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II. Conclusions modernes

Il y a quelques années, on faisait de la chronologie égyptienne une arme contre la Bible et surtout contre les faits racontes dans lePentateuque : le déluge, l'histoire d'Abraham, le séjour des Hébreux en Egypte, l'Exode. Les dates bibliques de ces événements, disaient les adversaires, sont en contradiction avec les dates certaines fournies par les documents égyptiens, elles sont donc fausses. Aujourd'hui, les positions ne sont plus les mêmes. De part et d'autre, les affirmations sontmoins catégoriques. L'historien etl'exégète ont cessé de donner comme certaines des dates irréductibles, et la prétendue contradiction est dou- Ijlemcnl lorid^ée. Il reste cependant utile pour l'étude de l'Ancien Testament d'avoir une idée de la chronologie égyptienne et de savoir quelle est à ce sujet l'opinion des savants modernes.

I. Idée générale de la chronologie égyptienne. — Les sources de (■(■lie clircMiologie sont tic deux sortes, les sources jjurement égyjjtienncs, monuments anciens existant encore dans la vallée duNil, inscriptions Iiiérogly[»hiques qui couvrent des monuments, papyrus dont plusieurs reinonlent à une haute antiquité, et les sources grecques, récits d'IIi':RODOïH et de DiODORE de Sicile, surtout histoire de Manétiion,

prêtre égyptien, probablement d'Héliopolis, qui écrivait sous Ptolémée II Philadelphe (280-246). Cette histoire, composée d'après les documents originaux, est malheureusement perdue, et il n'en reste que des fragments conserAés par quelques auteurs, comme Flavius JosÈPHE(fr. 42,00, 02), JuLiusApRicANUSjdans son Pentabiblion qui n'est lui-même connu (pie jiar ce qu'en rapportent Georges le Syncelle, patriarche de Constanlinople vers la fin du viii* siècle, et EusÈBE dans ses deux premiers livres des « Chroniques », connus par Georges le Syncelle, une version arménienne et S. Jérôme.

Manéthon classe les rois égyptiens, depuis le premier qu'il appelle Menés jusqu'à Alexandre le Grand inclusivement, en 3i dynasties qui régnèrent sur le pays l'une après l'autre ou parfois simultanément.

Les égyptologues ont conservé la division par dj'nasties ; ils se sont contentes de les grouper en quatre ou cinq grandes divisions qu'on appelle empires ou périodes. vSi l'on met donc à part Alexandre qui forme la XXXI- dynastie, les souverains de l'Egypte sont distribués en 3o dynasties. Au reste, dans ce nombre, on le A'erra, il y a plusieurs dynasties étrangères. Peut-on fix;er des dates certaines à tous ces rois qui, pendantplus de^ooo ans, se sont succédé dans le gouvernement de la A'alléeduXil? C'est la question qu'il nous faut étudier.

Ce qui fait pour nous la difficulté de la chronologie égyptienne, c'est qu'on n'avait pas autrefois une ère fixe qui servît à dater tous les événements, à les relier ensemble en une série unique et continue. On les indiquait seulement d'après les années de chaque roi. Ainsi les textes disent que, l'an 21 de son règne, Ramsès II conclut un traité avec les Hittites; mais à quelle date se place Ramsès II, depuis le premier Phai-aon? les documents égyptiens ne s'en occupent pas. Pourtant on connaissait plus ou moins la succession des rois, on en dressait des listes qui se conservaient dans les archives des temples et qu'on gravait parfois sur les monuments. Il nous reste quatre échantillons de ces listes : le papyrus royal de Turin, contenant près de 180 noms, la table de Karnak, celle d'Abydos et celle de Saqqarah. La table de Karnak représente Thoutmès III (xyiii" dynastie) rendant hommage à 61 de ses prédécesseurs dont les images et les cartouches sont gravés devant lui (mais cette table ne suit pas l'ordre chronologique); sur celle d'Abydos. t'est Sétir'(xix° dynastie) qui, accompagné desonlils Ramsès II, offre de l'encens à 7") de ses ancêtres; celle de Saqqarah où figure Ramsès II lui-même, successeur de Séti I", ne porte que 47 cartouches. Sur ces deux dernières labiés, les rois viennent par ordre chronologique, mais ils ne sont pas tous nommés, sans doute parce qu'on ne voulait mentionner que les principaux parmi les [)haraons, ou seulement ceux qui recevaient un culte partieidier en ces endroits.

