‹ Diane de Chivri drame en cinq actesChapitre 20 sur 49 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Lis Mêmes, LEONARD ASTHON.

léonard. Tu oublies que ces bourgeois viennent de m'acquitter.

vignecl. Parce qu'ils n'auraicnl pas osé te condamner.

léopard. Us l'auraient oié s'ils l'avaient voulu. vigneul. Tu eu parles plus favorablement que ceux même de leur parti ; car il m'est revenu qu'à la Bourse quelques jeuDrs gens du commerce ont dit que si le jury avait la lâcheté de l'acquitter, ils reformeraient ie jugement avec un bon coup d'épée.

léonard, froidement. Ahl ils ont dit ceU?

vigneul. Oui. ils ont dit r«-l*. et en 10 voyant donner celle fêle hors de la ti I . ils prétendront peut être que lu as craint...

user. Cinlerrompant. Vigneul, l'eau te monte r. la tête, elle te fait dire de vraies bêtise». vigneul- Lascy!

usev. Tu erois qu'ils diront qu’ Al thon, que le chef qui a tenu le dernier dans la Vendée avec quelques soldat?: que celui qui s'est battu plus de vingt foi* en duel avec If* plus mauvais querelleurs de Paris, tu crois qu'ils diront qu’il a ru peur? tu es fou.

léonard. Ils ne le diront pu, Vigneul ; et si je ne regrette pas quelquefois celle renommée d’heu reux duelliste, que je méprisé au fond, c'est qu’elle me donne le droit de dédaigner des menaces pareilles à celles qu’on l'a rapportées, et les suppositions comme celle* que tu crains qu'on ne fasse sur mon compte.

vigneul. Tu as raison, et tu as véritablement pris le parti le plus sage.

Laicy. Ce n’est pas le plus sage qu’il faut dire, mais le plu* comforuble.

i.»:on*hd- Comforuble!

i.ascï. Assurément, je ne suis pas ennemi d'un duel. Ç« distrait quelquefois. Quand on a perdu tout son argent* la roulette, ou que votre maîtresse vous a trahi, un petit coup d'épée, ça change le cour* des idées : mais toute chose a son jour , et quand on sort d'un bon déjeuner et qu'on a un meilleur dîner en perspective, je ne j trouve rien d'insupportable comme de gâter son plaisir par une querelle intempestive.

Léonard. Tu et donc content de moi, illustre gastronome?

lascy, initiant. Admirablement content! d'autant plus que je craignais que tu ne te fusses perdu le goût dans ton expédition; pendant uu an être exposé à manger du pain de sarrazin et de la galette dans les misérables huttes des paysan*.

vigneul. Et souvent à ne pas manger du tout.

lascy. Ça fait perdre les bonne» habitudes cl les saines traditions.

léonard. El cependant c'cst une existence que vous envieriez tous, si vous la connaissiez. J'aime l étal militaire, et je crois avoir rempli mes devoir» d'oflicicr comme il convient à un bon gentilhomme... mai», je l'avoue, * cette guerre renfermée dans les réglés d'une froide discipline et qui vous force sur le champ de bataille a n'étre que l'instrument passif de la pensée d‘un autre, a celle guerre dont toute la gloire consiste à

DIANE DE CHIVUI.

remplir strictement désordres dont on ne ronçoil pas le but; je l’avoue, je préférerais encore celle guerre de partisans... celle lutte où chacun ne répond que de soi, ne dépend que de soi, et où personne ne peut vous demander compte de votre défaite ou vous disputer l’honneur de votre victoire, c*r vous êtes seul à combattre... Ah!

si c'eût été pour défendre la France, j’y serais encore.

lascy. Véritable chevalier moyen Age... Mon cher Léonard, tu es né six siècles trop tard.

vigneul. Si encore ces belles prouesses avaient gardé le charme du château gothique ci de la belle châtelaine hospitalière.

Laser. Chez qui l'on soupe bien après «voir chevauché rudement tout*! la journée.

vigneul. Mais ce n'est plus que dans les romans de Scott que cela se rencontre.

