‹ Diane de Poitiers et son goût dans les artsChapitre 14 sur 14 · VERROU PROVBNANT DU CHATEAU D’ANE · texte numérisé non relu

VERROU PROVBNANT DU CHATEAU D’ANE

(Collection de M. Ed. Bonnaffé.)

servie et la sert encore son nom de Diane. Il se rencontre, sinon fréquemment, au moins quelquefois, chez les femmes de son temps, mais c’est à elle qu’il appartient, c’est à elle qu’il a été le plus heureux. Il a donné la devise du Dauphin et du Roi ; dans les arts comme dans les lettres, dans la décoration d’Anet comme dans les odes des poètes, il a fourni le thème de toutes les fantaisies comme de toutes les louanges, et l’on a pu reprendre en son honneur tous les trésors que la Muse antique avait consacrés à la fille de Jupiter et à la reine de la chasse et de la nuit. Comme l’a dit Virgile, « quand elle marche, le carquois sur l’épaule, elle dépasse de sa taille toutes les Déesses »; mais il convient encore plus de rappeler

ET SON GOUT DANS LES ARTS. Z»1

les vers de Néraésien, moins simples, moins grands, mais d’une élégance plus riche et plus habillée :

« O Phœbé, pourcourir les bois tranquilles et les forêts, revêts tes vêtements accoutumés et arme ta main d’un arc. Suspends à ton épaule la trousse peinte de couleurs éclatantes et remplie de flèches dorées; chausse tes jambes blanches de brodequins de pourpre. Que l’or se joue richement dans la trame de ta chlamvde; que les tours d’une ceinture ornée de pierreries en resserrent les fronces plissées, et qu’un diadème retienne les tresses de ta chevelure. »

Ne dirait-on pas que ces vers du m° siècle ont été écrits en France au xvie? Ce n’est pas l’Artémis grecque, mais bien la Diane de notre Renaissance, la Diane d’Anet, la chasseresse de Primatice et de Goujon. 11 est question dans les contes des dons merveilleux que les fées bienveillantes apportent au berceau de leurs favoris. La marraine de iM11' de Saint-Vallier a été sans le savoir une fée; elle l’a touchée de la baguette magique, elle l’a douée d’une force et l’a revêtue d’un charme. Sa filleule aurait-elle eu sans lui tant de prestige? Aurait-elle surtout conservé cette auréole éblouissante qui voile et fait disparaître les étroitesses et les avidités? Non seulement sa personne et toute sa vie en ont été illuminées et décorées, mais elle lui doit plus encore ; elle lui doit, comme s’il eût été un breuvage d’immortalité, cette vie éternellement lumineuse et cette couronne toujours verte, que les Muses et les Arts, ces Fées et ces Génies du monde réel, sont seuls à pouvoir donner.

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