‹ Dictionaire abrégé des sciences médicalesChapitre 1 sur 101 · Dictionaire abrégé des sciences médicales · texte numérisé non relu

Dictionaire abrégé des sciences médicales

RÉACTIF , s. m. ; nom donné par les chimistes à loul agent dout ils se servent pour analyser les corps cl reconnaître les principes qui les couslilucnt. Ou le réserve néanmoins , d'une manière spéciale, pour désigner certaines substances dont les effets étant bien connus, constans et comparatifs, suffisent • pour indiquer la présence de tel ou tel corps élémentaire dans un composé quelconque.

RECHUTE, s. f. , morbi reapparitio; retour d'uue maladie pendant la convalescence. Les causes de la rechute so'il les lenouvellcmens ou la continuation de celles de la maladie, un retour trop hâtif vers le régime de la santé, une vive affection de l'âme, l'exposition au froid ou à une vive chaleur, a l'air libre, l'administration prématurée d'un purgatif, d'un touîque. On la reconnaît au malaise dont le sujet se plaint tout à coup, au frisson qui se fait souvent sentir, enfin au renouvellement des symptômes qui avaient disparu, ou à la manifestation de quelques autres, dépendant de ce que la maladie, en se reproduisant, s'étend à quelque autre organe que celui qui était auparavant lésé. On pourrait la distinguer en rechute locale , c£ serait celle qui a lieu par le renouvellement de l'inflammation, par exemple, dans l'organe primitivement affecte, et rechute sympathique, celle qui a lieu par le renouvellement de l'inflammation dans un organe autre que celui qui était primitivement affecté : cette dernière est un des cas Auxquels on a donné le nom de deute'ropathie.

Il est aisé de voir que, pour prévenir les rechutes, il faut

a • ' : : RÉCTt'Sl

faire compfrlcmcnt*ccl«Cr lès èaus£s de ra'maiadie; combattre avec énergie la maladie, afin qu'elle laisse le inoins possible d'irritation à sa suite dans l'organe qui à été malade et dans ses congénères ; écarter avec soin toute cause morbifïque qui se présente dans îe cours de la convalescence ; recommander surtout d'éviter toute émotion morale, lie jamais se liâicr de prescrire le purgatif conseillé par la routine humoriste, et réclamé par l'ignorance des malades; se garder de recourir trop tôt à des toniques, qui produisent si souvent la faiblesse que l'on veut éviter, ou qui augmentent celle que l'on désire voir diminuer; prolonger le régime de la convalescence aussi longtemps que. poisiblc , et ne laisser revenir le malade à son régime haLltuel que*|iar degrés insensibles, en ayant soin de le ycnieuio* à la drete' aïkmoindre malaise susceptible de faire •cY^jftdrc la ^e,çjiu4e ^ ne\ permettre au sujet de se mettre à ht I ieàêt^, dé^o^ilY voiture, de marcher, d'aller s'exposer r^ais, au soleil £\ a ud airpque peu à peu, et autant que "Tom porte.

%)L%*. Ï., retour d'une maladie dans le cours de l'état de santé qui avait succédé à la convalescence.

RECIPIENT, s. m., receplaeulum. On appelle ainsi, en chimie, tout vase qu'on adapte au ciel d'une cornue, d'un •matras ou d'un alambic, pour recueillir les produits liquides on gazeux de la distillation; en physique, la cloche de verre qu'on dispose sur la platfrie de la machine pneumatique, et qui seit a renfermer les corps qu'on veut soumettre à l'épreuve de la raréfaction de l'air ou du vide.

RECRUDESCENCE, s. f.; terme employé depuis peu daHs le langage médical, et dont on se sert pour désigner le passage ou le retour subit d'une irritation chronique a l'état aigu.

La récrudescence diffère de la deutéropalhie parce qu'elle est caractérisée par le développement subit d'un caractère plus grave et plus aigu dans une affection qui persistait après s'être affaiblie peu a peu, au lieu de l'être par l'apparition d'une lésion autre que celle qui existait précédemment. Elle diffère aussi ^le la rechute , en ce qu'il n'y a pas, comme dans celle-ci y reproduction d'une lésion qui avait cessé, mais seulement exaspération d'une maladie qui existait encore, et dont les phénomènes étaient peu apparens.

RECTIFICATION, s. f. , rectificalio ; opération chimique ou pharmaceutique qui consiste à soumettre un liquide a la distillation pour le débarrasser* des substances étrangères avec lesquelles il peut être mêlé, et qui se volatilisent Ou restent dans la cornue, suivant qu'elles sont plus ou moins volatiles que lui.

RECTUM, s. m., rectum; dernière portion du gros intestin, celle qui s'ouvre au dehors par l'anus.

Le rectum commence a l'extrémité inférieure ou colon, s'attache à la moitié gauche de la (ace antérieure du saciuni, dans une petite étendue de son extrémité supérieure, par un court repli du péritoine qu'on appelle mésorecltfm, et dans le reste par du tissu cellulaire tout simplement, 6e dirige de gauche à droite et de haut en bas, tant qu'il se trouve cuve-, loppé par le péritoine, et ne commence à descendic en ligne droite que quand cette membrane l'abandonne. • Si on le considère dans sa totalité, on trouve qu'il s'étend du détroit supéiicur du bassin à l'anus. Dirigé d'abord un peu obliquement de gauche à droite, il se courbe, vers la partie inférieure de l'excavation pelvienne , pour se porter, d'arrière en avant, sous la vessie, jusqu'au niveau de la prostate, au dessous de laquelle une nouvelle courbure le dirige de haut en bas et un peu d'avant en arrière. On peut donc, ainsi que l'a très-bien ditSanson, à qirf on en doit une description plus exacte que celle de ses prédécesseurs, on peut le considérer comme formé de trois parties séparées par ces deux courbures, et distinctes l'une de l'autre par leur situation, leur structure, la nature et l'importance de leuis connexions. La première, ou supérieure, dirigée de haut en bas, cl un peu obliquement de gauche à droite, est étendue depuis la fin de l'S du colon jusqu'à l'endroit où l'intestin se dégnge de son enveloppe péritonéale, et se courbe pour se porter au dessous de la vessie. Elle constitue plus de la moitié de sa longueur. Llle est flexueuse, libre, lisse, revêtue par le péritoine, et fixée, d'une manière lâche, a la paroi postérieure de l'excavation du petit bassin, par un repli de cette membrane. La seconde, ou moyenne, comprise entie les deux courbures, a environ trois pouces de long. Sa direction est oblique de haut en bas et d'arrière en avant. Légèrement courbée dans le même sens, elle est fixe, immobile, et correspond constamment en arrière h la partie inférieure du sacrum , au coccyx cl au plancher formé par les muscles ischio-coccygiens; en avant, au basfond de la vessie, dont elle est séparée, en dehors et en ba!»?

Î>ar les vésicules séminales et les'çonduils déférons, et plus inericurement par la prostate; enfin,, sur les cotés, h un «issu cellulaire abondant. 'Sa structure et son organisation diffeient de celles de la portion supérieure, en ce qu'elle est entièrement dépourvue de péritoine, si ce n'est quelquefois à la partie la plus élevée de sa face antérieure, dans le cas de rétraction considérable de Ja vessie, en ce -que sa tunique musçjileuse est beaucoup plus épaisse et formée de fibres longitudinales beaucoup plus fortes et fljus nombreuses, et ou ce qu'elle est environnée de toutes parts d'un tissu ccjjqlaiie , serré seulement au dessous de la prostate, lâche et fort abon-

dant dans tout le reste de la circonférence de l'intestin. Enfin la portion inférieure de ce dernier commence au dessous et au niveau dp la prostate, et finit h l'anus. Sa longueur varie depuis un pouce jusqu'à un pouce et demi. Elle est plus large eu haut qu'en bas. Sa direction est oblique de haut en bas, et un peu d'avaul en arrière. Fies de son origine, elle est environnée de tous côte» par un tissu cellulaire abondant, excepté en devant, où elle correspond à la prostate; dans tout le reste de son étendue, elle est enveloppée par les sphinc- I ters. Sa structure est fort différente de celle des deux autres portions. En effet, lorsque le rectum , arrivé sous la prostate, s'est courbé pour la seconde fois, sa tunique charnue, très-épaisse, et a fibres longitudinales Ires-nombreuses, se termine brusquement ; la musculeuse seule s'avance jusqu'à la peau, environnée de fibres rqusculaires circulaires appartenant aux sphincters, qui forment, par leur assemblage, une espèce d'anneau beaucoup plus mince à son origine que du côté de la peau , où il devient plus épais, et où il donne naissance à deux prolongement en forme de queues, dont l'antérieur, plus long, se dirige vers le bulbe de l'urètre, et se confond là avec le bulbo caverneux, tandis que-.le postérieur se porte vers le coccj'x. Revêtu à son intérieur par la fin de la tunique muqueuse de l'intestin, et uni en avant et eu haut à la prostate , cet anneau musculcux correspond de toutes parts à un tissu cellulaire très- abondant et graisseux.

Ainsi la portion supérieure du rectum est mobile, et revêtue par le péritoine, tandis que la moyenne et l'inférieure, formant ensemble une longueur de quatre pouces au moins, environnées de tous côtés par un tissu cellulaire abondant, sonl fines et dépourvues d'enveloppe péritonéale.

Celte disposition anatomique est fort importante à connaître pour l'exécution de la taille par la méthode de Sanson.

Le rectum présente cependant des anomalies. Quelquefois, il descend dans le bassin, non pas sur le côté gauche du sacrum, mais sur le côté droit. Dans un cas de celte espèce, qui a été observé par Mcckel , la grande courbure gauche inférieure, ou PS du colon, s'avançait beaucoup vers la droite, s'unissait étroitement à sa partie moyenne avec le commencement du colon ascendant, et se trouyait fixée de cette manière au côté droit. Sa portion ascendante et sa portion descendante étaient également adhérentes, mais elles s'e'carlaient un peu l'une de l'autre inféricurement. Au dessous de ce point , ïc commencement de la courbure et celui du rectum étaient unis aussi par un repli û\i péritoine, d'où résultait un enfoncement considérable, qui aurait pu facilement recevoir une portion de l'intestin grêle longue de quelques pouces, et donner ainsi naissance à une hernie interne.

Outre les particularités indiquées précédemment, le rec tum diffère encore du reste de fiulestin grêle, eu ce qu'il est presque toujours beaucoup plus large, que le péritoine ne forme pa3 d'appendices épiploïques a sa sut face, que ses fibies musculaires sont beaucoup plds fortes, que la couche longitudinale l'entoure de toutes parts, enfin que la membrane interne est également lisse et parsemée de glandes muciparei simples, mais que ces glandes soul plus petites et moins abondantes.

Le rectum est spécialement chargé de l'expulsion des matières fécales. Lorsque celles-ci se sont accumulées en certaine quantité, il se développe en lui une sensation particulière qui annonce le besoin de les rejeter au dehors. Lu ne me temps * la membrane musculeuse du rectum entre en contraction, cl comprime la matière qui, refoulée contre le sphincter de l'a-, nus, surmonte la résistance de cet anneau, le force a s'ouvrir, et tombe alors par le seul fait de sa pesanteur. 11 y a d'abord action des fibres circulaires de l'intestin, qui se contractent successivement dcjiaut en bas, puis action des libres longitudinales, 'qui tendent à raccourcir le rectum , et àdiminuer l'espace que la masse de matière doit parcourir. A ces deux phénomènes, se joignent, comme moyens coopérateurs, l'occlusion de la glossc et la contraction des puissances inspiratrices, qui refoulent les viscères abdominaux vers le bassin , et contribuent ainsi h exprimer le contenu du rectam. Le muscle releveur de l'anus agit également pour ramener cet intestin en avant, et effacer la courbure au moyen de laquelle il se loge dans la concavité du sacrum. D'un autre côté, le muscle transverse du périne'e#le comprime aussi un peu en avant et en bas- Tous ces efforts réunis contribuent à vaincre la résistance du sphindfer, en supposant que la volonté ne concoure pas un peu a relâcher ce muscle d'une manière directe.

Les plaies du rectum sont peu fréquentes, a raison de la situation profonde de cet intestin , et de la proie ci ion au'il reçoit des os qui forment la cavité pelvienne. Cependant on possède plusieurs observations de lésions de ce genre, a la suite de. coups de feu dirigés vers la région hypogastrique ou les fesses. Lorsque la vessie est atteinte en même temps que le rectum, la sortie de l'urine et du sang par l'anus ne permet pas de méconnaître la nature de ia plaie. Le diagnostic est quelquefois plus obscur , dans les cas où l'intestin seul est blessé, parce que la division peut ne fournie aucune hémorragie. Si la blessure existe au dessous du repli pérjtonéal, placé * entre le rectum et la vessie, le .sujet n'est exposé qu'aux infiltrations slercorale5 dans le tissu cellulaire du bassin, et la plaie n'est presque jamais mortelle; mais, lorsque l'intestin se trouve

percé plus haut, l'épanchement des matières qu'il renferme , dans la cavité du péritoine, l'expose a l'inflammation sui aiguë de celte membrane , et à une mort très-rapide. Débrider largement les ouvertures extérieures faites par la balle; pratiquer d'abondantes e'vacuations sanguines générales et locales ; couvrir le bassin de fomcnlationsémollientes,etlc plonger fréquemment dans les bains de siège ; maintenir le sujet h une abstinence rigoureuse , et à l'usage desboissonsniucilaginedscselféculenics, tels sont les moyens de traitement qu'il convient d'employer durant les premiers jours. Les Javeuiens pourraient alors être nuisible* , en délayant les matières siercoralcs*, et' ca déterminant leur épanchement ou leur infiltration. Si elles étaient accumulées en grande quantité au dessus de l'anus, il faudrait les extraire avec la cureite. On attend ainsi, en prévenant et en combattant les accïdens inflammatoires , l'époque de la cicatrisation des plaies. Lorsque des abcès se forment à la marge de l'anus ou sur quelques points de la circonférence dn bassin, on doit les Ouvrir promptement, et Von voit souvent sortir, avec le pus qu'ils contiennent, soit la balle elle-même, soit des portions de vêtement entraînées par elle, soit enfin dés f'ragniens détachés des os des îles ou du sacrum. Jusque la, aucune recherche étendue pour découvrir ou extraire ces corps étrangers ne pourrait être permise. Il est, en général, imprudent de porter les instrumens au delà de l'épaisseur des parois pelvientfcs, il raison des désordres qu'ils peuvent déterminer dans lès parties molles et importantes qu'elles protègènt.

Le rectum est fort exposé h deux affections, connues sous les noms de chute et de renversement de cet intestin. L'a première de ces lésions consiste dans la uoeidertee de l^ncmbrane muqueuse, qui se relâche, s'allonge, abandWlie la tunique charnue, et vient au dehors faire une saillie plus ou moins considérable. Le rectum est trop solidement fixé dans la situation qu'iWoccupe, pour que le renversement de toutes les parties qui le constituent soit possible. D'ailleurs, la guérison de la procidence qui nous occupe par la- gangrène, l'excision ou le cautère actuel, démontre qu'elle était uniquement produite par la'sorlie de la membrane interne de l'intestin.

La chute du rectum est fréquente chez les enfans , et spécialemcntthez ceux qui, tourmentés par des coliques, par la diarrhb'e, par la pierre dans la vessie, poussent des cris continuels, et font de fréquens efforts pour aller a la selle. Les adultes placés dans les circonstances analogues, présentent anssi des exemples de cette affection , qui n'est pas rare chez les vieillards, et après les dysenteries prolongées. La tumeur formée, dans tous ces cas, par la tunique interne du

rectum, se. développe lentement. EIIp ne consiste d'aboi <l qu'en 1411 bourrelet muqueux, peu saillant , auc les contractions des sphincters de l'anus fout assez facilement icntier; mais elle augmente graduellement de volume, et s'étend jusqu'à deux ou trois pouces de 1 ouverture anale. Celle tumeur • u'est pas précédée de doulcuis inlcslinalcs profondes, et u'occasione qu'un sentiment pénible de distension et de plénitude au fondement. Elle constitue , autour du fondement, un bourrelet volumineux, large et arrondi -en bas, îcsscné en haut par le cercle de l'anus, avec lequel il se continue, et piésentc à son extrémité liôrc une ouverture par laquelle soi lent les matières stcrcorales. La surface de celte tumeur est rouge, quelquefois bleuâtre , molle, rénitlenle ou fortement tendue, suivant la constriclion exercée sur son pédicule par les sphincters. Vue mucosité abondante et souvent mêlée de sa 14g , la recouvre, en même temps que des replis profonds la partagent en plusieurs lobes.'

Aussi long-temps que la procidenec de la membrane muqueuse du rectum peut être réduite, après chaque selle, par le malade lui-même , elle ne constitue qu'une incommodité supportable, qui n'altère en ricyj^ régularité des fonctions; mais, lorsque la tumeur #iJevicrHpîus volumineuse, plus difficile, h faire rentrer et à maintenir au dessus de l'anus, elle rend l'excrétion des matières fécales douloureuse; le plus léger effort suffit pour la reproduire, et enfin elle reste constamment à l'extérieur. Dans cet état, l'action de l'air, le .contact et le frottement inévitable du linge , enflamment la membrane muqueuse; des fongosilcs et des ulcérations apparaissent à sa surface. Du sang est abondamment versé par ses » vaisseaux: la lumeur qu'elle forme devient eniièrcmeul irréductible, et l'irritation chronique qui s'en empare peut épuiser le sujet et le conduire à l'état du plus profond' marasme. L'ctrauglemcnt et la gangrène peuvent aussi survenir par la coustriction de l'anus sur le pédicule de la tumeur; mais cet accident est rare, et lorsque le malade résiste aux premiers accidens de l'inflammation et delà fièvre, la guérison est le résultat de la. chute de toutes les parties qui faisaient saillie au dehors.

