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C. Sainteté, apostolicité, unité, catholicité

D. Applications. Valeur comparative.

E. Applications. Valeur absolue.

A. Sens de la question des « notes »

a) Origine du problème. — S'il n'existait au monde cju'une seule communion religieuse à revendiquer le titre d'Eglise de Jésus-Christ, le problème des « signes actuels d'identité de la véritable Eglise » ne se poserait même pas. Aucun chrétien ne pourrait se méprendre sur la sociétié visible, actuellement existante, qui serait dépositaire authentique et perpétuelle des pouvoirs institués par le Christ.

Malheureusement, il n'en est pas ainsi. La division de la chrétienté est un fait accompli depuis bien des siècles. On distingue, dans le monde chrétien, une multitude d'Eglises et de sectes, indépendantes et rivales les unes des autres. C'est, d'une part, l'Eglise catholique romaine, et, d'autre part, le groupe des Eglises orientales et le groupe des Eglises protestantes. Parmi les Eglises orientales, on compte la grande communion g^éco-slave, et les Eglises arménienne, jacobite, nestorienne, copte, éthiopienne. Parmi les Eglises nées delà Réformation protestante, on compte l'Eglise établie d'Angleterre avec la communion épiscopalienne et anglicane, l'Eglise évangélique de Prusse, les Eglises luthériennes des pays Scandinaves, les Eglises calvinistes de Suisse, de France et de Hollande, l'Eglise presbytérienne d'Ecosse, les Eglises baptistes, méthodistes et autres sectes innombrables des pays anglo-saxons.

Comment reconnaître, parmi tant de groupes religieux, l'unique et véritable Eglise, pourvue de la hiérarchie perpétuelle à qui Jésus-Christ confia la mission de le représenter en ce monde et de continuer son œuvre? — Il faut donc chercher quels signes d'identité permettent de discerner, entre toutes, l'Eglise authentic]uement constituée par Notre-Seigneur Jésus- Christ. D'où le problème des « notes » de l'Eglise.

b) Qu'est-ce qu'une « note » de l'Eglise? — Sous le nom de « note » de l'Eglise, on comprend : un signe extérieur, qui permette de discerner légitimement la véritable Eglise du Christ, en tant que telle.

ÉGLISE (QUESTION DES NOTES

Précisons davantage : pour être utile à cet égard, il faut que le '< signe extérieur » soit une chose qui appartienne nécessairement à la véritable Eglise, une chose qui ne puisse pas ne pas se trouver dans la véritable Eglise; bref, qu'il soit une propriété essentielle de la véritable Eglise.

Toute propriété essentielle de la véritable Eglise ne sera, d'ailleurs, pas une « note ». Pour être une « note », il faut que telle ou telle propriété essentielle soit vraiment un « signe extérieur », c'est-à-dire une ch.ose visible, une chose plus apparente et plus facile à reconnaître, non pas que l'Eglise, mais que la vérité même de l'Eglise.

Une propriété essentielle et visible, qui appartient nécessairement à la véritable Eglise, mais pas nécessairement à elle seule, constituera une note « négative », permettant d'exclure toute Eglise ou secte qui ne la posséderait pas. Une propriété essentielle et visible, qui appartient nécessairement à la véritable Eglise toute seule, constituera une note v positive », permettant d'affirmer que l'Eglise qui la possède est l'unique et véritalde Eglise du Christ.

f) Théorie protestante des « notes » de l Eglise. — Avec les chrétiens des autres Eglises hiérarchiques, les catholiques romains sont en désaccord suvVapplication des .( notes ». Mais avec les protestants, les catholiques romains sont en désaccord sur le choix même, sur l'établissement des « notes » de l'Eglise.

Les protestants disent volontiers, en effet, qpie la véritable Eglise est matériellement visible, mais formellement invisible. Matériellement visible, en tant qu'elle comprend tels et tels membres, ou possède tels et tels rites. Formellement invisible, en tant qu'elle ne vcriiie sa notion que dans la collectivité des âmes justes, qui est « l'Eglise des promesses », connue de Dieu seul. Et ce serait à « l'Eglise des promesses » que conviendraient exclusivement les propriétés caractéristiques de l'Eglise chrétienne : « une, 1 sainte, catholique et apostolique », par l'unité, la sainteté, la catholicité, l'apostolicité invisibles de la grande société des amis de Dieu.

