‹ Diane de PoitiersChapitre 2 sur 2 · HO · texte numérisé non relu

HO

— Je m'enleiifls ! dit le duc en hochaiil la lêto, et en regardant sa femme d'un œil qui voulait être malin.

A ce moment, la cervelle de Parpaillasse enfanta une idée; et, comme si celte idée était tellement simple, qu'elle eût dû venir à tout le inonde, le capitaine se frappa le front, sourit et haussa les épaule».

Le duc attribua à ce sourire et à ce geste une autre signification :

— Vous ne comprenez pas? reprit-il voulant écarter tout soupçon de la tête de son ami. Non, au fait, c'est juste, pour comprendre, il faudrait que vous eussiez été instruit de la chose, et, si vous en aviez été instruit, vous m'eussiez prévenu, j'en suis sûr... Eh bien, figurez-vous que madame, pour charmer les loisirs que lui laissait mon absence, s'était avisée de... comment diraije cela poliment?... de jouer une partie d'échecs où elle me faisait mat avec le roi ! Mais j'arrive pour prendre ma revanche, et j'espère bien que vous m'aiderez à gagner la partie. — Y êtesvous, maintenant?

— J'ai parfaitement saisi l'apologue.

— Ah ! vous savez donc...?

— Oui, j'ai entendu parler de cela hier à la cour... Mais, en même temps, j'ai entendu parler

aussi de certaine circonslance alténiiante, qui justifierait complètement madame.

— Hein? dit le duc avec stupéfaction.

— Votre lionneur Ta échappé belle, vous pouvez vous en vanter, mon cher!

Parpaillasse se pencha alors à l'oreille de son noble ami, et lui expliqua assez longuement ce dont il s'agissaiî, en tournant de temps en temps la tète du côté de la duchesse, pour faire supposer au duc qu'il se défiait d'elle, et craignait qu'elle ne l'entendit.

Au fur et à mesure que le capitaine parlait, la figure de M. d'Étampis changeait de couleur et sa respiration devenait haletante.

— Ah ! bah ! s'écria Tex-moine dès que Parpail • lasse fut arrivé au bout de sa confidence.

— C'est comme j'ai l'honneur de vous le dire ! affirma l'aven furier.

— Mais, alors, repartit le duc à demi- voix, comment se fait-il qu'elle porte le titre de duchesse d'Étampes?

— Dame! rien pour rien, c'est la manière de voir de Sa Majesté... Si vous êtes chevalrer de Saint-Michel et duc d'Étampes, il est tout naturel que vous l'ayez mérité.

— Et le roi a trouvé que, pour mériter mon nom, je devais le laisser déshonorer?

— Il y paraît.

— Sa volonté soit faite !... soupira le duc. Puis, se levant:

— Venez-vous? dit-il à Parpailiasse.

A vos ordres, monsieur le duc!

Là dessus, les deux amis se prirent parle bras, et soi'lirent : Tnn, Parpailiasse, le front haut et le regard triomphant; l'autre, Toreille basse et la mine contrite.

La duchesse, qui avait suivi cet entretien avec une anxieuse attention, se leva dès qu'ils eurent disparu, puis courut à sa fenêtre, les vit traverser la cour, franchir la porte de l'hôtel, et s'éloigner bras dessus, bras dessous, sans même jeter un regard en arrière.

— Qu'a-t-il donc pu lui dire? se demanda-t-elle tout inquiète.

En effet, celte résolution du duc, si soudaine, si inexplicable, devait bien inquiéter un peu madame dÉtampes , quoique le fait réalisât toutes les espérances qu'elle avait mises dans l'aventurier.

Un quart d'heure à peine s'était écoulé depuis le départ des deux amis, et la duchesse n'osait encore se rassurer, lorsque Parpailiasse reparut, plus triomphant, mais aussi plus guindé et jjlus outrecuidant que jamais.

I! avait encore resserré la boucle de son ceinturon, de sorte qu'on Feût dit coupé en deux, et que, comme il pouvait à peine respirer, le sang lui empourprait les joues et lui marquetait le front de taches violacées. Il essaya d'abord de constater par un éclat de rire le succès de son expédient; mais il s'était si bien essoufflé, le vainqueur! en montant Tescalier, qu'il ne put qu'exhaler une espèce de râle, et se laissa tomber lourdement sur le premier siège qu'il trouva à sa portée.

— Qu'avez-vous? dit vivement la duchesse.

— Oh! rien, chère dame, balbutia le soudard. L'émotion, sans doute... le bonheur... Je crois, Dieu me damne ! que je ne survivrai pas à ce jour!...

La duchesse l'écoutait avec étonnement.

— Chère dame... Dieu me damne!.., se disaitelle. Que signifie cela, et d'où vient cet air familier?

Mais, sans s'appesantir davantage sur ce détail :

— Qu'avez-vous fait du duc? demanda-t-elle. Nous avons dit que, pour produire bon effet,

Parpaillasse s'était exercé au langage du roi.

— Eh! ma mie! répondit-il en caressant sa barbe, il m'eût gêné autant que vous, et je l'ai

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renvoyé à son pigeonnier, à son château, au diable, s'il veut de lui!

Alors, comme il élait assez rapproché de la jeune femme, il lui prit la main et la porta à ses lèvres.

— Ohî... s'écria la fière maîtresse de François P"" en reculant comme si elle eût été mordue par un aspic.

— Eh bien, quoi? reprit l'aventurier. Vous m'avez dit : « Laissez-moi entrer au Louvre, et demandez moi tout ce que vous voudrez! » Je vous ai laissée entrer au Louvre, au risque d'être pendu; de plus, j'ai relevé l'arquebuse de l'archer qui allait évenlrer votre carrosse; enfin, je viens, à l'instant même, de vous débarrasser de votre peu gracieux époux...

— Assez!... interrompit la duchesse avec un éclat de rage.

Puis, elle courut à son secrétaire, et, y prenant une bourse qu'elle jeta à la tête du soudard :

— Sortez! ajouta-t-elle, sortez! ou je vous fais chasser par mes laquais !

Le capitaine resta un moment tout interdit; il en coûtait à son amour-propre de battre si vite en retraite; mais, voyant à la mine hautaine et ù Pair courroucé de la duchesse, qu'il

ne gagnerail rien à insister, il desserra préalement son ceinturon, et, n'ayant plus de motifs de bouder contre son ventre, ramassa la bourse sans vergogne, tira sa révérence, puis sortit en mâchant entre ses dents les plus affreux jurons.

La duchesse se crut alors délivrée à la fois et de son mari et du soudard; mais elle comptait sans la rancune de ce dernier. En effet, dès qu'il fut hors de l'hôtel, Parpaillasse prit ses jambes à son cou, et fit si bien, qu'il rejoignit le duc avant que celui-ci eût eu le temps d'arriver à lu porte du Roule.

— Mon ami, lui dit-il sans se donner le temps de reprendre haleine, je vous ai expliqué, n'estce pas, comment votre mariage était nul, comment le roi ne l'avait voulu que pour la forme, et comment le moine qui avait présidé à la cérémonie n'était qu'un archer déguisé?..,

— Oui... Eh bien?

— Eh bien, mon cher, je vous ai fait un conte: le moine était un vrai moine, tout ce qu'il y a de plus moine, et votre mariage est parfaitement valable !

— Ah çà, vous raillez-vous de moi?Comment ! ce que vous m'avez dit, ce que vous m'avez affirmé il y a un quart d'heure, c'était un mensonge?... Mais quel intérêt aviez-vous...?

— C'est que la duchesse m'avait donné le mot...

— La duchesse?

— Oui... et qu'elle m'avait promis, si je vous faisais avaler cette bourde, de me donner une grosse somme...

— El vous avez accepté le marché, vous ! mon ami !

— Dame ! j"ai cru qu'il serait de bonne guerre de prendre son argent... Mais, maintenant que j'ai empoché les espèces (et Parpaillasse montrait la bourse de madame d'Élampes), j'accours vous dire ce qui en est, mon cher duc: votre femme voulait tout simplement se débarrasser de vous... Voilà! et, de la sorte, j'ai gagné ses écus sans perdre votre amitié!...

Un quart d'heure après, le duc, rouge de colère, l'œil furibond, l'air menaçant, se représentait devant madame d'Étampes stupéfaite, et Parpaillasse rentrait h l'auberge du Singe-Boiteux, faisant sonner sa bourse aux oreilles de madame Barabas émerveillée.

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K.C Diamant de l'Inconnue-

Le lendemain au matin, d'assez bonne lieurc, après avoir pris lecture d'une lettre qu'il venait de recevoir, François I" appela Clément Mdrot, lui ordonna de s'enquérir du logis du capitaine Parpail'asse, d'aller le chercher, et de l'amener immédiatement au Louvre.

Un archer des gardes donna l'adresse du Singe-Boiteux; Marot y courut et trouva notre homme au lit, la tête noyée encore dans les vadia:^e de POITIERS, T. 2. s

jteurs d'une joyeuse orgie qui lui avait fait ou- Llier sa mésaventure de la veille.

Madame Barabas, il faut le dire, nelui avait pas épargné ses railleries jalouses; mais, comme, à lu ut prendre jjl avait eu le bon esprit de rire le premier de son ridicule, el le lalçnt de revenir les mains pleines, riiôtesseet son infidèle capitaine s'étaient bientôt rapatriés, et la nuit avait passé sur cette touchante réconciliation.

Parpaillasse, qui ne dormait ordinairement {|ue d'un œil, se confondit en excuses auprès du poète, et ne demanda que dix minutes pour se metlre en état de le suivre.

