‹ Diane de Chivri drame en cinq actesChapitre 34 sur 49 · LEONARD, DIANE · texte numérisé non relu

LEONARD, DIANE

niANB, cherchant à retenir louù oui tort. Non non. monsieur, j ava.» souhaité perler a M. léunard Asthon... a lui seul... Je dois me retirer puisque je ne l’ai pas rencontré.

Léotard. Ne pourriez-vous dire a son arni le plu» cher... ce que vous vouliez lui demander?

| DIANE. Je n’ai plus rien a demander a M. As- | thon lui-même, mu u sieur; le refus qu’il fait de

me recevoir m’en dit asser. .C’est ma... condctn-

nation.

Léonard. Votre condamnation... mais Léouard n'a pas refusé de vou* recevoir.

DIANE. Pourquoi donc n'cst-il pas ici ?

LÉOTARD, à pat t. Elle ne me connaît pas. (JfoHM Mai» si e'était lui qui vuu» parle?

Diane- Lui? ab ! monsieur, je ne sais qui voui êtes; mais il y a de la cruauté à espérer tromper une pauvre femme aveugle... Lui, dites voust lui qui me parle?... Je connais Léouard Asthon, monsieur.

léunahi». Vous le connaissez ?

Diane. Oh! oui... je le connais.

lkoxaiid, à part. C'est donc vrai... un autre!... ah I je décuuvnrai l ui âme. [Haut.; Aiusi vous connaissez Léonard Asthon?

Diane. Dieu m'a refuse de voir le jour qu’il a fait et le visage de ceux a qui je parle. . mais u au milieu de ce château où je suis perdue, j'avaw entendu un seul accent de sa voit... ohl je l’aarais reconnue au milieu du murmure de m-ile autres ; elle m’eût éclairée, elle m'eût guidré, K j'aurais couru ver» lui, pour lui demander giia* et pitié.

Léonard. Vous, demander grâce cl pitié à Lés» nard Asthon... et pourquoi?

dune. Àht monsieur... qui que vous soyez, n’abusez pas du iruuble d’une infortunée, du dtsardre d'un cœur désespéré... lais*«z-moi... faille*- usoi fuir. Ah S il n'a pas voulu sans doui. ajouter a son crime celui de me livrer a la nsec de ses amis-

léonard. Lui. lui, Léonard Asthon... vous ne pouvez le croire... mais c'est uu homme d'honneur... mais c’est un noble et brave soldat... msu il est incapable d'une pareille infamie I dianc. Mais, encore une fois, pourquoi n'esl-il pas ici ?

léonard, après avoir Mtili. Lh bien 1 jr dois vous l'avouer, le billet que vou* lui avez fait écrire ne lui est do ni parveuu; c'est dau» mes nuisis qu'il est tombé.

dianr. Kl vous ave* abusé...

léonard. J'en avais peut-être le droit. Ecootezmoi, je vous en prie : supposez que ce soit le pere de Léonard Asthon qui soit devant vous et qui vous interroge.

oiane. Son père?

Léonard. Supposer que tout ce que je puis sous dire en ton nom »o«t sacré comme si tes paroles passaient par la bouche d'un vieillard qui ne saurait mentir.

diane. D'un vieillard?... Êtes-vous véritablement un vieillard, monsieur?.,. Ob! ne me trompez pas .. re serait affreux... Je ne vou» vois pas, moi.. -.Oh! par grâce! qui êtes-vous?

léonard. Ne me demandez pas qui je suit; mais recevez le serment que je la»* devant l»*eu que vous êtes en face d'un homme pour qui Vou» êtes sainte et respectable, d'un homme qui dé» ce moment se voue a partager votre vie et votre liou- ■ cur, d'un homme qui vous sauvera.

diane. Je voua crois, monsieur; je sens a voue accent que vous dites la vérité... Non, ce u'rst pas ainsi qu'on ment... Eh bien donc, monsieur... [Elle s'arrête et écoute autour dette.) Léonard, Nous sommes seuls.

diane. Eh bien! monsieur... sautez ma vie et celle de me» frères.