Pareille théorie semble rendre totalement inutile une discussion quelconque sur les « notes » de l'Eglise du Christ, sur ses signes extérieurs d'identité. Les protestants libéraux en conviennent sans ombre d'embarras. Citons M. Harn'ack :

« Le protestantisme compte sur la nature de l'Evangile, qui est chose assez siniplf, assez divine, et par conséquent iissez vraiment humaine, pour se faire coiuiaitre sûrement, si on lui laisse la liberté, et pour faire nailrc aussi dans toutes les àrnes des expériences et dos convictions essentiellement identiques... Nous n'avons nul besoin d'autre chose, et repoussons même toute autre cliaine; ceci du reste n'est pas une chaîne, c'est la condition de notre liberté. Et si l'on nous objecte : Vous êtes divisés ; autant de tètes, autant de doctrines ; nous répondons: C'est vrai; mais nous ne désirons pas qu il en soit autrement ; au contraire, nous di'sirons encon- plus de liberté, encore plus d'individualisme dans la croyance ou dans son expression ; les nécessit(''S historiques qui ont amené la fondation des Eglises nationales ou des Eglises libres ne nous ont imposé que trop de restrictions et de lois, encore que cellos-ci n'aient jamais été considérées comme d'institution divine. Nous désirons encore ])lus de confiance en la forcer intérieure et la puissance unificatrice de l'Evangile, car celuici agit plus sûrement au milieu du libre choc des esprits <pie sous la tutelle des Eglises. Nous voulons être un royaume spirituel, et ne regrettons pas le moins du monde i( les oignons d'Egy[)te ». Nous savons bien que la discipline et l'éducation nécessitent la création de communautés visibles; de ces communautés, nous nous occuperons volontiers dans la mesure où elles répondront à leurs fins et mériteront qu'on s'occupe d'elles, mais ce n'est pas à elles que nous attacherons notre cœur ; debout aujourd'hui, elles peuvent, en effet, dans des conditions politiques ou sociales différentes, disparaître demain pour faire place

à de nouveaux organismes. Que celui qui use d'une Eglise semblable en use comme n'en usant pas. Notre Eglise n'est pas la communauté particulière dont nous sommes membres, c est la socielas fidei, qui a des membres partout, même parmi les catholiques grecs ou romains. Voilà la réponse protestante au reproche à'émiettemeni, ci'voWh. le langage de la liberté à laquelle nous avons été appelés. » {Essence du, christianisme. Quinzième conférence. Trad. de 1907, pp. 327-329.)

Nous ne regrettons pas la longueur d'une telle citation, car il nous aurait été impossible de marquer avec plus de relief à quoi se réduit le rôle de l'Eglise visible, d'après la logique des principes protestants. Donc cette théorie supprimerait tout le problème des « notes » de l'Eglise. Mais les protestants orthodoxes n'admettent pas une conclusion pareille. Moins logiques et plus traditionnels, ils entendent opposer une liarrièrc aux abus trop criants du libre examen. Ils veulent établir une règle objective et apparente, qui permette de discerner entre les Eglises légitimes et les Eglises illégitimes, entre les Eglises conformes et les Eglises contraires au « royaiune de Dieu ».

C'est que les protestants orthodoxes ont en horreur les négations radicales, les hardiesses dogmatiques ou autres, cjue, depuis l'origine de la Réforme, se permettent beaucoup de sectes indépendantes. Pour enlever à de telles sectes le droit d'être considérées comme de véritables Eglises chrétiennes, il fallait trouver un critère d'exclusion. Mais il fallait encore trouver un critère assez large et assez compréhensif pour s'adapter à chacune des grandes variétés historiques de la Réforme et pour ne pas ramener la conception hiérarchique et catholique de l'Eglise.

On estima résoudre le problème en formulant ainsi le critère protestant : une Eglise chrétienne est légitime si elle se trouve d'accord avec l'Ecriture, par la prédication exacte de l'Evangile et par l'administration correcte des sacrements.

Au livre quinzième de l'Histoire des variations, BossuET transcrit les déclarations catégoriques, sur ce point, de la confession d'Augsbourg, de la confession helvétique, de la confession belgique, de la confession anglicane et de la confession d'Ecosse. Aujourd'hui encore, les protestants, orthodoxes revendiquent et justifient la double règle tîxce par leurs devanciers. (Cf. Jalac;uier, De l'Eglise, Paris, 1899, in-8°, pp. 264-279.)