Effectivement, dix minutes s'étaient à peine écoulées, que Parpaillasse et Clément Marot sortaient de l'auberge du Singe-Boiteux, qui était située à quelques pas seulement du pont Noire-Dame. .\près avoir traversé ce pont, que la débâcle avait fort endommagé, les deux compagnons suivirent le quai, et arrivèrent au Louvre vers dix heures et demie.

Le roi avait eu tout le temps de se lever, et Parpaillasse le trouva la figure souriante, l'œil vif, parfaitement disposé à le recevoir ; ce qui mit l'aventurier tout à fait à l'aise, et lui fit bien augurer du résultat de sa visite.

— Capitaine, commença le roi, dites-moi donc, qu'avez-vous fait du duc d'Ltampes ?

A celle queslioD, qui plaçait brusquement Tenlretien sur un terrain si glissant pour Parpaillasse, lequel, pour s'en tirer à son honneur, eût désiré au moins d'être prévenu, notre soudard ne put s'empêcher de pâlir, et répondit en balbutiant :

— Mais, sire, j'ai eu l'honneur de le dire i^ Votre Majesté...

— C'est vrai... Vous m'avez dit que vous l'aviez laissé à Agen.

— Oui, sire.

— Eh bien, il n'y est plus!

Parpaillasse prit un air stupéfait, demandant comment il était possible que les moines de Sainte-Marie eussent laissé partir frère-duc, dont la présence dans leur couvent était une source de bien-être pour la communauté.

— Eh ! parbleu! repartit le roi, voilà précisément ce que je me suis dit moi-même, d'autant plus qu'hier encore, le frère quêteur, en venant toucher la pension trimestrielle de mon cher hôte, m'a donné de lui les meilleures nouvelles.

— Vous voyez donc bien, sire.

— Mais pas du tout, puisque l'on m'écrit ce matin qu'il est à Paris depuis deux jours, et qu'il y fait un scandale effroyable !

— Pourtant, si'le frère quêteur...

— Ah : oui, parlez-moi de votre frère quêteur! Le drôle m'a effrontémeut menti... Il est arrivé sur sa mule, et m'a conté comme quoi le duc prenait de plus en plus goût à la reli-aite, que c'était à peine si on pouvait le faire sortir de sa cellule, qu"il passait toutes ses journées en prières, toutes ses nuits en macérations, que sais-je, moi?

- — C'est ce diable de Flamand: pensa Parpaillasse. La ruse est bonne.

— El j'ai payé la pension comme toujours, et j'ai fait des cadeaux... Et, cependant, voici, je vous le répèle, une lettre que je viens de recevoir, une lettre écrite par une personne digne do foi, qui prétend que frère-duc est de retour, et lui fait une existence déplorable...

— C'est madame d'Élampes, se dit encore l'aven turier.

Le roi, néanmoins, continuait de rire, et de meilleur cœur que jamais, ce qui ne paraissait pas naturel à Parpaillasse, et l'effrayait visiblement.

— Eh bien, qu'en dites-vous? demanda François P^

Croyant que Sa Majesté avait intérêt à ce que le duc fut toujours en Gascogne :

— Je dis, sire, répondit l'aventurier, que la

parole du frère quêteur est d'un grand poids à mes yeux, el qu'il y a sans doute erreur dans la lettre...

— Erreur dans la lettre de madamed'Étampes? Mais la duchesse sait bien à quoi s'en tenir, que diable ! D'un autre côté, je ne vois pas dans quel but elle voudrait me faire accroire au retour de son mari..: Dieu veuille quil soit revenu, ma foi! quil la reprenne, qu'il la garde! je ne demande pas mieux.

— Comment ! Votre Majesté...?

— Elî! certainement! dit le roi avec le plus joyeux éclat de rire. J'eusse volontiers donné mille écus d'or à quiconque eût soufflé au duc l'idée qu'il vient de mettre à exécution.

— Mille écus d'or! s'écria l'aventurier en avançant instinctivement la main.

— Pardieu, oui.

— Mille écus d'or à celui qui...

— Oui, vous dis-je... Et vous auriez dû comprendre cela, vous... Mais qu'avez-vous donc à ce doigt? ajouta François P"" en saisissant la main du soudard, à laquelle brillait le diamant de l'inconnue du quai des Morfondus.

Pour éviter, autant que possible, qu'on ne lui «lemandàt des explications au sujet de son diamant, P^rpaillasse avait soin de tourner le clia-

Ion du côté de la paume de sa main; de sorle qu-e, quand le roi avait parlé des mille écus d'or, et que, par ce mouvement instinctif que nous avons signalé, notre soudard avait tendu la main, le diamant était apparu tout à coup, étincelant, aux yeux de Sa Majesté.

— Cette bague, sire?... dit Parpaillasse en essayant de retirer sa main.

— Eh bien, oui, cette bague.

Et François I", arrachant, pour ainsi dire, Tanneau du petit doigt de l'aventurier , s'en empara, puis courut à la fenêtre, et se mit à eXviminer le diamant avec des marques d'un élonnemen-*. si profond, qu'évidemment les mille ccus d'or et le duc dÉtarnpes étaient maintenant à cent lieues de sa pensée.

— Un bijou de famille..., répondit Parpaillasse affectant un air d'indifférence.

— Un bijou de famille? Oui, de famille, en effet... Mais de quelle famille donc?

— De la mienne, sire, qui est originaire de Gascogne, et dont les aïeux ont eu l'honneur de se croiser contre les infidèles sous les étendards du roi saint Louis...

— Vous voulez dire un bijou de la famille des Valois, monsieur! interrompit le roi reconnaissant parfaitement le diamant, à certains signes que l'aventurier n'avait point remarqué-s.

— Ahî diable I murmura celui-ci tout décontenancé.

— D'où vous vient cette bague? demanda François P"" d'un air sévère.

Il était hors de doute que Sa Majesté en savait plus que Parpaillasse sur l'origine du diamant. Or, acculé comme il Tétait entre une supposition de vol et un aveu complet des circonstances qui l'avaient fait possesseur du bijou :

— Sire, dit piteusement le soudard, Votre Majesté parlait-elle sérieusement tout à l'heure?

— Quand cela?

— Quand elle me faisait Thonneur de me dire qu'elle eût volontiers donné mille ecus d'or à celuiqui...?

— Répondez à ma question, monsieur, et ne m'interrogez pas !

— Pardon, sire, c'est que, avant de répondre à la question de Votre Majesté, j'aurais été bien aise de savoir...

— Voilà, sur ma foi, qui est d'une rare insolence !

— Votre Majesté va voir à Tinstant, sire, qu'elle se méprend sur mes intentions...

— Répondez, vous dis-je !

— Sire...

— Eh bien, soit, je le répète, j'eusse volontiers

- iU —

(ioiino mille éciis d'or à quiconque eut ramené à Paris le duc d'Étampes. Après?

Ces paroles rassurèrent visiblement Parpaillasse, qui s'écria :

— Alors, Votre Majesté me doit mille écus d'or, sire !

François I" resta un moment ébahi à son tour. II reirarda en face l'aventurier, dont la figure rayonnait.

— Je crois, en vérité, monsieur, dit-il avec hauteur, que vous vous permettez de railler.

Nous n'avons pas besoin de dire que Parpaillasse prenait au contraire la chose tout à fait au sérieux.

— Mais, sire, dit-il, puisque c'est moi qui ai compris que M. le duc pouvait revenir à Paris; puisque c'est moi...

— Ce diamant, monsieur! je vous parle de ce diamant!

Il n'y avait plus à reculer. Parpaillasse raconta donc comment une dame inconnue lui avait donné rendez-vous à Notre-Dame ; comment elle l'avait conduit dans la maison d'un poissonnier du quai des Morfondus, et, là, lui avait proposé d'aller à Agen pour tirer le duc d'Étampes de son couvent, et le ramener à Paris; comment, enfin, lui, Parpaillasse, ayant accepté la propo-

silion, l'inconnue lui avait donné un à-compte f!e mille écus à titre de frais de voyage, et promis une pareille somme qu'elle payerait, au retour du duc, contre remise du fameux diamant, laissé par elle en gage, aux mains de son affidc.

Et comme le roi avait écouté ce récit avec la plus profonde attention, en faisant même parfois des signes de tête approbatifs, notre homme non-seulement rassuré, mais encore mis en verve, entra complaisamment dans les détails de son expédition, que le lecteur connaît, et qui eurent le don de réjouir tout particulièrement Sa Majesté.

Enfin, l'aventurier se tut, et reprit haleine en essuyant son front, où la sueur coulait à grosses gouttes, tant avaient été vives et multipliées les émotions par lesquelles il venait de passer.

— Et vous dites, demanda François I", que celte dame où plutôt ces deux dames étaient voilées?

— Oui, sire.

— Une seule a porté la parole... N'était-ce pas la plus grande des deux?

— En effet, sire.

— Ne vous a-t-il point semblé, en l'écoutant, avoir déjà entendu sa voix?

— Nullement.

— Et, malgré son voile, ne vous a-t-elle pas paru jeune, fière, impérieuse?

— Oh! quant à cela, si fait... C'est au point, sire, que je n'ai pas été fâché de me trouver d'accord avec elle!

— Lorsqu'elle a ôté cette bague de son doigt pour vous la donner, avez-vous vu sa main?

— Très-bien, sire : une main superbe, avec des bagues à tous les doigts 1

— La main gauche, alors, n'est-ce pas? repartit vivement le roi; et c'est à lindex de celte main qu'elle portait la bague?

— Oui, sire, c'était la main gauche, et je crois bien me souvenir aussi que l'anneau était à l'index de cette main.

— Très-bien... Maintenant, dites-moi encore, l'autre femme, — la camériste, celle qui accompagnait la première, — n'était-elle pas plus petite, et vieille en apparence... c'est-à-dire courbée et portant la tête dans les épaules?

