination, la mauvaise foi, le mensonge, celui de laisser calomnier un saint Evêque, celui de laisser fouler aux pieds les droits de l'autorité ecclésiastique, celui de faire croire que les Evêques sont des tyrans et des voleurs.

Tous, excepté Alexandre. — C'est juste.

Charles, s' apercevant que la Cour s'ouvre. — Allons, mes amis, entrons : voilà que ça commence.

Ephrême — Allons, et espérons qu'enfin le Séminaire cessera d'affliger l'Eglise de Montréal !

Henri.— Qu'il réparera noblement ses fautes, par une soumission pleine et entière.

Pltsteitrs vorx. — Oui ! Oui ! Espérons ! Espérons !

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