Léonard, à part. Ah ! malheureux !... la vie de scs frere».. .

diane. Allez à Léonard, dilcs-lui que je »«*•* Ici... dites lui que je lut demande qu'il rco4« l'honneur a la pauvre fille qu'il a perdue a l'heure où elle venait de le sauver- LÉONARD. De sauver Léonard Asthon?

diane. Oui, Léonard Asthon... Mais vous t>t savez donc rien, monsieur?

léonard. Rien de cel affreux secret ; mais parlez, au nom du ciel! parlez. . il faut que je sache tout; il le faut, entendez-vous?... car il tant que je vous sauve, maintenant!

dianr. Je ne puis vous comprendre... Mai* vous, son ami, vous devez savoir qu’il a été preucm ? t r

léonard, Oui, cruellement proscrit.

huve. Vous devrx savoir «ju'il a cherché un asile à quelques lieues d'ici.

léonard. Aui courons d'Anrenii. wave. Et vous sam sans doute uù il a trouvé fri asile ?

lkivarp. Je le sais.

wave. Eh bien! monsieur, je suis Diane de fliivri. la pelite-lille de madame de kcrtnic, de tulle dont il a si lâchement trahi l'hospitalité.

i kovaho. L'hospitalité de madame de Kcrinkl... A mon Unir je ne vous comprends plus.

disse. Mais sous me trompe* donc, monsieur T tous ne connaisse* pas Léonard Aslhon f LloXARD. Efoutez-irini, mademoiselle, et que Dieu prête à mes paroles un accent qui vous persuade. Vous accuse* Léonard Aslhon, et moi je ne puis le. croire coupable... une fatalité horrible a dû peser sur sa destinée et sur la vôtre ; mni* *1 alTrruï que soit votre malheur, il n'est peut-être pas irréparable... parlez, parles, au nom du ciel!

dia-ve. Eh bien ! soit, monsieur!... je vous eu ai assez dit pour que vous sachiez tout. Mou Dieu! regardez celui a qui je parle pour moi qui ne puis le voir, et qu’il tremble devant vous, s'il *e joue de ma douleur!

iriovARn. Oh! ce Dieu que vous invoquez, je l'invoque aussi, moi, et c'est pour tous deuv maintenant...

dure. Qu'il soit donc entre nous! et maintehinl (‘tuilier- moi Léonard, poursuivi, perdu, abmdonaié de tous, errait aux environs du château de nia mère. Elle ne le connaissait pas, monsivur; mai* elle l'aimait, elle l'aimait pour ms nobles tiililéSt sou courage, venus... moi aussi, monsieur, qui écoutai.» chaque jour le récit de scs exploit», moi, à qui l'on semblait se plaire à le peindre comme un héros; moi, qui lecroyais noble et grand... je l'aimais I iiu.uu. Vous I aimiez?

hunk. Ah' oui, je l'ai bien aimé!... Un jour, on vit* nous dire qu'il n’avait plus d'asile ; c'est alors que ma mère lui en lit offrir un. Léonard anepta; il lut caché dans uii pavillon qui m'appartenait. C'est la que tous le* jouis j'allais près de lui, souvent seule, car ma pauvre mi-re était tomber malade... oui, monsieur, tous les jours j’y «Hais, tou* les jours je l'écoulais... il me rafKiitzit se» dangers, ses combats, *a périlleuse «menée, et tous les jour* je l'aimais davantage.

u.imao. Et lui?

mass. Il m'aimait aussi, il me le disait du moiov... il me disait qu'il m aimait, à moi, a une pauvre aveugle qui jusque-là n'avait inspiré que de la pitié, (di ! si vous saviez, monsieur, quand •cul ce qui vous eutoure vous parle comme a une infortunée qu'on ne peut que plaindre, si vous H’ie* comme une voix qui lui parle d'amour remplit sou cœur de joie! Avec lui, ma vie ne me '■•rnblaii plus vide et obscure; il avait donné a •ion .'une le jour qui manque a uies yeux...

|t»ad tl me parlait du nel, je Croyais le Toir. Il •' : "'i j'ai été Lieu folle de le croire, monn 'est-ce pas? ruai* je i'aimars, moi, et je le Myais !

uo<uao. Le misérable!

tsiiVE. Oui, pendant deux mois il se joua de cet insensé qu'il excitait en moi. Enfin. un

• r. et* >uldat» envahirent lerblteauj je courus u pavillon; toutes les issues étaient fermées...