Plus la maladie est récente, plus il est facile d'y remédier. Lorsque la tumeur se borne à paraître pendant que le sujet se livre an\ efforts de la défécation, il convient, après l'avoir # réduite, d'insister, d'une pjrt, sur les moyens propres h guérir les lésions qui entraînent la réitération trop fréquente de ces efforts; de l'autre, sur les bains de siège froids , les foi*cntaiions astringentes cl ferrugineuses, çl les Tàvemcus de même nature, afin de rendre à la membrane muqueuse la fermeté qu'elle a perdue, et de resserrer les liens qui l'unissent a Lu

tunique charnue sous-jacente. Lorsque la réduction présente des difficultés f on doit j procéder de la manière suivante. Le sujet sera couché sur les coudes et sur les genoux, de manière * à rendre l'anus saillant , et placer le bassin.plus haut que l'épigasire ; il devra c'viter les cris, les efforts violons, et respirer à pleine poitrine. Le chirurgien, convenablement situe', * après avoir enduit ses doigts de cérat, doit s'efforcer d'abord de diminuer, par la compression, le volume de la tumeur, en repoussant au dessus du cercle de l'anus la sc'rosité sanguinolente qui l'infiltré et la distend. Réduite ensuite à la simple épaisseur des parois membraneuses, il devient facile de la re-

f)onsser elle-même, et de porter profondément, avec le doigt , es parties qui la constituaient dans l'intérieur du rectum. Ce procédé, que nous avons plusieurs fois employé, est celui qui entraîne le moins de douleur pour le malade, et de lenteur dans le manuel «opératoire. Quelquefois, il faut laver d'abord l'intestin sorti et desséché, puis le presser très-lentement à raison de la phlogose dont il commence à être le siège ; et, chez les enfans indociles ou que la douleur sollicite à pousser des cris violens, l'opération peut devenir laborieuse et se prolonger pendant long-temps.*^

Lorsque la tumeur est ancienne, elle s'accompagne toujours d'un relâchement plus ou moins considérable de l'anus, et rassort avec la plus grande facilité. On a essayé de la maintenir avec des mèches volumineuses, enduites de cérat et portées très-haut dans le rectum ; mais ce moyen pallie le mal plutôt qu'il ne le guérit, et, en dilatant de plus en plus Tou-? verture de l'intestin, il rend la chute inévitable, toutes les fois que la mèche se déplace ou n'est pas assez volumineuse* 'C'est une sorte de pessaire qui, au lieu d'agir seulement sur la partie qui tend à descendre, ouvre davantage l'orifice qui lui donne issue, et agrave ainsi les conditions morbides. Ce moyen doit être rejeté. Les appareils conicntifs, formés décompresses soutenues par un bandage en T , ou de pelottes élastiques, surmontées de courroies en avant et en arrière , qui vont s'attacher à une ceinture ou à des bretelles placées sur les épaules; ces appareils, disons-nous, n'ont pas les mêmes inconvéniens que les corps étrangers placés dans l'anus, maispe procurent presque jamais de guérisou radicale. Le sujet qui les porte est dans la même situation que celui dont un bandage contient la hernie : aussitôt que la pelotte est enlevée 'l'effort le moins considérable suffit pour faire ressortir Tintestiu. L'indication fondamentale consiste alors à resserrer l'ouverture de l'anus, et h lui donner assez de force pour résister efficacement h la puissance qui porte la membrane muqueuse au dehors. Les bains froid" cl les lotions astringentes contribuent bien à remplir cet objet,

mais leur action est ordinairement insuffisante, parce qu'ils ne peuvent rendre complètement, à des tissus relâchés, le ton qu'ils ont perdu. Dans ces occasions, Dupuylrcu a pratique avec succès l'excision de plusieurs des replis cutanés qui entourent l'ouverture de l'anps. Le sujet étant place comme pour toutes les opérations qui'se pratiquent sur celte partie, le chirurgien, avec des pinces à ligature, saisit et soulève les plis les plus flasques, et les excise avec les ciseaux courbes sur le plat, dont sa main droite est année. Les petites plaies produites par celte légère opération sont disposées en rayon autour de l'anus; elles ne tardent pas à se. former, et les cicairiecs qui leur succèdent augmentent la fermeté des tissus, en même temps qu'elles resserrent l'ouverture placée à leur centre. Plusieurs Sujets sur lesquels tous les moyens contenues et astringens avaient échoué, ont été guéiis suivant ce procédé.

Lorsque le bourrelet, formé au dehors par la membrane muqueuse du rectum, a contracté de fortes adhéreuces avec l'anus, et ne peut être réduit, il n'existe d'autre moyen de mettre un terme à la douleur et aux hémorragies continuelles dont il est le siège, et qui épuisent ces malades, que l'excision ou la cautérisation. La tumeur est souvent devenue charnue, dure, vasculeuse, et menace de passer a l'étal cancéreux; L'excision peut être pratiquée au moyen de ciseaux portés de chaque côté du rebord de l'anus, et avec lesquels on circonscrit la tumeur, dont on a saisi le sommet à l'aide d'un fil qui la traverse. Si l'hémorragie qui résulte de celle opération résistait a l'emploi des lolions froides et asti ingénies, il faudrait recourir au tamponnement, ou , mieux encore, à la cautérisation pratiquée de' la même manière que si cet accident succédait à l'excision d'HKMORRoÏDÉs internes. Afin d'éviter le danger que l'écoulement intarissable du sang pcul entraîner, quelques chirurgiens préfèrent à l'instrument tranchant l'application du feu. Alors le cautère nummulairc, chauffé à blanc, doit être promené sur le sommet de la tumeur, de manière à l'entamer fortement. Lorsque cette première escarre se détache, et que l'inflammation produite par la brûluic diminue de violence, la tumeur s'affaisse, et, suivant le besoin, on réitère, unj! ou deux fois encore, à cinq à six jouis d'inlerval^, l'application du cautère. Ce moyen employé avec succefpar plusieurs personnes est fort douloureux , mais efficace, et M. A. Severin regrettait beaucoup que de lâches médecins, suivant son expression, l'eussent empêché de le mettre en usage sur un chevalier napolitain, qu'une chute du rectum menaçait de conduire a*i tombeau.

Les personnes qui ont été atteintes de celte incemmodilé,

io RECTUM

ou qui sont disposées' à la contracter, doivent apporter un soin spécial daus le choix de leur nourriture. H convient que leur régime soit tel, qu'elles évitent également la constipation et fe diarrhée. Chez les enfans, ainsi que l'a constaté Roche, un bon régime, l'usage modéré d*i vin et des toniques, sont souvent le meilleur moyen de rétablir l'énergie vitale de l'extrémité inférieure du rectum. Lorsque les selles sont péniblement expulsées, des lavemens froids les favoriseront sans diminuer le ton des parties relâchées. Les sujets qui nous occupent doivent éviter de s'accroupir, mais rester presque debout pour rendre leurs excrémens , et ne s'asseoir que sur des sièges résistans et convexes, qui soutiennent l'anus, au lieu de s'affaisser sous le poids du corps , et de n'offrir aucune résistance.

Le renversement du rectum est une affection bien autrement grave que la précédente. Elle consiste dans l'intus-susceplion d'une partie ou niême de la totalité du colon dans le rectum. Ce dernier, fixé dans la situation qu'il occupe par des liens étroits et nombreux, n'éprouve aucun déplacement j mais il reçoit, dans la cavité qu'il forme, les divisions supérieures du gros intestin, qui, pressant à leur tour L'anus, le traversent et sortentau dehors. On a vu le cœcum et une portion de l'iléon participer à ce déplacement, dont les causes et le mécanisme sont également difficiles à expliquer. La tumeur qui paraît alors est toujours beaucoup plus considérable que si elle était exclusivement formée par la membrane muqueuse rectale; Fabrice de Hilden l'a vue présenter la longueur de l'avant-bras ; Huiler cite l'histoire d'une femme dont l'intestin renversé pendait de la longueur d'un pied. Plusieurs faits de ce genre ont depuis été observés. Dans tous ces cas, l'aspect et la situation de la tumeur ne perniettraienl^as de méconnaître sa nature. Indépendamment du volume considérable quYllc présente, et des replis transversaux qui sillonnent sa surface, on la distingue encore de la simple procidence de la muqueuse du rccium en ce qu'au lieu de se continuer immédiatement avec l'anus, sa base s'enfonce dans celte ouverture, qui reste parfaitement libre. Ou peut porter, entre la tumeur et le rebord des sphincters, un stylet qui pénètre plus ou, moins haut , jusqu'à l'endroit où le rectum commence à se renverser sur lui-même.

Celle maladie est toujours dangereuse jiorsqu'clle est portée très-loin , elle entraîne la mort des sujets en un lenjjs variable, suivant l'intensité de l'inflammation dont la tumeur devient , le siège, et l'obstacle plus ou moins considérable qu'elle oppose à l'expulsion des matières fécales.

La première indication qui se présente consiste à réduire • PhrteslhK Le sujet étant placé sur les genoux et sur les coudes r

le chirurgien doit saisir la tumeur avec un linge enduit de céiat, et s'efforcer de la repousser, non en la ponant en bloc au dessus de l'anus , mais en faisant successivement passer l'intestin renversé par l'ouverture centrale qui donne issue aux matières, afin de le déplier, s'il est possible, et de permettre à toutes les parties déplacées de reprendre leur situation normale. Le doigt, ou une canule de gomme élastique portée ensuite dans l'anus, serviront à repotier l'intestin aussi haut qu'ils pourront atteindre. La douche ascendante, et conseillée par Boyer, peut être fort utile lorsque l'intestin, quoique rentré, forme encore au dessus de l'anus une invagination considérable et un obstacle permanent à l'issue des matières stetcoralcs. Si le renversement est récent et peu étendu, la gùérison peutêtre assez facilement obtenue; mais chez les sujets où *)a tumeur, déjà ancienne, s'est enflammée, et où des adhérence» se sont établies entre les tuniques péri tombales des intestins invaginés, les efforts de l'art sont insuffisans , et, comme dans les cas dont parle Robin,, si Ton opère alors la réduction, l'invagination persistant au dessus de l'anus, la mort n'en est pas moins assurée.

Si l'intestin déplacé e'tait trop violemment comprimé par les sphincters, et menacé d'étranglement, i I* faudrait , avec un bistouri boutonné, porté entre la tumeur et le rebord de l'anus, inciser celui-ci, et procéder ensuite a la réduction. Lorsque des adhérences rendent impossible le déploiement de l'invagination, et que la tumeur accumulée en bloc au dessus de l'anus , ne fournit plus d'issue aux matières stercorales, il faut s'efforcer de la ramener à l'extérieur, et inciser encore l'anus si cela semble nécessaire, afin de rétablir le cours des excrétions intestinales , et de prolonger de quelque temps au moins la vie des sujets. Dans certains cas, une canule de gomme élastique, portée au centre de la tumeur jusqu'au dessus de l'anus, pourrait servir à donner issue aux matiè*rcs accumulées dans cet endroit, et a y porter des lavemens dont l'action serait, dans certains cas, avantageuse.

Thomas Chevalier a parlé d'un état' de relâchement de la totalité du rectum qui n'est pas accorapagrfc d'une procidence extérieure , mais quelquefois de l'invagination de la partie supérieure de cet intestin dans l'inférieure , dilatée par le séjour prolongé des excrémens. L'excrétion difficile des matières, leur petite quantité, une douleur sourde ressentie dans la région du sacrum, sont autant de circonstances qui peuvent indiquer l'existence de cette disposition. Une bougie , introduite dans l'anus, est presque toujours promptement arrêtée en s'engageant dûns le pli formé par la portion renversée, au lieu de passer par le centre de l'intestin. De la peuvent naître une

ta RECTUM

constipation opiniâtre, Je lénesmc, des coliques, le gonfle* ment des veines hémorroïdales, et quelquefois l'irritation de in prostate et de la vessie. Dans certains cas, le colon sécrète des mucositéSabondantes, ou devient le sie'ge d'une vive inflammation. Les lavemens répétés, froids et astringens, les toniques à l'intérieur et toutes les précautions indiquées contre les simples chutes de la tunique interne du rectum, sont ici parfaitement indiqués , et produiront d'excellens effets.

La dernière portion de l'intestin est, moins fréquemment que les autres organes , tapissée de membranes muqueuses qui communiquent directement au dehors, le siège de ces excroissances charnues désignées sous le nom de polype ; cependant il n'est pas très-rare d'en rencontrer dans sa cavité ; ils occupent presque toujours la partie la plus rapprochée de l'anus, et restent assez peu volumineux. Toutefois, d'une part, ils peuvent être placés assez haut pour que le doigt ne puisse les atteindre , et, de l'autre, leur grosseur peut égaler celle d'un œuf de poule : ils ne vont presque jamais au delà. Leur présence détermine une pesanteur incommode dans le rectum, de la difficulté dans l'excrétion des matières fécales, du lénesme, et l'issue habituelle d'une quantité plus ou moins considérable de sang et de mucosités; mais ces accidens peuvent dépendre d'altérations variées du rectum, et ne fournissent par conséquent aucun signe positif de l'existence des polypes ; le doigt porté dans le rectum , et sentant la tumeur, ou l'issue de celle-ci au dehors durant les efforts pour aller à la selle, peuvent seuls caractériser son existence; alors il devitvit facile aussi d'apprécier son volume, sa situation, la largeur de la base et toutes les circonstances de ce genre qu'il importe de connaître avant d'entreprendre aucune opération pour la détruire.

Les polyes du rectum sont en général peu dangereux; ils sont cependant quelquefois formés d'un tissu rouge , celluleux, abreuvé de beaucoup de sang, et facile à s'irriler-et à se couvrir d'ulcérations cancéreuses; mais les altérations de te genre s'y développent rarement, et quelquefois ils se détachent tout k coup, après être sortis, lorsque l'étroilesse de l'anus ne leur permet pasde^uivre la membrane muqueuse qui remonte après la défécation, et tiraille ainsi leur pédicule. Les moyens de la chirurgie sont toutefois indispensables dans le plus grand nombre des cas, pour lés détruire; il faut alors injecter une grande quantité de liquide dans le rectum , puis engager le patient à fa-ire un effort considérable et rapide pour l'expulser; sous l'influence de celte contraction du diaphragme et ^cs muscles abdominaux, le liquide, les matières fécales et le polype lui-même sont ordinairement chassés au dehors. Alors ou fait coucher et maintenir le sujet comme pour l'opération de

RECTUM i3

la fistule à L'anus, puis saisissant le polype, et dégageant son pédicule de l'anus , on applique une forte ligature à l'endroit où il s'attache à la membrane muqueuse. Rassure par cette première opération contre l'hémorragie, on coupe ensuite la tumeur en deçà du lien, qui remonte avec la membrane muqueuse dans le rectum , et tombe quelques jours après. Si la ligature était trop peu serrée, et que, malgré sa présence, une hémorragie survînt, il faudrait procéder au tamponnement du rectum, ou à la cautérisation de l'endroit d'où le sang surgit.

Chez quelques sujets, la tumeur ue peut être amenée au dehors par le procédé indiqué plus haut. Desault conseille, dan* ces cas difficiles , de lier son pédicule au moyen des instrumens ingénieux qu'i l avaitimaginéspourexécuter cette opération dans les fosses nasales. Mais si le polype n'est place assez bas pour que le doigtatleigne l'endroit de son insertion, et dirige l'application de la ligature, le procédé de Desault présente de grandes difficultés, et expose a des dangers imminens. Les contractions spasmodiquesde l'anus sous le doigt qui le distend , rendent tou- ^ jours lente et pénible la marche des instrumens; en même temps que le doigt, ne pouvant loucher la partie qu'ils doivent entourer avec le fil , on est exposé à lier soit le rectum lui-même , soit le colon invaeiné dans sa cavité , soit d'autres parties dont Ja section serait dangereuse ou mortelle. Aucune opération n'est donc proposable dans ce cas. Boyer préfère à la ligature l'excision pratiquée au moyen des ciseaux guidés par le doigt indicateur, dans les cas où les polypes, uc pouvant sortir, sont cependant assez rapprochés de l'anus pour être atteints ; mais ce procède expose à des hémorragies dangereuses. Nous croyons plus sûr alors d'aller saisir la tumeur avec des pinces ou une craigne double, afin de l'attirer au dehors , comme on le fait pour les polypes du col de l'utérus, et de lier son pédicule avant de le couper. La laxité de la membrane muqueuse n'opposerait que peu de résistance a cette extraction qui, pratiquée lentement et avec des précautions, ne serait pas même très- douloureuse.

Des Jbngosités s'élèvent quelquefois de la membrane muqueuse du rectum, forment des tumeurs volumineuses, et 6'échappent au dehors chaque fois que le malade rend les matières fécales. Boyer a vu une masse de ce genre qui avait le volume des deux poings, et étail formée de plusieurs portions dont l'ensemble présentait assez bien une fraise de veau. Celle tumeur était molle, marbrée, et fournissait des mucosités abondantes. L'excision parut le seul moyen de la détruire.* Le malade ayant pris un lavement , fit sortir la fongosilc , qui parut tout entièie hors de l'anus. Le malade se coucha ensuite sur le côté , et Boyer passa des fils cirés dans les différentes

parties de la tumeur, afin de la tenir au dehors; puis les excisa toutes successivement, employant tantôt le bistouri, tanlôt les ciseaux, suivant la disposition des parties. Le saug ruissella en grande quantité de la plaie pendant l'opération ; et lorsqu'elle fut achevée,. il fallut recourir au tamponnement pour mettre un terme à l'hémorragie.' Il ne survint aucun accident; la guérison parut même se consolider ; mais , dix-huit mois après , la tumeur reparut. Une excision nouvelle fut pratiquée alors avec un égal succès, mais %>yer ne pense pas que le sujet ait clé à l'abri d'une autre récidive. Trioen rapporte une observation analogue où l'on voit que la maladie repullula également après un temps assez court, et entraîna la mort de la femme qui en était atteinte. Faudrait-il donc alors préférer le cautère actuel à l'insttument tranchant, afiu de .poursuivre jusqu'à une profondeur plus considérable, et de détruire plus complètement les racines du mal?

L'extrémité inférieure du rectum est assez fréquemment atteinte d'inflammations chroniques , et par suite de squirre et de cancer. Les irritations syphilitiques de celte partie , les tumeurs hemorroïdales, les affections cutanées des environs" de l'anus , la constipation opiniâtre , telles sont , parmi les causes, ordinairement obscures du cancer du rectum, celles qui ont le plus frappé les observateurs. Cette affection semble être plus commune chez la femme que chez l'homme. Les phénomènes qui la caractérisent sont une pesanteur plus ou moins considérable au devant du sacrum, des tiraillemens pénibles dans le reelura, un ténesme habituel , des cuissons prolongées le long des parois de l'intestin. Le besoin d'aller a la selle se reproduit souvent, et chaque fois le sujet ne rend, avec douleur, que de petites quantités de matières stercorales. En explorant les.parties , on découvre tantôt un engorgement dur, épais, peu sensible, et prolongé plus ou moins haut dans le tissu cellulaire qui enviroune l'extrémité inférieure du rectum et de l'anus; tantôt un ou plusieurs tubercules circonscrits, solides, douloureux, situés a la surface de la membrane muqueuse, et obstruant en partie la cavité de l'intestin. Les évacuations alvines deviennent de plus en plus laborieuses , et accompagnées de douleurs plus vives. D'abondantes mucosités , puis une sanie sanguinolente ou du sang pur sont expulsés par l'anus; la pesanteur et la gêoe que le sujet éprouve au rectum deviennent de plus en plus inteuses; mais il est rare que ces sensations se transforment en élancemens aigus comme dans la plupart des autres affections squirreuses parvenues a un haut degré. La cavité de l'intestin devient seulement de plus en plus étroite; sa membrane muqueuse se recouvre de fougosités charnues et molles,, el l'engorgement, dans ses eti-

vahissemcn% successifs , transforme enfin en une filière étroite, sinueuse et de figure variable le trajet que doivent parcourir les matières stcrcorales. Alors les accidens produits par la rétention habituelle de ces matières , telles que les coliques , Us borborygmes, l'agitation continuelle , s'ajoutent h ceux de la maladie locale, et hâtent l'affaiblissement des sujets; quelquefois les douleurs, durant l'excrétion d'une petite quanti le de feces, sont tellement* vives, qu'afin de s'y soustraire, les ma* lades vont jusqu'à se priver des alimens et se condamner aux tourmens de la faim. L'amaigrissement général devient de plus en plus considérable ; mais la mort n'arrive presque jamais •que quand ia tumeur a envahi le rectum à une grande hauteur, et s'est propagée aux parties voisines. C'est ainsi qu'a l'hôpital militaire de Metz nous avons vu l'intestin jusqu'au delà de la portée du* doigt, confondu en une même masse cancéreuse avec la vessie, la prostate et une grande partie de l'urètre; l'excrétion de l'urine était devenue aussi difficile que celle des matières stercorales. Chez la femme, il n'est pas rare de voir le vagin envahi, détruit par de larges ulcérations, formant avec le rectum on cloaque infect , où les excrétions intestinales s'accumulent et se mejent à la sanie purulente dont les fongosilés «ont baignées.