— En vérité, sire, répondit Parpaillasse, je crois que Votre Majesté les connaît toutes les deux !

— Moi aussi, je le crois, capitaine... Toutefois, il faudra que je m'en assure...

Et, glissant l'anneau à son doigt :

— En attendant, je 'me déclare votre créancier pour les mille écus que représentait cette bague.

Cela ne faisait pas le comte de Parpaillasse, qui eût beaucoup mieux aimé rester en possession du diamant jusqu'à ce qu"il lui fût réclamé, et courir la chance de ne point se le voir réclamer du tout; mais le désir du roi était une volonté, et le capitaine essaya de se rattraper sur autre chose.

— Sire..., murmura-t-il en tournant son chapeau entre ses mains.

François I" le regarda.

— Votre Majesté disait, continua le soudard, qu'à celui qui eût eu l'idée de ramener à Paris le duc d'Étampes...

— J'eusse donné mille écus d'or, interrompit le roi. Certainement, je l'ai dit et redit, et je le répète encore.

— Eh bien donc, sire, ce n'est pas seulement mille écus que me doit Votre Majesté...

— Hein? comment l'entendez- vous? fit le roi.

— rs'est-ce pas moi, sire, qui ai eu l'idée...?

— Non pas, s'il vous plaît î vous n'avez point eu cette idée-là ; vous avez trahi le secret, voilà tout, et jamais vous ne vous fussiez vanté de votre expédition, si le retour du duc ne m'eût

point agréé... En somme, vous n'avez été làdedans que le bras, et c'est à la lètt^que je dois avoir affaire... Gette bague m'aidera à la découvrir.

Alors, prenant son chapeau :

— Pas un mot de tout cela! ajoula-t-il. Vous m'en répondez sur votre tête!

Puis il sortit par une porte, en indiquant celle de l'antichambre à l'aventurier, qui s'éloigna tout déconfit.

Un instant après, François I" se faisait annoncer chez la reine.

Midi venait de sonner.

Ou rencontrait ordinairement, à cette heure, chez la jeune reine, madame Renée de France, la duchesse d'Alençon, mesdames de Soubise, et de Parthenay de Pons ; plus, les lllles d'honneur, et, depuis qu'elle était au Louvre, mademoiselle de Poitiers.

François I" alla d'abord baiser la main de la reine, et lui demander des nouvelles de sa santé; puis, s'approchant de sa sœur Marguerite, il lui prit également la main, et la porta à ses lèvres sans baisser la tête, c'est-à-dire en levant cette main, avec la sienne propre, jusqu'à la hauteur des yeux de la duchesse.

— Ah!... fit celle-ci en apercevant la bague.

Au cri qu'elle avait poussé, toutes les clames s'avancèrent effrayées; mais elle les rassura par un sourire, en disant que la bague de Sa Majesté l'avait légèrement blessée à la main.

C'était bien la bague, en effet, qui avait causé son exclamation; seulement, la blessure était de trop.

— Margot, dit familièrement François I" à sa sœur en lui remettant la bague, je vous rends ce bijou; mais vous me devez mille éciis I

— Comment ! qui a pu...?

— Je comprends maintenant l'insislance que vous mettiez à me présenter mademoiselle Diane, et à me faire son apologie... Vous êtes une digne alliée de la reine mère et du prince de la Trémouille!

Puis il baisa une seconde fois la main de la duchesse, mais, cette fois, avec plus' de courtoisie, et, après avoir salué en masse les dames d'honneur de la reine, il alla s'entretenir avec la belle Diane, au sujet de cette grâce pleine et entière qu'il voulait bien accorder à M. de Poitiers, mais à des conditions encore mal détlnies, et qui, cependant, eussent donné fort à réfléchir à d'autres que l'innocente jeune fdle.

Aiuours brisées.

A quelques jours de là, Clément Marot, qui n'avait jamais moins vu Diane que depuis qu'elle était au Louvre, obtint, enfin, de madame délia Rocca que celle-ci lui ménagerait une prochaine entrevue avec sa maîtresse.

Ce n'était pas, maintenant, chose facile que de s'entendre avec madame délia Rocca, à laquelle son titre de gouvernante d'une fille de la cour, donnait des bouffées d'orgueil qui lui montaient à la tête, et l'enivraient.

Or, voici ce qui avait été convenu entre elle et le poëte :

D'abord, — et ceci ne pouvait faire question,— Clément Marot s'arrangerait de manière à réunir une belle collection de ces fameuses médailles à l'effigie du roi Louis XII dont elle était si curieuse, et en enrichirait le cabinet delà signora; seulement, il aurait soin que lesdiles médailles fussent d'or, celles d'argent étant trop communes, et n'uyant, par cela même, qu'une médiocre valeur numismatique.

Ensuite, comme le roi s'occupait beaucoup de mademoiselle de Poitiers, et que madame d"Alençon, se défiant de Clément Marot, surveillait de fort près la jeune fille, notre pauvre amoureux prétexterait une maladie, et profiterait du moment où tout le monde le croirait au lit pour faire sa visite.

Enfin, Diane serait prévenue par les soins de sa gouvernante, qui mettrait en œuvre toutes les ressources de son éloquence méridionale pour préparer au poëte un accueil favorable.

Ces différentes clauses avaient été fidèlement remplies de part et d'autre, et le jour de l'entrevue arriva.

Le docteur Akakia, heureux de trouver quelqu'un à soigner dans cette cour où tout le monde

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se portait si Ijien, n'avait que trop admirablement servi la ruse du poëte : il l'avait déclaré (iévreux au premier chef, et, comme tel, soumis à une diète et h un repos absolus. Un valet du roi veillait même à la porte du malade pour empêcher qu'aucune visite et aucun bruit ne vinssent donner à la fièvre un caractère de malignité que le médecin ne pourrait plus combattre qu'à grandpeine.

11 y avait réception chez la reine; mais Diane s'était fait dispenser d'y paraître, prétextant ellemême une légère indisposition.

Le roi, de son côté, travaillait chez lui, et on ne le verrait pas de la soirée.

L'heure convenue approchant, Clément Marot commença par congédier le valet de garde, dont les soins lui seraient inutiles pour la nuit, assurait-il; puis, laissant sa lièvre sous son oreiller, il dévora silencieusement les quatre parties saillantes d'un poulet rôti, — lequel lui avait été apporté, dans la journée, par Triboulet, qu'il croyait, après Diane et madame délia Rocca, le seul contident de sa ruse; — puis, enfin, il s'habilla à la hâte, et courut à son rendez-vous.

Lorsque Triboulet, qui s'était chargé d'explorer les corridors, l'eut vu partir, il rentra en se frottant les mains dans le cabinet où eût dû Ira-

vailler le roi, et où, cependciiit, il n'y avail personne, et s'établit dans un fauteuil en murmurant :

— A chair de loup, dents de chien !

Clément Marot, condamné, comme nous

l'avons dit, à la diète la plus rigoureuse, quand il n'était malade que du cœur, avail bien été dans l'obligation de se confier à quelqu'un, pour ne pas tomber réellement malade de fringale; mais nous allons voir tout à l'heure combien il avait été malheureux dans le choix de son conlldent.

Il eût dû se rappeler que Triboulet avait contre lui d'anciens griefs dont nous avons vu, dans un des chapitres précédents, madame d'Étampes indiquer les motifs, et que le fou avait laissés dormir, mais qu'il ne pouvait avoir oubliés.

Or, juste au moment où Clément Marot, tout frémissant d'espérance, sortait de sa chambre pour aller à ce rendez-vous, auquel le mystère donnait un nouveau charme à ses yeux, François I" arrivait chez mademoiselle de Poitiers, dont il baisait les deux blanches mains avec enivrement.

— En vérité, ma toute belle, disait le roi, si vous ne teniez pas lant à mr* prouver que M. Marot vous est devenu- parfaitement indifléreiit, j«;

DJA.^E DE POITIERS. T. 2. 0

m'opposerais de toutes mes forces à être le témoin invisible de la scène qui va se passer entre vous et lui.

On devine sans doute comment avait été amenée cette situation. Triboulet, prévenu du rendez-vous par Marot lui-même, Tavait dénoncé au roi ; le roi l'avait reproché à Diane, et Diane, qui était décidée à rompre avec le poêle, dont la conduite à son égard Tavait vivement blessée, Diane, disons-nous, avait invité le roi, qu'elle voulait ménager dans Tinlérêt de son ])ère, à être témoin de l'entrevue.

— J'y tiens, sire, pour mériter le respect dont Votre Majesté veut bien mhonorer, répondit la jeune fille; et j'insiste d'autant plus que des méchants ont supposé à mes relations avec M. Marot un caractère qu'elles n'avaient point, qu'elles ne pouvaient jamais awir.

— Qu'il soit donc fait en cela selon votre désir, comme en toutes choses désormais.

— Ah ! sire, repartit Diane, que ne dites-vous vrai?

— J'entends... vous songez à M. de Poitiers...

— Hélas! n'est-il pas mon père?... Pensez donc, sire, quel supplice ce doit être pour une fille, que de savoir son père enfermé dans la nuit d'un horrible cabanon, privé d'air et de lu-

mière, nourri de pain et d'eau, quand celte (ille, entourée de toute la splendeur du luxe, ne peut rien pour adoucir l'agonie du malheureux !

— Voyons, mon enfant, soyez raisonnable... j'ai déjà sauvé la vie du comte.

— Mais cette vie, sire, est plus cruelle cent fois que la mort infamante à laquelle il était condamné!

— Eh bien, Diane, je vous l'ai dit, il n'est pas impossible que M. de Poitiers obtienne sa grâce pleine et entière... Mais... vous le savez... cela ne dépend pas de moi seul...