La première « note » serait donc : « la prédication « exacte de l'Evangile »; c'est-à-dire l'enseignement des doctrines les plus certaines, les plus obvies, les plus capitales dans l'Evangile du Christ, quoi qu'il en soit des doctrines de moindre importance. Tel est le système que Jurieu a su compléter et affiner, dans sa tiiéoric fameuse des articles fondamentaii.r.

La deuxième « note » serait : « l'administration « correcte des sacrements ^ ; c'est-à-dire la conformité avec l'Ecriture au sujet des deux sacrements dont il est (piestion bien clairement dans l'Evangile; à savoir, le baptême et l'eucharistie.

Après avoir étudié comment se pose le problème (les <( notes » de l'Eglise, nous devons examiner la valeur du critère protestant, puis faire connaître les critères que nous estimons réellement aptes à identifier la véritable Eglise du Christ.

B. Le critère protestant

Pour qu'il y ait '( note » de l'Eglise, deux conditions, nous l'avons vu, sont manifestement nécessaires : que ce soit une propriété essentielle de la véritable Eglise; et que cette propriété essentielle soit visible, soil chose plus apparente, plus facile à reconnaître que la vérité même de l'Eglise.

ÉGLISE (QUESTION DES NOTES

Or, la i)rédication exacte de l'Evangile et l'administration correcte des sacrements sont, à coup sûr, des propriétés essentielles de la véritable Eglise; mais non pas des propriétés bien visibles, non pas des choses plus apparentes et plus faciles à reconnaître que la vérité même de l'Eglise.

Donc, ce ne sont pas des « notes », des signes extérieurs, qui permettent de discerner légitimement la véritable Eglise du Christ en tant que telle.

Voilà toute notre argumentation au sujet du critère protestant.

Examinons, à cet égard, l'une et l'autre propriété de l'Eglise que les protestants orthodoxes considèrent comme des « notes ».

a) L'exacte prédication de l'Evangile

(y.) L'ensemble de la doctrine. — Si l'on veut parler de la prédication exacte de l'Evangile quant à la totalité des dogmes, il est hors de doute que ce n'est pas là ime chose plus apparente et plus facile à reconnaître que la vérité même de l'Eglise.

Aux yeux des protestants orthodoxes comme aux yeux des catholiques, le christianisme possède un ensemble de doctrines, à la fois multiples, complexes, mystérieuses, dont l'identification (très délicate) exige une enquête longue et difficile. Rien de moins simple à vérifier que l'orthodoxie complète des croyances d'une Eglise sur la totalité de la Révélation chrétienne, depuis la Trinité, l'Incarnation, la Rédemption, jusqu'à la grâce, aux vertus, au culte religieux, aux sacrements, aux fins dernières.

Saint Irénée, dans le troisième livre ^rfverswi/me/'eses, Tertullien, dans le livre des Prescriptions, saint Augustin, dans \c De utilitate credendi, ont éloquemment mis en relief combien il est impossible d'être fixé avec pleine certitude sur un pareil ensemble de doctrines, à moins d'invoquer l'autorité (préalablement reconnue) de la véritable Eglise.

Du reste, l'objection est si évidente que les protestants orthodoxes n'osent guère proposer pour u note » de l'Eglise l'exacte prédication de l'Evangile quant à la totalité des dogmes. Ils parlent plus volontiers de l'exacte prédication de l'Evangile quant aux articles fondamentaux ; c'est-à-dire, comme nous l'avons rappelé plus haut, quant aux doctrines, peu nombreuses, qui sont les plus certaines, les plus obvies, les plus capitales dans l'Evangile du Christ. Les articles fondamentaux constitueraient donc une « note » bien visible, un vrai signe d'identité pour les confessions chrétiennes dignes de ce nom.

Cette théorie fameuse des articles fondamentaux exige un examen plus attentif. D'abord, peut-on distinguer, dans le christianisme, des articles qui soient fondamentaux et des articles qui ne le soient pas? Ensuite, les articles fondamentaux peuvent-ils vraiment fournir une k note » de l'Eglise?

(/3) Y a-t-il des « articles fondamentaux »? — Le terme d'articles fondamentaux peut être pris dans trois acceptions principales.

