‹ Dialogues d'hierChapitre 11 sur 15 · UN PRISONNIER RAPATRIÉ · texte numérisé non relu

UN PRISONNIER RAPATRIÉ

Ah ! surtout qu'on n'oublie pas trop vite : j'ai été dans un camp de représailles. On ne peut pas s'imaginer combien ces gens-là peuvent être bassement cruels et férocement lâches. Ils sont méchants, il n'y a rien à faire. Qu'une caste militaire ait pu insulter, torturer jusqu'à les faire mourir, des soldats malheureux, sans défense, c'est la honte de leurs armes. Oui, leur milita-

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risme, c'est bien la barbarie savante, et leur culture l'abjection organisée.

UN AVEUGLE, à la D tme blanche qui le conduit.

Dites-moi bien tout ce que vous voyez ;

votre voix, vos paroles, ce sont mes yeux.

quelqu'un Pauvre homme! cela ne lui rendra pas la vue.

l'aveugle, qui a entendu.

Ce n'est pas pour rien que je l'aurai perdue.

MADAME FOULE

Vive l'armistice ! Vive la paix ! Vive la France ! Vive la République ! Vivent les Alliés! Vive Foch! Vive Clemenceau!

Allons, enfants de la patrie I... Quand Madelon vient nous servir à boire... Fallait pas qu'ils y aillent.

Neuf heures et demie. Sur Zap?a^e, dans Vavenue, sur les boulevards, des milliers de personnes serrées, pressées, attendent Vapparition de Mlle Chenal au balcon de l'Opéra. Elle apparaît en

robe toute blanche, avec, dans ses cheveux, le large ruban noir des Alsaciennes. En face, très éclairée, l'Alsacienne de Vaffiche pour Vemprunt de la Libération continue d'inviter les citoyens a souscrire. Un grand silence se fait; Paulette elle" même ne crie plus. Et vers le sombre ciel semé d'étoiles, « vers le ciel pareil aux cuirasses brunies que hérissent des clous d'argent », une voix haute, claire, large, lance l'appel viby^ant :

Allons, enfants de la Patrie, Le jour de gloire est arrivé.

Des milliers de voix reprennent le refrain en chœur. L'émotion est formi' dable ; minutes immenses, religieuses, où Vhomme est quelque chose de plus que l'homme, où s'exprime en un chant d'actions de grâces enflammé Vâme d'un peuple délivré.

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