Les engorgeraens squîrrcux du rectum constituent toujours désaffections très-graves; quelques chirurgiens, entre autres , Boyer, pensent même qu'ils sont entièrement incurables, et doivent nécessairement entraîner la mort des sujets qui en sont atteints. Ce pronostic nous semble exagéré : les irritations chroniques du rectum sont, comme toutes les phlegmasics du même genre, long-temps susceptibles d'être combattues avec succès par les moyeos«chirurgicaux , avant d'atteindre ce degré avancé de désorganisation qui résiste à tous les efforts de l'art. Détruire la cause présumée de La maladie, et spécialement la syphilis; rappeler à leur siège primitif les exanthèmes qui se sont transportés aux environs de l'anus ; emporter , par des procédés convenables, les tubercules hémorroïdaux qui tendent à s'enflammer et a s'étendre, telles sont les premières indications qui doivent être remplies dans leVailement des engorgemens squirreux du rectum. Il convient de prescrire ensuite au malade un régime 'doux, légèrement laxatif, peu abondant, et qui ne produise que de petites quantités de matières stcrcorales. Les applications fréquentes de sangsues aux enyirons de l'anus ; les lavemens cmolliens administres en quantité assez petites pour être conservés dans le rectum, et avec assez de précaution pour ne. pas irriter les portions enflammées de l'intestin ; les bains de siège prolongés et renouvelés chaque jour; • tes cataplasmes rclâchans appliqués pendant les intervalles

du bain, tels sont les moyens principaux sur l'usage desquels il faut insister.

Lorsque les parties affectées ne sout pas douloureuses, et que le passage des matières stercorales est seulement rétréci / l'introduction , dans le rectum, de mèches de charpie enduites de cérat ou d'onguent ruercui iel , produit ordinairement de trèsbonseffets.Desault a réussi, en comprimaiU ainsi lescugorgemens du rectum avec des mèches dont il augmentait chaque jour la grosseur, à opérer quelques guerisons; mais ce moyeu ne doit être employé que quand on a suffisamment combattu l'irritation locale à l'aide desémollieus et des saignées capillaires. Si l'engorgement squirreux ne consistait qu'eu un tubercule circonscrit, mobile, et voisin de Tanus, on pourrait tenter son extirpation. La crainte de diviser les sphincters, ou même d'emporter une partie de leurs fibres, ne devrait pas arrêter le chirurgien. Après l'opération , le tampon , la ligature ou le caulèxe actuel suffiraient pour mettre un terme à. l'hémorragie, et des mèches introduites, dans le rectum empêcheraient la cicatrice de resserrer assez l'ouverture inférieure de l'intestin pour rendre difficile la sortie des matières stercorales. Enfin, lorsque, malgré les moyens les plus puissans et les moins indiqués, le squirre fait des progrès, et rétrécit incessamment ] extrémité du rectum, on soulage encore les malades, ou leur évite les coliques habituelles, et la douleur intolérable dont les excrétions alvines sont accompagnées, ea introduisant dans l'anus , jusqu'au delà de la squirrosité, une grosse canule de gomme élastique , a l'aide de laquelle ces matières sortent continuellement sans irriter les parties. En fermant 'cette canule , et en ne l'ouvrant que quand le besoin l'iudique , on imite assez bien la marche de la nature, et l'on évite les inconvéniens qui pourraient résulter, de l'action continuelle de l'air sur la membrane muqueuse du rectum.

Il est un instrument susceptible de rendre beaucoup plus facile, elle diagnostic des maladies de l'intestin, situées au dessus de l'anus, et l'exécution des opérations que ces maladies réclament: c'est le spéculum uteri dont on obtient de si grands avantages dans Me traitement chirurgical des affections du col de la matrice. Introduit dans l'anus après l'administration d'un lavement j cet instrument permet de découvrir avec l'œil la tumeur ou les ulcérations dont le rectum est le siège. La membrane muqueuse de l'intestin, poussée par les contractions périslaliiqucs s'engage même dans l'ouverture supérieure de la canule , et vient s'offrir en quelque sorte d'elle-même a l'action des instrument. Si l'on voulait procéder à la ligature d'un polype situé profondément, on conçoit que le spéculum rendrait plus facile l'application des fils , et préviendrait toute méprisa

RÉFRACTION i7

sur la nature des parties qu'il embrasse. Si ries ulcérations ou des fongosilés devaientclre brûlées , la canule résistante et large de l'instrument mettrait sûrement le bout de l'anus et les portions saines de l'intestin à l'abti de l'action du feu; enfin, nous ne doutons pas qu'en multipliant ses applications , le spéculum ne devienne aussi utile dans le traitement des maladies du rectum que dans celles de l'utérus et du vagin.

RECURRENT, adj., recurrens; nom donné parlesanatonûstcs à toute branche nerveuse ou vasculaire qui suit une direction inverse des autres, et semble ainsi remonter vets l'origine du tronc d'où elle émane. Quatre artères et un nerf ont reçu celte épithète. V artère récurrente radiale antérieure provient de la radiale; la récurrente cubitale antérieure , ainsi que la postérieure , de la cubitale ; ia récurrente radiale pos~ têrieure^ de l'interosseusc; et la récurrente tibiale^âe la tibiale antérieure. Le nerf récurrent, rameau du pneumo-gastrique, est aussi connu sous le nom de laryngé inférieur.

RE DUCTION, s. f., reductio; opération de chirurgie par laquelle on rétablit dans leur situation normale les parties qu'une cause quelconque en avait fait sortir. On pratique la réduction dans les cas de fracture, de hernie, de luxation et de procidence.

En chimie, on appelle réduction une opération qui a pour but d'enlever l'oxigène aux oxides métalliques, afin de les faire repasser à l'état de métal pur.

RÉFLEXION, s. f., rejlexio; phénomène qui consiste en ce qu'un corps élastique, mis en mouvement, est obligé, quand il rencontre un obstacle qu'il ne peut surmonter, de revenir sur lui-même avec une vitesse proportionnée à Ja violence du choc. Ainsi, quand un rayon de lumière, rencontrant une surface, se replie vers le milieu qu'il avait traversé, on dit qu'il se réfléchit. L'angle formé par la première direction de ce rayon avec la surface, porte le nom d'angle d'incidence , et celui qu'il forme avec la même surface en se redressant s'appelle* angle de réflexion. L'expérience prouve que ces deux angles sont égaux et placés dans un même plan perpendiculaire à Ja surface de réflexion.

En anatomie, on donne l'épilhète de réfléchi* tout tendon qui éprouve, dans son trajet, un changement de direction déterminé par la présence d'un organe qui a pour usage de briser le mouvement primitif de lu corde tendineuse, et de lui en imprimer une différente. Les exemples de celte disposition ne sont pas rares dans l'économie animale.

REFRACTION, s. f.; nom imposé par les physiciens h la déviation qu'éprouve un corps, toutes les fois qu'il passe d'un milieu dans un autre qui lui offre, soit plus, soit moins de ré-

Digm

sistancc, c'est-à-dire qui n'a pas la môme densité*. Si le nouveau milieu est moins dense, le corps se rapproche de h» perpendiculaire, tandis qu'il s'en éloigne si ce milieu est plus dense. L'étendue de la réfraction varie en raison de la figure du mobile, de l'étendue de la surface par laquelle il rencontre le nouveau milieu, de la rapidité* avec laquelle il se meut, et • de son obliquité d'incidence, dernière condition qui exerce une influence si puissante, qu'elle suffit souvent pour convertir la réfraction en reflexion.

RÉFRIGÉRANT, adj. et s. m\ On appelle ainsi la partie supérieure, le chapiteau d'un alambic, parce que cette partie sert à condenser les vapeurs qui s'élèvent de la cucurbitc. On donne aussi le nom de réfrigérant à toute substance et à toute mixtion qui est capable d'abaisser la température des corps, et de produire un froid artificiel plus ou moins intense.

RÉGIME, s. ni., victus ratio, vwendimodus^ diœta, diœtetica. Ce mot s'entend, dans l'acception la plus étendue, de l'usage raisonné des modificateurs habituels de l'organisme, soit dans l'étal de santé, afin de prévenir les maladies et leur récidive, soit dans l'état de maladie pour obtenir la guérison, soit enfin dans la convalescence afin d'éviter les rechutes. Dans ces (rois cas, il est synonyme de genre de vie ; souvent on l'emploie pour désigner seulement l'usage raisonné des alimens et des boissons, indiqué par le médecin afin de prévenir ou de guérir les maladies. Mous allons principalement étudier dans cet article le régime alimentaire.

Des alimens et des boissons. L'adulte doué d'organes bien conformés résiste long-temps à l'influence du plus mauvais régime, n'en éprouve tout au plus que de légères indispositions, ou n'en est affecté gravement que fort lard. Les excès et les privations lui nuisent peu ou ne lui nuisent que passagèrement, quoique d'ailleurs ces dernières lui soient aussi pénibles qu'à tout autie, quelquefois même davantage ; car tout sujet "Bouc d'une bonne constitution , et qui jouit d'une bonne sanlé, éprouve de vifs besoins. Tout ce qu'il faut recommander à ces individus heureusement nés, c'est de ne pas abuser de leur constitution, d'user de tout ce que la nature leur fait désirer, mais #ec modération t de s'abandonner rarement h des excès, afin de se mettre en état de supporter plus aisément les privations involontaires. H est avantageux à ces sujets de ne pas suivre toujours absolument le même régime; autrement, ils pourraient devenir trop impressionnables à tous les autres. L'homme est fait pour un régime varié; en cela, comme en toute autre chose, l'excès seul est un défaut. L'uniformité parfaite du régime alimentaire a été accusée de produire le scorbut. Quoi qu'il en soit de cette assertion, on voit

RÉGIME ,g le paysan le moins sensuel se lasser d'une nourrîiure toujours uniforme, et l'on peufregarder comme la satisfaction d'un besoin naturel ce goût si souvent effréné de la plupart des hommes pour les boissons excitantes et les assaisonnemens.

Considéré aux différentes époques de la vie, le régime doit varier. Chez l'enfant à la mamelle, le lait suffit jusqu'aux approches de la dentition. Quand Je lait paraît Surexciter 1 estomac, il suffit d'en diminuer la dose et de le remplacer en partie par l'eau chargée d'un peu de mucilage ou» seulement de sucre, jusqu'à ce que l'irritation ait cessé. A mesure que les dents paraissent,' si les voies gastriques sont intactes, on habituera doucement l'enfant a passer du régime lacté au régime animal, eu lui donnant des soupes, puis des gelées de viandes légères. La viande ne doit être permise que lorsque les dents sont en étal de la diviser convenablement. Les légumes doiveut être permis a l'époque où l'on donne les soupes animales. 1

L'eau est la seule boisson dont l'enfant doive faire usafee quand il cesse de têter; il est bon de lui donner encore de temps à autre du lait, s'il le digère bien; car, dans le régime tout changement brusque est à craindre. Il est absurde de donner du vin à un enfant, il est cruel de lui donner du café a l'eau, des liqueurs, etc.

La femme doit manger moins que l'homme, parce qu'elle prend moins d'exercice, parre qu'elle est plus sédentaire, lour ce* mêmes raisons, le vin pur lui nuit souvent -et le mieux est qu'elle le boive mêlé d'eau; la bière lui convient généralement. Plus irritable que l'homme , elle doit plus que lui , s'abstenir de café à l'eau et de liqrtcurs; c'est à l'abus, et souvent même au simple usage des liqueurs et du café en in* fusion aqueuse que l'on doit attribuer le plus grand nombre des dérangemens dans les menstrues, plus communs, par cette cause, dans les villes que dans les campagnes.

La femme doit d'ailleurs fuir les excès plus que l'homme parce qu'elle a un viscère très important de plus, et par conséquent plus de maladies a redouter. Aux approches de la puberté, les excès accélèrent ou retardent l'apparition des menstrues; plus tard, ils provoquent en elles des phlcgrnasies sourdes de l'utérus, Cause si fréquente des leucorrhées; dans l'état de grossesse, ils nuisent au fectus , provoquent l'avorte*

njent,disposentauxaccidens,auxhémorragiesutérines pendant ou après l'accouchement, et, ce qui n'est guère moins redoutable, aux diverses phlcgmasics abdominales comprises sdus le nom de fièvre puerpérale. Les excès dans le coït nuisent mofns en général à la femme qu'à l'homme, excepté les cas où il existe en elles une prédisposition morbide considérable»

Les vieillards sont condamnés par la nature au repos, à dormir peu, d'un sommeil léger, à chercher dans des alimens confortans, dans des boissons toniques, le moyen de conserver le peu de forces qui leur reste. Mais il ne faut pas que, dans celte intention , ils éteignent le flambeau qu'ils craignent de voir éteindre, et cela à force de le faire briller. Sobriété, choix des alimens les moins irritans parmi les plus nutritifs; des boissons les moins alcooliques parmi 'les plus réconfortantes; ab$tinencc complète de toute tentative relative au coït; un peu d'exercice en plein air, jamais poussé jusqu'à la fatigue; l'éloigneraent de tout legret du passé, de toute inquiétude de l'avenir, une douce incurie, telles sont les précautions à l'aide desquelles la vieillesse se prolonge en retardant les infirmités.

Il y a beaucoup à dire sur le régime de chaque profession, du riche, du pauvre, de l'habitant des villes, des champs, des camps, des vaisseaux; mais cela se réduit à appliquer à chaque condition de la vie ce que l'on sait sur l'influence de chaque modificateur, qui prédomine pendant sa durée. Cette application est la pratique elle-même, ou doit former le sujet de traités spéciaux d'un intérêt purement local, et qui n'apprennent rien au médecin instruit des généralités relatives à chaque modificateur. #

Le dégoût pour les alimens et le désir des boissons, qu'on observe si souvent dans les maladies, ont certainement été' les premières circonstances qui conduisirent h prescrire la diète et tfabondanics boissons aux malades. Ensuite, on observa que plusieurs d'entre eux, n'obéissant pas à cette impulsion natu* relie, ou ne l'ayant pas éprouvée, et s'étant nourris comme à l'ordinaire, virent agraver leur mal; l'utilité de la diète parut dès lors démontrée. Ou vit aussi que certains malades appétaient tel aliment, telle boisson plus tôt cuie tels autres, et l'on ' en conclut qu'il y avait un choix.a faire sous ce rapport dans ce qu'on leur accordait, voyant que lu satisfaction de leur désir était tantôt avantageuse, tantôt sujette à inconvénient. Ces premières données de l'observation se sont propagées jusqu'à nos jours, plus ou moins confirmées par ^expérience subséquente de divers peuples dans diffé*ens pays, en subissant pourtant certaines modifications. Ainsi, quoique l'utilité de la diète dans les maladies aiguës sojf universellement reconnue, on se conforme avec plus ou moins de sévérité à ce précepte, selon les habitudes et les goûts nationaux. Ainsi, en Angleterre et en Allemagne, souvent en Espagne, on accorde des alimens, des boissons réellement nutritives dans des cas où, surtout à présent, en France, nous recommandons la dicte absolue. A plusieurs époques de l'histoire de l'art, quelques médecins ont

cherché à faire sentir les avantages de l'abstinence ki plus sévère dans les maladies; jamais peut-être on n'a été aussi loin que maintenant on le fait parmi nous. Mais si jadis on recommandait la dicte, c'était d'après des motifs assez vagues, quoique d'ailleurs le pre'cepte fût judicieux et utile. Ou craignait, en accordant des alimens , d'agraver le mal, de procurer uue* indigestion, de nourrir la fièvre. On sait aujourd'hui que l'avantage de la dicte consiste, d'une part, dans la soustraction de stimulans susceptibles d'activer l'énergie organique, et dans le repos accordé aux organes digestifs; on sait que les alimens introduits dans l'estomac d'un malade teudeul à augmenter l'irritation de ce viscère quand elle* a lieu, à la provoquer quand elle n'existe pas. L'estomac, n'étant plus stimulé, agit moins fortement sur le cœur et le cerveau, ce qui permet à ces organes de revenir à leur action normale, pour peu que les autres circonstances concourent a leur rétablissement.

A l'article diète, nous sommes entrés dans quelques détails sur ses effets et sur les cas où elle est indiquée, et, à l'occasion de chaque maladie, nous avons dit ce qu'on peut attendre de ce moyen. Nous ajouterons ici qu'il y a infiniment plus d'avantage à insister sur une diète, même très-sévère, qu'à s'en départir prématurément; qu'on ne doit point permettie d'alimcns aussi long-temps que le malade lui-même n'en demande point, et qu'on ne doit lui en accorder que lorsqu'il en demande depuis au moins un ou plusieurs jours, toutes les autres circonstances permettant d'ailleurs cette concession.

Dès qu'on permet des alimens, il importe beaucoup de ne point les accorder tous indifféremment; il faut toujours débuter par les décoctions végétales pannées, le lait, les soupes maigres, puis les bouillons gras, ensuite les légumes, les viandes blanches, légères, bouillies, puis rôties, enfin le bœuf bouilli, puis le mouton rôti. Pour peu que la peau redevienne chaude, que le poux s'accélère, que la toux reparaisse, quela constipation ou les nausées recommencent t il faut revenir à la diète, ou tout au moins au régime végétal ou lacté.

Ou a certainement attaché trop d'importance au choix de certains alimens piutôPque de tel autre, il suffit d'indiquer legenre de ceux qui conviennent, et de les varier autant qu'il est possible, pour satisfaire le goût du sujet sans cesser de remplir Tindication. •

Dès qu'on leur accorde la soupe, les malades sont dans l'usage de demander du vin, et le médecin cède trop souvent a ce désir inconsidéré. Le malade, bientôt surexcité par ce stintulant, retombe au lieu de reprendre des forces ou bien demeure dans un état de malaise, de faiblesse, de chaleur à la peau, et souvent d'inappétence avec enduit de la langue et

a* REGIME

soif. On évite ces inconvéoieus, et nous dirons même ce daneer, en n'accordant du vin que lorsqu'il ne reste aucune trace de maladie, ou plutôt d'irritation.

En vain on dirait qu'il est des maladies aiguës dans les-

3uelle6 il faut nourrir et fortifier par des boissons. Les seules ans lesquelles il soit permis de donner des boissons, des infusions, des décoctions légèrement nutritives, et même quelques végétaux e'tuvés, sout les maladies rémittentes prolongées.

Au reste, on permet et l'on défend plus ou moins sous le rapport de la quantité, en raison du degré de l'irritation; a° sous le rapport de la qualité, en raison de l'état de l'estomac. •

Dans touies les maladies aiguës avec irritation, il faut prescrire la diète, et l'on ne doit donner des alimens qu'après la disparition de .tous les symptômes graves; dans toutes celles où l'estomac est irrité, la diète doit être et plus complète et plus prolongée, et l'on ne doit accorder des alimens que lorsque l'irritation gastrique ou intestinale a cessé, alors même que, depuis quelque temps déjà, l'irritation primitive d'un autre organe avait cessé.