Première acception : les articles fondamentaux seraient, non pas des dogmes, jugés (à un titre quelconque) plus importants que les autres articles de foi, mais bien les fondements philosophiques et historiques du christianisme, c'est-à-dire les vérités d'ordre naturel qui, logiquement, doivent être reconnues avant qu'on puisse admettre le contenu luimême de la Révélation chrétienne. L'existence de Dieu et de l'àme, la moralité ou la responsabilité humaine, la possibilité d'une révélation objective et de signes divins pour la faire authentiquement discerner, la réalité historique de Jésus-Christ et des miracles qui attestent la divine autorité de son message, tels sont les fondements philosophiques et histo-

riques du christianisme, et tels sont, en un premier sens, les articles fondamentaux.

Deuxième acception : les articles fondamentaux seraient les dogmes révélés qui sont, plus que tous les autres, nécessaires au salut. Quand il s'agit de préparer à la grâce du baptême un adulte non instruit des vérités chrétiennes, et quand, d'autre part, le péril est grave et le temps presse, on doit évidemment réduire à la mesure indispensable les doctrines en faveur desquelles on réclamera une adhésion distincte. Or les quelques vérités constituant le minimum exigible en pareil cas pourront être appelées articles fondamentaux. De même, les quelques vérités (encore moins nombreuses et plus élémentaires) que doit connaître un adulte, en cas d'ignorance invincible de la Révélation chrétienne, pour obtenir (sous l'action de la grâce) la régénération intéi-ieure. C'est donc au point de vue de la nécessité pour le salut éternel que l'on distingue (ici) des articles fondamentaux dans le christianisme.

Troisième acception: les articles fondamentaux seraient comme les pierres d'assise de l'édifice doctrinal. En effet, dans l'économie des croyances chrétiennes, dans la structure logique de la doctrine, certaines vérités (par exemple : la Trinité, l'Incarnation, la Rédemption et quelques autres) ont une importance telle que, si on les supposait inexistantes, le christianisme perdrait sa physionomie distinctive, lechristianisme cesserait d'être lui-même. Au contraire, d'autres vérités révélées pourraient être supposées inexistantes, sans que l'aspect général du christianisme fut notablement modifié. La structure logique de la doctrine était, à coup sûr, la même chez saint Thomas d'Aquin que chez les catholiques de nos jours : et pourtant saint Thomas d'Aquin n'admettait pas l'Inimaculée-Conception de la Vierge Marie, alors que nous y croj'ons aujourd'hui comme à un dogme de foi. Il existe donc des vérités révélées qui ne sont pas fondamentales dans le christianisme. Les articles fondamentaux seraient ceux-là seuls dont la disparition équivaudrait à la destruction même de tout l'édifice.

Ajoutons immédiatement qu'aux yeux des protestants orthodoxes comme aux nôtres, cette distinction ne A aut que pour la structure logique des croyances, et nullement pour leur obligation et leur certitude. Une vérité qui est authentiquement révélée de Dieu. mais qui n'est pas un dogme fondamental, n'est, à covip sûr, ni moins obligatoire ni moins certaine que les dogmes les plus fondamentaux. Dans l'un et l'autre cas, le titre de l'obligation et de la certitude est pareillement l'autorité même de Dieu révélateur . Mais les protestants orthodoxes pensent que la réalité du fait de la Révélation est chose manifeste et indubitable pour les articles fondamentaux, alors qu'elle serait moins claire et moins apparente pour les articles non fondamentaux. Donc un désaccord demeurerait possible et légitime, au sujet des articles non fondamentaux : domaine où l'Ecriture ne fournit que des probabilités, des approximations; tandis que l'accord serait nécessairement unanime, entre chrétiens dignes de ce nom, au sujet des doctrines caractéristiques et capitales du christianisme, au sujet des articles fondamentaux : domaine où l'Ecriture n'autorise aucun doute raisonnable (Jalaguier, De l'Eglise, pp. 287-320).

Telles sont les acceptions diverses que comporte le terme, un peu ambigu, d'articles fondamentaux.

(•/) Les « articles fondamentaux » peuvent-ils vraiment fournir une « note » de l'Eglise? — Dans la première acception du terme (fondements philosophiques et historiques du christianisme), il est indubitable que les articles fondamentaux constitueraient

ÉGLISE (QUESTION DES NOTES

une excellente « noie » négative. Si une société religieuse n'admet pas l'existence historique ou la mission divine de Jésus-Christ, personne au monde ne prétendra qu'elle puisse être la véritable Eglise du Christ. Si une société religieuse n'admet pas l'existence de l'âme humaine et du devoir moral ; si elle n'admet pas l'existence de Dieu, personnel et transcendant, pareille aberration, en matière de philosophie et de religion naturelle, suffira pleinement à montrer que ce n'est pas la véritable Eglise du Christ. Nul besoin d'insister.

