DIANE, M"»* DE KERMIC, GEORGES, M. DE CHIVRI, PHILIPPE, UN DOMESTIQUE
LE DOMESTIQUE, annonçant.
Messieurs deChivril
Ils entrent, la porte se referme DIANE, avec un cri.
Mon père! ( // entre; elle tombe à genoux. ) Mon père 1
M. DE CHIVRI s'arrête soudainement , puis avec sévérité.
J'ai reçu votre lettre , ma mère : à la manière dont vous me pressez de venir ici, je craignais qu'il ne fût arrivé quelque accident cruel à ceux que j'aime; je suis venu, me voilà ; mais à l'ac- ^^ cueil que je reçois, je tremble de n'avoir fxs"prévu tout le malheur qui m'y attend. DIANE, à genoux.
Ah ! mon père !
M"° DE KERMIC, vivement.
Monsieur le comte, mes enfans, je vous attendais; mais je vous attendais seule!... Diane ne devait pas assister à cet entretien ; mais Dieu , sans doute, en renversant toutes les précautions que j'avais prises pour l'éloigner, a voulu que je n'eusse pas à rougir seulement devant vous du fatal secret que j'ai à vous dire et du malheur que mon imprévoyance seule a causé.
M. DE CHIVRI.
Et ma fille, n'a-t-elle rien à me dire, elle?
DIANE, se traînant à genoux.
Mon père !
M""= DE KERMIC, l'arrêtant et se plaçant entre elle et son père.
Rien! rien!... jusqu'à ce que je vous aie tout dit, moi!
M. DE CHIVRI.
Ah! malheur à la fille qui, après de longues années de séparation, ne peut tendre les bras a son père, et reste tremblante et confuse à ses pieds !
M"e DE KERMIC.
Gardez vos malédictions pour les coupables; car, de tous les complices de ce crime, elle seule en est victime, et elle seule en est innocente.
M. DE CHIVRI.
Innocente!... les innocens sont debout!
M"^ DE KERMIC, relevant Diane.
Debout donc, Diane ; il ne faut baisser la tête que sous les remords , mais non pas sous le mal-
DIANE DE CHrVRI.
heur; et maintenant, écoutez-moi tous les trois.
GEORGES
De l'indulgence, mon père J
PHILIPPE
Et de la pitié ; regardez-la!
Ahl malheureux! que vais-je apprendre? *
'"' de Kerœic s'assied, M. de CLivri de même ; ses deux IJls restent debout de chaque côté de son fauteuil, Diane est près de sa grand'mère.
M™" DE EERMIC, assise.
Il y a quinze mois, un homme, proscrit et icnacé de mort, errait dans les environs de ce 'làteau. Quelle que soit l'opinion politique que • ous professiez, s'il était venu vous demander un ;..sile, vous ne le lui auriez pas refusé. C'était un homme du parti auquel mon mari et mes frères avaient donné leur sang, et auquel, moi, j'ai voué toute mon existence. Je lui fis oflFrir cet asile; il l'accepta. Quand je vous l'aurai nommé, car je vous le nommerai , vous reconnaîtrez comme moi qu'il méritait alors ce que je fis pour lui:... Son courage, ses vertus, son nom... tout le recommandait à mon hospitalité; cependant, je fus assez imprudente , moi , pour laisser souvent près de lui, et dans le secret d'une retraite que 'y^fxne partageais pas toujours, une jeune fille, bellè^>confiante aussi... mais que je devais croire protégée par le malheur qui l'a frappée en naissant.
GEORGES
Et l'infâme a répondu par une séduction ?
M"e DE KERUIC.
Oh ! non ! ce n'est pas par une séduction, non, mes fils... Or, écoutez-moi bien, pour que votre colère ne s'adresse qu'à celui qui l'a véritablement méritée, et pour que lui seul soit puni... lui seul, n'est-ce pas?
GEORGES et PHILIPPE.
Lui seul!
M™« DE KERMIC.
Eh bien donc , il était depuis deux mois enfermé dans un pavillon de ce château, lorsqu'une iiuit...
DIANE, avec un cri.
Ah ! pas devant moi, ma mère, pas devant moi I
i- lie tombe à genoux devant M»"* de Kermic, et lui ferme la bouclie avec la main.
H. DE CUITRT.
Elle a raison, madame ; nous en savons assez !
M""» DE EERMIC.
Pas assez pour lui pardonner.
M. DE CHIVRI.
Assez pour la venger du moins ; c'est tout ce qu'elle peut attendre de nous.
Diane, debout, M"« de Kermic, assise, faisant groupe ^•Twatre côte', M. de Chiyry, Georges et Philippe.
DIANE, se traînant vers son père.
Mon père ! mon père !
GEORGES et PHILIPPE s'avançani vers elle , et Un prenant les mains qu'elle tend vers son père. Diane!... ma sœur!... Diane!...
DIANE
Ah! ce sont mes frères!... mes frères!... {elle se relève et les embrasse) mais mon père!... mon père!
M. DE CHIVRI , se reculant tandis qu'elle avance vers lui.
Il vous demande le nom du coupable... ce nom qu'on lui a caché bien long-temps, madame!
M"^ DE KERMIC
C'est que j'avais espéré en son honneur... depuis cette fatale nuit, cet homme proscrit s'est réfugié en Angleterre... je voulais lui écrire, je lui écrivis...
M. DE CHIVRI.
Et il n'a jamais répondu, n'est-ce pas?
M™e DE KERMIC
Jamais; enfin, aujourd'hui même, sachant qu'il était près d'ici, je lui envoyai cette lettre.
M. DE CHIVRI.
Et il a refusé de la recevoir ?
M^e DE KERMIC
D'où le savez-vous ?
M. DE CHIVRI.
C'est que c'est ainsi que ces misérables traitent les mères insensées qui leur livrent l'honneur de leur nom ; c'est ainsi qu'ils traitent les filles perdues.