La nourriture animale et les boissons ferme ntées les plus légères augmentent toutes l'irritation, l'inflammation , quand bien mémo l'état pathologique ne gît pas dans l'estomac, et lorsqu'il y a son siège, il y a un véritable danger a la prescrire, et ce danger peut aller jusqu'à compromettre la Vie des sujets. Même dans Ja convalescence, les aiimeus et les boissons de ce genre sont très-nuisibles; plus d'une fois, nous les avons vus produire la mort la plus prompte et la plus inattendue*

Dans les maladies chroniques, le régime alimentaire doit être dirigé d'après les mêmes principes, avec les différences qui découlent de la longueur du mal et de la nécessité absolue de nourrir, si peu que ce soit, le malade. Il paraît ridicule de dire et pourtant il ,est probable que plusieurs maladies de l'estomac, des intestius et des poumons seraient curables, s'il était possible de prescrire la diète dans les maladies chroniques avec autant de persévérance qu'on le fait dans les maladies aiguës. C'est peut-être là le plus grand obstacle à la guérison des maladies de Tong cours. Au reste, dans ces maladies, si le sujet a été mal nourri , il faut lui recommander un choix d'alimens salubres ; s'il a été trop nourri, une grande sobriété, un régime voisin de la diète lui sera de la plus grande utilité ; si, au contraire, il a eu à supporter des privations sous le rapport alimentaire, des alimens légers, substantiels, en. petite quantité, lui sont nécessaires. A. l'égard du caractère de la maladie , il convient de choisir un régime approprié; il n'y

REGIME %à

en a que de deux espèces : l'un, nutritif, excitant, tonique, composé de viandes, et surtout de viaudes noires d'un goût relevé, de farineux, de vin vieux; l'autre, léger, adoucissant, principalement végétal, composé de végétaux* verts, de fruits récens, d'œufs, de lait et d'eau pour boisson. C'est à 1 état de l'estomac qu'il faut s'en rapporter pour le choix. 11 est toujours avantageux de débuter par le régime léger, adoutissant, et de ne passer que successivement au régime nutritif et tonique. Selon la maladie, l'état du malade et son appétence, on fera dominer dans sesalimens, l'eau, le laitage, le sucre, les acides, les végétaux ou la viande, et l'on se réglera, relativement a ce point, sur les effets connus de chacune <le ces substances sur l'organisme. Des détails circonstanciés sur ces divers objets nous entraîneraient fort loin sans grande utilité, car ce qu'on a dit sur les alimens est sujet a contestation, et a varié selon les peuples et les temps. Ou pense qu'à cet égard les médecins s'en rapportent trop souvent h leur goût et à la susceptibilité particulière de leur estomac, tandis que c'est à celui de leur malade qu'ils doivent .croire, puisqu'il s'agit de la santé de leur malade et non de la leur propre.

Faut-il nourrir les enfans et les vieillards plus que lea adultes dans l'état de maladie; ceux-ci parce qu'ils ont besoin de coufortans, afin de ne pas décroître trop vite ; ceux-là, afin qu'ils puissent fournir aux frais de leur croissance rapide? On doit répondre hardiment , non,. a celte question, car l'estomac dé l'enfant est encore plus sensible que celui de l'adulte, la dicte et le régime agissent plus utilement sur lui ; ce n'est que relativement a la durée de leur mal que la diète doit être moins prolongée, et seulement parce que leurs maladies sont généralement plus courtes. Au reste, les enfans dont l'estomac n'a pas été surexcité par des escès d'aliuiens et des boisons toniques, refusent la nourriture dès qu'ils sont malades , et se montrent alors plus raisonnables que les adultes. H n'en est pas de même des vieillards, qui, redoutant pardessus tout de voir augmenter leur faiblesse , exigent des alimens de peur de mourir; on a beaucoup de peine a leur faire supporter Ja diète , alors même qu'elle est le plus nécessaire ; la privation du vin leur paraît insupportable. Eu général, le régime a moins d'empire sur eux que sur les adultes, et bien inoins encore que sur les enfans.

Il serait de la plus haute importance d'étudier quels sont les résultats de l'alimentation très-prolougée avec une seule ^substance; peut-être 'parviendrait-on ainsi à guérir bien des maladies, chroniques; mais, pour cela, il ne faudrait pas, comme on l'a fait si long-temps, se fonder sur des hypothèses.

a4 RÉGIME

et dire telle maladie est alcaline, donc le régime acidulé convient pour la guérir. Tels sont pourtant encore les frêles fondémens de la bromalolagie de nos jours.

Le médecin doit s'habituer, par l'observation , à distinguer la |faim qu'on peut appeler J&iwe, de la vraie faim. Tel malade dit qu'il a faim, parce qu'il croit que sans manger on ne peut pas vivre j tel autre demande a manger, parce qu'il éprouve à l'épigastre une douleur qu'il prend pour les tiraille* mens de la faim; tel autre espère que la nourriture le soulagera ou même le guérira ; il en est qui demandent à manger par désœuvrement, par ennui.

On a dit que, dans la direction du régime, il fallait avoir égard à la saison, au climat, au sexe, aux habitudes, au tempérament : cela est vrai, mais il faut surtout avoir égard : i° à l'organe lésé; i° à la personne malade. Il faut, dans la conduite du régime comme dans la prescriplion des médicameus, se faire rendre compte du régime habituel du malade, lui permettre de continuer l'usage de tout ce qui ne peut lui nuire, lui refuser avec fermeté ce qui peut lui être nuisible, examiner les effets de ce qu'on lui prescrit , et se diriger à ju; vanlibtis et lœdentibus , connue daos la partie médicamenteuse et instrumentale de la médecine.

De Cexercice. Touslçs exercices du corps sont utiles pris avec modération; chaque organe devant agir h son tour, et concurremment avec les autres, rien n'est plus nuisible que l'inaction à laquelle on condamne trop souvent l'appareil locomoteur. Cet appareil ne se compose pas seulement des muscles et des os, mais encore des nerfs qui se rendent aux muscles , et de la partie de la moelle épinière et de l'encéphale, qui concourent à la production du mouvement musculaire. A la suite d'un exercice violent de la pensée, d'une vive émotion de l'âme, et par conséquent de la surexcitation d'une partie de l'encéphale, après le repos que ces deux états nécessitent, rien n'est plus salutaire que l'exercice modéré des membres pour en effacer les dernières traces.

Dans les maladies aiguës, il faut du repos; le séjour au Ht est généralement utile, mais toutes les lois que les sujets se trouvent bien étant assis, il faut les placer dans celle situalion, eu évitant d'ailleurs qu'ils y restent assez long-temps pour se fatiguer, en évitant aussi qu'ils ne se refroidissent.

Dans les maladies chroniques , l'exercice est généralement utile, mais les sujets ne pouvant pas toujours le prendre a pied, il faut qu'ils aillent en litière, en voilure, parfois à cheval; des voyages en bateau sur une rivière dont les bords offriraient un aspect riant, d'ailleurs avec toutes les autres précautions indiquées, seraient d'une grande utilité. Les voyages

RÉGIME a5

en voilure offrent généralement de grands inconvcniens à cause de la différence des nourritures , de la chaleur, de la poussière, de la fatigue qui en sont inséparables, excepté pour les personnes assez riches pour voyager avec toutes les aisances possibles. On conçoit que l'avantage des voyages se compose de ceux du changement successif d'air, de localités, de la succession de sensations, de sentimens, de l'éloigneaient de toute affaire, de toute occupation.

Jamais l'exercice ne doit être porté jusqu'à la fatigue, excepté quand il s'agit de provoquer un sommeil profond chez un sujet adonné a la masturbation.

Du travail intellectuel. Poussée a l'extrême, c'est le plus redoutable ennemi de la santé; il n'est pas de maladie qui ne puisse être l'effet d'un travail opiniâtre de l'esprit, et comme malheureusement personne n'est maître d'avoir telle ou telle pensée, et de diriger exclusivement ses pensées dans telle ou telle direction, on peut difficilement, comme on le fait pour tant d'autres choses, convertir cet te cause de maladie en moyen de guérison. En vain on répète qu'il faut s'occuper du moral des malades, et notamment des fous; il est bien rare que les plus beaux préceptes en ce genre soient féconds en heqreux résultats. 11 faut sans doute que le médecin recommande de ne pas trop penser ou tie ne point penser à tel objet, de méditer sur tel autre ; mais pour que son désir fût rempli, il faudrait qu'il pût changer les circonstances qui ont amené ce sujet à abuser de ses facultés intellectuelles, qui l'obligent encore chaque jour a leur faire subir un exercice violent, ou Lieu à les maintenir dirigé dans uu certain sens.

Des affections morales. Ce médecin n'a pas plus d'influerfee, et par les mêmes raisons, sur les affections de ses malades; comment pourrait-il changer la tristesse en joie, le chagrin en gaieté, l'irascibilité en patience, cf l'amour en indifférence? Il ne peut que conseiller au malade de s'arracher, par l'absence ou par le travail corporel, à ces émotions ennemies de la santé; il ne peut que prescrire, dans quelques cas, l'éloigneroent du malade, contre la volonté même de celui-ci, quand la raison est aliénée. Mais avec quelle circonspection il doit user de ce moyen !

Le médecin n'a véritablement d'empire sur le malade que relativement à l'issue de la maladie; il ne lui est accordé qjue de calmer les inquiétudes qu'elle fait naître dans l'âme de son malade; mais, pour cela, il faut qu'il lui inspire une parfaite confiance, qu'il l'aborde avec un air ouvert, qu'il lui parle avec le ton de la persuasion , en un mot , qu'il recoure à tous Jcs innocens mensonges qui perfvent donner au malade l'espoir d'une guérison certaine. Combien est estimable le médecin

3ui ne porte pas, dans le commerce de la vie, la duplicité ont il est de son devoir dTuser envers l'homme soulïrant ! On a quelquefois obtenu des succès en excitant la surprise , la frayeur, la terreur même; mais il faut user sobrement de pareils moyens , et rien n'est plus absurde que l'idée d'Aubry qui veut que, dans certains cas, on fasse naître dans l'àme du malade l'idée qu'il va mourir, pour arrêter, par exemple, une métrorragie.

Des plaisirs des sens. C'est ici surtout que la nature a placé la santé à côté de l'usage , et la maladie à côté de l'abus. A cela , se réduit tout ce qu'on a dit sur ce point. Quant aux plaisirs qui résultent de la conjonction des organes sexuels, c'est une double source de maladie quand on en abuse ; car , outre la surexcitation du système nerveux, il y a les maux qu'entraîne le contact mutuel d'une surface surexcitée avec une surface enflammée. Les plaisirs sexuels doivent pourtant être quelquefois prescrits, c'est lorsqu'il se manifeste des phénomènes morbides par excès de continence.

De Voir* Faire changer un malade de pays, c'est le faire changer d'air. Celte mutation est parfois avantageuse , mais ce u'est que lorsque les organes n'ont pas subi une altération profonde. On n'a pas celle ressource dans les maladies aiguës ; il serait pourtant utile de pouvoir à volonté modifier les conditions atmosphériques, c'est-à-dire, rafraîchir l'air et l'humidifier aussi aisément qu'on J'échauffe et qu'on le sèche. Il ne faut rien négligerôe ce qui peut rapprocher de ce but désirable eu choisissant le pays, la situation, la direction des ouvertures de l'habitation, les plus favorables au but qu'on se propose.

Un moyen assuré pour que l-'air concoure au rétablissement du malade , c'est de le maintenir dans une température moyenne , de le renouveler souvent , et de conserver le malade dans un état de propreté parfaite. -

La propreté consiste à laver le corps, et notamment les parties salies par les excrémens et l'urine, à le changer souvent de linge (celui-ci doit être sec et chand ), à éloigner promptement les vases de nuit, les chaises percées, du lit et de la chambre du malade.

En général , on craint trop de changer le linge des malades dans les maisons particulières, et on prend trop peu de précautions en le faisant dans les hôpitaux.

La diète, le repos, la propreté, uu air convenable sont les plus puissans moyens de guérison dans les maladies aigués; sans eux, tous les autres sont inutiles. Un régime assorti et ténu, un exercice modéré, la propreté, uu air salubre sont les conditions les phis favorables à la guérison des maladies chroniques.

RÉGLISSE a7

REGLISSE, 8. f.^ glycyrrhisa ; genre de plantes de la diadelphie décandrie , L. , et*de la famille des légumineuses, ]., qui a pour caractères : calice persistant, tubuleux , bilabié , il lèvre supérieure divisée en trois parties, dont celle du centre est plus large et subdivisée en deux segmens, h lèvre ii lie ri cure simple; gousse un peu aplatie, lisse ou hérissée, renfermant trois à six semences.

Chacun connaît la réglisse officinale , glycyrrhiza glabra y qui croît naturellement dans le midi de la France et l'Italie, où on la cultive à cause de ses racines, seule partie dont on fasse usage. Ces racines sont traçantes, fort longues, cylindriques, de la grosseur du doigt, roussàtres à l'extérieur, jaunes intérieurement, et un peu succulentes. Leur saveur est douce et niucilagincusej cependant, lorsque Ton continue de les mâcher pendant quelques temps, elles finissent par produire une légère sensation, d'amertume. L'analyse y démontre l'existence d'un principe particulier, appelé s acc ho -go m mite par Desvaux, et glycyrrhizine par d'autres. Ce principe est solide, incristal lisable, d'un jaune sale, d'une saveur sucrée , peu soluble dans l'eau froide, soluble dans l'eau bouillante, d*où il se précipite ensuite sous forme gélatineuse , et soluble dans l'alcool j traité par l'acide nitrique , il ne donne aucun des produits du sucre, mais bien une matière résinoïde. L'agedoïte l'accompagne dans la racine de réglisse, dont il est le principe sucré suivant les recherches de Robiquet.

La racine de réglisse , bouillie dans l'eau , fournit une boisson mucilagineuse légèrement sucrée , qui convient dans tousses cas où il est nécessaire d'administrer des adtmcrssaus. Ou l'emploie généralement pour édulcorer les tisanes. On en prépare, en Espagne surtout, un extrait qui s'obtient en faisant bouillir les racines sèches dans l'eau , puis épaissir la décoction d'abord sur le feu, ensuite au soleil, jusqu'à ce qu'elle soit presque desséchée. Tel qu'on le trouve dans le commerce , cet extrait est en cylindres longs de six pouces, épais d'un environ , et enveloppés de feuilles de laurier. Sa saveur est douce, quoique mêlée d'une légère amertume. On l'estime peu ; d'un côté, parce qu'il est toujours plus ou .moins brûlé; de l'autre, parce qu'il contient assez fréquemment des parcelles de cuivre détachées des chaudières par le frottement des spatules de fer avec lesquelles on le remue avec force ; aussi les pharmacien* lui font-ils subirune nouvelle préparation avant de le débiter; ils le dissolvent dans de l'eau distillée, filtrent la liqueur pour la débarrasser de tous les corps étrangers qui y sont Suspendus , et la font évaporer au bain-tnarie; quand elle est assez épaisse , ils l'aromatisent avec l'huile essentielle d'anisj'et coulant la masse sur une table de marbre huilée, l'étendent, au moyen

d*un rouleau , en une plaque mince qu'Us coupent par petits morceaux dès qu'elle a pris assez de consistance. Ainsi purifié , le suc de réglisse est un moyen populaire dans les inflammations catarrhales, et s'il u'est pas d'une grande utilité, au moins a-t-il l'avantage de ne jamais nuire.

Les pharmaciens préparent aussi une pâ.e de réglisse qui sert aux mêmes usages que Je suc purifié, et qui «st plus agréable. Celle pâte se fait avec l'infusioii des racines de la planle, la gomme arabique et le sucre.

Ils se servent également de la poudre de réglisse pour rouler les pilules. .

REIN, s. m.> ren ; nom donné aux organes sécréteurs de l'urine, grosses glandes, généralement au nombre de deux, qui sont situées à une grande profondeur dans la cavité du bas-ventre.

Les reins , disposés l'uu a droite , et l'autre à gauche , ne sont point liés ensemble, dans l'état normal, par continuité de substance, et ne constituent un seul et unique système qu'au moyen de la vessie qui leur sert d'aboutissant commun. Ils occupent la région des lombes, sur les parties latérales de la colonne épinière, entre les deux dernières vertèbres dorsales et les deux premières lombaires, derrière le péritoine. Une grande quantité d'un4issu cellulaire chargé de graisse les unil aux parties voisines.

Chacun d'eux représente assez exactement la forme d'un haricot, c'est-à-dire, qu'ils sont oblongs, aplatis , arrondis dans leur cdtalour, et écliancrés sur l'un de leurs bords. Les deux faces de ces organes sont lisses; l'antérieure est séparée du péritoine

5ar du tissu cellulaire; la postérieure correspond à la portion u diaphragme appliquée sur les deux dernières côtes, au muscle carre des lombes, et au feuillet antérieur de l'aponévrose du muscle irans verse ; le bord externe, plus long que l'autre, est épais, convexe et arrondi ; il se dirige en dehors et en arrière , et se trouve en rapport , sans l'intermède de la membrane péritonéale ,avcc le diaphragme et les muscles des parois du basventre. L'interne., également convexe à ses deux parties supé* rieure et inférieure , présente , dans son milieu , un enfoncement considérable, dont les côtés sont inégaux, épais et irréguliers , et que l'on désigne sous le nom de scistttre rénale. En cet endroit, l'organe est partagé, dans l'étendue d'un demi-pouce à peu près, en deux moitiés, l'une antérieure, l'autre postérieure, entre lesquelles passent les. vaisseaux rénaux et le canal excréteur de la glande. L'extrémité supérieure est grosse, arrondie , et surmontée par la capsule surrénale; l'inférieure, plus mince, se dirige vers la crête iliaque.

La disposition des vaisseaux qui aboutissent a la scissure est

telle, que le troue veineux se trouve place' çn devant , que Partére vient ensuite, et qu'on voit enfin plus en arrière le" commencement de l'uretère. Les branches de la veine et de l'artère s entrecroisent. Quand ces trois vaisseaux sonl parvenus à la scissure, ils se partagent, tout près du bord interne de l'organe, en trois branches principales qui ne tardent pas à se ramifier viles-mêmes; les sanguins se divisent ensuite en deux séries, l'une antérieure, l'aulre postérieure, qui reçoivent entre elles les branches du bassinet. Tous ces vaisseaux ne sont uuis ensemble que par un tissu cellulaire très-làche et par de la graisse.

Les rapports , la situation et le volume ne sonl pas exactement les mêmes pour les deux reins dans l'état ordinaire; celui du coté droit est généralement situé un peu plus bas. Cependant celle disposition n'est pas constante, puisqu'on trouve quelquefois les deux reins à la même hauteur, et qu'il arrive même, chez certains individus, que le droit est plus relevé que le gauche. Ce dernier se trouve placé entre la rate el Ja courbure iliaque du colon; l'autre correspond en bas au ccecum,en haul au foie , en devant à une partie du duodénum et du colon r et quelquefois a l'extrémité du pancréas.

