‹ Diane ...: drame en cinq actes en versChapitre 3 sur 87 · MÉMOIRES DU CARDINAL DE RETZ · texte numérisé non relu

MÉMOIRES DU CARDINAL DE RETZ

VRBMliRE PARTIE.

II. le car(}iDal de Eichelieu devoit tenir sur les fonts Mademoiselle (de MoQlpensier) qui, comme vous pouvez Juger, étoit baptisée il y âvoit longtemps; maisJles cérémonies dM baptême n'avoient pas élé faites. Il devoil venir pour cet effet au Dôme (les Tuileries ), où Mademoiselle logeoit, et le bap< téme se devoit faire dans sa chapelle. La proposition de la Hocbepot fut de continuer de faire voir à Monsieur, à tous les moments du jour, la nécessité de se défaire du cardinal ; de lui parler moins qu'à Vordinaire du détail de Taclion, aûn d'en moins hasarder le secret; de se contenter de Fen entretenir en général et pour Ty accoutumer et pour lai pouvoir dire en temps et lieu qu'on ne la lui avoit point celée; que Ton avoit plusieurs expériences qu'il ne pouvoit lui-même êlre servi qu'en cqlte manière ; qu'il Tavoit lui-même avoué à lui la Rochepot ; qu'il n*y avoit donc qu'à s'associer de braves gens qui fusseQt capables d'une action déterminée ; qu'à poster des relais sous le prétexte d'uo enlèvement sur le cbe* min de Sedan ; qu'à exécuter la chose au nom de Monsieur et en sa présence, dans la chapelle, le jour de la cérémonie ; que Monsieur l'avoueroit de tout son cœur dè^ qu'elle seroit exécutée, et que nous les mènerions de ce pas sur nos relais à Sedan, dans un intervalle où rabattement des sous-ministres, joint à la joie que le roi auroit d'être délivré de son tyran, auroit laissé la cour en état de songer plutôt à le rechercher qu'à le poursuivre. Voilà la vue de la Rochepot , qui n'étoit

nnllement impraticable, et je le sentis par TefTet que la possibilité prochaine fit dans mon esprit, tout différent de celai que la simple spéculation y avoit produit.

J*avois bl&mé peut-être cent fois avec la Hochepot rinaciion de Monsieur et celle de M. le comte à Amiens. Aussitôt que je me vis sur le point de la pratique, c'est-à-dire sur le point de Texécution de la même action dont j'avols réveillé moimême ridée dans Tesprit de la Hochepot, je sentis je ne sais quoi qui pouvoit être une peur. Je le pris pour un scrupule. Je ne sais si je me trompai; mais enlin Timagination d'un assassinat d*un prêtre, d'un cardinal, me vint àVesprit. La Hochepot se moqua de moi, et il me dit ces propres paroles : « Quand vous êtes à la guerre, vous n'enlèveriez point de quartier de peur d'assassiner des gens endormis. » J'eus honte de ma réflexion; j'embrassai le crime qui me parut consacré par de grands exemples, justifié et honoré par le grand péril. Nous primes et nous concert&mes notre résolution. J'engageai dès le soir Launoy, que vous voyez à la cour sous le nom du marquis de Pienne. La Hochepot s'assura de la Frêle, du marquis de Boisy, de d*Estourville, qu'il savoit être attachés à Monsieur et enragés contre le cardinal. Nous flmes nos préparatifs. L'exécution éloit sûre, le péril étoit grand pour nous; mais nous pouvions raisonnablement espérer d*en sortir, parce que la garde de Monsieur, qui étoit dans- le logis, nous eût infailliblement soutenus contre celle du cardinal qui ne pouvoit être qu'à la porte. La fortune, plus forte que la garde, le tira de ce pas, il tomba malade, ou lui ou Mademoiselle, je ne m'en ressouviens pas précisément. La cérémonie fut différée : il n*y eut point d'occasion. Monsieur s'en retourna à Blois, et le marquis de Boisy nous déclara qu'il ne nous déoouvriroit jamais; mais qu'il ne pouvoit plus être de 'cet te partie, parce qu'il venoit de recevoir je ne^sais quelle grâce de M. le cardinal.

DIANE

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