11 y avait qu'on moyen de le sauver, monsieur; l ' l4 ‘t de taira croire que j habitais seule i« lieu u il .un caché Ce stratagème m'avait déjà réussi,

1 le» soldats aéraient retire» sans le visiter; mai* rite lui» ils insistèrent, pi moi, je voulais le saur - H » était réfugié au fond d’une profonde all ' t ' nous étions dan.» l'obscurité... j osai tout, et •fsquele* suidât* entrèrent avec des flambeau a,

,Ut ' ,rfI, t qu une femme dans ce lit, cl iDs’urlereut.

léonard. Grand Dieu!

biiRE. Oui, monsieur, voilà ce qu# j'ai fait, et

* *®'t**t* en me voyant ainsi , moi pauvre nveur, e#s soldat» se retirèrent sau# oser franchir le

cp, t« rhambre. il* te retirèrent «t nie ‘*H‘tc*it sco le avec lui, iculc, et alors, monsieur, I

DIANE DF. CHIVRÏ.

Il ferma cette porte que 1rs soldats avaient rcspertee, et lui que je venais de sauver, îui... Ltaun». Lui...

[>iv\E, rtKc désespoir. J'aurais pu appeler au secours cl le perdre; mais- je laiman, et il n y eut que moi de perdue!

utn.viMii. Ah! rinfaine! l'infâme I m»m;. Uh ! oui, bieu infarii", u'est-ce pas? et moi bk-n malheureuse:... Eh bien! monsieur, le lendemain, quand je retournai dan* ce pavillon, la honte »ur le front, rien, rien... il n'y était plu*.

i.trmno. Oh I que vous avez dû souffrir!

DU.va. Mais ce n'était pas tout... depuis ce tempH, pas un mot. pas une nouvelle de lui! je lestai seule sans pouvoir lire, écrire, interroger, avec un affreux secret dans le rœur... et lorsque ma mdre a surprit «• secret a mou déscsp tir, c est pour lui, pour lui seul que j'ai prié. Mie lui a écrit : il n a pas répondu. Enfin. désespérée, elle a fait venir mon père et rue» frere». et ne pouvant me rendre l'honneur, elle leur a fait jurer de uie venger... il» l’ont juré, monsieur, il* l’ont juré devant moi... Il» vont venir pour cela, et c’est pour cela que je suis venue, pour empêcher ce combat infâme, car il ne peut pas tuer tues frère» après m'avuir dévhor.oiéc. ,

LftnvAaii. Oh! malheur! malheur!

oi.or. Vous comprenez cela, monsieur, vous ty comprenez, et il peut nous suivit, s'il le vei-t. Ecoutez, je ne lui demande que «on nom. un jour une heure, s'il le tout, et je vous jure a vous, h lui. .. je vous jure devant Dieu que j'offeuserai, que ce ne >crn pa» pour loi mie longue chaîne..,

Je n’ai pas longtemps a vivre, monsieur, j'ai trop souffert pour rela ■ mais n Dieu était assez implacable pour me faire plus forte que mon malheur. je vous le jure, je me tuerai.

léonard. Malheureuse!

ni «me. Oui. je rne tuerai, non pour lui, je puis vous le dire a vous, mais pour moi... Je ne l'aime plus maintenant, je le méprise.

léonard. Léonard Asllion... oh! ne le méprisez pas.

DIANE. Ne pas le mépriser...

léonard. 0 Diane, ange jüirré de misère et de dou.eu». je vou* jure que »i Leonard peut encore que que chose dans ce monde, il réparera votre honneur et tous sa ivera. Ah ! ne le méprisez pa» avant de tout savoir.

nitxr.. Mai* qu’y a-t-il encore, et qu'avez-vous à m'apprendre?

léonard. Je ne puis rien vous dire, je ne dois rien vou» dire; mois souvenez-vous de» paroles que je prononce ici devant ce Dieu que vous avez ipvoqué : Quoi que vou» puissiez apprendre, quoi que vous ayez à souffrir encore, soyez forte pi>ur vivre. Ne condamnez pa* Léonard et comptez sur la justice du dcl et sur lui.

ni vme. Sur lui ?

léons n b. Oui, sur Leonard Aslhon, qu! n’a pas conquis par le mensonge la renommée d'un noble cirni et d'un honneur ssii* tache ; sur Léonard Aslhon, incapable d'une (Acheté, jé vous l'attesté, cl au nom duquel je ne vous ai pas vainement promis de vous sauver; sur Léonard Aslhon, enfin, rainure vous l'avez aimé.

WAVE, fui tendant la main. Dieu le veuille, monsieur!

léonard. Prenez ma main, madame; vous pouvez vou* y appuyer son» crainte qu’elle voa* manque ou qu'i-lie vous (ralliée !

dune. Je le crois; ter il y a de* cicatrice* à cette main. cVt eelle d’un vieux soldat.

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