En général, les deux reins sont éga,ux en volume; mais ils varient beaucoup sous ce point de vue , sans que le côté du corps exerce la moindre influence sur cette différence de grandeur relative, quoique les anciens aient prétetidu , mais à tort, que la glande droite est toujours plus grosse que la gauche; d'ailleurs, le volume proportionnel de ces organes n'est pas constamment le même à beaucoup près. On remarque généralement qu'ils sonl d'autant plus gros que l'embryon fe rapproche davantage du moment de sa formation ; cependant ils présentent, même sous ce rapport, des différences individuelles qui ne dépendent pas de l'âge des sujets, et qui paraissent coïncider avec le volume et l'énergie d'autres organes excréteurs.

Chaque rein a ordinairement quatre pouces environ de long sur deux de large chez l'adulte ; son épaisseur est d'un pouce à la partie iuterue, et moindre en dehors; Il pèse de trois a quatre onces.

La couleur de ces organes est cougàtre'; en général, leur consistance surpasse de beaucoup celle des autres glandes; ils sont plus fermes , plus solides et moins faciles à déchirer que ces dernières.

Indépendamment de sa capsule cellulcuse, chaque rein possède une capsule propre qui l'enveloppe étroitement. C'est une membrane blanchâtre , rugueuse sur ses deux faces, qui , par sa grande solidité, se rapproche des membranes fibreuses, quoiqu'elle n'ait pas une texture sensiblement fibreuse. Elle rev^t

3o KEIX

la glande de toutes paris, et n'offre qu'une ouverture, correspondante à la scissure, par laquelle passent les vaisseaux sanguins cl le canal excréteur; sur tous les autres points, elle 4 adhère d'une manière intime à la surface de l'organe.

Les reins sont composés de deux substances très-différentes, qu'on appelle l'une corticale ou glanduleuse, l'autre médullaire , tubuleuse ou fibreuse.

La substance corticale forme la partie extérieure et colorée du rein, et s'étend en outre jusqu'à la face interne de cet organe par plusieurs prolongerons arqués, entre lesquels se trouve disposée l'autre substance, de manière qu'elle représente, en quelque sorte, une collection de cavités unies par une base commune , et dont les culs-de-sac sont tournés en dehors. Son épaisseur s'élève à deux ou trois lignes environ. Sa couleur est plus rouge que celle de la substance tubuleuse, mais elle a une consistance bieu moins considérable ; elle se compose principalement de vaisseaux sanguins et de coipusculcs glanduliformes , qui sont les origines des conduits uriliîfères. C'est dans cette substance que s'effectue la sécrétion de 1 urine.

La substance tubuleuse , renfermée dans la précédente, se compose d'un certain nombre de corps arrondis , coniques ou pyramidaux , qu'on appelle pyramides de Malpighi. Ces corps ont leur base tournée en dehors , tandis que leur sommet emoussé correspond en dedans. A l'exception de la partie la plus interne, qui n'a que quelques lignes de hauteur et de largeur, et qui constitue ce que l'on nomme les papilles ou les mamelons du rein , cette substance est entièrement enveloppée par la corticale. Le sommet des papilles est ordinairement garni d'un enfoncement plus ou moins considérable , qui n'existe toutefois pas d'une manière constante, et il offre un nombre plus ou moins grand d'ouvertures arrondies , qui , bien qu assez petites, sont cependant faciles à apercevoir sans le secours d'aucun verre grossissant. Les papilles garnies d'une dépression ne présentent d'ouvertures que dans celle fossette, tandis que, quand elles se terminent en pointe, les ouvertures sont disposées aussi tout autour du sommet; leur extrémité libre est revêlue d'une enveloppe grossière qui se continue avec la membrane interne du bassinet.

Ces papilles sont remarquables par leur rougeur ; leur nombre varie depuis sept jusqu'à vingt. Elles se trouvent réparties en trois séries, toutes dirigées de liaut en bas, une moyenne , une antérieure H une postérieure. Celles dè la série interne sont tournées en dedans, vers la ligne médiane du corps; celles de l'antérieure se dirigent en arrière, et celles de la postérieure regardent en avant; les supérieures se portent en bas dans toutes

HEIN 3i

les directions; il arrive a plusieurs d'entre elles d'être tout à fait distinctes a leur base , mais de se confondre ensemble a leur sommet. *

Leur substance lubuleuse, moins rouge que la corticale, est composée de vaisseaux sanguins, mais principalement de conduits urinifères droits, qui aboutissent aux ouvertures des papilles. C'est à sa faveur que s'opère l'excrétion de l'urine; car lorsqu'ou vient à la, comprimer, on voit le liquide s'échapper des conduits excréteurs qui la constituent presque en totalité, et sortir par les nous dont le sommet des mamelons est percé.

En dernière analyse, chaque rein est formé d'environ quinte lobules, et chacun de ces segmens se compose à son tour des deux substances, corticale et lubuleuse, mais de telle sorte, que les enveloppes corticales se continuent toutes les uues avec les autres.

A ces données fournies par l'analyse en quelque sorte mécanique, ou plutôt par les seules apparences extérieures , on doit ajouter les suivantes, auxquelles on arrive à l'aide de la macération , des injections et des observations microscopiques.

La surface de la substance corticale n'est pas lisse; elle paraît formée d'une multitude de segmens irrégulièrement arrondis , q ua di angulaires , pentagones cl hexagones , serrés les uns contre les autres, qui n'ont pas tout à fait une demi-ligne de diamètre. Ces segmens sont bornes par de petits vaisseaux , dont les ramifications pénètrent dans leur intérieur; de la résulte qu'ils ont une couleur moins foncée que celle de leurs bords, lesquels sont formés par ces vaisseaux; en outre, on découvre partout, dans la substance corticale, des corpuscules arrondis, visibles à l'œil nu , et qui paraissent alors sous la forme de très-petits points. Ces corpuscules tiennent aux ramifications les plus délices des vaisseaux sanguins, notamment des artères, de sotte que, conjointement avec elles, ils représentent en quelque sorte une grappe de raisin. Divers analomistcs, tels que Malpighi , Bertin , et , dans ces derniers temps , Schumlansky , les considèrent comme autant d'organes particuliers., distincts des vaisseaux qui y aboutissent, comme de véiitables glandes, ou comme de petites bourses, sur les parois desquelles ces derniers s'épanouissent ; d'autres, dans le nombre desquels on distingue surtout Ruysch , ne veulent ' voir en eux que des paquets, des espèces de faisceaux vascul aires. On parvient a concilier ces deux opinions , comme l'a faitMeckel, en Admettant, ce qui paraît le plus vraisemblable, qu'ils sont formés par les extrémités les plus déliées des artères et par les racines des conduits excréteurs, unies ensemble au moyen du tissu cellulaire, cl qu'ils ne sont point creux. Du reste, on ne peut

3i REIN

douter que la formation de l'urine n'ait lieu, du moins e*n grande partie, dans ces corpuscules. Ils semblent ne point avoir de capsule propre, et sont formés, du moitis le plus ordinairement, par un seul ramuscule artériel. On ne les voit pas communiquer d'une manière distincte avec les veines, quoique le passage des artères à ces dernières soit très-facile à apercevoir. Outre ces corpuscules glanduliformes , les ramifications vasculaircs qui y aboutissent , et un tissu cellulaire mou cl blanchâtre par lequel toutes ces parties sont unies, la substance cortical^des reins renferme encore de petits canaux blancs et trèsflexueux, en immense quantité, auxquels on donne le non de conduits de Ferrein. Ces canaux s'anastomosent fréquemment ensemble, marchent ordinairement isolés, se réunissent quelquefois par paires, et circonscrivent de petits espaces d'une forme diversifiée à l'infini. Ils entrent pourune part considérable dans la composition de la substance corticale , et tout porte à croire qu'on doit les considérer comme les conduits excréteurs des corpuscules dont il a été parlé précédemment. Ces conduits, ilexueux dans la substance corticale, deviennent droits dans la lubuleuse. Leur changement de direction commence a s'opérer assez haut, à quelque distance de la surface du rein, d'où il suit que les prolongemens cylindriques des deux substances se pénètrent réciproquement sur un grand nombre de points. Us sont simples, et conservent toujours le môme diamètre dans la substance -corticale ; mais, une fois

Parvenus dans la tubulcuse, ils se réunissent peu à peu, sous es angles aigus par le bas, en plusieurs troncs qui, pour la plupart, ne les surpassent pas de beaucoup en volume, et marchent les uns à côté des autres vers le sommet des mamelons ; mais, suivant quelques anatomisles, Ferrein et Ivysenhardt en particulier, ils ne s'étendent pas jusqu'aux ouvertures dont ces mamelons sont percés, et cessent avant d'être arrivés jusque là. Les mêmes écrivains ajoutent que les ouvertures des mamelons conduisent seulement dans de petits culs-de-sac , profonds d'une ligne ou deux h peu près, qui sont, comme eux, beaucoup plus larges que les canaux en question, et dont le nombre, qui, suivant Ferrein , s'élève à vingt environ dans chaque papille, est moins considérable que celui de ces derniers. Cependant Meckcl est parvenu quelquefois à voir très-distinctement des canaux qui parcouraient loute la hauteur des papilles rénales , de manière qu'il admet une continuité immédiate entre les conduits urinifères et les ouvertures des éminences papillaires. Il est d'autant plus porté à partager cette opinion, qu'on parvient très-aisément à passer de l'air dans les conduits par les papilles, que, chez les grands animaux, l'injection passe même de l'artère dans la papille tout entière, -et qu'où

exprime de l'urine en comprimant la substance corticale.

Chaque lobule ou segment des reins se trouve donc composé de plusieurs amas de canaux, d'abord flexueux, puis droits, très-serre's les uns contre les autres, qui, ayant leur base tournée en haut et leur sommet en bas, représentent la forme du tout, et sont seulement plus alongés. La partie droite de ces canaux, celle qui est concentrée dans la substance tubuleuse, était connue depuis long -temps, puisque Béranger de Carpi en a déjà fait mention; mais c'est Bellint qui «en a donné la description la plus exacte: aussi portc-t-clle son nom à juste titre. Jusqu'à Fer rein, on a pensé que ces canaux, qu'on aperçoit sans avoir recours à aucun instrument d'optique, étaient simples; mais il résulte des recherches de cetanatomiste, confirmées depuis par celles de Schumlansky , que chacun d'eux représente un faisceau de plusieurs centaine» de conduits, auquel on donne le nom de pyramide de Ferrein. Chaque canal flexueux a environ un soixantième de ligne de diamètre. La longueur de tous ces conduits, pris ensemble , s'élève à plus de soixante mille pieds, d'après les calculs de Ferrein. Il y a, dans chaque lobule, sept cents pyramides au moins, de manière que, comme chaque rein est composé de quinze lobules, le nombre total des pyramides s'élève à environ dix mille. D'après les observations d'£yscnhardt, chacun des canaux des pyramides de Ferrein est composé lui-même d'à peu près vingt conduits plus petits; mais, comme le fait judicieusement observer Meckel, on ne peut douter qu'il n'y ait beaucoup d'arbitraire et d'inexactitude dans toutes ces assertions.

La distribution des vaisseaux sanguins dans le rein présente des particularités qui méritent d'être signalées». Les deux séries de leurs ramifications, après s'être comportéesdans la scissure de l'organe de la manière qui a été décrite précédemment , s'enfoncent dans sa substance à la hauteur de la base des papilles rénales , et se dirigent de bas en haut dans les prolongerons nue la substance corticale envoie en dedans. Leurs brandies décrivent des arcades tournées l'une vers l'autre qu'entourent

Srincipalement les bases des pyramides de Ferrein, ou des ivets segmens de la substance interne. Ces arcades ne communiquent ensemble ni par de grandes , ni par de nombreuses anastomoses. Quoiqu'elles suivent les divisions de la substance médullaire, elles ne se répandent point dans son intérieur, mais se distribuent presque exclusivement dans la substance corticale, d'abord dans les segmens situés entre les papilles, puis dans la couche extérieure du rein. De la convexité des ► lus grandespartent un nombre considérable de petites branches isposéesenrayonnant,qui entourent la base de chaque lobule,

et se ramifient de plus en plus pour donner enfin naissance aux corpuscules glanduliformes. Beaucoup de ces brandies péuctreul jusqu'à la face extérieure du rein j les autres ue s'étendent pas aussi loinï Les artères et les veines s'accompagnent fidèlement les unes les autres. Cependant, quoiqu'on ait reconnu la communication immédiate qui existe entre ces deux ordres de vaisseaux, et qu'il est très-facile d'apercevoir, ou n'a pu, du moins jusqu'à présent, en découvrir aucune entre les ramifications Veineuses les plus déliées et les corpuscules glanduliformes, tandis que ces derniers adhérent, d'une manière intime, aux ramifications artérielles. 11 naît aussi des reins une quantité considérable de lymphatiques qui n'offrent rien de particulier sous le rapport de la direction des valvules.

Quant aux nerfs de ces glandes , qui sont très-petits, proportion gardée, et qui se coUent à la surface des artères, ils ne pénètrent pas à une grande profondeur dans la substance de l'organe.

On est dans l'usage de décrire avec le rein le comenccmcnt de son caual excréteur. Ce conduit débute, à la scissure de l'organe, par plusieurs petits tubes membraneux et arrondis, appelés calices ou entonnoirs qui embrassent «les mamelons, et se terminent tout d'un coup a la base de ces derniers, ou plutôt s'amincissent rapidement beaucoup, et se continuent avec leur membrane externe. On compte en général autant de calices que de mamelons. Cette disposition n'est cependant pas constante, car il arrive quelquefois qu'un calice, partagé seulement en deux compartimens par une légère saillie, embrasse deux mamelons très-rapprochés l'un de l'autre. Ceux qui sont simples se rétrécissent, la plupart du temps, en deux gros troncs, l'un supérieur, l'autre inférieur, dont le premier est communément plus volumineux, et composé lui-même de deux rameaux. Ces deux troncs sont unis ensemble par un canal intermédiaire plus étroit, qui descend dans le sens de la longueur. Tous les calices aboutissent dans une petite poche ou cavité membraneuse, appelée bassinet, qui se termine peu à peu en pointe de haut en bas , et se trouve déjà réduit, à la hauteur de l'extrémité inférieure de la scissure du rein, au calibre do Turetère, avec lequel il se continue d'une manière immédiate.

Les reins sont les organes sécréteurs de l'urine ; personne n'en doute aujourd'hui, mais on a souvent agite, et l'on agite même encore la question tle savoir si les matériaux de cette sécrétion leur sont apportés uniquement par les artères,' ou s'ils parviennent à s'y introduire par d'autres voies plus courtes.

Les partisans de cette dernière opinion se fondent sûr la sympathie très-active qui existe entre l'estomac et la vessie, sur

la rapidité avec laquelle les boissons, l'eau froide surtout, sont expulsées par les urines, sur ia grande quantité .de liquide que l'économie élimine en peu de temps par cette voie, soit que les fluides aieut été injectés dans la cavité du bas-ventre, soit qu'on les ait introduits dans le canal intestinal; sur ce que diverses substances passent dans l'urine sans avoir éprouvé aucun changement; sur ce quT on trouve dans l'urine ou dans les vaisseaux lymphatiques situés entre le mésentère et l'appareil ut inaire , soit des substances introduites dans l'estomac, soit d'autres matériaux engendrés même dans le corps , comme le sucre des diabétiques, quoique le sang n'en renferme aucune trace. Ils allèguent aussi la présence dans la vessie de corps solides introduits dans l'économie par la voie de la déglutition ou de toute autre manière ; ils invoquent enfin la présence de l'urine dans ce réservoir , quoique les reins eussent été détruits, que les uretères eussent été liés , que les reins n'existassent même point, ou qu'il n'y eût au moins pas de communication entre eux et les uretères; d'ailleurs, ils ne s'accordent pas sur les explications qu'ils donnent de la manière dont les substancescontenues dans l'urine peuvent arriver a l'appareil uropoiélique sans passer par le système vasculairc. Les uns, n'admettent pas de voies visibles ; ils font dépendre le phénomène d'une simple transsudation qui a lieu, suivant eux, des parties voisines, notamment du canal intestinal, dans kl vessie par l'intermédiaire du tissu cellulaire ; d'autres supposent un mouvement rétrograde dans les vaisseaux lymphatiques et l'appareil urinaire , et allèguent même en leur faveur des cas daus lesquels on aurait trouvé les valvules de ces vaisseaux dirigées en sens inverse, et tournées du côté du cœur ; d'autres encore croient à l'existence de canaux particuliers situés entre l'estomac et l'appareil urinaire.

Les argumens que les partisans de ces diverses opinions invoquent, et qui ont été rapportés plus haut, ne sont pas. tous de Ja même valeur. Le dernier , entre autres, n'en a aucune absolument, puisqu'il est bien certain qu'on ne trouve réellement aucune parcelle d'urine cfans la vessie , lorsque les reins ont été entièrement détruits ; que , dans les cas où le réservoir en a offert des traces notables , les glandes n'avaient pas éprouvé une destruction totale, qu'il ne s'amasse jamais d'urine dans la vessie quand , après avoir appliqué une ligature sut les uretères , on a soin de bien vider le réservoir, enfin que les observations, d'après lesquelles on admet la non communication accidentelle des uretères avec les reins, ne sont nullement authentiques. Quant à la sympathie entre l'csromac et l'appareil urinaire, elle ne dépend pas de connexions mécaniques entre les deux organes; et si l'on a quelquefois trouvé

dans la vessie des corps solides qui avaient été introduits par une voie quelconque dans l'économie animale , leur pénéti alion a été le résultat des voies insolites qu'ils se sont frayées en vertu de la compression exercée par eux ; aux autres argumens , on peut répondre que les principes immédiats des substances animales ne se rencontrent pas , du moins tous, dans le sang , et que ceux qui s'y trouvent n'y sont pas exactement semblables à ce qu'on les voit être dans le eorps, que ce n'est pas seulement dans l'urine qu'on rencontre des substances produites par l'action organique, qui n'existent pas dans le sang , et qu'on trouve ces menées substances dans d'autres parties du corps d'où il n'est nullement prouvé qu'elles passent dans l'appareil urinaire, qu'il serait très-possible que la substance dont on constate la présence dans l'urine eût déjà disparu dans le sang, ou qu'elle fût masquée d'une manière quelconque ; qu'on n'a pas cherché ces substances dans le sang artériel , mais dans le sang veineux ; enfin que, suivant Magendie, on peut constater l'existence de l'une de ces substances, l'hydrocyanate de potasse, dans l'urine, en quelque proportion qu'elle s'y trouve, tandis qu'après l'avoir mêlée avec le sang, même hors du corps, on ne parvient à l'y reconnaître au moyen des réactifs chimiques, que quand elle y est en grande quantité. D'ailleurs , on a constaté réellement l'existence simultanée de plusieurs substances , de la rhubarbe, par exemple, dans l'utine et dans le sérum du sang. Treviramis assure que ce phénomène ne

Srouve rien, parce qu'alors le sérum du sang contenait moins e rhubarbe que l'urine; à quoi l'on peut répliquer que le principe colorant se trouvait disséminé dans la masse entière de la sérosité sanguine, et qu'il n'y avait, pour ainsi dire, que l'appareil urinaire qui pûi en débarrasser celle-ci.