Léonard. Vous vous trompez, mesjieurs, et peutêtre, si je l'avais voulu, cuisé-je pu me curher dans quelque noble manoir; peut-être que de blanches mains cuisent daigné panser la blessure qui me força, il y a quinze mois, à me cacher aux environs d'Anccolt, au lieu d'accepter vos offres et de me retirer en Angleterre.

i.asct . Et tu as préfère le confiner dans une chaumière?

léonard. Le hasard m'y ■ conduit, et la reconnaissance m'y a retenu, et. croia-moi, Vigneul, loi qui parles de poésie, il y eu a plus que tu ne penses dans ce dénuement modeste de toute une famille pauvre, dans celle fidélité inébranlable qui veillait à ma sûreté comme à celle d'un fils et d'un frère. Messieurs, dans cette ferme où j'ai demeuré deus mois, il y avait dix personnes qui vivaient mon nom et l’arrêt dont j'étais frappé! ., eh bien ' tant que le danger m'a menacé, pat une n'a trahi ce secret; et depuis que le danger est passé, pas une ne s'est vantée de celle noble action. Si l'honneur, le courage, la fidélité, sont de fa poésie, eu voilà, ce me semble, et je ne sais pas de plus noble héroïsme.

lascy. C'est vrai; mais quand je pense au récime auquel on a dû le soumettre, il me semble aussi qu'il y ava l autant d'héroïsme a recevoir qu a donner; et je le félicite de t'en être tiré.

léonard. AU! crois-moi, ce ne sont ni les fatigues, ni les dangers, ni les privations de celle guerre qui m'ont pesé; mais je dois le dire; sans cesser de croire à la justice de la cause pour laucllc je combinais j’aurais voulu avoir ù In é fendre contre d'autres ennemis. Bien souvent j'ai vu tourner contre moi l'arme d’un soldat que j’avais commandé, quand nous nous battions ensemble sur le» eûtes de Moréc ou d'Afrique ; et je Ici ai vu» hésiter en me reconnaissant! comme eux j’ai plus d'une foi» abaissé mou fusil en lace d'un aiirirn ami. Mauvaise guerre que celle où la victoire fait reculer!.. . Et puis, voyez-vous, c'e*l une horrible chose que d'avoir à quelques pas derrière soi la chaumière du soldât qui vous suit; de penser qu'une mère peut rencontrer dans son propre champ le cadavre de son (il* qui vient d'être tué à vos côtés ; de n’oser attaquer ou défendre une position sans craindre de porter ou d'attirer la mort et l’incendie sur la maison où la veille on a reçu l'hospitalité, et d'arracher ainsi a un malheureux le pain dont il vous a nourri... car telle est la guerre que nous faisions en ce pays; telle est toute guerre civile.

lascy. Donc, tu ne recommencerais plus?

léonard. Non... Fier de ce que j'avais fait, je m'en suis vanté devant mes juges, qui devaient le considérer comme un crime . cependant je suis libre... Croyez-moi, messieurs, nul homme ne cherche la mort à plaisir , quand elle ne peut servir » rien. En me soumettant à leur justice, je ne crains pas de l’avouer, je complais sur leur générosité; elle ne m'a pas manqué. C’est un pacte d’oubli entre nous; j’y serai lidèle.

LOUIS, entrant. Les chevaux sont prêts.

léonard. Allons donc, messieurs, et n'oubliez pas que le plut adroit sera proclamé le roi du feitiu.

lascy, prenant un fusil. En ce cas, gara aux perdrix.

vignecl. Aux perdrix rôties surtout.

lascy, *ur la parte. Qu'eu ceci? une voiture qui s'arrête à la grille; des retardataires sans doute.

léonard, «v «raiRtnanf «m fusil. Je n'aumdi personne.

lascy. Ça m’a l'air pourtant de deux nillard* de bon appétit.

Léonard. Ne les coqnais-tu pas?

lascy. Pas le moins du monde; l'un d'eux m'i l'air d’un militaire.

t bonard, allant rivement dans le fond, Ua ancicn camarade, peut-être... (Accordant.) Non, je ne connais ni l'un ni l'autre.

i.aso. Ni moi!

vigneul. Ni moi; mais les voilà qui viennent nous allons savoir ee qu'ils veulent.

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