VOLTAIRE ET TELLIAMED
bons remèdes, ou dû moins des choses trèscurieuses. On peut être un homme d'un rare mérite, et se tromper sur la formation des animaux et sur la structure du globe.
Les poissons changés en hommes, et les eaux changées en montagnes, ne m'avaient pas fait autant de mal que M. Boudet. Je me bornais tranquillement à douter, lorsqu'un Lapon me prit sous sa protection. C'était un profond philosophe, mais qui ne pardonnait jamais aux gens qui n'étaient pas de son avis. Il me fit d'abord connaître clairement l'avenir en exaltant mon âme. Je fis de si prodigieux efforts d'exaltation, que j'en tombai malade; mais il me guérit en m'enduisant de poix-résine de la tète aux pieds. A peine fus-je en état de marcher, ^u'il me proposa un voyage aux terres australes pour y disséquer des tètes de géants, ce qui nous ferait connaître clairement la nature de l'âme. Je ne pouvais supporter la mer; il eut la bonté de me mener par terre. Il fit creuser un çrand trou dans le globe terraqué : ce trou allait droit chez les Patagons. Nous partîmes; je me cassai une jambe à l'entrée du trou; on eut beaucoup de peine à me redresser la jambe : il s'y forma un calus qui m'a beaucoup soulagé.
y ai déjà parlé de tout cela dans une de mes diatribes, pour instruire Tunivers très-attentif à ces grandes choses. Je suis bien vieux; j'aime C}uelquefois à répéter mes contes, afin de les inculquer mieux dans la tète des petits garçons pour lesquels je travaille depuis si longternps.