Quant à la présence de certaines substances dans les vaisseaux lymphatiques , c'est encore un argument sans valeur , car les lymphatiques situés au voisinage du mésentère pourraient avoir puisé ces substances dans l'appareil urinaire , ou leur avoir accidentellement imprimé un mouvement rétrograde contraire à celui que les fluides ont coutume d'y suivre, sans qu'on fût autorisé à conclure de là que les substances étran • gères pénètrent toujours par cette voie dans les organes urinaires, ni même qu'en admettant le mouvement rétrograde dont il a été parlé , elles s'y fussent introduites à sa faveur. ■ A l'égard de la rapidité prétendue avec laquelle las boissons et ccrtaincs*substances passent dans l'appareil urinaire , elle n'est pas en réalité aussi grande qu'on se l'imagine , et on l'explique d'ailleurs sans peine par le peu d'étendue du trajet que ces substances ont parcouru, même en admettant que le système sanguin est la voie qu'elles suivent. Si l'on renconlredéjà

la rhubarbe clans l'urine au bout do dix-sept minutes, qu'elle disparaisse de ce liquide au bout de quelques heures, qu'elle colore les matières excrémentilieiles après un laps de lempP de six ou sept heures, et qu'alors on la retrouve de nouveau dans l'urine , ce fait, selon la remarque de Meckel, ne prouve pas que, comme le prétend Treviranus, la rhubarbe qu'os a trouvée en premier lieu soit arrivée à l'appareil urinaire par une voie plus courte que celle qu'on rencontre ensuite. La rhubarbe, qui s'est montrée en premier lieu dans l'urine, a ssé , sans contredit, de l'estomac, à la face interne et absornie duquel elle était offerte sans avoir subi encore de décomposition, dans le système sanguin ; cl l'intervalle de dixsept minutes n'est réellement pas trop court pour qu'elle parvienne de ce dernier à l'appareil urinaire. Peu à peu l'action de cette substance sur la face iulerne de l'estomac et du canal intestinal détermiue la membrane muqueuse de ces organes à fournir une sécrétion plus abondante, qui l'enveloppe de toutes t paris , et qui diminue l'absorption. Lorsque celte surexcitation est épuisée, la rhubarbe se trouve absorbée de nouveau. Mais il existe encore une autre cause a laquelle on doit très-probablement attribuer la disparition de cette substance dans t'urine durant un certain laps de temps : c'est que l'action des rein* devient moins énergique pendant que celle du canal alimentaire se trouve exaltée.

Quant à ce quiconcerne les canaux particuliers dont quelques physiologistes ont admis l'existence entre l'estomac et l'appareil urinaire, celte opinion est facile a combattre. En premier lieu , l'idée suivant laquelle le tissu cellulaire sert de conducteur ou d'intermédiaire, est fort peu probable, attendu, d'un côté, que l'application des phénomènes observés chez les animaux inférieurs à la théorie de ceux qui se passent chez les animaux de* classes supérieures, ne conduit jamais qu'à des données fort incertaines; et, de l'autre, qu'en admettant cette supposition , il deviendrait difficile, pour ne pas dire même itnpossible , d'expliquer pourquoi le passage s'effectue de préférence par les reins. En second lieu , le mouvement rétrograde dans les vaisseaux lymphatiques est un phénomène que la présence des valvules rend très*peu probable, du moins dans l'état normal. On a prétendu, il est vrai, avoir quelquefois trouvé les valvules disposées en sens inverse de celui qui leur est ordinaire ; mais ce cas ne pourrait être considéré que comma une pure exception-, en admettant même qu'il ait jamais eu Heu réellement. D'ailleurs, une disposition pareille ne saurait jamais être générale , attendu qu'alors il ne pourrait pas se l'aire d'absorption ayant la vessie pour poiut de départ , cl il n'est point non plus démontré que les valvules soient disposées

d'une raauière dans certains lymphatiques, et d'une manière inverse dans certains autres ; enfin, 1'exisience des canaux spéciaux n'a jamais été constatée par des observations authentiques , et les conduits que l'on a regardés comme tels , étaient évidemment des formations accidentelles et moibides; une circonstance s'oppose même encore à ce qu'on les admette , c'est qu'on n'a jamais trouvé entre le canal digestif et les voies urinaires aucune substance qui existât dans les deux appareils sans être contenue dans le système sanguin , et que, quand bien même ce phénomène aurait Lieu, on pourrait toujours l'expliquer en disant que les substances trouvées en cet endroit, notamment dans les vaisseaux lymphatiques, y sont venues de l'appareil m maire.

Àiusi, dans l'état actuel des connaissances anatomiques, ou peut soutenir que le système artériel est le seul qui apporte aux reins les matériaux de la sécrétion urinaire.

Les reins présentent des différences assez frappantes dans le cours de la vie sous le rapport de leur volume proportionnel , de leur texture et de leur configuration.

lis sont d'autaut plus volumineux , toutes choses égales d'ailleurs, que le fœtus est moins avancé eu âge, et chez l'enfant qui va naître, leur poids est encore un quatre- vingtième environ de.celui du corps entier, tandis que, chez l'adulte , il est trois fois moins considérable.

A l'égard de leur texture, la substance tubuleuse y est plus abondante, en proportion de la corlicale, dans le fœtus ou du moins dans celui a terme, que chez l'adulte; les faisceaux de conduits urinifères, ou les pyramides de Ferrein , sont plus faciles à séparer li s uns des autres , et de même que toutes les parties du corps , composés sensiblement de globules qu'on n'aperçoit plus chez l'adulte; au contraire, les conduits euxmêmes sont plus difficiles à distinguer.

Sous le rapport de la configuration, les reins sont plus alongés^ et le bassinet est plus rapproché de la face antérieure chez le fœtus que chez l'adulte , de manière que la scissure se trouve moins développée. Leur surface n'est point lisse non plus ; ils ne forment pa,s une niasse cohérente et homogène, mais sont composés de plusieurs lobes , dont le nombre est d'autant plus considérable, et le volume d'autant moindre, que le fœtus se rapproche davantage du moment de sa formation. Dans le fœtus a terme, les petits lobules, d'abord distincts les uns des autres, sont réunis ensemble de manière à produire les lobes plus volumineux qu'on reconnaît encore chez l'adulte , ou ils ont cesse d'être séparés. A cette époque de la vie, en elfet, ils ne tiennent les uns aux autres que par un tissu cellulaire très-lâche , de manière qu'on parvient faci-

REIK 39

lement a les isoler, el que leurs bases sont même séparées , à ia surface du rein , par des enfoncetnens considérables.

Les reins sont sujets à un grand nombre d'anomalies, et il est même peu d'organes dans l'économie animale qui présentent autant de variétés qu'eux dans la figure et la position.

Chez quelques sujets, ces organes sont remarquables par leur petitesse. Il arrive souvent, en pareil cas, lorsque l'anomalie existe d'un seul côté, qu'elle se trouve compensée par Je volume plus considérable du rein de l'autre côté j mais cette disposition n'est pas constante.

Dans d'autres cas > au contraire, les reins ont un volume excessif.

Assez souvent on ks trouve réunis en un seul. Tantôt, alors les deux moitiés de la masse unique qu'ils forment sont situées chacune dans Tendron où l'on a coutume de la trouver ; tantôt il u'cxisle aucune trace indiquant qu'un rein eût jamais existé dans l'endroit où l'on n'en trouve pas. Le rein unique occupe alors l'emplacement accoutumé , et suit la direction ordinaire. On reconnaît qu'il doit naissance à la réunion des deux, non-seulement parce qu'il est plus volumineux que dans l'état normal , mais encore parce qu'il offre un rétrécissement à sa partie moyeune , et parce qu'il présente aussi des traces de multiplication dans les vaisseaux, les scissures, le bassinet et l'uretère.

Les deux reins, ainsi confondus en un seul, ne se joignent pas toujours de la même manière. En général, ils* ne sont unis que par leur partie inférieure , et jusqu'à une hauteur plus ou moins considérable, de manière à représenter une masse demicirculaire, dont la concavité regarde en haut, eula convexité en bas. 11 est plus rare que la réunion s'étende à leur hauteur tout entière , cas dans lequel ils se trouvent convertis en une masse ronde ou carrée.

Ou a .quelquefois rencontré les reins plus alongés qu'à l'or dinaire , ou ayant le bassinet situé sur la face antérieure. Cette anomalie coïncide ordinairement avec l'excès de volume de l'organe; mais on peut aussi l'observer sans qu'il y ait la moindre trace d'hypertrophie.

La structure lobuleuse des reins se conserve parfois, et , dans certains cas même, d'une manière assez prononcée pour qu'il en résulte plusieurs glandes séparées, que divers auteurs ont décrites à tort comme autant de reins distincts.

Ces organes sont assez souvent descendus fort au dessous de leur emplacement ordinaire, au. point même qu'on les trouve quelquefois tous deux dans le bassin.

La plupart de ces anomalies soul congéniales ; cependant plusieurs d'entre elles se développent ausM dans le coure de t

la. vie; c'est ce qui a Heu particulièrement pour l'hypertrophie et l'atrophie. Eu effet, il u'esi pas rare que les reins augmentent de volume, quelquefois même à un point énorme, sans changer de texture, ou . qu'au contraire ils disparaissent et t'effacent presque entièrement. Dans ce dernier cas, tantôt ils diminuent beaucoup de volume, mais leur substance demeure ferme et solide; tantôt ils conservent leur volume, ou même en acquièrent un plus considérable, mais leur substance se détruit presque totalement, et ils se trouvent convertis en un sac à parois plus ou moins mincès. La première espèce d'atrophie survient à la suite d'une maladie de l'organe; la seconde ne reconnaît pas toujours pour cause une maladie antécédente, et dépend souvent d'un obstacle à l'écoulement de l'urine, qui existe au dessous de la glande.

. L'anatomie pathologique ne nous a encore appris que trèspeu de chose sur les altérations morbides des reins. Leur consistance n'est pas toujours la même. On les trouve quelquefois extrêmement flasques chez les diabétiques, circonstance dans laquelle il leur arrive souvent de recevoir beaucoup plus de sang qu'à l'ordinaire. D'un autre côté, leur consistance est quelquefois accrue à un degré surprenant. Il n'est pas trèsrare non plus de les trouver convertis en graisse. Fréquemment aussi, il.se développe dans leur intérieur, surtout chez les personnes avancées en âge, une quantité plus ou moins considérable, quelquefois énorme, de kystes séreux, presque toujours adherehs, remplis d'une sérosité diversement colorée, et la plupart du temps limpide, qui détruit quelquefois entièrement» leur substance. Dans certains cas, le rein paraît formé primitivement de kystes semblables; dans d'autres, on y trouve, soit des hydatides , soit des slrongles géans, 6oit des calculs urinai res. "

Les reins sont sujets à de nombreuses maladies. Leur volume peu considérable, leur situation profonde, la multitude des parties situées au devant d'eux, et l'épaisseur ainsi que la résistance de celles qui les protègent en arrière, sont autant de circonstances qui rendent difficiles et rares les blessures de ces organes. Cependant les auteurs ont conserve des exemples assez nombreux d'accidens de ce genre. On reconnaît que les reius ont etc atteints à la situation de la plaie extérieure, à sa direction , à la profondeur à laquelle elle a pénétré. La sortie presque constante du sang ou d'une urine sanguinolente par l'urètre, une vive Couleur ressentie a la région rénale, et propagée le- long du cordon des vaisseaux spermatiques, à l'anus cl au testicule du même côté, sont deux phénomènes qui accompagnent ordinairement et suffisent pour caractériser les lésions des reins. La douleur du testicule est

REIN 4i

souvent Irès-vivc, et entraîne la rétraction spasniodiquc de cet organe vers l'anneau sus-pubien. L'agitation et l'anxiété -ont bientôt des progrès; le pouls devient petit, serré, fréquent, irrégulier; l'urine est rare, sédimenicuse, rougcàtre, quelquefois supprimée; les douleurs de la région lombaire tendent à se propager à tout l'abdomen ; la peau est sèche et brillante, la langue rouge, la soif considérable; souvent des vomisscmens réitérés se manifestent, et Ton observe cet affaissement général et profond, celle tendance irrésistible aux lipothymies qui accompagnent le plus grand nombre des plaies de l'abdomen , avec lésion des nerfs et des viscères que cette cavité renferme.

Malgré cet appareil formidable de symptômes , les blessures des reins ne sont pas constamment mortelles. La guérison s'opère même avec assez de facilité , lorsque les grosses divisions de l'artère rénale ont été épargnées, el que l'organe, atteint par la partie postérieure, ne verse pas dans l'abdomen l'urine qu'il sécrète. Fallope, Valleriola, Forest, Haller, Lamotte, Dupuy , et plusieurs autres praticiens, ont consigné dans leurs écrits des observations de plaies des reins terminées d'une manière heureuse. Les complications les plus redoutables alors sont les lésions simultanées d'autres organes imporlans, comme le foie et le diaphragme, ou l'intestin, la blessure de quelque vaisseau considérable, enfin l'ouverture -du péritoine à l'endroit où la cavité du rein est déchirée.

Les saignées abondantes, générales et locales, les fomentations émollieutes continuelles sur la région lombaire, le repos le plus absolu du corps et de l'esprit, les boissons délayantes et émulsives , prises modérément, afin de ne pas surcharger l'estomac, et de ne point exciter trop l'action des organes blessés, tels sont les moyens sur l'usage desquels il convient d'insister. Les bains de siège prolongés pendant trois, quatre ou six heures, dans une décoction émolliente tiède , seraient alors éminemment utiles, si Ton pouvait y plonger le malade sans lui occasioner de douleurs trop- vives. Lorsque l'urine paraît supprimée, il faut explores attentivement la vessie, ou même y passer une sonde, car on a vu des caillots accumulés dans cet organe, obstruer son col, et rendre impossible la sortie du liquide qu'il renfermait. Le camphre et l'opium, recommandés dans les cas qui nous occupent, ne doivent être employés qu'avec une grande circonspection. Le camphre surtout irrite trop vivement l'estomac pour que son usage ne puisse présenter de graves inconvéniens. Les déplétions sanguines, les boissons délayantes, les fomentations émollienies cl les bains doivent constituer alors la base du traitement , et

4* RELACHEMENT

leur emploi persévérant a seul procuré le succès dout s'applaudissent les auteurs.

Les abcès des reins ne peuvent être reconnus qtle quand l'inflammation se propage aux lombes, et détermine uue tumeur sous-cutanée plus ou moins considérable. Lorsque, dans, ces circonstances, une fluctuation profonde se fait sentir, il est permis de plonger un bistouri jusqu'au foyer purulent, et de

Srocurer l'évacuation du liquide qu'il renferme. Une mèche e linge effilé ou quelques légers bourdonneis, enfoncés dans la plaie, serviront à maintenir la liberté de son trajet , et à rendre plus facile la sortie du pus, de l'urine et des calculs dont le rein peut être rempli.

Les fistules qui succèdent aux opérations de ce genre, ou

3ui s'établissent spontanément, n'exigent pas d'autre moyeu e traitement. Extraire, soit avec des pinces, soit à l'aide d'injections ponssées avec ménagement, les graviers et les calculs dont les bassinets sont alors ordinairement remplis; entretenir le canal de la fistule libre de tout obstacle , et prévenir son rétrécissement au moyen de l'éponge préparée ou de toute autre matière analogue; s'opposer, au moyen d'un régime sévère, de bains tièdes et de boissons émollientes, au retour de la phlogose aiguë du rein : telles sont les indications que présente le traitement de ces maladies. L'urine s'est, dans ces cas, ouvert une voie anormale d'écoulement ; elle a remplacé, du moins en partie, la route prolongée qu'elle suit ordipaireinent par un canal plus court, plus direct, moins important à la vie. Il faut donc favoriser celte tendance, prévenir de nouvelles inflammations aiguës des reins, et de nouvelles déviations du liquide qu'il sécrète, afin d'écarter les accidens qui pourraient survenir, et de prolongér ainsi l'exisience des sujets.

L'inflammation des reins a été décritê ailleurs {Voyez héphrite). Ces glandes sont également susceptibles d'éprouver des altérations dont la tiature n'est pas encore bien connue , mais qui influent puissamment sur l'abondance et la composition de l'urine. En effet , l'excrétion urinairc peut être accrue ou diminuée; l'urine peut offrir aussi des anomalies sous le rapport de la quantité respective, de la nature ou de l'altération des diverses substances qui entrent dans sa composition. Tous les détails relatifs à cet objet important qui n'ont pas déjà trouvé place dans l'article diabète, seront exposés avec soin aux articles tjrinaire et urine.

RELACHEMENT, s. m.; laxité trop considérable des parties molles. On donne spécialement ce nom aux relàchemens des parois charnues et aponévrotiques de l'abdomen. Il n'est

11ELEVEUR 43

rj rare de voir , après plusieurs grossesses, ou chez les hommes , la suite d'un embonpoint excessif, auquel une grande mai» gieur a succédé, les muscles abdominaux relâchés laissant les viscères digestifs se porter en avant, puis en bas, et tomber jusque sur les cuisses. Cet état est accompagné de lenteur dans la digestion , d'un sentiment intérieur de faiblesse qui rend impossibles les exercices soutenus ou les travaux pénibles, enfiu d'une disposition toujours croissante aux hernies. Le seul moyen de remédier aux incommodités de ce genre consiste dans l'application à toute la surface abdominale d'une ceinture élastique maintenue en bas par des sous-cuisses , et en haut par des bretelles; alors les viscères, se trouvant artificiellement soutenus, reprennent leurs fonctions, et la gêne ainsi que les tirai llemens qu'éprouvaient les malades se dissipent. Ces ceintures, lacées en avant sur la ligne médiane, doivent s'adapter avec exactitude à toute l'étendue des parois du ventre , exercer sur elles une pression égale et douce , et céder lorsque, par l'ingestion des alimens, celte partie augmente de volume.

RELEVEUR, s. m. et adj., Uvator; nom donné par les analomistes à plusieurs muscles qui ont pour usage de relever les parties auxquelles ils prennent leur insertion.

Cette épithèle est plus particulièrement réservée, néanmoins, à un muscle pair de la région anale, le releveur de Vanus , qui, placé a la partie inférieure du bassin, à la manière d'une cloison oblique , complète de ce côté la cavité abdominale. Ce muscle, irrégulièrement quadrilatère, est mince et moins large en bas qu*en haut. De courtes fibres aponévrotiques lo fixent , d'avant en arrière, à la partie inférieure et antérieur» de la symphyse pubienne, à l'os des îles, au dessus du bord supérieur de l'obturateur interne, à l'épine sciatique, et à une large aponévrose qui recouvre ce muscle. Ces diverses insertious sont interrompues, vers le trou ovale, pour le passage des vaisseaux et des nerfs obturateurs. Les fibres charnues moyennes et antérieures du muscle descendent obliquement d'avant en arrière et de dehors en dedans ; parvenues en arrière et au dessous du rectum, elles se réunissent à celles du côté opposé, et enveloppent cet intestin en rayonnant. Quelquesunes des plus antérieures semblent se fixer à la prostate, ou se confondre avec le sphincter de l'anus. D'autres, qui proviennent de l'angle de réunion des corps caverneux de la verge avec l'urètre, se répandent en arrière sur le bulbe de ce canal. Les postérieures descendent en dedans, où elles se terminent sur les parties latérales du coccyx.