Ainsi doncces diirérenles listes, non plus que celles des auteurs grecs, Diodore de Sicile, Manéthon, Julius Africanus, Georges le Syncelle, ne s'accordent ni sur le nombre des pharaons, ni sur l'ordre de leur succession, ni sur la durée de leur règne.

Les découvertes récentes, faites en différents endroits, ont amené la connaissance de nouveaux noms royaux, dont quelques-uns entrent Iiien dans les anciens cadres, mais dont |)lusieiirs sont plus dillieiles à caser. Quelques égyptologues ont même émis riij'polhèse, sans succès d'ailleurs, qu'on aurait trouvé une nouvelle dynastie, inconnue des historiens et antérieure à la première de Manéthon. Que nous réservent les découvertes de demain? On ne saurait le prévoir. Dans ces conditions, il est facile de reconnaître que l'histoire est inq>uissante à dresser une chronologie exacte de l'Egypte ancienne. On a cru,

EGYPTE

un niomont. avoir trouve des points de repère au moj'en de considérations astronomiques, mais il ne semble pas que les textes sur lesquels on a voulu s'appuyer fournissent des données suffisantes pour fonder un calcul certain. On n'espère guère aujourd'hui de ce côté-là.

II. Conclusions modernes. — En fait, les égyptologues de nos jours sont unanimes à admettre qu'il n'y a de chronologie certaine que jjour les dernières dynasties, depuis la xxiii" ou tout au plus depuis la xxii^. En 332 av. J.-C. Alexandre le Grand s'empare de TEgypte, qui depuis 34 1 était sous la domination des Perses. Ceux-ci, en battant Xectanébo à Péluse, avaient renversé la xxx' et dernière dynastie indigène. Cette dynastie, ainsi que les deux précédentes, est assez peu connue. Les Perses forment la xxvii'. En 525. ils avaient fait pour la première fois invasion dans la Aallée du Nil. sous la conduite de Cambyse; ils s'y étaient maintenus pendant plus d'un siècle. La xxvi' dynastie marque poiu" l'Egypte une période d'indépendance et de grande prospérité. Elle débute au second tiers du \n' siècle et fournit deux Pharaons qui prirent une part importante dans les affaires de Palestine : Apriès. le Hophva de la Bible (589-570), qui essaya en vain de défendre Jérusalem contre Nabuchodonosor, et Xéchao (610-59/S) qui, dans sa marche contre les Babjdoniens, vainquit à Mageddo Josias, roi de Juda (608), et fut vaincu lui-même à Garganiich par Nabuchodonosor (6o5).

A la xxv'' dynastie, qui est éthiopienne, appartiennent Taharqa, le Tivliakah de la Bible (693-667), et Shabakou ou Sabacon (715-707), qui soutinrent les Juifs contre les Assyriens.

11 est à remarquer, pour les dates de ces quatre rois, que les égyptologues ne sont pas entièrement d'accord, et qu'elles peuvent varier de quelques années. Nous aAons donné celles de Flinders Pétrie.

