‹ Dialogues et entretiens philosophiquesChapitre 59 sur 117 · LE DRUIDE, CALCHAS · texte numérisé non relu

LE DRUIDE, CALCHAS

ET LES FURIES {La scène est dans le Tartare.)

LES FURIES [entourées de serpents et le fouet à la main). — Allons, Barbaroquincorix, druide celte, et toi, de'testable Calchas, hiérophante grec, voici les moments où vos justes supplices se renouvellent; l'heure des vengeances a sonné.

LE DRUIDE ET CALCHAS. — ÀïC ! la tête, IcS

flancs, les yeux, les oreilles, les fesses! pardon^ mesdames, pardon!

CALCHAS. — Voici deux vipères qui m'arrachent les yeux.

LE DRUIDE. — • Un serpent m'entre dans les entrailles par le fondement; je suis dévoré.

CALCHAS. — Je suis déchiré : faut-il que mes yeux reviennent tous les jours pour m'étre arrachés !

LE DRUIDE. — Faut-il quc ma peau renaisse pour tomber en lambeaux! aïe! ouf!

TisiPHONE. -- Cela t'apprendra, vilain druide, à donner une autre fois la mise'rable plante parasite nommée le gui de chêne pour un remède universel. Eh bien! immoleras-tu encore à ton Dieu Theutatès des petites filles et des petits garçons? les brûleras- tu encore dans des paniers d'osier, au son du tambour?

LE DRUIDE. — Jamais, jamais, madame; un peu de charité'.

TisiPHONE. — Tu n'en as jamais eu. Courage, mes serpents , encore un coup de fouet à ce sacré coquin.

ALECTON. — Qu'on m'étrille vigoureusement ce Calchas, qui vers nous s'est avancé,

L'œil farouche, l'air sombre et le poil hérissé ^

CALCHAS. — On m'arrache le poil, on me brûle, on me berne, on m'écorche, on m'empale.

ALECTON. — Scélérat! égorgeras-tu encore une jeune fille au lieu de la marier, et le tout pour avoir du vent?

CALCHAS ET LE DRUIDE. — Ah! quels tourments! que de peines! et point mourir!

ALECTON ET TISIPHONE. — Ah! ah! j'entends de la musique. Dieu me pardonne! c'est Orphée; nos serpents sont devenus doux comme des moutons.

CALCHAS. — Je ne souffre plus du tout ; voilà qui est bien étrange!

LE DRUIDE. — Je suis tout ragaillardi. Oh ! la grande puissance de la bonne ^rnusique ! Eh! qui es-tu, homme divin, qui guéris les blessures et qui réjouis l'enfer?

ORPHÉE. — Mes camarades, je suis prêtre

* Iphigénie de Racine, acte V, scène dernière.

LE DRUIDE j CALCHAS ET LES FURIES. ) )

comme vous; mais je n'ai jamais trompé personne, et je n'"ai égorge' ni garçon ni nlle. Lorsque j'étais sur la terre, au lieu de faire abhorrer les dieux, je les ai fait aimer; j'ai adouci les mœurs des hommes que vous rendiez féroces; je fais le même métier dans les enfers. J'ai rencontré là-bas deux barbares prêtres qu'on fessait à toute outrance ; l'un avait autrefois haché un roi en morceaux , l'autre avait fait couper la tête à sa propre reine, à la Porte-aux-Chevaux. J'ai fini leur pénitence, je leur ai joué du violon; ils m'ont promis que, quand ils reviendraient au monde, ils vivraient en honnêtes gens.

LE DRumE ET CALCHAS. — Nous VOUS en promettons autant, foi de prêtres.

ORPHÉE. — Oui, mais, passato il pericolo^ gabbato il santo.

(La scène finit par une danse figurée d'Orphée , des damnés et des Furies, et par une syniphonie très-agréable.)

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