Le muscle releveur de l'anus a, chez l'homme, des rapports en dehors avec l'obturateur interne, le grand fessier, le

44 REMITTENT

transverse, et plus bas avec Je tissu cellulaire abondant qui «voisine l'anus; en dedans, avec la vessie, Ja prostate et le rectum. Plus faible chez )a femme, et moins courbé , surtout dans ses fibres postérieures, il adhère fortement au vagin avant «.l'arriver au rectum.

Ses usages sont de relever le rectum , et de le porter en avant. 11 comprime ainsi cet intestin, dans Je même temps qu'il résiste à Faction des muscles du bas-ventre et du diapliragme. Il favoiise aussi l'cjaculation et l'expulsion de l'urine, ainsi que celle des matières fécales. Chez la femme, il contribue un peu a resserrer le vagin.

REMEDE, s. m., remedium; tout moyen propre a opérer un changement salutaire dans l'état maladif, ou auquel on attribue cette propriété. Le mot remède est synonyme de me dicament dans le langage ordinaire. Mais il a une signification bien plus étendue dans celui des médecins, qui ne donnent le nom de médicament qu'à une production naturelle revêtue d'une forme pharmaceutique , et jouissant de la faculté de modifier Pétat des organes sur lesquels on la fait agir.

REMISSION , s. f. , declinatio , remissio. Ce mot , qui ne signifiait d'abord que diminution , rt qui s'entendait de l'amendement momentané qui a lieu dans les symptômes de plusieurs maladies aiguës avec trouble de la circulation , est aujourd'hui , et surtout depuis Pinel, employé pour désigneriez intervalles qui séparent les accès des maladies continues, avec redoublemeus précédés de frisson, accompagnés de chaleur, et suivis de sueur. Toutefois on dit encore d'une maladie qu'elle a offert une remission alors même qu'elle n'a présenté que de simples redoublemens et non des accès en tout semblables à ceux des maladies intermittentes avec trouble de la circulation. La rémission diffère de Y intermission, en ce que, dans la première, la maladie continue , mais avec moins d'intensité durant d'intervalle des accès, tandis que, dans la seconde, la maladie cesse entre les accès.

REMITTENT , ad j:, remillens. 11 est peu de maladies dont l'intensité aille croissant, puis diminue d'une manière uniforme, sans alternatives plus ou moins prononcées d'augmentation et de diminution; ainsi, la plupart des maladies aiguës, surtout celles qui sont accompagnées d\m trouble de la circulation , sont plus incommodes, plus douloureuses, plus prononcées le soir , et offrent parfois à cette époque de la journée divers symptômes qu'on n'observait pas le matin ou vers le midi ; quelquefois, au contraire, ce redoublement a lieu le malin, plus souvent dans la journée , plus souvent encore la nuit. Rigoureusement parlaut, il n'y a donc pas de maladies conti-

nues ; toutefois on donne çe nom à celles qui n'offient que des redoublemens peu intenses, ou peu réguliers dans l'époque de leur retour; mais lorsque ces redoublemens sont précédés de frisson, accompagnes de chaleur et suivis de sueur, lorsqu'ils offrent tous les caractères d'un accès fébrile, qui vient, pour ainsi dire, s'ajouter à la maladie, sans que celle-ci cesse, on l'appelle rémittente ; sa marche est ce qu'on nomme rémittence, et chaque intervalle qui sépare les accès est appelée rémission»

Quoique toutes les maladies puissent être rémittentes, 011 regarde principalement comme telles les inflammations aiguës désignées sous le nom de fièvres : c'est ici le lieu de parler de ce s affections, et, h leur occasion, nous parleronsdes causes, des signes et des indications que présente la rémittence.

rémittente ( fièvre) , febris synocha , continua, continua t n , continens , paroxysmalis , continua periodica , proportionatay remiltens. Parmi les pjrétologisles, les uns ont omis les fièvres rémittentes, et les autres ont confondu sous ce nom toutes les fièvres continues; d'autres plus sages ont conserve celte dernière dénomination pour les maladies aiguës continues qui n'offrent que des redoublemens, et ils ont appelé fièvres rémittentes celles qui, dans leur cours non interrompu, présentent des accès analogues à ceux des fièvres intermittentes. Celles-ci sont uu des deux genres de fièvres périodiques. Selon Stoll, la fièvre ré» roittente doit être considérée comme composée de deux fièvres dans lesquel les elle doit être séparée comme en ses deux élémens ; la continue et l'intermittente , dont chacune produite dans le même homme , dans le même temps, par la même cause ou par différentes, par la nature de l'épidémie, par la méthode de traiter, fait la rémittente. Pinel remarque avec beaucoup de sagacité' que cette manière de voir est peu exacte, et qu'elle peut avoir une influence dangereuse dans l'exercice de la médecine, en faisant penser qu'on peul attaquer directement la

Sartie intermittente de la maladie par le quinquina pour retire le traitement de la partie continue plus simple. Baumes voit dans la fièvre rémittente un genre mixte de pyrexie faisant ia nuance entre la fièvre continue et la fièvre intermittente, sans cesser qéanmoins d'appartenifi plus particulièrement à celte dernière; il se 'rapproche donc du sentiment de Stoll , quoique d'ailleurs il cherche à s'en éloigner ; il pense que l'on doit considérer comme fièvres rémittentes même celles dont les retours, à peu près périodiques, ne sont pas, ou ne sont plus annoncés par le frisson; enfin, il ajoute, et cet aveu est remarquable, qu'entre la fièvre rémittente et la, fièvre intermittente, la différence n'est que dans le degré; enfin, le même auteur veut , avec Lautter,quele redoublement ou l'accès arrive sans cause étrangère, et que la remission soit spontanée ,

pour que la fièvre soit rémittente; quelque scolastique que paraisse celte idée, elle est pourtant fondée sur l'observation. Toutes les fièvres continues seraient rémittentes, si on appelait aiiw celles dans lesquelles il survient un redoublement ou même uu accès parce que le sujet s'est exposé au froid , ou bien une rémission parce qu'on a saigné le malade.

Une fièvre continue est rémittente quand on observe les particularités suivantes :

Avant l'accès, sommeil lourd, fatigant ou interrompu, bouche sale au réveil , douleur ou simplement pesanteur de letc, yeux pesans et rouges ou abattus j tristesse, dégoût, nausées, chaleur incommode ressentie principalement a la paume des mains et à la plante des pieds,

Dans l'accès, malaise, sentiment de forte lassitude, de tension dans les muscles, de raideur dans les articulations, mouveraeus. d'extension des uns, de flexion des autres; envie de dormir plus ou moins insupportable, pâleur et lividilé des ongles, froid du bout du nez et de l'extrémité des doigts , gêne de la respiration, inspiration pénible, pandiculations et bâillemens fréquens; par intervalles , sensation de froid a la peau , douleurs obtuses dans les membres; tremblement universel, claquement des mâchoires, pâleur de la face, lèvres décolorées, assoupissement et quelquefois léger délire; petite toux sèche, soif assez forte avec bouche sèche, pâteuse ou amère, envie fréquente d'uriner , urine ténue et pâle , quelquefois trouble; pouls petit, fréquent, serré , parfois des mouvemens convulsifs, une grande anxiété quand le sujet est très-irritable , état d'impatience. Celte période diminue insensiblement, les frissons, le tremblement, les mouvemens convulsifs s'éloignent de plus en plus, le pouls est alternativement concentré et développé , de petites bouffées de chaleur coupent par intervalles le sentiment de froid , les vomissemens surviennent ou'sont plus abondans, quelquefois il y a une sorte de syncope ; le froid cesse» une chaleur douce et générale lui succède, et le pouls s'élève décidément; ordinairement les nausées, les Vomissemens s'arrêtent, l'urine coule, moins souvent elle est rouge et chaude $ le majade se découvre, cherche le frais , le visage rougit, 'l'haleine est chaude, les yeux brillans, la peau sèche et chaude, la soif excessive, la respi- • raiion moins gênée, mais plus fréquente; le pouls plein ou fort, égal, précipité; le battement des artères temporales et carolides se fait vivement sentir, et quelquefois il survient un délire assez marqué ; parfois il se manifeste une éruption rouge ortiée, boutonneuse; les douleurs dorsales, lombaires, articulaires et celles de la tête, tous les symptômes augmentent d'intensité pendant un certain temps , se maintiennent au plus

haul degré plus ou moins long temps, puis des alternatives de diminution et de retour à l'étal de violence commencent à avoir lieu, ensuite les accideus déclinent; la peau est tour à tour sèche et brûlante, tempérée et humide , puis elle s'assouplit , s'humecte, Turiiie coule abondamment; cite est citronnée, épaisse , sédimenleuse , pai fois à sédiment briquelé; la moiteur s'établit, des sueurs ou desselles bilieuses, quelquefois les unes et les autres, terminent l'accès.

Apres l'accès, le malade éprouve un véritable soulagement, quelquefois même il va jusqu'à croire que sa maladie a cessé, à cela près d'un sentiment de fatigue douloureuse, de l'amertume de la bouche, de la fétidité de l'haleine, d'un reste de chaleur h la peau et d'une disposition au frisson on observe d'ailleurs tous les symptômes qui existaient avaut que l'accès commençât k s'annoncer.

• Tel est le tableau d'un accès intense et bien caractérise de fièvre rémittente , selon Baumes ; c'est le même que celui d'une fièvre intermittente, par conséquent, ce que nous avons dit, en parlant de cette dernière, s'applique, sous ce rapport, k celle dont il s'agit dans cet article. Mais Baumes ne s'est pas borné à peindre une fièvre rémittente bénigne ; il a signalé les caractères de celle qui offre un caractère de malignité, en un mot, il a décrit la fièvre rémittente pernicieuse passée sous silence par un si grand nombre de nos contemporains.

Dès le commencement de cette fièvre, dit-il, le po\ils est mou et faible, petit et enfoncé , souvent inégal ; les symptômes dominans sont les nausées, les vomissemens opiniâtres, la cardialgie, l'anxiété, la diarrhée séreuse, bilieuse très-liquide, le gonflement du visage , la surdité , l'assoupissement, les douleurs profondes, le délire plutôt tranquille que furieux, l'affection léthargique, la difficulté de respirer, (e météorisme du bas-ventre, l'incertitude des mouvemens. Dans quelques épidémies seulement, ajoule-t-il , le mouvement du pouls est assez violent. Avant que le paroxysme commence, les malades sont affaissés, mornes; ils éprouvent des vertiges, ils sont menacés de défaillance ; un grand froid survient tout k coup avec des douleurs qui semblent partir de la colonne vertébrale, le pouls est profond, et ses vibrations , k peine sensibles, sont confuses; le sujet immobile et glacé éprouve de la pesanteur des tiraillemens de l'cpigastre ; il y a des vomissemens ordinairement de bile - verte , ensuite il se développe une chaleur acre , le pouls s'élève lentement ; alors même qu'il s'élève, il est encore plus . faible, plus mou, plus petit que dans les cas ordinaires, et il conserve de l'inégalité; la peau rude, sèche, chaude et plus mordicante que dans les fièvres continues , ne se couvre do sueur qu'après dix, douze ou quinze heures. Après l'accès, la

fatigue est extrême ; il reste une impression de chaleur dans la bouche et l'intérieur du corps ; le pouls est encore analogue à ce qu'il était dans l'accès, ou bien il est plus rare que le pouls naturel; le sujet évacue, par haut et par bas, des matières séreuses, bilieuses, vertes , fétides; les accès suivans se rapprochent et se manifestent avec plus de violence ; les accidens s'accroissent et s'accumulent au quatrième , cinquième ou sixième accès; la rémission est a peine sensible; la maladie n'est plus que continue, mais elle a acquis une violence extrême; l'urine est limpide et n'est plus sédimenleuse , la vie du sujet est dans le plus grand danger.

Baumes fait observer avec sagacité qu'il s'en faut de beaucoup que tous ces symptômes soient cooslans, tant dans la fièvre rémittente bénigne, que dans celle qui est pernicieuse , et que parfois la rémission, en raison du calme de la circulation, peut être prise pour une intermission, si Ton n'a égard qu'au pouls; mais il faut tenir compte de tout ce qui s'écarte de l'état de santé, et dès lors il n'est pas difficile de distinguer la rémission de l'intermission, sauf quelque cas où l'état du sujet tient de l'une et de 'l'autre, car la nature se joue de toutes nos divisions sans aucune exception. Baumes pense d'ailleurs, non sans apparence de raison, que le nombre des rémittentes pernicieuses est plus grand que celui des pernicieuses intermittentes; mais, pour prononcer à cet égard, il faudrait utie^é\ie d'observations bien faites et des tables nosologiques dressées avec soin, dans toutes les contrées où régnent les iièvres pernicieuses.

11 y a, selon Baumes, trois sortes de fièvres rémittentes; la première comprend toutes les fièvres dont chaque paroxysme débute par le frisson; la seconde compreud toutes celles dout les reprises commencent ou par un refroidissement de tout le corps, ou -par une simple réfrigération des extrémités et du nez, ou par une toux sèche et plus ou moins vive; la troisième toutes celles dont les paroxysmes n'ont , dans leurs premiers temps, ni frisson, ni froid , ni refroidissement partiel , et ne «ont remarquables que par la recrudescence de la fièvre, par une augmentation de chaleur âcre et des autres accidens fébriles qui décroissent après être montés à leur plus haut période. Le premier ou les deux premiers paroxysmes des fièvres rémittentes des deux dernières sortes commencent d'ailleurs par un frisson ordinairement considérable, et la sueur où les t urines chargées terminent tous leurs paroxysmes. ,Les fièvres de la première sorte se rapprochent des intermittentes plus que des continues; c'est le contraire pour celles de la troisième. Sous le point de vue du danger, il distingue les fièvres rémittentes en bénignes; moins bénignes , quand le paroxysme amène

da délire , de l'oppression , d'une toux incommode , un météorisuie modère ; et graves , lorsqu'il survient, d\ms les reprises , soit des défaillances, des syncopes, soit un délire frénétique ou une affection soporeuse , apoplectique , des mouvemens convulsifs, un météorisme considérable ou douloureux, des symptômes de pleurésie, de pneumonie, d'hépatite, de dysenterie, d'une inflammation du bas ventre, cl que le pouls devient petit, mou et inégal. A l'égard de ces symptômes inflammatoires , ils sont le produit de la fièvre, s'ils lui sont subordonnés, dit-il, c'est-à-dire, si la fièvre s'est manifestée sans eux, s'ils n'ont paru qu'au deuxième ou troisième paroxysme, et même plus tard, et s'ils ne laissent point de traces, ou seulement des traces très obscures dans la rémission ; si au contraire les symptômes ont paru avant la fièvre ou en même temps qu'elle , s ils continuent avec vigueur pendant la rémission, la fièvre est subordonnée à l'inflammation , ou, tout au plus, elle marche de pair avec elle. En conséquence de cette distinction, Baumes divise les fièvres rémittentes en encéphaliques, soporeuses, hépatiques, plcurétiques, dysentériques, etc., et ce qui vaut mieux, il rapporte l'histoire d'une fièvre rémittente pneumonique qu'il observa en 1782, pendant l'automne, a Lune). Nous avotfs donné l'extrait de celte histoire dans notre Pyrélologie physiologique.

Il est évident que ce tableau fidèle des opinions anciennes^ sur les fièvres rémittentes, tracé avec un vérible' talent par* Baumes, présente l'histoire, non d'une seule maladie aiguë fébrile rémittente, mais de la remitience des maladies aiguës fébriles, c'est-k-dire, avec trouble de la circulation. Dans ce tableau, on retrouve tous les phénomènes qu'on observe dans les fièvres continues et dans les fièvres intermittentes avec les mêmes variétés d'intensité et une nouvelle combinaison. C'est le mélange des symptômes de l'irritation et de la désorganisation du cerveau, de ses membranes, de l'estomac, des intestins, du péritoine, du poumon, de la plèvre, du cœur, en un mot de tous les viscères. Il en est donc des fièvres rémittentes comme des fièvres continues et intermittentes; ce sont des irritation*, des inflammations occupant un ou plusieurs organes, paraissant , aux yeux d'un observateur superficiel, envahir tout l'organisme, et dont les phénomènes sont les uns permanens, les autres périodiques, de telle sorte qu'on dirait que la maladie recommence plus ou moins souvent, sans qu'elle ait pourtant cessé un seul instant. 11 est aisé de prévoir qu'un tel état est toujours grave pour peu qu'il se prolonge.

De même, les fièvres rémittentes ont été considérées comme composées d'une fièvre continue et d'une fièvre intermittente ; on leur a toujours assigné pour causes les circonstances pro-

5o RÉMITTENTE

- ductrices de celle-ci et de celle-là, mais surtout de la dernière. Nous ne les reproduirons pas ici ; nous en avons parle où cela était nécessaire; nous citerons seulement, comme méritant de fixer l'attention, l'opinion d'Alexander, de Cbiannini et de Ramel,qui pensent que l'extrême humidité atmosphérique des pays marécageux et les brouillards produisent seuls les lièvres périodiques. Sans nier , comme ils le font, l'existence des miasmes marécageux, qui, au reste , n'est pas encore rigoureusement démontrée, il est certain que l'humidité, surtout en raison de la chaleur qui s'y joint, doit entrer pour beaucoup dans la production des maladies qui affectent le type iutcrmiticnt ou rémittent. Baumes pense que l'humidité ne suffit pas pour cet effet, et qu'il ne peut en résulter que de simples cachexies et et des anorexies j mais il oublie qu'outre celle cause, il y a toutes celles qui sont susceptibles d'irriter les viscères, et que l'intermittence et la rémiltencc nq proviennent peut-être que de la débilité de la peau sans cesse relâchée dans un. air humide et chaud. Ne sait-on pas en effet que la diminution d'action d'un organe prédispose les autres aux congestions actives, à l'afflux du sang? Tout ceci est en faveur de l'opinion de Roche sur la cause de I'intermittence»

Robert Thomas dit qu'à l'ouverture des cadavres des sujets

3ue font périr les fièvres rémittentes, on trouve ordinairement es congestions de sang dans le foie, des inflammations des 'voies digeslives, et des altérations du cerveau : « J'ai ouvert et vu ouvrir, dit Baumes, en quarante-cinq années consacrées à l'exercice de la médecine, divers individus morts de fièvres, et leurs cadavres ont toujours offert des congestions de-sang dans les viscères naturellement sanguins , des amas de bile ou de mucosité dans l'appareil des organes biliaires et intestinaux. Ces désordres étaient pour l'ordinaire accompagnés d'épanchemens sanguins, séreux ou mixtes , sanguinolens ou sanicux ; les organes membraneux étaient souvent' épaissis ; les organes parenchymateux élaicut ou rémiens ou mollasses, remplis de granulations qu'on trouvait aussi quelquefois sur les membranes affectées; enfin, les surfaces internes , se déchirant parfois avec assez de facilité, offraient ou le lacis des vaisseaux qui entrent dans leur contexture , fortement distendu et comme injecté, ou de larges taches rouges, quelquefois une dissémination de points noirâtres ou de véritables escarres. » Il ajoute que les désordres se faisaient principalement remarquer à la tête quand l'air avait élé froid et sec; au bas-ventre, quand il avait été sec et chaud ; à la poitrine, quand il y avait eu des alternatives rapides du chaud au froid, du froid au chaud, du sec à l'humide, avec prédominance de sécheresse. Baumes reconnaît donc que les traces morbides sont les mêmes, a la

RÉMITTENTE 5i

suite des fièvres rémittentes qu'à la suite des fièvres continues. Bailli vient de constater tout récemment à Rome que ces traces 6ont aussi les mêmes à la suite des fièvres intermittentes pernicieuses; par conséquent > la démonstration de l'identité de siège et de nature de ces trois ordres de fièvre ne tardera pas à être démontrée.

