‹ Dictionnaire alphabético-méthodique des cérémonies et des rites sacrésChapitre 29 sur 411 · HAN · texte numérisé non relu

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lemagne, d'Italie, de Rome môme, marquent que le prêtre étend les mains sur le calice et sur l'hostie fl). Les chartreux, qui ne mettaient point anciennement de rubrique dans lo canon, y ont mis celle-ci dans leur Missel de UiOJ cl dans les suivants, aussi bien que dans leur ordinaire de 16il (2). Scortia, jésuite (.!), qui écrivait il y a cent ans, et M'nsi, prêtre de l'oratoire de Rome {'*), croyaient celte cérémonie très-ancienne à cause du rapport qu'elle a avec l'ancien Testament, où l'on voit que les prêtres et ceux qui oflraienl une victime pour les péchés mettaient la main sur la victime (5). Denys le Chartreux dit (G) que « le prêtre M)cttait la main sur l'hostie pour mieux désigner son intention, et exciter plus vivement la dévotion sur le sacrifice extérieur pour s'attirer les regards favorables de Dieu. » Il ajoute, sur les remarques des anciens rabbins, que celui qui mettait la main sur la victime témoignait à Dieu par là que celte victime était siibsliluée à sa place pour souffrir la mort qu'il avait méritée par ses péchés. Eusèbe (7) et Théodoret (Sj donnent plusieurs raisons de cette cérémonie, et, pour en remplir la signification à la messe, quand le prêtre étend les mains pour lui et pour !e peuple sur le pain et le vin, qui vont être détruits invisibieinent et changés au corps et au sang de Jésus-Christ, lui et les fidèles doivent souhaiter d'être détruits et immolés eux-mêmes devant Dieu d'une manière spirituelle, c'csl-à-dirc qu'ils doivent détruire en eux tout ce qui peut lui déplaire, et se dévouer entièrement et sans réserve à «on service, comme au premier principe de leur être et à leur dernière fin.

Explication de la prière Banc igitur.

Cette prière est précédée du titre infra actinnnn dans la plupart des anciens Missels manuscrits et imprimés, comme le Communicantes, pour les mêmes raisons qui ont été marquées à ce dernier article (9). Il y a dans le Missel trois Hanc igitur propres : l'un pour le jeudi saint, les autres pour les veilles et les semaines de Pâques et de la Pentecôte. Il y en avait autrefois plusieurs autres dont on parlera ailleurs.

Nous vous prions Hanc igitur obladonc. Seigneur, de tionemservilutis nosrecevoir favorable- trae , scd et cunctîB ment cette offrande familise tute, quœsu-

rlinait profomlûment, twissant la lête jusqu'à l';iulel , pour iiiarnuer le profond abaissement àr: Jésus-Clirist dans sa passic.ii : Cuin dicimiis : Umc igiîiir oblationem, iisqxe ad (i/lirre iticliunmur , ad cxeiuptny Clirhli, qui se luuniliuvit pro iiobis usquc iid iiiortein criicis {De F.Cftes. observ cap. 14). li.ioiil di- Tongri's(/JeO&senj. can. propos. 23) et Gabriel Bipl ( ieci 33 ), le premier au comraeiicenient , et l'autre il Ij lin du w biècle, parlent de celte inclinaliOB du prêtre; ctHecolTeii, religieux augustin , qui écrivait k Strasbourg l'an 1590, blàmaii celte posture .Conslans, dili\,et eieàa meiilis demtio sufficit.

(I) ("elle rubrique est marquée dans les Missels de Toulouse de U90; de Langres , 1491 ; d'Autuii , 1493; d'Utreclit, 1497 ; de Baveux, ISOI ; dans les anciensimprimés de Sens, de Paris, 1481 ; d'Auxerre, de l'royes, d'Amiens, 1514; de Grenoble, 1522; de Rome , lo2i; de Cambrai, lSâ7; de Narbonne, 1528, etc. Dans le Missel de Verdun, de 1481, il y a : Inclinans se dicai : Hanc, etc. ; et dans

de notre servitude , mus. Domine, ut plaqui est aussi l'offran- catus accipias, diesde de toute votre fa- que nostros in tua mille, d'établir nos pace disponas ; atque jours dans votre paix, ab îeterna damnaliode nous préserver de ne nos eripi , et in la damnaiion éter- electorum luorum nelle , et de nous ad- jubeas grege nuniemeltre au nombre de rari : Per Chrislum vos élus ; Par Jésus- Dominum nostrum.

Christ Notre-Sci- Amen, gncur. Amen.

Après que le prêtre, de sa part et de la part des assistants , a représenté à Dieu qu'il lui offre le sacrifice en union, ou entrant en communion avec toute l'Eglise de la terre et du ciel, il lui représente ici que cette union avec toute l'Eglise excite sa confiance en sa divine bonté, et lui fait espérer qu'il recevra favorablement celte obl.ttion : Hanc igitur oblationem ,.. . QU.ESLMUS, Domine, ut placa- Tus accipias : Nous vous prions donc , .Seji/neur, derecevoir favorablement cetteoffrande; comme s'il lui disait : Puisque nous avons l'avantage d'être en communion avec les saints du ciel et de la terre, nous vous supplions, en considération de cette sainte société, de nous être propice, et de recevoir celte oblalion.

