LOUIS, DIANE
LOUIS
Mademoiselle!...
DIANE
Ah! c'est vous!... Eh bien?...
LOUIS
Voici M. Léonard Asthon.
DIANE
Lui!... Et mon frère est-il avec lui?
LOUIS
Ce jeune homme de tout-à-l'hcure ?
Oui.
LOUIS
Non, mademoiselle.
DIANE, à part.
Oh ! il m'a tenu sa parole , il m'attend sans doute.
LOUIS
Mais M. Asthon n'est pas seul ; l'un de ses amis l'accompagne.
DIANE
Oh! je ne veux pas qu'il me voie... je ne Î6 yeux pas.
LOUIS
Eh bien! mademoiselle, venez... venez par ici; je vais vous conduire dans un autre appartement, et sitôt que M. Asthon sera seul, je viendrai l'avertir.
DIANE
Oui; emmenez-moi... emmenez-moi.
Ils sorleiil par uni- porte il'iiilifrieiir, à gauche de racteiir.
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scen;- XI.
LASCY, LÉONARD, rentrant par la porte du fond à droite.
LÉONARD, s'asseyant.
Tu avais raison, Lascy; cette affaire cache un horrible mystère.
LASCY
Et cependant, quand j'y pense, tu avais raison aussi... Après l'insulte qu'on l'avait faite, il n'y avait pas d'explication à demander... Il fallait se battre.
LÉONAnn, réfléchissant.
Deux frères qui s'entendent pour me provoquer!... deux frères I... et lorsque celui qui m'a
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insulté tombe frappé de mort, l'autre prend sa place, et m'attaque à son tour.
LASCY
Oui, aussi froid, aussi résolu que s'il n'avait pas vu tomber son frère.
LÉONARD
Ahl je n'avais pas compris le geste terrible avec lequel il nous a imposé silence quand il a saisi son épée... Mais quand j'ai vu s'avancer vers nous cette pâle figure de vieillard, qui, les mains levées vers le ciel, semblait le prier et me maudire, j'ai senti comme un remords... et j'ai hésité à accepter ce second combat; mais l'insensé m'a frappé au visage du plat de son épée ; je n'ai plus rien vu alors que cet homme... je me suis défendu en aveugle comme il m'attaquait... j'avais soif de son sang comme lui du mien... et je ne me suis réveillé de ce funeste délire que lorsqu'il est tombé en appelant son père... car c'était leur père qui était là.
LASCV.
Oui, leur père.
LÉONARD
Un père qui assiste au duel de ses fils t.. . mais c'est horrible I
LASCY
Et rien ne t'explique cet acharnement fatal?... car c'était une haine profonde que celle qui poussait ce père, ces deux fils, et jusqu'à ce faible enfant...
LÉONARD
Oui, jusqu'à ce faible enfant, qui, arrivé tout haletant sur ce champ de bataille, a ramassé pour la troisième fois cette épée inutile à ses deux frères, et qui me criait dans le transport de sa douleur: A moil à moil à moi!... je suis un Chivri aussi!... je suis le dernier frère de Diane. Le dernier frère de Diane I tu l'as entendu, Lascy?
LASCY
Oui ; et ce qui, m'a surtout frappé, ce sont les paroles solennelles de ce malheureux vieillard, lorsqu'il a entraîné son dernier fils, ce brave et généreux enfant : Viens... viens, lui a-t-il dit; il nous a jeté la honte... c'est la honte que je lui rendrai.
LÉONARD
La honte, à moil la honte 1... Et pour quel crime... pour quelle lâcheté?
LASCY
Pour un crime ou pour une lâcheté... non... Mais dans nos folies d'officiers, nous avons plus d'une fois, pour un bon mot, joué la réputation de plus d'une belle dame... Et un propos inconsidéré sur quelque femme de la famille de M. de Chivri...
LÉONARD
Jamais... jamais!... car c'est un jeu où l'on perd à la fois son honneur et celui des autres; mais d'ailleurs, il y a une heure, je ne connaissais ni M. de Chivri, ni ses fils, ni sa fille , s'il eo a uDe.
LASCY
J'aperçois Vigneul ; il a dû interroger l'un des officiers qui servaient de témoins à MM. de Chivri : il saura quelque chose.
Vigneul cnlif
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