‹ Dictionnaire apologétique de la foi catholiqueChapitre 130 sur 214 · DEVANT LES TRIBUNAUX CORRECTIONNELS · texte numérisé non relu

DEVANT LES TRIBUNAUX CORRECTIONNELS

Il convient d'observer, au sujet du tableau B, que, si, depuis 1895, les statistiques donnent des chiffres moins élevés, c'est parce que la répression s'est absolument affaiblie et énervée, et non parce que les mœurs se son-t améliorées. C'est parce que les magistrats ont reçu le mot d'ordre : « Ne poursuivez plus ! » car ils auraient trop à faire. C'est parce que le gouvernement, effrayé de l'impression que pouvaient faire sur l'opinion républicaine les résultats lamentables de l'enseignement qu'il a imposé au pays, a recommandé aux parquets de poursuivre le moins possible les jeunes gens. (Rapports du ministre de la Justice Vallk — compte général de la justice criminelle en 1900 et 1904. — du ministre de la justice Chavmié — même compte général en igo5, — du ministre de la justice Gcyot-Dessaigxe — même compte général en 1907.)

Depuis 1895, en effet, l'énervement de la répression s'accentue chaque jour. On a pu suivre, jusqu'à cette date, la marche ascendante de la criminalité juvénile : elle était Aisible.DeiJuislors, elle est réelle, quoique non visible, par la raison que l'on ne poursuit plus les enfants. Après le aoI, les délits les plus habituels aux enfants sont certainement le vagabondage et la mendicité. Or, ils ont déjà bénéficié très largement du système nouveau (loi du 19 avril 1898) et des circulaires des 3i mai et 3i décembre 1898, dans lesquelles ordre était donné à la police et aux parquets d'apporter un très grand « discernement ' et un esprit « largement humanitaire » dans les arrestations de vagabonds. D'après les comptes généraux, ces arrestations et les poursuites quelles entraînent ont diminué sensiblement et, pour ainsi dire, instantanément. (Rapport de M. Vallé, garde des sceaux, p. xliii, sur l'année 1900.)

Après avoir déclaré qu'en réalité sur 100 enfants dénoncés en rgoS, 92 ont échappé à toute répression effective, le garde des sceaux, M. Guyot-Dessaigne, renouvelait les mêmes explications sur les classements sans suite d'alfaires intéressant les mineurs, et il en faisait honneur à la « bienveillance réfléchie des magistrats «. (Rapport de M. Guvot-Dessaigne, garde des sceaux, du 5 mars 1907, sur l'année 1900.) Le garde des sceaux de 1907 ne risque même plus les quelques réserves, poiu'tant bien timides, du garde des sceaux de 1902.

La multiplicité des non-lieu, d'une part, l'ordre d'arrêter les poursuites, d'autre part, encouragent les lial)itudes malsaines de la jeunesse dévoyée, autant qu'elles découragent la A'igilance de la police. Telle est la conclusion logique que dégagent le bon sens et la morale, sans se laisser impressionner par les ronflantes périodes dans lesquelles l'administration de la justice noie des vérités gênantes.

Les suicides constituent le troisième élément de la criminalité juvénile. — La moyenne des suicides

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