Les fièvres rémittentes sont plus souvent quotidiennes que les intermittentes; il est moins commun qu'elles soient tierces; elles sont parfois double tierces; rarement elles sont quartes. Selon Sauvages, Baumes et Coloinbre, toute fièvre subintranle est rémittente ; il faut convenir qu'en pareil cas il est difficile de décider si la maladie est plutôt intermittente! que rémittente. Baumes veut également que la quotidienne double, et la plupart des autres fièvres intermittentes doubles et doublées soient rémittentes. Telles sont les difficultés et les subtilités auxquelles on arrive quand on attache trop d'impôt tance au type des maladies, et quand on fait de chaque maladie dont le type diffère de celui d'une autre, une maladie spécifique, bien que les phénomènes soient les même dans toutes deux.

Baumes admet des fièvres rémittentes avec génie inflammatoire , putride, ou nerveux , avec état catarrhal bilieux ou gastrique. Piuel conteste la réalité de la fièvre rémittente inflammatoire admise par Macbride, mais il admet une fièvre gastrique rémittente.

Les maladies de ce genre qu'il a observées affectaient les vieillards : c'était a la Salpélrière ; elles se montraient vers le déclin de l'automne, et étaient produites par toutes les causes excitantes, physiques ou morales des fièvres; comme les fièvres gastriques continues, elles étaient caractérisées par la céphalalgie sus-orbitaire, un enduit muqueux ou jaunâtre de la langue, un sentiment d'amertume dans la bouche, avec douleur à l'épigastre. Qui «peut méconnaître ici les symptômes de la gastro-entérite, surtout si on y ajoute, comme il le fait pour plusieurs cas, la diarrhée ou la constipation plus ou moins opiniâtre, un vomissement continuel. Lors même qu'elles étaient traitées avec sagesse, elles se prolongeaient, dit-il, jusqu'au quarantième ou quarante deuxième jour, et se terminaient quelquefois vers la fin du second septénaire. Cette persévérance des maladies aiguës rémittentes est réelle, nous l'avons observée. •

Pinel décrit également une fièvre rémittente muqueuse, caractérisée par le retour fréquent de douleurs abdominales, l'excrétion douloureuse de l'urine, une sorte de salivation , une langue muqueuse, des horripilations vagues dans la nuit, mais souvent cutremêlée de frissons, des aphthes, des accès,

5a REMITTENTE

qui, vers le déclin de la maladie, dégénèrent en de simples redoublcmeus. La durée des maladies de ce genre n'est pas moins longue que celle des fièvres rémittentes gastriques. 11 rallie, avec raison, Fhémitritée des anciens et de Spigel à la rémittente muqueuse. 11 admet, seulement en passant, que la fièvre adynamique peut être rémittente, et considère œmme telles plusieurs observations de prétendues fièvres intermittentes adynamiques. Nous avons assez souvent observé des gastro-entérites avec symptômes dits adynamiques, et des redoublemens très -bien caractérisés, précédés d'un froid peu intense, et suivi de sueur peu abondante et peu chaude. Pinel a rallié aux fièvres ataxiques Us fièvres pernicieuses rémittentes appelées subinlrantes, parce que leurs accès se touchent. Ces maladies sont plus redoutables que les fièvres pernicieuses intermittentes j il serait à désirer que quelque bon observateur, médecin d'un hôpital situé dans un pays où elles régnent, en traçât une histoire anatomique et clinique aussi soignée que celle que nous a donné Torli sous les rapports symptômalique et thérapeutique.

Nous n'en dirons pas davantage sur les causes, les symptômes, la nature et le siège des lièvres rémittentes, et nou3 invitons le lecteur à leur appliquer ce que nous avons dit du siège et de la nature des fièvres continues, intermittentes, gastriques, muqueuses, de la peste, et ce que nous dirons des fièvres synoques et typhodes adynamiques et ataxiques. Nous devons seulement ajouter que, si les fièvres intermittentes deviennent souvent rémittentes, celles-ci deviennent souvent continues. Nous avons observé encore, tout récemment, cette conversion successive sur une femme qui nous a présenté tous les phénomènes d'une hépatite, d'abord intermittente, puis rémittente, puis continue, puis intermittente, et qui enfin guérit.

Les fièvres rémittentes peu intenses n'ont d'autre danger que de tendre à provoquer des altérations profondes et apyretiques dans les viscères; rarement elles menacent la vie du sujet,* elles résistent souvent avec opiniâtreté à tout traitement, et ne cessent qu'après un mois ou six semaines. Les fièvres rémittentes intenses sont au contraire très-dangereuses : elles mettent la vie du sujet dans un danger prochain, et souvent, dit-on, elle le font périr en quelques accès.

Baumes traite, après Dumas, de la fièvre rémittente traumatique • comme il n'est pas une seule fièvre qui ne puisse être la suite d'une plaie, ou qui ne puisse s'établir chez un sujet blessé, nous en parlerons à l'article traumatique.'

La saiguée quelquefois, les vomitifs et les purgatifs souvent, et le quinquina toujours : telle est la mclhode de traitement s;cucralement recommandée conlrc les fièvres rémit-

tentes bien caractérisées par les auteurs qui ont adopté les opinions antiques et anciennes, sans les modiiïer en y adaptant les observatious plus récentes. Nous avons vu plus haut que Pinel s'est cJevé contre l'opinion de Stoll, parce qu'elle conduit à prodiguer le quinquina dans les lièvres rémittentes; Pinel conseille, contre ces fièvres, les mêmes moyens que contre les fièvres continues; seulement il recommande, attendu leur plus longue durée, de soutenir les forces du malade par de l'eau vineuse, des crèmes d'orge cl de riz, des fruits cuits, de la bière coupée avec moitié d'eau, et c'est seulement pour le déclin qu'il recommande les toniques, le vin d'absinthe, l'extrait de genièvre, et une nourriture plus substantielle. A l'égard des rémil lentes ataxiques qui sont presque toujours lierces ou doubles tierces , il veut, à l'exemple de Torti , qu'on emploie le quinquina comme dans les ataxiques intermittentes.

Nous croyons qu'il est utile de distinguer les maladies qu'on appelle fièvres rémittentes eu deux espèces, l'une qui comprend celles de ces maladies durant lesquelles il ne se manifeste aucun symptôme de danger imminent, prochain, et l'autre comprenant celles dont les accès se rapprochent et deviennent de plus en plus alarmans, par les symptômes de lésion du système nerveux, et notamment de l'encéphale, qui les caractérisent. Nous donnons aux premières le nom de bénignes, et aux secondes celui de pernicieuses, comme on le fait pour les fièvres intermittentes , et sans attacher aucune importance à ces dénominations elles-mêmes.

Les fièvres rémittentes bénignes doivent, comme l'a dit Pinel, être traitées comme les fièvres continues analogues; mais cet auteur n'a pas vu que l'existence des accès méritait une grande attention, qu'il importait d'abréger la longue durée de ces maladies, afin de prévenir les phlcgmasies obscures et chroniques qui en sont si souvent les suites. Stoil dit avec raison qu'il faut avoir plus d'égard aux symptômes continus qu'à ceux des accès, exaepte quand ceux-ci offrent le caractère pernicieux; que les fièvres rémittentes ne doivent pas être traitées d'après une seule méthode; que la saignée peut être utile, tandis que le quinquina a fait,- d'une fièvre rémittente, une continue, une grave, une ardente, quand les accès n'annoncent point un danger pressant. Tout cela doit s'entendre seulement relativement aux inconvéniens d'une pratique dans laquelle on n'aurait en vue que de faire cesser les accès des fièvres rémittentes par le quinquina seulement, et l'on peut opposer Stoll à Torti el k Baumes avec avantage. Mais il ne faut pas cou . dure de là que l'on doive renoncer à l'emploi de tout moyen autreque le quinquina dans le cours des accès, et avec l'intention

d'abréger ceux-ci, de les rendre moins intenses, et de préparer ainsi le retour de ia maladie au type continu. L'expérience nou* a démontré, depuis la publication de notre Pyrétologie, qu'il faut au contraire combattre par les antiphlogistiques avec énergie les accès eux-mêmes, comme on le ferait pour une complication qui viendrait agraver une maladie continue. H y a donc deux sources d'indications dans les maladies dont il s'agit, la rémission et l'accès.

Durant la rémission, il faut agir absolument comme si la maladie était simplement continue, on tout au plus avec de simples redoublemens peu intenses ; il est par conséquent inutile de répéter ce que nous avons dit, et d'anticiper sur ce que nous dirons du traitement des fièvres continues. Mais nous devons dire ici que jamais, dans les fièvres rémittentes bénignes, durant la rémission, il n'y a lieu de donner le quinquina, à moins que, par l'emploi des délayans et des émissions sanguines locales, on ne soit parvenu à faire de la rémission une véritable intermissiou, ce qui arrive souvent quand on met en usage la méthode antiphlogistique. Autrement, on court le risque de faire, d'une fièvre rémittente bénigne, une fièvre continue grave. Quand on a jugé à propos de. tirer une grande quantité de sang dans l'accès, il est utile de laisser le malade en repos dans la rémission suivante, et de se borner aux adoucissans intérieurs, en y joignant quelquefois un lavement évacuant ou un rubéfiant à la peau, si la circulation n'est pas notablement accélérée

C'est dans la rémission que jadis on plaçait les vomitifs et les purgatifs; ils ne sont utiles que dans les cas où la rémission est devenue intermission; alors ils sont quelquefois avanta-

Î;eux chez les sujets peu irritables,- au moins les purgatifs, car es vomitifs provoquent plus souvent des fièvres rémittentes qu*ils n'en guérissent. Ceci est bien important, et ne doit pas être oublié.

Durant l'accès, il faut se conduire comme s'il s'agissait d'une maladie continue arrivée a son plus haut degré d'intensité; voila ce qu'on n'a pas encore dit assez positivement; mais il y a une distinction importante à faire, c'est que, dans le frisson, il faut se conduire comme s'il s'agissait d'une maladie à son début, et ce n'est que dans la période de chaleur qu'il convient de suivre le précepte de médecine active que nous venons de donner; tandis que, dans la période de sueur, il n'y a rien à faire que d'empecher le malade de se découvrir inconsidérément, de se refroidir, de manger, en un mot de déranger d'une manière quelconque le mouvement qui se fait du centre h la circonférence, et que l'on doit favoriser par une boisson chaude, agréable, donnée à très-petites doses.

RÉMITTENTE 5'j

, Dans la vigueur de l'accès, ou étudiera quel est l'organe Je plus lésé , celui dont la lésion menace davantage la vie, ou du moins celui qui offre l'état pathologique le plus prononcé, et Ton mettra en usage les moyens rationnels de traitement indiques dans la gastrite, l'entérite, l'hépatite, Tarachnoï* dite, eu un mot contre l'irritation qui donne lieu aux syniptomes de l'accès. On agira ençore comme s'il s'agissait d'une fîpvre continue.

Les (lèvres rémittentes pernicieuses doivent être traitées d'après les mêmes principes, avec cette différence que, lorsque .l'on a promptement et fortement employé les anliphlogisliques pendant le chaud de l'accès, si le chaud est bien caractérisé; dans la rémission, si le chaud de l'accès n'est pas bien caractérisé, ou même est a peu près nul, comme cela arrive quelquefois, on donnera le quinquina durant la rémission si le danger est pressant, le cas urgent, la vie du malade menacée, si déjà il y a eu un , deux, trois, et à plus forte raison quatre accès pernicieux. C'est Je cas le plus difficile de la médecine pratique. Cette méthode réussit très-bien quand l'irritation qui forme l'accès n'existe que dans l'encéphale, quand elle est récente, et qtîand les voies dieestives sont peu ou point irritées; pejut-être aussi quand 1 irritation est ailleurs que dans les voies digestives, quoique dans un viscère de l'abdomen. On l'a vu réussir dans des cas où la gastro-entérite était encore manifeste durant la rémission. La sottise, qui ne comprend pas ce qu'elle lit, et l'improbité qui suppose le contraire de ce qu'elle a lu, nous ont accusé d'avoir nié les cas tic ce genre; un fait est plus précieux pour nous que la théorie la mieux liée, et si nous attachons de l'importance à la théorie , ce n'est que par rapport à sa liaison avec la pratique. Nous répétons qu'il n'est pas plus étonnant de voir une gas? tro-entérite guérir a la suite de l'application du quinquina sur l'estomac, que de voirguériruncophthalmie après l'application .«jjkm collyre alumine, un érysipèle après l'application d'un vé- JPfatoire, un furoncle après l'application de l'acide citrique, une uréiri te après une injection de sulfate de zinc ; mais nous n'avons jamais dit que le quinquina agissait comme un vésicatoire; nous savons que le quinquina ne cause pas de soulèvement de l'épi derme, surtout là où. il n'y en a pas ; nous savons que ce n'est point uu excitant, un ph>gmasiquc évacuant, mais bien un tonique, un phleçmasique dessicatif, tannant, et que l'un ou l'autre de ces effets prédomine selon l'état de l'organe et la prédisposition individuelle. Rien de plus absurde, de plus indigne d'un homme de sens, d'un homme instruit, que d'attribuer à un médicament la qualité absolue de fébrifuge, d'a'ntipériodique, quanti il est démontré que ce moyen, dans les

56 RENAL

cas où {] paraît le mieux indiqué, augmente parfois la fièvre , et qu'en le donnant dans les jours correspondons a ceux où, auparavant, les accès se manifestaient durant la convalescence d'une fièvre intermittente, il les fait reparaître, ainsi que Baumes Ta dit et que nous l'avons observé.

Quelque importante que soit l'autorité de Torti , et quelque confiance qu'on doive avoir dans l'expérience d'un praticien tel que Baumes, il y a certainement de l'inconvénient à prescrire brusquement le quinquina dans les rémittentes pernicieuses, parce que ce médicament agrave souvent les interraittentes bénignes, qui pourtant offrent une apyrexic suffisamment prolongée, et bien plus encore les intermittentes bénignes subintrantes. Ramazzini a observé des épidémies de fièvres intermittentes, dans lesquelles le quinquina était plus dangereux qu'utile , sans doute parce que les organes digestifs demeuraient irrités dans l'apyrexie; à plus forte raison, par conséquent, ce médicament peut-il nuire quand on l'administre sans préparation dans les fièvres rémittentes. Nous avons dit autrefois que ces fièvres résistaient d'ailleurs souvent, ou ne cédaient que momentanément aux émissions sanguines, mais c'est parce que nous avions recours à celles-ci dans la rémission seulement ; depuis que nous les mettons en usage a l'instant où l'accès est à son plus haut degré d'intensité, ou nous le raccourcissons considérablement, et la rémission suivante est souvent une véritable intermission qui permet d'appliquer le quinquina, ou bien l'accès diminue seulement d'intensité/ et le sujet n'a plus qu'une fièvre continue, contra laquelle il faut répéter l'application des sangsues, à l'instant des simples redoublemens qui remplacent les accès.

RENAL , adj., renalis; qui a rapport ou qui appartient au rein.

Les artères rénales, appelées aussi émulgcntes, naissent de la partie latérale de l'aorte ventrale , immédiatement au dessouj de la méscnlérique supérieure, et s'en détachent sous un angÉfc droit ou à peuplés. Ellcss'avancentcnsuitedededansen dehoflÇ sur les faces latérales du corps de la première ou de la seconde vertèbres lombaires, gagnent le rein, et pénètrent dans la scissure de cet organe, après s'être partagées, le plus souvent a quelque distance de lui, en plusieurs branches, ordinairement au nombre de trois, qui se subdivisent encore plus d'une fois avant de s'enfoncer dans sa substance. Quoique leur calibre soit très-considérable, elles ne sont pas cependant les plus volumineuses de toutes celles du bas-ventre, comme l'a dit Bichat, puisqu'elles cèdent le pas, sous ce rapport, non seulement au tronc cœliaque, mais encore à la méscnlérique supérieure. Du reste, elles naissent presque eu face Tune de

BÉNAL 57

l'autre ; on remarque néanmoins presque toujours que la droite est un peu plus basse que la gauche , parce que le rein de ce côté est lui-même moins élevé que celui de l'autre; mais cette-disposition n'est pas constante. Eu général aussi , lorsque l'artère rénale droite est double, Ja supérieure naît un peu plus baut que la rénale simple du coté gauche.

Les artères rénales sont sujettes à un grand nombre d'anomalies que Meckel a soigneusement décrites.

La plupart du temps, on n'en trouve qu'une seule de chaque côté; mais très-fréquemment leur nombre est accru par la réduction des branches en autant de troncs distincts qui tirent leur origine de l'aorte immédiatement. Un premier degré, en quelque sorte, de cette anomalie, consiste dans la scission précoce de l'artère en plusieurs branches, scission qu'on ne rencontre souvent que d'un seul côté, tandis que l'artère du côté opposé est déjà partagée réellement en plusieurs troncs distincts.

Metkel fait observer que cette anomalie des artères rénales offre un grand nombre de différences sous le rapport des conditions dans lesquelles elle a lieu, du nombre des divisions qu'elle produit, de sa limitation à un seul côté, ou de son extension aux deux côtés à la fois, de la fréquence avec laquelle on l'observe sur l'un ou sur l'antre côté, du volume proportionnel des troncs distincts, de l'endroit d'où ils naissent, de leur insertion et de leur rapport avec les veines rénales.

Nous ne parlerons ici que de cette dernière circonstance. Il paraît que les veines rénales se divisent beaucoup moins souvent que les artères, d'où il résulte qu'elles ne s'éloignent pas toujours de la règle en même temps que ces dernières. De plus, quand l'anomalie s'est emparée des deux ordres de vaisseaux à la fois, le nombre des artères surpasse fréquemment celui des veines. Cependant on voit, dans certains cas rares, le vice de conformation n'exister que dans les veines. Ordinairement, surtout lorsqu'il y a plus dé deux artères rénales, leur situation, par rapport aux veines, est changée sous ce point de vue que l'une ou quelques-unes d'entre elles passent devant, et non derrière la veine cave inférieure, pour gagner le rein. On conçoit , au reste, que ceci ne peut s'appliquer qu'au côté droit.

Meckel a vu les deux artères rénales naître de la face antérieure de l'aorte par un tronc commun. D'autres anomalies sont relatives au côté du système vasculaire d'où les vaisseaux rénaux tirent leur origine. En général, chaque artère se porte au rein situé du même côté qu'elle. Cette règle ne souffre d'exception que quand le rein se trouve dans le bassiu , car il^.

Page 1