Sbrvitutis nostr£, de notre ssrvitudc : de nous, qui sommes vos serviteurs, qui appartenons à Jésus-Christ, votre Fils, comme rachetés par son sang ; qui venons ici pour donner des marques de notre entière dépendance , et pour adorer votre souverain domaine sur nous, par l'oblation de ce sacrifice qui est aussi celui de toute voire Eglise, cuNCT;E FAMiLidi TC.E. Auialaire et Flore ont pris eu ce sens le mot de famille. Mais il faut aussi remarquer qu'un grand nombre d'anciens Missels nous font entendre que ces mots servittitis nostrœ désignent le prêtre, et qu'on entend par cunctœ familiœ tous les fidèles qui pendant la messe composent la famille ou l'assemblée , dont le prêtre est regardé comme le père et le président.

Dans ces anciennes messes, oîi la prière Hanc igitur est quelquefois plus étendue, le prêtre marque aussi plus distinclement son oblation particulière : Celle ablution de ma bassesse (10), dit-il. cette oblation (1 1) que votre serviteur vous offre. Et quand il dit: Servitutis nostrœ, on voit que nostrœ est mis

' celui de 1554 il y a : Exlendat manits super hosttam et calicetn.

(2)0rdin. c. 27, n. 4.

(3| De Sacrificio mis<iîe. Liigd. 1616.

(4) Dans le tr.ité iulitulé le Vrai EcclésiaUtqne. imprimé irès-souvent en italien, et mis en latin eu 1B92 par le P. .\drien de Saiut-Krançois, carme. Francof. 1693.

(5) Ponelque manuni super oaput liostiœ, et accepiabihr eril, atque in expiationeui ejus proficiens. LevU. i, *. Exod. XXIX, 10.

(6) Dionys. Cart. in Levit. i.

(7) Demonst. evang. c. ult.

8) (Juipst. iii Octaieuch.

(9) Le Missel de 1512, dont on a mis la rubrique à l'ait. Coinmmicaidcs. renvoie aussi a ceue rubrique.

(10) Hanc ol>lationeniliuiuilUJtis me*. MiSi.lUijr.

(11) Hanc iîilur oblationem qnam libi off/m ego Uiuulu» uns liudie. Cod. Sacrum. Tkum.

pour»jeœ(l), comme divers auteurs l'ont remarqué depuis plusieurs siècles.

On ne trouve pas moins distinctement dans ces messes l'explication des mots sed et cunetœfamÙiœ pour signifier l'assemblée actuelle des assistants; car, à la messe de laDédicace, dans la prière Hanc igitur, le prélre ajoute : Toute la famille (2) qui vient se réunir avec empressement dans ce saint lieu de prière.

L'Eglise, qui nous fait dire dans plusieurs oraisons : Protégez, Seigneur, votre famille, ne nous fait parler alors que pour les assistantset quelques particuliers, pour qui l'on prie spécialement; et ce qui peut encore nous porter à entendre ici par notre servitude et toute votre famille \e prélre et les assistants, plutôt que toute l'Eglise, c'est qu'ils demandent à Dieu d'élre reçus favorablement en considération de l'Eglise universelle , à laquelle ils sont unis.

Cette oblation est donc ceiledetoute l'Eglise par l'union de tous les membres de Jésus- Christ , et elle est plus spécialement celle du prélre et de tous les assistants qui offrent dans cette union (3). Les prêtres se désignent ici par le mot deservitude, comme les apôtres se sont nommés les serviteurs de Dieu (i). Ce n'est pas que tous les Gdèles ne soient les serviteurs de Dieu , mais les prêtres le sont d'une manière plus particulière ; car, outre leur dépendance entière de la souveraine majesté de Dieu, qui leur est commune avec les autres fidèles , ils en dépendent encore comme des personnes qui ont l'honneur d'être choisies et consacrées uniquement à son culte et au service de sa maison. C'est pourquoi ils peuvent dire plus proprement que les autres : Servitutis nostrœ.

Le prêtre tenant les mains étendues sur l'oblalion, selon les rapports et les vues qui ont été exposés dans la remarque précédente, demande a Dieu pour lui et pour les assistants de leur être propice. Il fait ensuite trois demandes , qui ont été ajoutées par le pape saint Grégoire (5) , et qui renferment un sens très-relevé et très-excellent , dit Bède (6). Nous demandons en premier lieu qu'il plaise à Dieu de nous faire vivre dans sa paix durant le cours de cette vie , diesquë NosTROs IN TDA PAGE DispoNAS. Cette paix est une suite de notre réconciliation avec lui, et elle est bien différente de cille du monde. Je vous donne ma paix , dit Jésus-Christ (7) , je ne vous la donnepas comme le monde la donne. En effet , la paix du monde , qui consiste à

( t)Servitutisnoslr», id est, meje. Durand. I. iv, c.39,n. 1.