Et, en disant ces mots, le roi s'était penché vers la jeune fille, et la regardait avec une expression singulière.

Diane baissa la tête, et se mit à pleurer silencieusement.

Il était facile de voir que ce n'était point la première fois que cette question s'agitait entre Sa Majesté Très-Chrétienne, et la fille du comte de Poitiers.

On entendit un bruit de pas dans l'antichambre et une voix accentuée qui semblait avoir à lâclie d'avertir son monde.

Ces pas étaient ceux de Clément Marot; cette voix était celle de madame délia Rocca.

Diane essuya rapidement ses larmes, et le roi

vs'élança dans un cabinet d'où il lui était possible non-seulement de tout voir, mais encore de tout entendre.

Clément Marot entra presque aussitôt.

Il était très-pàle, et le restaurant que lui avait procuré Triboulet ne semblait pas Tavoir suffisamment réconforté.

Diane se leva à son approche, et, le regardant d'un air glacial, sans même lui tendre la main :

— Eh bien, monsieur Marot, lui demandat-clle, vous désiriez me voir... Qu'avez-vous à me dire?

Le jeune homme, qui avait fait quelques pas en avant, s'arrêta tout court, blessé au cœur par les froides et presque dédaigneuses paroles qui venaient de tomber des lèvres de la jeune fille.

Cependant, il se remit bientôt, et, rassem- J»lant tout son courage :

— Ce que j'ai à vous dire, mademoiselle? répondit-il ; ne vous en doutez-vous pas?

— Nullement, monsieur... à moins que vous ne veniez encore m'insulter par vos mensongères protestations de dévouement.

— Mensongères? répéta Marot d'une voix étranglée.

Diane garda le silence, confirmant ainsi la malvcillanlc pensée qifelle venait d'émettre, et

attendil, le sourcil froncé, la lèvre plissee, la tête hante.

Clément Marot sentit ses idées se troubler.

— Je ne vous comprends pas, mademoiselle, dit-il après une longue pause.

— Ne vous souvient-il point, monsieur, que vous vous étiez engagé à me faire obtenir une audience du roi, afin que je pusse demander à Sa Majesté la grâce de mon père?

— En effet, mademoiselle, oui, je m'y étais engagé...

— Eh bien, monsieur?

— Je n'ai pu obtenir cette audience...

— Vous mentez! s'écria la jeune fille.

— Mademoiselle...

— Vous mentez, vous dis-je!... Vous voyez donc que, quand je parlais tout à l'heure de vos mensongères protestations, je n'étais pas injuste envers vous... Cette audience, le roi vous l'avait accordée, monsieur, et vous y avez envoyé une autre femme à ma place.

L'accusation était trop directe et surtout trop fondée pour essayer de la tourner ou de la démentir; aussi Clément Marot n'y songea-t-il point. Il resta muet de\'ant la jeune fille, la regardant d'un œil effaré, et avec un frisson d'aniioisse.

— iô8 ~

Cependant, comme Diane semblait attendre une réponse :

— Vous me traitez bien sévèrement, made-' moiselle..., balbutia-t-il enfin.

— Je vous traite, monsieur, comme un homme que j'ai peut-être ei la faiblesse d'aimer, mais que j'ai certainement le courage de mépriser.

— Ah!... s'écria Clément Marotavec un accent si déchirant, qu on eût cru qu'il venait d'être frappé à mort.

Et ce fut tout.

Seulement, n'ayant plus la force de se soutenir, il fit deux pas vers un fauteuil, et s'appuya au dossier.

Diane s'assit tranquillement, et sembla ne plus s'occuper de lui.

François I" se frottait les mains dans sa cachette.

— Parbleu! se disait-il d"un ton narquois, voilà mon poëte maté, ou je ne m'y connais pas!

Au bout de quelques minutes, Marot parut s'être repris à la vie.

— C'est vrai, mademoiselle, murmura-t-il, le roi m'avait accordé l'audience que je sollicitais pour vous, et j'y ai envoyé une autre femme à votre place... Mais qui vous a dit...?

Diane releva la tète.

— Vous m'interrogez, je crois, monsieur? iijterrompit-elle fièrement.

— Pardon, mademoiselle... C'est que, pour vous bien expliquer ma conduite, j'eusse désiré que la confiance fût égale entre nous.

— Je n'ai rien à vous expliquer, pour ma part, monsieur, et je n'ai plus confiance en vous... Maintenant, si vous croyez avoir une explication à me donner, quelque inutile qu'elle soit, parlez, je vous écoute.

— Mon Dieu! soupira Marot. qui faisait des efforts inouïs pour retenir les sanglots qui l'étouffaient.

Puis, d'une voix entrecoupée :

— J'avais été prévenu, reprit-il, que le roi... voulait vous vendre la grâce que vous espériez de lui...

— Ah ! serpent!... murmura François I" passant à ce moment sa tête entre les draperies de la portière.

Dans la position qu'il occupait, Clément Marot tournait le dos à cette portière, et Diane seule pouvait apercevoir l'indiscret.

— Ah! dit la jeune fille, et vous avez préféré que ce fût madame d'Étampes qui l'achetât, cette sràce?

— uo —

Le poëte ne put réprimer un nouveau niou- ^ vement de surprise.

Il ignorait que, grâce aux écus de Semhlançay, — les derniers, hélas! que fût destiné à compter le pauvre surintendant! — Triboulet avait appris de madame délia Rocca à quelle tête appartenait la boucle noire qui s'échappait de la coiffure de la prétendue Diane.

— Ah! ah! se dit le roi jouissant de rembarras de son valet de chambre, voyons un peu ce qu'il va répondre... Il ne nous savait pas si bien informé, le traître!

Clément Marot répondit :

— Madame d'Étampes eût pu le faire sans rougir, elle...

— Et moi, monsieur?... s'écria Diane en se levant courroucée, et lançant sur le jeune homme un regard plein d'éclairs.

Clément Marot n'y put tenir davantage : ses yeux s'emplirent de larmes, ses sanglots éclatèrent enfin, et, sans ajouter un mot, sans saluer, sans même reprendre son chapeau qu'il avait, en entrant, déposé sur un siège, il se retourna, aperçut la porte, et s'y précipita comme un fou.

— Allons, se dit François F^ cela n'a pas élé trop long : on voit qu'il lui reste au moins le sentiment des convenances... Mettre un roi

dans la position où j'étais, passe encore; mais l'y laisser languir, c'eût été par trop audacieux!

Madame délia Rocca, ne jugeant pas prudent de se trouver sur le passage de notre amoureux, se rangea en l'entendant ouvrir la porte, et, cinq minutes après, le pauvre Marot rentrait dans sa chambre de fiévreux, où il tombait presque é'\anoui sur un fauteuil.

Au même instant, une ombre de femme se détacha silencieusement de la muraille, s'approcha du jeune homme avec une lenteur automatique, et lui mit doucement la main sur Tépaule.

— Marguerite! s'écria Clément Marot, comme sortant d'un rêve.

Puis, malgré l'égarement où il était, se rappelant tout à coup les révélations que lui avait faites, quelques jours auparavant, madame d'Étampes :

— Vous ici, madame ! ajouta-t-il dun air diudignation.

— Moi, répondit la duchesse, moi qui vous reste quand vous avez tout perdu!

Elle savait parfaitement d'où venait le poëte, et, à le voir ainsi désespère, elle devinait sans peine ce qui lui était advenu.

— Eh bien, dit Clément Marot avec éclat, que rien ne me reste, madame... Je vous maudis!

La duchesse tressaillit légèrement; son teint se décolora, et ses lèvres blêmirent; elle, la sœur du roi de France, une princesse du sang, elle était maudite par un valet !

Jamais, jusqu'alors, elle n'avait vu et n'avait voulu voir dans Marot qu'un poète, c'est-à-dire un homme anobli par le génie; mais, à cette Insulte, elle ne vit plus dans son amant que le valet de chambre de son frère.

— Oui, maudite soyez-vous! répéta Marot ; car vous m'avez tué!... Diane, qui m'aimait; Diane, en qui j'avais placé tout mon amour, toutes mes espérances, toute ma vie, Diane me méprise ! Et c"est vous, madame la duchesse, qui me valez ce mépris, vous qui, dans votre calcul infâme, — pour que je n'eusse plus là choisir qu'entre une fille perdue et vous, — avez jeté cet ange entre les bras du roi î...

— Taisez-vous ! murmura Marguerite, qui, même en face de ce valet qu'elle voyait alors en Marot, ne pouvait triompher de la faiblesse de son cœur; taisez-vous, et regardez-moi... Voyez ce que je souffre!

— Ah ! dussiez-vous souffrir tous les tourments de l'enfer, madame, vous ne souffrirez jamais ce que je souffre en ce moment !

— Mon crime est mon amour lui-même, Clément... Pardonnez-moi mon amour :

— Je vous ai maudite, madame ; ii'avez-vous pas entendu?

La duchesse, qui, depuis un moment, ne se soutenait qu'à grand'peine, poussa un soupir douloureux, et s'affaissa sur ses deux genoux.

— Ah! vous n'avez point de pitié! dit-elle d'une voix éteinte.

Ce qu'elle souffrait, la pauvre femme, est impossible à décrire: ses yeux se fermaient malgré elle, sa voix s'étranglait dans sa gorge, sa tête vacillait comme si elle eût eu le vertige, et les battements précipités de son cœur semblaient vouloir briser sa poitrine. Elle crut qu'elle allait mourir de honte et de douleur.

— De la pilié! en avez-vous eu, vous, madame? répliqua Marot. A-t-on, d'ailleurs, de la pitié pour qui vous assassine ?...