Mais cette remarque n'est d'aucune utilité povir la controverse qui nous occupe présentement. Les seuls hommes qui, tout en se prétendant chrétiens, contestent les fondements historiques ou philosophiques du christianisme, sont des protestants libéraux ou des catholiques modernistes. Ils ne forment pas de groupements visibles et distincts, revendiquant le titre de « véritable Eglise de Jésus-Christ » ; mais ils continuent d'appartenir aux diverses communions chrétiennes, même aux plus hiérarchiques, dont ils réinterpr'etent à leur manière les croyances doctrinales. Ce qui est à débattre, avec de tels adversaires, c'est la nature et la valeur de la connaissance relisieiise. et non pas l'identité de la véritable Eglise du Christ. La discussion concernant l'identité de la véritable Eglise du Christ, la controverse des articles fondamentaux ne se pose qu'entre catholiques et protestants orthodoxes, c'est-à-dire entre chrétiens (jui sont en parfait accord sur les fondements histori- (/iies et philosophiques de leur religion, et dont tout le désaccord porte sur les f/oc^/v/ies et les institutions contenues dans le message divin de Jésus-Christ.

Par conséquent, la « note «négative cjue fournirait l'examen des fondements historiques ou philosophiques du christianisme ne doit pas nous retenir plus longtemps. Elle est en dehors de la question.

Dans la deuxième acception du terme, les articles fondamentaux seraient les dogmes révélés qui sont, plus que tous les autres, nécessaires au salut. C'est une notion très claire. Mais catholiques et protestants reconnaissent, a^ec une égale franchise, qu'on ne peut trouver là un signe extérieur et distinctif de la véritable Eglise. Car il faudrait, d'abord, que la liste des croyances indispensables au salut éternel flit notoire et à l'abri de toute contestation sérieuse entre chrétiens. Or cette liste est très diversement rédigée dans les diverses comnmnions chrétiennes, et, s'il y a quelque unanimité entre elles à cet égard, c'est pour avouer que la question est difficile et mystérieuse. Donc la profession des croyances nécessaires au salut, considérées comme articles fondamentaux du christianisme, ne saurait être une « note » de la véiitable Eglise.

Dans la troisième acception du terme, les articles fondamentaux seraient les dogmes les plus importants, les doctrines caractéristiques et capitales du christianisme. Et tel est bien le sens qu'ont en vue les protestants orthodoxes, quand il s'agit des « notes » de l'Eglise. Au i)remier abord, cette règle peut paraître admissible. Mais, lorsqu'on l'examine de plus près, on constate qu'elle est étrangement décevante. Pour que les articles fondamentaux puissent nous donner une « note », au moins négative, de la véritable Eglise du Christ, il faut que l'Ecriture sainte, à elle seule, résohc d'une manière bien certaine la double (|uestion suivante:

Quelles sont, exactement, les doctrines caractéristi<iues et capitales du christianisme? (Question de nomlire.)

Quel est le sens précis que l'on doit attribuer à chacune d'entre elles? (Question de concept.)

Or, indépendamment d'une autorité enseignante,

reconnue au préalable et qui soit en mesure de lever tous les doutes, on est dans l'impossibilité manifeste de fovirnir une réponse bien certaine et incontes-table à la première question et surtout à la seconde.