(2) Cuuclam lanjUiam tuaiii a<l aiilse Imjus siiOTragia concurrentem. In Dedicul. Basil Cad. Sacrant. Thom. Bona. Rer. lit. 1. II, c. i'2. el Murlen. tom. I dp Antiq. Rit.

(3) Etienne d'Aulun et Eudes de CaiiilJrai , au xii° siècle, expliqueul fort iiien comment cette ol)l;Uion est universelle et particulière : Hœc oblali» non Umliim est iacerdolii, sed cunclœ familiœ , id est cteri et populi ; el non lantum assistenlis familiœ, sed totius familim. (Steph. ^du. de Sacram. Alt. c. 13. ) Sermlulis, id est cleri. tibi ( qui secundum aeceplos gradus in Itac oblulione sacrificii servimus ), {sed et cunclœ familiœ tuœ), id est lolius assistenlis coUeclœ. Sotilurii sic intelligunt servitutis noslrœ, id est mea cwn meo ministro. Sed et cunclœ fainiliœ tuœ, id est, cunclœ Ecclesiœ (Odo Camer. Expos, can , dist. 2.)

(4) faulus scrvus Jesu Christ!. Rom. i, 1. Simon Petrus bervus el aposiolus. Il Pelr. i, etc.

jouir paisiblement des biens qui contentent la cupidité, est une fausse paix, parce qu'elle ne peut remplir les désirs du cœur humaiu, ni lui ôler les inquiétudes où il est qu'on ue lui ravisse ces biens qui lui plaisent pour un temps, ni apaiser les remords et les reproches de la conscience qui le lourmenlent. C'est une fausse paix qui trouble le cœur, loin de le rendre heureux. Mois la paix de Dieu, la paix de Jésus-Christ , qui consiste dans la possession de sa grâce et de ses autres dons, remplit le cœur d'une joie solide, qui se conserve même au milieu des plus grandes afflictions , parce qu'elle nous tient toujours unis à notre souverain bien. Voilà la paix que saint Paul (8) souhail.iit aux fidèles , et qui est un bien si granihjue no-us ne pouvons en comprendre l'excellence.

Ab jETERNA DAMNATIONE NOS ERIPI. En Se-

coiid lieu, nous demandons qu'il nouspréserve du plus grand de tous les maux, qui est la damnation éternelle. Nous naissons tous enf.inls de colère , nous avons tous encouru l'indignation de Dieu, nous sommes condamnés aux feux éternels de l'enfer , préparés pour les démons et pour ses anges. C'esl par les mérites infinis et par la miséricorde de Jésus-Christ que nous sommes tirés de cet étal malheureux. Mais tous ceux que la grâce de Jésus-Christ en relire ne persévèrent pas dans la justice et dans la sainteté, parce qu'ils ne font pas un bon usage des grâces que Dieu leur a faites. Ainsi ii faut demander continuellement qu'il nous préserve de la inort éternelle en nous accordant le doa de la persévérance.

Ex IN ELECTORUM (9).... Nous demandons pour ce sujet, en troisième lieu, qu'il plaise à Dieu d'ordonner que nous soyons au nombre des élus , que sa miséricorde nous préserve contre toutes sortes d'attaques. Du côté de Dieu l'élection ne change pas, puisque Dieu est immuable, et que ses dons sont sans repentir; mais pour nous, nous sommes comme de faibles roseaux exposés à tout vent, et nous devons nous efforcer d'affermir notre vocation et notre élection par les bonne» œuvres (10). Ce sont les moyens par lesquels elle s'accomplit; c'est par les fruits que nous faisons que l'on connaît si nous sommes de bons ou de mauvais arbres. Nous prions donc le Seigneur de nous faire marcher dans la voie des élus , pour être éternellement avec eux (11). Personne n'en sait le nombre , mais on peut bien dire qu'une grande marque

(5) Joan. Viac. Viu S. Greg. 1, u, n. 17 ; Walfrid. I. de Rcl). Eccles. c. 22.

(G) Sed in ipsa niissarum celebratione tria verba maximae perfeclioiiis plena superadjecit : Diesque noslres in tua pace disponas, atqite ab œlerna dainnaiione nos eripi , et in eteclorum luorum jubeas grege nwnerari. Hist. Eccle». 1. II, c 1.

(7) Paceni meamdo vobis, non quomodoaiuDdusdatego do vol>is. Joan. xiv, 7.

(8) Phit. IV. 7

(9) Selon Aaaaire , saint Ambroiïe a connu cette oraison : Ecce lue oralwn est pro œterna vita. Juxla dicta sancli Ambrosii, in liac oralione bona nobii necessaria postuUimus (Anial. prœlat. 2 iu lib. de Offic.)

(10) SalagilP ut per bona opéra certaui vesiram vocâUonem facialis. II Pelr. i, 10.

Ul) Conc. rrid..sess. e, c. 12.

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