— N'est-ce donc pas assez, reprit Marguerite en faisant un violent effort sur elle-même, qu'une femme de mon rang vous ait fait le sacrifice de sa vie et de son honneur... qu'en ce moment encore, elle oublie pour vous sa naissance, ses devoirs... et ses droits?

— Ses droits?

— J'ai droit, au moins, à votre respect, Clément....

— C'est vrai, dit le poêle en relevant la pauvre

— lU -

affligée, je dois le respect à madame la duchesse d'AIençon, à la sœin\du roi François 1"... Mais, ici, chez moi, dans cette chambre isolée dont votre dignité de grande dame n'a point dépassé le seuil, Marguerite; devant Dieu, qui peut seul nous entendre, je le répète encore, je vous maudis!

— Vous avez raison, monsieur, répliqua la duchesse avec un accent plus ferme ; et ce n'est pas seulement en dépassant tout à l'heure le seuil de votre porte que j'ai perdu ma dignité : je l'ai perdue le jour où, ayant oublié pour vous ce que j'étais, je vous ai donné le droit de m'insuller comme vous venez de le faire ! je l'ai perdue le jour où je vous ai aimé enfin!... mais je tâcherai de la reprendre en sortant d'ici.

Marguerite fit alors trois pas vers la porte en s'essuyant le front. Ses tempes battaient avec violence; le vertige qui, un instant auparavant, voltigeait devant ses yeux, semblait l'emporter dans son tourbillon ; et, pourtant, elle se roidissait de toute la force de sa volonté pour faire refluer ses larmes de ses yeux à son cœur.

— Adieu, monsieur Marot ! ajouta-t-elle. Je ne demanderai à Dieu qu'une chose : c'est quil vous inflige le souvenir, afin que vous re^rreltiez amèrement, un jour, ce qui vient de se passer...

— Ilb —

Et elle sortit.

— Dieu du ciel ! disait à cette heure Renée de France, — une enfant, mais une espiègle et malicieuse enfant, — s'adressant à la reine Claude; Dieu du ciel! faites-nous la grâce de nous préserver d'une épidémie !

Puis, comme toutes les dames d'honneur la regardaient sans rien comprendre à ses paroles:

— Sans doute, jjouta-t-elle.

Et, comptant sur ses doigts :

— M. Marot, malade; ma tante d'Alençon, malade; mademoiselle de Poitiers, malade; le roi lui-même, malade... ou, tout au moins, hors de son élat normal, puisqu'il travaille... Quatre^ malades à la fois; c'est décidément trop .. Dieu veuille nous prendre en pitié!

La reine rougit, les méchants rirent, et, pour que cette scène n'allât pas trop loin, madame de vSoubise prévint sa jeune élève qu'il était temps de prendre congé de Sa Majesté et de la compai.inie.

Oii Parpaiïlasse estiiuo que sa fortune est faite.

]1 y avait, à rhôtellerie du Singe-Boiteux, dans celte chambre du quatrième étage où perchait le capitaine Parpaiilasse, un énorme bahut en vieux chêne noirci par le temps, laid de forme, vacillant sur ses larges pieds, mais solidement construit, et muni, à chacun de ses compartiments, d'une de ces serrures tout à la fois compliquées et naïves comme on en faisait k cette époque, lesquelles ne cédaient jamais avant une

- Ii7 —

heure ou deux sous le travail du crocheleur le plus exercé.

Le modèle de ces serrures avait été fabriqué par un nommé Serre, sous le règne de Sa Majesté Louis le Onzième, d'après les dessins mêmes du roi, qui, une fois l'œuvre achevée, avait fait étrangler l'ouvrier dans la crainte que celui-ci n'allât vendre son secret, et que les coffres de ia couronne ne courussent le risque d'être violés; mais, sous François P'", les serrures étaient tombées dans le domaine public, et Ton s'en servait avec un succès réel contre les larronneurs, lesquels se trouvaient réduits à cette alternative, ou de crocheter la serrure, ou de briser le coffre, opération qui, dans l"un et l'autre cas, produisait toujours assez de bruit pour donner l'éveil aux intéressés.

Notre soudard, n'ayant jamais eu rien d'assez précieux k serrer pour perdre une heure de son temps à ouvrir chacun des compartiments de son bahut, dont les clefs étaient égarées depuis un demi-siècle peut-être, s'était bien gardé de tenter la moindre violence à rencontre de la vénérable antiquaille. A quoi lui eût servi ce meuble? Après son feutre, son pourpoint de buffle, ses chausses, son manteau blanc, sa rapière et ses bottes, que lui restait-il? C'est à peine

s'il portait du linge, sous prétexte qu'un bon soldat ne doit avoir que son uniforme.

Un soir, cependant, au m«)ment où Parpaillasse allait se mettre au lit, on eût pu le voir se frapper tout à coup le front, prendre une clef toute flambante neuve à sa ceinture, se précipiter sur le bahut, et l'ouvrir.

Le bahut ouvert, il s'y accouda, prit son menton dans sa main, et, avec une inquiète sollicitude, se mit à compter des yeux un nombre fort respectable de piles d'argent monnayé qui s'étalaient sur les tablettes.

11 y en avait soixante-quatorze !

Chaque pile était de cent livres.

— Voyons, mordieu ! se dit-il, mon compte n'y est pas, ou le diable m'emporte!

Et, comptant sur ses doigts :

-- Cent livres dépensées, continua-t-il , tant pour subvenir aux frais de mon voyage en Gascogne que pour récompenser le Suisse du Louvre de son silence, acheter dix bouteilles d'eau-dovie, et faire confectionner une clef...

Le soudard s'était si bien arrangé en route avec M. Flamand et les hôteliers timides, — qu'il ne payait jamais qu'en éloquence, — que, do Paris à Lyon, la nourriture et le logement do son cheval lui avaient à peino coûté dix écus.

— Cent livres, poursuivit-il, et soixante-qualopze piles de cent livres, cela fait soixantequinze piles de cent livres... ou tout comme. Soixante-quinze piles de cent livres équivalent à sept mille cinq cents livres,.. Eli 1 mordieu I je le disais bien, cela ne fait pas mon compte, puisque j'avais établi un calcul approximatif d'après lequel, — non compris les mille écus promis par Sa Majesté, — la somme totale de mes livres devait s'élever à dix mille cinq cents!...

Puis, après avoir examiné attentivement, à Taide de sa lampe, le bahut et la serrure:

— C'est étrange, parce que, enfin, on ne m'a pas volé, ajouta-t-il; aurais-je mal fait ma recette, par hasard?...

Il se remit à compter sur ses doigts.

— 1° L'inconnue, trois mille livres; 2'' rriadame dÉtampes, cinq cents écus ou quinze cents livres; 3° le roi, trois mille livres; en tout, si je ne me trompe, les sept mille cinq cents livres <^i-rangées, moins la pile passée en frais de vuvage et autres; or, de sept mille cinq cents à dix mille cinq cents... Ah ! j'y suis ! fit-il en bondissant; ce sont les mille écus de ce cafard de duc qui manquent à l'appel, les mille écus qu'il

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m"a promis si je parvenais à le tirer du couvent...

Et aussitôt l'aventurier referma son bahut; puis, rebouclant son ceinturon, reprenant son éternel manteau, et se recoiffant de son feutre, il courut sans perdre une minute à riiôtel d'Étampes, quoiqu'il fût déjà dix heures du soir, et qu'il risquât de se retrouver en face de la duchesse par laquelle il avait été si justement chassé.

Le concierge de l'hôtel, prétendant que sa maîtresse ne recevait plus à cette heure, voulut arrêter notre homme au passage; mais Parpaillasse observa que c'était au maître qu'il avait affaire, et, comme, en même temps, il dégainait à demi, et montrait deux rangées de dents solides, le concierge trouva l'argument sans réplique.

Les appartements particuliers de M. d'Étampes étaient situés au premierétage,etse composaient d'une enfilade de pièces communiquant entre elles par des portières de velours nacarat semé d'étoilesd'or. On arrivait d'abord dans unegrande antichambre ; de Tanlichambre, on passait au salon, et, du salon, on gagnait le boudoir, après lequel venait la chambre à coucher.

Or, si on se le rappelle, c'était dans le boudoir

que, la première fois, Parpaillasse avait rencon- Iré le duc, et il se figurait que c^était encore de ce côté-là qu'il devait le chercher.

11 traversa donc l'antichambre en enfonçant jusqu-à la cheville dans les tapis de fourrureViui recouvraient le parquet, arriva à la portière du salon, qu'il se disposait à traverser également, lorsque, tout à coup, il étouffa un cri de surprise en laissant retomber la portière.

-Diable! murmura-t-il, la duchesse!... Et elle n'est pas seule, il me semble...

Alors, regardant par l'entre-bâillement de la tapisserie :

— Quel est donc ce quidam avec lequel la voilà en téteàléte?... il ne brille pas par h. mine !

La duchesse causait, en effet, avec un personnage qu'on eût pris volontiers pour un coupeur de bourses, tant son costume ou son déguisement prévenait peu en sa faveur.

— Ne craignez rien, lui disait madame d Étamp.es : le duc est bien ici; mais j'ai reçu à temps votre lettre, et il est, pour le moment, hors d'état de nous voir et de nous entendre.

— Êtes-vous bien sûre, madame?

— Venez, vous dis-je; venez, mon cher Pompéran i

El la duchesse, prenant l'étranger par la main, le conduisit jusque dans le boudoir.

— Oh ! oh! pensa Parpaillasse, que veut dire ceci? Le duc est hors d'état de les voir et de les entendre... Diable! il pourrait bien, alors, être également hors d'état de me payer mes mille ccus! L'aurait-on fait trépasser, par hasard?