D'abord, la question de nombre. Quelles sont, exactement, les doctrines caractéristiques et capitales du christianisme? — Pour déterminer la réponse de l'Ecriture sainte, on fait appel à deux critères: a le « témoignage du sens chrétien et celui de la science « indépendante » (Jalaguier, De l'Eglise, p. 3i6); puis on apporte la meilleure Aolonté du monde à fixer la liste des dogmes fondamentaux. Mais la preuve manifeste de l'insuflîsance du double critère, c'est la diversité même des solutions. Diversité entre telle Eglise protestante et telle autre Eglise protestante. Diversité, dans la même Eglise protestante, quel qu'en soit le nom, entre la croyance admise à telle époque et la ci-oyance admise à telle autre époque. Diversité, dans la même Eglise protestante, à la même époque, entre tel docteur « orthodoxe » et tel autre docteur pareillement « orthodoxe ». Bref, c'est XowieV Histoire des Variations qu'il faudrait reprendre et compléter ici. Or la diversité des listes, leur longueur manifestement inégale est de la plus désastreuse conséquence. Le problème consiste à énumérer exactement les articles fondamentaux, les doctrines caractéristiques et capitales du christianisme, les croyances distinctives des Eglises chrétiennes dignes de ce nom. Toute erreur dans l'établissement de la liste faussera la méthode et son application. Que l'on énumère parmi les articles fondamentaux des articles qui ne le sont pas réellement, et l'on exclut, à tort, du nombi-e des Eglises légitimes, certaines Eglises qui (d'après le principe de la méthode) ne devraient pas être exclues. Au contraire, que l'on omette de compter parmi les articles fondamentaux des ai'ticles qui le sont réellement, et l'on comprend, à tort, parmi les Eglises légitimes, certaines Eglises qui (d'après le principe de la méthode) mériteraient l'exclusion. Par suite, les '.•ariations multiples et continuelles que présente la liste des articles jondamentaux, chez les protestants orthodoxes, malgré le « témoignage du sens (. chrétien et celui de la science indépendante », rend insoluble la qviestion de nombre, puisqu'elle rend impossible l'exacte cnunu'ration des doctrines caractéristiques et capitales du christianisme. On ne peut donc, i)ar la seule Ecriture sainte, déterminer r/i'ec certitude les croyances (jui feraient vraiment discerner les Eglises légitimes des Eglises illégitimes et illicites.

Mais la question de concept paraît encore plus insoluble. Voilà un dogme de foi que, par hypothèse, tous les protestants orthodoxes sont d'accord pour tompler parmi les articles fondamentaux : par exemple, la divinité de Jésus-Christ. Que signifie, au juste, ce terme: « divinité »? .\ quoirevicnl cette aMirmation: « Jésus-Christ est Dieu »? Nous ne parlons pas du détail des interprétations théologiques du mystère, mais bien de la substance même du concept. Alors, tel protestant orthodoxe me répond: u Jésus-Christ est Dieu au sens jiropre du terme ; il iv est égal et eonsubstantiel au Père; c'estla seconde i, Personne de la Trinité divine. » (Cf. notanuucnl Jalaguier, />e l'Eglise, p. 3oG.) Mais tel autre protestant orthodoxe et conservateur me répond: .. Jésus-Christ est Dieu au sens large et métaphori- « quc^aadlvinité consiste dans une intimité merveil- <( leuse avec le Père céleste; intimité qui élève Jésus- 0 Clirist bien au-dessus de toute créature et qui l'as- .. simile vraiment à Dieu même. » (Cf. notamment liovoN, Théologie du .\ous-cau Testament, Lausanne, 1902, in-8', pp. 5o3-5io.) De part et d'autre, on

ÉGLISE (QUESTION DES NOTES

déclare admettre la dhinité de Jésus-Christ connue un dogme fondamental du christianisme. Et pourtant, si l'on prononce le même mot, l'on signiûe deux choses totalement différentes: divinité réelle et divinité (ictive. C'est la substance même du concept qui est en jeu.

Pour terminer la controverse, l'unique autoritédoit être l'Ecriture sainte. Mais, précisément, chacun des deux adversaires affirmera que son interprétation de lEcriture sainte est la plus satisfaisante; chacun des deux apportera des arguments : et sur le seul terrain des textes, aucune solution ne pourra s'imposer avec pleine certitude, avec évidence péremptoire.

La raison en apparaît profonde. îS'ous ne sommes plus en face de vérités purement rationnelles ou de faits expérimentalement observés, comme lorsque nous recherchions les fondements historiques ou philosophiques du christianisme. Nous ne sommes plus en face de choses proportionnées aux aptitudes normales de la nature humaine. Car, maintenant, nous sommes en face de mystères divins, qui dépassent, et qui dépasseront toujours, les lumières de notre intelligence. Nous sommes dans un domaine de vérités si hautes et si déconcertantes que des formules analogues à celles de l'Ecriture sainte demeurent passibles d'interprétations métaphoriques et atténuées, qui ne peuvent être déclarées absolument inadmissibles ou improbables, si l'on ne possède aucun moyen de contrôle en dehors des textes eux-mêmes.

Incontestablement, le sens naturel des textes sci-ipturaires, au sujet de la divinité du Christ, est bien celui d'une divinité au sens propre du terme, comportant la consubstantialité avec le Père. Mais pareille doctrine reste si mystérieuse, et, répétons le mot, si déconcertante pour l'intelligence humaine, que l'on ne peut (absolument parlant) refuser quelque probabilité à l'opinion de ceux qui ne voudraient voir, dans ces mêmes textes, que l'expression hyperbolique d'une excellence privilégiée, d'une transcendance surhumaine, d'une « divinité » au sens large et figuré.