Dans le li^Te d'Isaïe, xxxvii. 9, et dans le second livre des Rois, xix, 9. il est dit que « Taharqa. roi d'Ethiopie >\ sortit d'Egypte pour aller combattre Sennachérib guerroyant alors en Palestine. Or c'était la troisième campagne de Sennachérib, qui se place en 701, et d'après la chronologie égyptienne Taharqa ne serait monté sur le trône que plus tai-d, ^ers 693. Ces dates se concilient si on admet, comme l'insinue FI. Pétrie {A historv of Egypt, III, p. 296), que Taharqa, avant d'avoir le pouvoir suprême, avait été associé au trône depuis plusieurs années. Le cas s'était déjà présenté pour Sabacon, et on peut l'admettre d'autant plus volontiers pour Taharqa que son prédécesseur Sliabataka (707-693) semble avoir joué un rôle plutôt effacé et laissé à d'autres la direction de la guerre.

Sheshonq, le fameux Shishaq de la Bible, qui s'empara de Jérusalem et pilla le temple de Salomon dans la 5' année de Roboam. peut être placé vers le milieu du x' siècle.

Au-dessus de la xxn* dynastie, on ne peut établir de chronologie qu'avec une approximation qui naturellement va toujours en s'affaiblissant à mesure qu'on remonte dans l'histoire, et qui pour les origines peut osciller entre des siècles.

Il y a ici parmi les égyptologues deux tendances. L'école française, fidèle aux traditions de Mariette, de Brlgsch, de Champolliox-Figeac et d'Emmanuel DE RouGÉ, donne des chiffres assez forts tandis que l'école allemande moderne (A. Erm.a.x, G. Steindorff, K. Sethe, E. Meyer, auxquels il faut ajouter Breasted et Pétrie) propose des chiffres beaucoup plus faibles.

Pour la xviii' et la xix* dynastie, les deux plus

intéressantes au point de vue biblique, l'écart atteint près de deux siècles.

De la xv' dynastie à la i", c'est-à-dire jusqu'aux premiers temps historiques, l'écart entre les chiffres proposés par les égyptologues, va naturellement en s'accentuant. Tous s'accordent à prendre pour point de départ, le règne de Menés, le premier des Pharaons. Or, comme date probable, Champollion-Figeac lui assigne 5867, Mariette bool\, Flinders Pétrie 4777> Brugsch 4480ï Lepsius 38g2, Bunsen 3623, Breasted 3400, l'école allemande moderne 2800. Le règne de Menés, c'est l'Egypte organisée en royaume et dotée d'une civilisation déjà avancée. Depuis combien de temps les Egyptiens étaient-ils dans la vallée du Nil? Combien leur avait-il fallu pour s'y installer, l'occuper, la coloniser, la cultiver? C'est là un problème qui ne dépend pas de l'histoire, et qu'on ne peut résoudre que par induction. Compterait-on mille ans et plus, il reste évident que l'exégète qui cherche à fixer une époque au déluge et à la dispersion des peuples n'a pas à craindre de se heurter à la chronologie égyptienne. Pour ces temps reculés, tout le monde en convient, le champ des hypothèses reste ouvert, l'échelle des probabilités est considérable et chacun a la plus grande latitude.

Bibliographie. — W. Budge, A hisiory of Egpyt, I, p. II 1-162; Lieblein, Etude sur la chronologie égyptienne (Actes du onzième congrès international des Orientalistes, Paris. 1897; 5' et 6° sect., p. 1-33); E. Meyer, Aegrptische Chronologie (Aus den Abliandlungen der Kônigl. Preuss. Akademie der AVissenschaften vom Jalire 1904), Berlin. 1904. Cf. Revue Critique, 1905, t. LX, p. 2o3; FI. Pétrie, A history of Egypt., I (1908). II (1904), III (igoS), passim, surtout, I, p. 248-254; G. Steindorft', Histoire ancienne de VEgypte, dans le Guide Baedeker pour l Egypte, édition française, igoS, p. lxxii- Lxxxv; J.-H, Breasted, A history of Egypt, froni the earliest tinies to the Persian Conquest, New- York, 1905; A history of the ancient Egyptians, London, 1908.

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