Pour éclaircir ses doutes, le capitaine traversa à pas de loup le salon et alla se blottir derrière la portière du boudoir.

En écartant légèrement la draperie, il aperçut le duc epdormi près d'un guéridon sur lequel ('talent deux coupes, Tune pleine et Tautre vidée aux trois quarts.

La duchesse lit signe à l'étranger de s'asseoir, et, avançant un fauteuil, s'assit elle-même à côte de lui.

— Vous voyez! fit-elle en montrant le duc, le vin de Malvoisie est le vin qu'il préfère; j'ai versé dans sa coupe un narcotique qui le tiendra endormi jusqu'à demain, à moins de secousse violente.

— Bon ! murmura Parpaillasse, je le secouerai au besoin !

— Voilà qui me rassure, madame, dit celui que la duchesse avait nomme Pompéran; mais ne peut-on vouir n<>ii> surprendre?

Parpaillasse lùclia son coin lic tiraperie, bi s'effaça pruclemirienl.

— Non, répondit madame d'Élampes, je ne reçois plus à celle heure, et mes gens ne dépassent jamais, sans èlre appelés, le seuil de rantichambre.

— C'est fort heureux ! pensa l'aventurier; sans quoi, je risquais d'être pris entre deux feux.

Et il revint à son poste d'observation.

— Je dois vous annoncer d'abord, madame, commença Pompéran à demi-voix, que nous sommes arrivés sans accident en Italie, et que l'empereur Charles-Quint a aussitôt confié à M. le connétable le commandement d'un corps d'armée. Le duc, — qui a accepté ce commandement dans Tespoir de venger ses amis, arrêtés et, comme je viens de l'apprendre, exécutés tous, sauf un seul, par Tordre du roi, — se propose de laisser arriver Bonnivet jusque sous les murs de Milan, pour lui couper ensuite la retraite avec l'aide du comte de Lannoy et du marquis de Pescaire. Mais les forces dont disposent nos alliés sont malheureusement assez reslreintes, et, d'un autre côté, le corps de cavalerie que devait fournir la noblesse de France manquant désormais au connétable, il est nécessaire d'y suppléer sans retard. Nous n'avons là-bas qu'uiie

mauvaise infanterie indisciplinée, à laquelle il faut un appui : autrement, nous pourrions bien couper la retraite à Bonnivet, mais voilà tout... Or, le connétable voudrait, après cette première victoire, être en élat de gagner le Lyonnais, qui confine, comme vous savez, madame, aux anciennes possessions de Son Excellence, et, une fois arrivé là, faire un appel à ses vassaux, puis s'élancer avec eux sur Paris...

— Oui, dit la duchesse, qui ne voyait dans tout cela qu'une vengeance personnelle, .oui, c'est ainsi qu'il en doit être.

— Mordieu ! se dit Parpaillasse, je gagerais J»ien que le roi n'est pas de leur avis!

— Vous avez bien compris le plan, u'esl-ce ])ns, madame la duchesse? demanda Pompéran.

— Très-bien... Conlinuez.

— C'est ici que Texécution ne dépend plus du connétable... Par exemple, il lui faudrait un alïldé en Provence pour agir auprès de ses vassaux... il lui faudrait surtout de Targent pour les gagner, pour les armer.

— De l'argent? dit la duchesse. J'en ai... ou, du moins, j'ai mes diamants, mes bijoux, et le connétable doit savoir qu'ils sont à sa disposition.

La duchesse était d'autant plus âpre à la ven-

gcance, qu'elle attribuait au roi lui-même le retour du duc son époux : depuis que M. d'Élampes était à Paris, elle avait écrit vingt fois à Sa Majesté, et c'était seulement à la suite du vingtième message qu'elle avait reçu, par l'organe du duc de Montmorency, une réponse à ses lettres, réponse dérisoire, plus dédaigneuse encore que le silence, et qui se bornait, comme toujours, à ce simple monosyllabe : « Chut! »

— En effet, madame, reprit Pompéran, Son Excellence comptait que vous pourriez mettre au service de la cause une somme assez considérable. Une partie de cette somme était, dans ses prévisions, destinée à un achat de chevaux qu'il se propose de faire, et je la lui porterais, moimême...

— Bien... quant à l'autre partie?

— Il désirerait que vous la remissiez à la personne chargée d'organiser ses vassaux, et de les tenir prêts à nous recevoir. •

— Et, cette personne, l'a-t-il déjà choisie? vousl'a-t-il nommée?

~ Oui, madame : c'est un de ses amis, qui ne demande pas mieux que de le servir de ses démarches et de sa fortune, au besoin même de son épée : le maréchal Lautrec.

— Lautrec? s'écria vivement la duchesse. Oui,

c'est vrai, vous m'y faites songer, il est Tanii tUi connétable, en même temps que le mien... De plus, le voilà disgracié, retiré dans sa terre de Meudon... Oui, oui, c'est un bon choix!

— Vous voyez donc, madame, reprit Pompéran, — dont le nom a pu rappeler à nos lecteurs cet officier qui accompagnait le connétable dans sa fuite; — vous voyez donc qu'il ne nous est pas impossible de vaincre!

— Non, répliqua la duchesse avec une joie sombre, et j'espère bien vous y aider de tout mon pouvoir...

Alors, elle se leva, ouvrit un meuble, prit un coffret, et, le remeltant à Pompéran :

— Tenez, monsieur, ajouta-t-elle, voici mes bijoux ; c'est tout ce que je puis vous donner en ce moment... Mais, dussé-je vendre le reste de ce que je possède, et engager même la fortune; du duc d'Étampes, je fournirai au maréchal les sommes qui lui seront nécessaires, et nous attendrons le connétable à la frontière du Lyonnais !

— Dieu vous entende, madame ! dit Pompéran en prenant le coffret.

— Mille barbes ! murmura Parpaillasse, voilà, sur ma parole, une étrange découverte!

El, comme l'entretien lui semblail toucher à

— io7 —

son terme, et qu'il ne se souciait point d'être surpris, il lâcha doucement la portière, et s'esquiva sur la pointe du pied.

Arrivé dans la rue :

— Voyons, se dit-il, réflécliissons un peu à ce que je viens d'entendre...

Puis, après quelques minutes de profonde méditation :

— Ma fortune est faite!... s'écria-t-il.

Et, jetant son manteau sur son nez, il alla se blottir dans l'angle d'une maison voisine, sans perdre de vue la porte de l'hôtel d'Étampcs.

Il guettait évidemment la sortie de PompéraU; laquelle ne se fit pas longtemps attendre.

Parpaillasse laissa passer devant lui l'envoyé du connétable, puis, sortant de son coin, se mit à le suivre à distance et en rasant les murs.

Pompéran descendit la rue Saint-Honoré, coupa les rues Saint-Denis et Saint-Martin, s'engagea dans le quartier Sainte-Avoye, et, enlin, déboucha sur la place Fioyale, où, étant arrivé, il leva les yeux en l'air comme un homme qui cherche son gîte.

— Hé ! cria le soudard ; hé !...

Pompéran se retourna, et vit accourir à lui Parpaillasse, qui faisait force gestes, pour indiquer, autant que le permettait la douteuse clarté

iViine lune à son déclin, qu'il avait à lui communiquer des choses de la plus haute importance. L'officier s'arrréla tout inquiet,

— Pardon, dit Parpaillasse dès qu'il Teut rejoint, mais je ne crois pas me tromper... C'est ])ien à M. Pompéran, envoyé de monseigneur le duc de Bourbon, que j'ai l'honneur de parler?

Pompéran tressaillit, et, débarrassant sa main droite, qui tenait le coffret de la duchesse, il la porta vivement à sa poitrine comme pour y saisir une arme.

— Oh ! monsieur, se hâta d'ajouter Parpaillasse, qui avait vu et compris le mouvement, ne vous défiez pas de moi : je vous suis dépêché par madame d'Etampes.

— Par madame d'Etampes?

— Elle-même.

— Comment se peut-il?...

— Veuillez, d'abord, me dire, monsieur, si vous êtes bien l'envoyé du connétable.

— Chut!... fit Pompéran.

— Ainsi je ne me trompe pas?

— Non, monsieur,.. Qu'y a-t-il?

— Il y a que madame la duchesse vous prie de me remettre ce coffret, et de quitter Paris à 1 instant même.

— Vous remettre ce coffret... quitter Paris... cl pourquoi, s'il vous plaît?

— Mon Dieu, monsieur, appelons les choses par leur nom, vous voyez en moi ce qu'on appelle vulgairement un traître, c'est-à-dire que je suis au service du roi, et que je trahis Sa Majesté en mettant madame la duchesse au courant de tout ce qui se passe au Louvre...

Les deux hommes se saluèrent.

— Or, poursuivit l'aventurier, au moment où vous sortiez de Thôtel d'Étampes, j'y arrivais, moi, pour annoncer à la duchesse que M. le grand prévôt était instruit de votre présence à Paris...

- Pompéran lit un bond d'effroi qui le rejeta à cinq pas de son interlocuteur.

Celui-ci continua :

— Et qu'il avait mis à votre recherche nonseulement toute sa police, mais encore des agents officieux, des inili-vidusqui vous connaissent parfaitement, d'anciens amis à vous. ^ladame la duchesse, dans la confiance dont elle m'honore, a bien voulu me dire qu'elle venait justement de vous recevoir, et même de vous donner tous ses bijoux, afin que le connétable pût acheter les chevaux qui li\i sont nécessaires pour couper la retraite à l'amiral Bonnivet, envahir le Lyonnais, soulever la Provence, et marcher sur Paris...