Cette échappatoire n'existe pas pour nous, catholiques, parce que nous ne considérons jamais les textes dogmatiques en les séparant de la Tradition « inhésive », de la pensée de l'Eglise catholique sur leur portée véritable : pensée de l'Eglise qui les accomjîagne et les éclaire constamment ; pensée de l'Eglise que nous savons être pourvue d'infaillibilité (dans son accord moralement unanime). La Tradition « inhésive » et infaillible ne peimiet aucun doute sur le vrai sens des textes scripturaires quiénoncent les dogmes de notre foi. — Mais, avec les protestants orthodoxes, nous restons sur le terrain unique des textes considérés en eux-mêmes, indépendamment de tout commentaire infaillible. Voilà pourquoi des interprétations très divergentes, quant à la substance même des concepts, demeurent possibles à propos de tous les passages de l'Ecriture qui expriment des vérités « mystérieuses ».

La secte unitarienne, la plus radicale de toutes, pourra invoquer des interprétations qui ne seront pas absurdes, en faveur de ses croyances doctrinales. Elle pourra entendre la diAinité du Sauveur dans un sens tout métaphorique ; elle pourra entendre l'invocation trinitaire du Père et du Fils et du Saint-Esprit comme une formule symbolique, rapprochant l'envojé divin qui a sauvé le monde, Jésus-Christ, et la vertu divine qui agit dans les âmes, l'Esprit-Saint, de l'unique Personne divine, qui est le Père céleste. La secte unitarienne elle-même pourra donc prétendre être en règle.

Bref, par l'Ecriture toute seule, on ne peut résoudre avec pleine certitude, ni la question du nombre, ni la question du concept des articles fondamentaux : I

et, par conséquent, les articles fondamentaux ne peuvent être un signe distinctif, une « note » de la véritable Eglise.

N'insistons plus sur le premier aspect du critère protestant : l'exacte prédication de l'Evangile. Cette règle ne permet d'exclure efficacement aucune des multiples confessions chrétiennes.

h) L'administration correcte des sacrements

(a) Remarques préjudicielles. — Par « les sacrements », quels rites chrétiens faut-il entendre? — D'après les protestants orthodoxes, on doit entendre exclusivement le baptême et l'eucharistie.

On pourrait demander pourquoi est omis tel ou tel des cinq autres rites chrétiens que les catholiques désignent sous le nom de sacrements. Certains d'entre eux, par exemple l'imposition des mains pour conférer le Saint-Esprit, ne semblent pas dépourvus de témoignages scripturaires.

Et, d'autre part, l'Ecriture étant admise pour unique source doctrinale, ne devrait-on pas compter comme l'un des sacrements de la Loi nouvelle la cérémonie du lavement des pieds : qui, dans le texte évangélique, paraît être une institution permanente du Christ et le signe sensible, efficace, de la sanctitication intérieure ?

Le principe de l'administration correcte des sacrements, appliqué d'une manière exclusive au baptême et à l'eucharistie, occasionne donc facilement plus d'une remarque préjudicielle. Ici encore, l'Ecritui'e laisse pendantes bien des questions.

(jî) Le Baptême. — L'Antiquité chrétienne, assurément, ne s'est pas doutée que l'administration correcte du baptême fût un signe distinctif de la véritable Eglise. En effet, depuis le iv" siècle, au moins, on reconnut presque unanimement que le baptême conféré par les hérétiques était valide, et, par suite, ne devait pas être réitéré, dès lors qu'il avait été donné selon la formule trinitaire. C'était admettre nettement que l'administration correcte du baptême pouvait exister, et même existait, en dehors de la véritable Eglise, en dehors de la communion catholique, dans plusieurs sectes illégitimes et illicites, hérétiques et schismatiques. Premier indice peu favorable à l'opinion qui nous occupe;

En second lieu, comment lixer, d'après l'Ecriture toute seule, quelle formule est requise pour l'administration correcte du baptême:^ Baptême au nom du Pèi-e et du Fils et du Saint-Esprit? Baptême au nom du Seigneur Jésus? C'est la validité même du rite qui est en cause.

Le livre des Actes des apôtres semblerait indiquer la formule au « nom du Seigneur Jésus )• comme employée constamment et à juste titre par les disciples immédiats de Jésus-Christ lui-même. En revanche, la finale de saint Matthieu, corroborée par un passage des Actes (Matth., xxviii, \getAct., xix, 2-5), semblerait davantage authentiquer l'emploi de la formule « au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ». Malgré la probabilité majeure de la seconde solution, aucune des deux réponses ne paraît s'imposer, d'une manière évidente, par les seuls textes de l'Ecriture et indépendamment de toute autre autorité. Or, pareil doute retire à la « note » proposée le plus clair de sa valeur.

Sans avoir besoin de recourir aux difficultés que soulève la signification doctrinale de la formule trinitaire et du dogme qu'elle énonce, on prouve donc aisément que l'administration correcte du baptême est loin d'être une « note » de la véritable Eglise, un signe extérieur et distinctif. qvii permette de la reconnaître, ou qui permette d'exclure efficacement les sectes usurpatrices de son nom et de son titre.

ÉGLISE (QUESTION DES NOTES

(•/) L'Eucharistie. — L'objection est encore beaucoup plus évidente et plus grave au sujet de l'eucharistie. Avant de fixer en quoi consiste ïadministration correcte de l'eucharistie, on doit fixer, d'abord, en quoi consistele sacrement lui-Jtième de l'eucharistie, au moins quant à la substance du concept. Mais, sur cette question capitale, on interprète fort diversement les textes de l'Ecriture sainte, et il y a flagrant désaccord entre les orthodoxies rivales qui existent au sein du protestantisme. Et le caractère mystérieux de l'eucharistie, où les paroles évangéliques déconcertent notre sens humain, explique facilement le désaccord, chez ceux qui veulent tout résoudre par la seule lettre de l'Ecriture.

Tous les protestants orthodoxes prononceront les mêmes mots : « L'eucharistie est le sacrement du « corps et du sang de Jésus-Christ, en mémoire de « la Passion. » Mais, sous des paroles identiques, ils entendront des choses, des significations totalement différentes les unes des autres.

Le luthérien dira « Ce pain et ce vin pendant la « cène eucharistique, contiennent réellement, vérita- « blement, substantiellement, le ATai corps et le vrai «4 sang de Jésus-Christ. » Présence réelle et physique (avec inipanation, ou mieux consuhstantiaiion).

Le calviniste dira : « Ce pain et ce vin restent « purement et simplement du pain et du vin, après « comme avant la consécration eucharistique. Mais <( ils possèdent la vertu de produire, chez les chré- « tiens ffiii recevront le sacrement avec foi, une très « réelle et très étroite union entre Vùme du commu- « niant et le vrai corps de Jésus-Christ, qui est au « ciel. )) Présence virtuelle ou dynamique.

Le sacramentaire dira : « Ce pain et ce vin restent « purement et simplement du pain et du vin, après « comme avant la consécration eucharistique. Mais « ils nous rappellent le repas d'adieu et la Passion « du Sauveur, ils nourrissent par là même notre foi « en Christ, et nous attirent des bénédictions divi- « nés. » Présence morale et figurée.

Pareil désaccord est le plus radical que l'on puisse imaginer. Pour les uns, le pain eucharistique contient physiquement le vrai corps de Jésus-Christ; et, pour les autres, ce n'est qu'un morceau de pain bénit. Pour les uns, ce morceau de pain bénit détermine une communion réelle entre l'àme du clirétien et le vrai corps de Jésus-Christ; et, pour les autres, il entretient simplement la ferveur, en commémorant un grand souvenir.

Or, ce sont les mêmes protestants orthodoxes, divisés entre eux par des divergences aussi profondes sur la notion primordiale de l'eucharistie, de la Cène du Seigneur^ qui nous proposent l'administration correcte de l eucharistie comme un signe extérieur, permettant de distinguer entre Eglises clirétienncs dignes de ce nom et, d'autre part. Eglises illégitiuies ou illicites. Vraiment, le signe en question serait moins clair et plus mystérieux que la chose même à signifier.

Telle est l'objection péremptoire contre le critèi-e protestant. La i)rédication exacte de l'Evangile (fùtelle réduite aux articles /'ondamentau.r)el l'administration correcte des sacrements ne sont pas des propriétés bien visibles, ne sont pas choses plus apparentes et plus faciles à reconnaître que la vérité mêuie de l'Eglise. Donc ce ne sont i»as des « notes » de l'Eglise.

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