A ces détails d'une précision faite pour con-

— itUi —

vaincre les i)lus iiierédiiles, Pompéran, qui savait madame d'Ëfampes incapable de confier un secret de celle imporlance à quelqu'un dont elle n'eût pas été parfaitement sûre, ne douta point que Taventurier ne fiil,»en effet, envoyé par elle.

— Puis, continua Parpaillasse, comme on vous apercevait encore dans la rue. madame la duchesse me dit : « Vous voyez bien, là-bas, cet homme?... Gesl lui, Pompéran, déguisé en colporteur... suivez-le jusqu'à ce qu'il soit arrivé dans une rue solitaire où l'on ne puisse vous observer l'un et Tautre... Alors, [abordez-le, redemandez-lui mon coffret, et dites-lui qu'il parte, qu'il fuie sans perdre une minute... Je me charge du reste. »

— Mais pourquoi lui rendre ce coffret? demanda Pompéran.

— Eh ! monsieur, si l'on vous arrêtait, et qu'il fût trouvé dans vos mains, les bijoux seraient aisément reconnus, et madame la duchesse, déjà compromise par le comte de Poitiers, ne pourrait plus nier sa culpabilité!

— C'est vrai, vous avez raison..., dit Pompéran hésitant cependant encore à se dessaisir du coffret.

— Maintenant, monsieur, ajouta Taventurier comme s'il tenait déjà lonjot de sa convoitise, il

s'agit de vous sauver au plus vite, d'aller tout droit, s'il est possible, rejoindre M. le connélable, auquel vous voudrez bien dire, de la part de madame la duchesse, qu'il tjîche de s'arranger au dehors, tandis qu'elle va préparer le dedans avec le maréchal Lautrec...

A ce nouveau détail, Tofficier n'hésita plus.

— Tenez, monsieur, dit-il en tendant le cot- IVet àarpaillasse.

i:t, pendant que celui-ci prenait la boite et la mettait sous son bras avec un ^lir d'indifférence dénotant le grand comédien :

— Mais, ajouta-t'il, comment sortir de Paris, â cette heure?

— Venez, monsieur, suivez-moi ! répondit le soudard; sous l'égide d'un capitaine des gardes de Sa Majesté vous n'avez rien à craindre !

E-t, traversant la place, il gagna la porte Saint- Antoine, demanda roftîcierduposte, et fit donner il son compagnon la clef des champs, en lui jurant, foi de gentilhomme, qu'il l'échappait belle!

Après quoi, Parpaillasse, riant dans sa barbe, Si' hâta de retourner à son auberge, mais, au lieu de se mettre, camme on eût pu le croire, à examiner le contenu du coffret, aussitôt rentré t liez lui, il rouvrit son bahut, y inséra précieu- -^«'ment la boîtf; referma le «•om|)artinH.'nt qu'il

avait ouvert, puis avala coup sur coup quatre ou cinq verres d'eau-de-vie, et sortit de" nouveau en se disant :

— Allons, maùitenant, éveiller M. le duc... Il doit avoir assez dormi, et je ne le tiens pas quitte de mes mille écus!

Deux heures du matin sonnaient à Notre- Dame.

Le Secret du Diable.

Nous croyons avoir dit quelque part que le capitaine Parpaiilasse avait de grandes jambes. Or, grâce à la longueur de ce double appendice, il n'était pas sorti depuis plus d'un quarld'heure de l'auberge du Singe-Boiteux, que déjà il entamait des pourparlers avec les gens de l'hôtel dËtampes par l'organe du marteau de bronze de la porte.

Le concierge avait bien entendu tout d'abord, vu que Parpaiilasse n'y allait pns de main

morte; mais, réveillé dans son premier som^ meil, il s'était conteiité de geindre et de se reluurner de Toreille droite sur Toreille gauche, espérant que le tapageur céderait de guerre lasse cl linirait par passer son cliemin. Cependani, nux coups de plus en plus violents et multiplies, il compril bientôt que la patience ne lui donnel'ait point raison de ce bruit intempestif, etqu"il L'tait de son devoir de le faire cesser d'une manière ou d'une autre.

Le brave honmie se leva donc, alluma une petite lampe, et, allant ouvrir un guichet pratiqué daiis le panneau supérieur de la porte :

— Qui ètes-vous? demanda-t-U en grognant ;iii visiteur.

— Eh : cest moi, mordieu! répondit Taventurier en dessinant dans lencadrement du guichet cette figure que la glorieuse estafdade dont elle était ornée rendait si facile à rçconnailre.

— On dort! répondit brusquement le concierge en collant le guichet à la face du soudard.

— Ah: on dort?... dit Parpaillasse. Eh bien, attendez, mordieu ! je vais vous reveiller, moi !

Et, saisissant le marteau à deux mains, il se remit à frapper avec une énergie de cyclope.

Madame d'Étampes, que les premiers coups do ce vacîirme avuienl réveillée, et qui, croyant

que le roi venait à résipiscence, s'élait hâtée de passer un peignoir, ouvrit sa fenêtre, et demanda au concierge quelle était la cause de tout ce bruit.

Le cerhère voulut bien, alors, rouvrir le guichet, et demander à Parpaillasse ce qui ramenait à cette heure indue.

— Le service de madame la duchesse! répondit intrépidement l'aventurier.

En reconnaissant cette voix, madame d'Étampes ouvrit la bouche pour ordonner de ne pas ouvrir; mais, avant qu'elle eût eu le temps de faire cette recommandation :

— Envoyé de M. Pompéran, ajouta la voix.

— Grand Dieu! se dit la duchesse en frissonnant. Qu'est-il arrivé?

Puis, tout haut :

— Ouvrez ! cria-t-elle, ouvrez !

Parpaillasse passa comme un vainqueur devant le concierge, enjamba la cour, et escalada les escaliers.

-Madame la duchesse...,dit-il en saluant avec une politesse exagérée.

— Eh bien, monsieur?... demanda le jeune femme tout inquiète.

— Je voudrais avoir l'honneur de causer un instant avec vous, madame.

DU-^K UL POmER>. T. 2, H

— A celte heure, monsieur?

— A cette heure, madame... J'ai des choses de la dernière importance à vous communiquer.

— A moi personnellement?

— Oui, madame la duchesse... A moins que vous ne préfériez que je les communique à M. le due.

— A M. le duc?

— Comme il vous plaira, madame.

— Mais ne parliez-vous pas de M. Pompéran?

— En effet j'e parlais de M. Pompéran, qui est sorti de votre hôtel, il y a deux heures et demie, je crois.

~ Alors, monsieur, repartit la duchesse en pâlissant, la communication dont vous dites être chargé ne concerne que moi, et le duc n'a rien à y voir.

— C'est ce que je pensais aussi, madame, puisque c'est vous que j'ai demandée, et non M. le duc... qui dort, du reste, et qu'on aurait peut-être quelque peine à réveiller...

L'intention que le capitaine avait mise dans ces dernières paroles fit involontairement frémir la duchesse.

Elle engagea, cependant, Parpa illasse à la suivre au salon.

Quand ils furent arrivés là :

— iC7 —

— Mon Dieu, madame, dit le soudard, je remarque que ce salon a plusieurs portes, et, si les murs ont des oreilles, les portes ont ù la fois des oreilles et des yeux... Nous serions plus en sûreté dans votre boudoir...

— Mais, monsieur...

— Ah! oui, je comprends : c'est là qu'est le duc, n'est-ce pas?... Mais bah ! il dort si bien, que nous n'avons pas à craindre qu'il nous entende.

Et l'aventurier passa délibérément dans le boudoir, où la duchesse le suivit avec une vague terre' ir.

Le duc était toujours là, en effet, couché sur son divan, et dormant à poings fermés.

Parpaillasse le regarda en hochant la tête.

— Pauvre cher homme! dit-il, et c'est le vin de Malvoisie qui Ta mis dans un pareil état!,.. Il faut que ce vin ait une vertu bien .. soporifique!...

Et il se tourna en ricanant du côté de la duchesse.

— Ah! dit celle-ci avec une véritable épouvante, ou Pompéran est un traître, ou vous êtes le démon î

Elle se sentait déjà sous la main de cet homme.

— Xi l'un ni Paulre, madame, répondit Parpaillasse : vous calomniez M. Pompéran, et vous flattez trop votre serviteur.

Ce disant, il s'étendit sur un fauteuil, laissant madame d'Étampes s'accommoder comme elle le voudrait pourTécouter patiemment.

— Cependant, reprit-il d'un ton sarcastlque, si je ne suis pas le diable, je suis au moins son protégé; il est plein de bontés pour moi, madame... à telles enseignes que, iautre nuit encore, il est venu s'asseoir à mon ctievet, et m'a dit à l'oreille : « Clier ami, madame d'Étampes ne vous a-t-elle pas, l'autre jour, jeté à la figure une bourse de cinq cents écus"^ » Avouer le fait était humiliant pour moi; mais, avec le diable, il n'y a pas à nier, et je répondis affirmativement, a Eh bien, poursuivit mon protecteur, L'coutez un peu la contidence que j'ai à vous faire, et non-seulement votre vengeance, mais encore voire fortune est assurée! » Vous devinez, madame, quel intérêt je pris à la question?..

La duchesse écoutait sans essayer d'interrompre, pressentant que, sous cette plaisanterie sinistre, se cachait une effroyable réalité.

En effet, Parpaillasse , continuant son apologue , se mit à raconter avec force détails

comme quoi le diable lui avait révélé tout ce qui devait se passer le lendemain au soir, à dix heures, entre madame d'Étampes et M. Pomporan, tout, depuis l'arrivée de celui-ci jusquM la remise par la duchesse du coffret de bijoux.

La pauvre femme, en voyant son secret à la merci de ce soudard, poussa un soupir de rage, et déchira de ses ongles les coussins de soie du divan.

Puis, comme l'aventurier, dans son animation, parlait des plans du connétable, de l'invasion du Lyonnais, du soulèvement de la Provence, et de la coopération de Lautrec, sur un ton de voix qui devenait compromettant ;

— Ah! taisez-vous, monsieur! s'écria la duchesse d'un air égaré; taisez-vous, je vous en supplie !

— Au fait, madame, dit l'aventurier, j'oublie que vous connaissez celte histoire aussi bien qu'elle peut être connue de moi et du diable... Qu'il vous suffise donc de savoir que j'étais à la porte de votre hôtel à dix heures, au moment où M. Pompéran y est entré; qu'à onze heures, je l'en ai vu sortir avec son coffret, et qu'à quelque distance d'ici, je les ai arrêtés, l'un portant l'autre...

— Après, monsieur? après' demanda la duclicsse avcp angoisse.

— Dame ! après, j'ai agi le moins sotlement possible : je les ai mis tous les deux en lieu sûr. . . particulièrement le coffret. Et je viens vous demander quel prix vous pouvez mettre à leur rançon.

Madame d'Étampes était atterrée.

— Tout ce que vous voudrez! répondit-elle sans trop savoir ce qu'elle disait.

— Olil ce n'est pas assez, madame, répliqua Parpaillasse; j'y ai déjà été pris... Faisons plutôt nos conditions.

— Faites-les vous-même, monsieur.

— Bon !.,. Je vous prierai, d'abord, madame, de me compter mille écus... C'est un chiffre qui me porte bonheur depuis quelque temps.

Madame d'Étampes se leva toute chancelante, et alla chercher la somme, qu'elle eut soin, cette fois, de ne plus jeter à la figure du capilaine, mais qu'elle lui présenta aussi poliment que possible.

Parpaillasse prit la bourse en faisant une révérence.

— Ensuite, ajouta-t-il, et ce sera tout, car je ne veux pas être exigeant, je vous demanderai de vouloir bien me compter, chaque année, à la même date, une pareille sommede mille écus, à titre de î)ension.

— Soit, je m'y engage.

— Dès lors, madame, nous sommes quittes... Mais, comme vous pourriez oublier celte promesse, il est bon que vous sachiez une chose : c'est que, la première fois que la pension se fera attendre, j'irai vendre à Sa Majesté le secret du diable !

— Bien, monsieur... Mais qui m'assure, moi, qu'en retour de l'engagement que je viens de prendre, vous relâcherez M. Pompéran, et me remettrez mes bijoux?

— Ma parole, madame! répondit superbement l'aventurier.

La duchesse soupira : il était évident que celte garantie ne la tranquillisait guère; mais il lui fallut bien s'en contenter.

— Ah! j'oubliais! reprit Parpaillasse, il y a encore un autre cas où je ne me ferais point scrupule de tout dire au roi ..

— Lequel?

— Celui où vous décideriez le maréchal Lau- Irec à prêter son appui au connétable.

Il importait fort pau à l'aventurier que la France fût mise à feu et à sang par monseigneur le duc de Bourbon ; mais ce qui lui importait beaucoup, c'était que Lautrec, par lequel il avait été si bien reçu en Italie, ne fût pas l'un

des héros d'une conspiration qui avait chance de réussir. D'un autre côté, il avait ses raisons pour qu'on le crût dévoué aux intérêts du roi.

— C'est entendu, madame? demanda-t-il.

— Oui...

— Vous laisserez le connétable s'arranger à sa guise, et ne vous occuperez plus de ses affaires.

— Je vous le promets, monsieur.

— Très-bien... vous pouvez, maintenant, vous retirer.

— Plait-il? fit la duchesse dont la fierté se révolta malgré elle.

— J'ai dit que vous pouviez vous retirer, attendu que je ne voudrais pas vous déranger plus longtemps.

— Mais... vous restez donc ici?

— Oh! quelques minutes seulement... le temps de produire la secousse que vous savez.

Et il désigna le duc.

— Quoi! vous allez lui dire...?

— Allons donc!... J'ai un petit compte à régler avec lui. et je veux en finir cette nuit même.

— Un compte?

— Oui, madame... Du reste, pour peu que vous doutiez de ma véracité, vous êtes libre de demeurer à portée de la voix.

La duchesse sortit du boudoir, c'est-à-dire entra dans sa chambre à coucher; mais, avec la permission du soudard, elle resta debout, près de la portière.

Alors, Parpaillasse prit le duc par la tête et les jambes, l'éleva de ses bras d'athlète jusqu'à la hauteur de son visage, puis le laissa retomber tout à coup de cette hauleur sur le divan, qui tu rebondir le malheureux comme s'il était tombé sur un tremplin.

— Aïe!... cria le duc, réveillé et, en même temps, disloqué par la chute.

Puis il ouvrit autant que possible ses petits yeux ronds, et se mit à regarder autour de lui avec un effroi si comique, que l'aventurier éclata de rire.

— Que signifie cela? dit le duc en se frottant les yeux du revers de sa main. Vous vous permettez de rire, il me semble !

— Eh! qui ne rirait pas à vous voir!... Comment! malheureux, il me prend un remords do conscience, je vais vous tirer du couvent, pour que vous reveniez ici protéger madanie la duchesse... et vous passez vos nuits sur un divan!... Ah!

Le duc se leva en titubant, essaya de faire un pas, mais retomba lourdement sur les coussins.

— C'est singulier! dit-il; je n'y vois plus... ma tête tourne!

— Vous êtes ivre, mon cher! ricana Parpailhsse.

— Je n'ai pourtant bu qu'une demi-bouteille de ce vin de Malvoisie...

— C'est que vous étiez mal disposé, alors... Mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Si vous n'avez plus toute votre raison, avez-vous encore un peu de mémoire, au moins?

— Que voulez-vous me rappeler?

— Mes mille écus.

— Vos mille écus?

— Oui, les mille écus que vous me devez sur parole.

~ Bah !

— Pour vous avoir délivré.

— Délivré?...

— Sans doute... Voyons, voyons, réveillezvous !

— Ah! j'ai la tête lourde... et vous pourriez bien avoir raison : je crois que je suis ivre...

En balbutiant ces paroles, le duc essaya une seconde fois de se lever et de marcher; mais, après avoir fait une pirouette, il retomba de nouveau sur le divan en se disant à part lui :

— Plus souvent que je te payerai ces mille écus!...

Puis, il ferma les yeux, et se mit à ronfler.

Parpaillasse parut comprendre qu'il ne tirerait rien de bon de son ami, et, se dirigeant vers la chambre à coucher :

— Ètes-Yous là, madame? deraanda-t-il.

— Ah: monsieur! s'écria la duchesse en l'arrêtant sur le seuil de la porte.

— Oh! ne craignez rien, madame!... Je voulais tout simplement vous dire que ma pejjte pension ne prendrait cours qu'à dater de demain.

— Je ne compreiids pas.

— Comment! vous ne comprenez pas que M. le duc me doit mille écus?

— Si, monsieur; mais c'est tout.

—Eh bien, madame, comme j'aime mieux être votre créancier que le sien, ces mille écus sont ceux que vous venez de me donner. . . Quan t aux vôtres, qui constituent les premiers arrérages de ma pension, vous voudrez bien me les faire compter demain, avant midi, à rhôtellerie du Singe-Boiteux, près du pont Notre-Dame.

Et, comme la duchesse faisait un mouvement de rage impuissante :

— Voilà qui est entendu, madame, 'ajouta-t-il. A cette dernière condition , vous avez ma parole.

Sur quoi, il salua madame d'Étampes avec toute la courtoisie dont il était susceptible, sortit de l'hôtel en homme qui en connaît déjà les êtres, et reprit le chemin du pont Notre-Dame.

Aucun cabaret n'étant plus ouvert à cette heure, rien ne vint le distraire de la conversalion qu"il eut, en route, avec sa conscience, touchant les dogmes de la religion du serment, et la foi due à la parole jurée.

Nous verrons, en temps et lieu, quel fut le résultat de cette conversation mentale, qui atteignait sa conclusion juste au moment où notre homme arrivait devant l'auberge du Singe-Boiteux.

îl>- DL DEUXIEME VOLLMB.

MUSFUxM LlTTÉRALiE.

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A partir du 1^' Janvier iSoo, les conditions d'abonnement au Muséum Littéhaire sont ainsi établies :

L'abonnement d'une série, coiuposée de dix volumes de nouveautés à paraître ou ayant déjà paru, est de CINQ francs pour les dix volumes.

Les Abonnés qui désirent ne recevoir que des ouvrages terminés et compjets doivent le spécifier et indiquer à l'avance, d'apri's notre catalogue, les ouvrages qui doivent iemplacer les nouveautés en cours de publication.

La lOoe Série et suivantes se composeront de :

\. ^Ilaiirage. ROYALES AmOIRS :

» Madrmetle Chàteaubrianl, ." vol (n, \ ;. ,

» La (l'iehesse d'Etampes, 3 ■

0 Diane de Poiiiers, 3 vol.

La Belle G;ibriellf, a* vol, fin de la l^' pnrii.

« »5 2« partie.

Les Confes.-ions d'une joii-» finiinn, -2 vol. Souvenirs de 1856.

» Mémoires d'.Uex. Dumas, 27. HH.tQ ei 50 vol

J. I^eltègllC .%U<fUetil. M. Benoit, fin. Léon (i^ozlau. Aventures du prince de Galles, fin. Engèue .^iie. Mysti-res du peuple, fin.

Lu Chambre étoilée, 3 \oi.

La Fille d honneur, 2 vol.

Les .\mours de Vénus, 4 vo' Le Cliàtean des Faniùmes.

Brelan de Dames.

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