II. AUTIIEXTICITÉ GÉNÉRALE DU TEXTE GREC
ACTUEL. — Detoutesles recherches effectuées sur lesanciens manuscrits, les versions, les écrivains ecclésiastiques, et dont les résultats ont été consignés dans ces éditions critiques, il résulte d'abord que le texte grec du Nouveau Testament ne nous est pas parvenu sous une forme unique, invariable, qui en garantirait la fidélité intégrale et absolue. Nombreuses sont les variantes d'auteur à auteur, de manuscrit à manuscrit. Et cela se conçoit aisément. A moins d'un miracle, auquel Dieu n'était pas tenu, il était impossible que le texte passât par un si grand nombre de mains sans être altéré dans ses détails. Les copistes sont plus ou moins soigneux, plus ou moins habiles : ils omettent un mot, parfois une ligne, les changent de place, écrivent un nom pour un autre, surtout quand ils ont affaire à un texte mal écrit, ou en mauvais état; il leur arrive même de corriger volontairement leur texte, de substituer à un passage qu'ils jugent obscur, à une expression qu'ils estiment vieillie, des termes qui leur semblent meilleurs ; ils vont jusqu'à amender le texte sous l'influence de préoccupations doctrinales ou de préjugés personnels.
Mais un fait non moins certain, c'est que les corrections tendancieuses sont rares et d'ordinaire facilement reconnaissables; le plus grand nombre des variantes sont sans importance. La plupart affectent de menus détails, qui n'intéressent pas le sens véritable des textes. Quand elles modifient le sens, il est généralement aisé de distinguer, à la comparaison, celles qui doivent reproduire le sens normal et authentique de celles qui sont exceptionnelles et fautives. Pour se rendre compte du caractère secondaire de la plupart des variantes, il sufiit de mettre en
parallèle, d'un côté les textes critiques les plus réputés, de l'autre le texte reçu, ou notre Vulgate latine : on verra que les passages dont l'authenticité se trouve douteuse ou qui ont subi une modification de quelque importance, sont réellement rares.
A la vérité, les recherches de la critique textuelle ne peuvent aujourd'hui atteindre le texte des Evangiles tel qu'il était aux premières années de sa diffusion, mais seulement à partir du moment où il est cité, avec abondance et des garanties suffisantes d'exactitude littérale, par les écrivains ecclésiastiques, c'est-à-dire à partir de la fin du 11' siècle. Mais l'on peut être assuré que cette forme, la plus ancienne qu'ait pu rétablir la critique, correspond elle-même très étroitement au texte sorti de la plume de nos écrivains sacrés.
Ce qui donne, en effet, pleine confiance à la fidélité de cette reproduction, c'est, d'une part, le peu de temps écoulé entre l'époque de saint Irénée, de Clément d'Alexandrie, de saint Cyprien, et le moment où ont paru nos Evangiles : les transcriptions de ces écrits ont dû être relativement peu noml)reuses dans cette période primitive; les chances d'altération par les copistes en sont diminuées d'autant. — C'est, d'autre part, le culte dont l'Eglise a de bonne heure entouré nos documents : vers i5o, saint Justin déclare que déjà, dans la lecture des assemblées chrétiennes du dimanche, les Evangiles sont placés à l'égal des Prophètes (n° 9); dès l'an i3o, sinon auparavant, l'Epitre dite de Barnabe introduit une citation du premier Evangile par la formule réservée aux textes sacrés : « L'Ecriture dit » (n° 15). Cette estime de nos écrits a sûrement contribué à en faire conserver religieusement le texte.
40. III. Principaux passages dont l'authenticité EST discutée. — Les passages un peu importants dont l'authenticité a été mise en question, à cause des variantes que présentent à leur sujet les manuscrits ou les anciens auteurs, sont d'abord trois fragments, contestés par les protestants du xvi' siècle, et que le concile de Trente paraît avoir a isés spécialement lorsqu'il a prescrit de tenir pour sacrés et canoniques tous les livres de l'Ecriture, avec toutes leurs parties : 1°) la finale de saint Marc, 2°) le passage sur la sueur de sang et l'ange de l'agonie, dans saint Luc, 3") l'épisode de la femme adultère, dans saint Jean.
Ce sontensuite d'autres fragments assez menus, tels que, en saint Matthieu, l'ordre de baptiser au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit; en saint Luc, l'attribution du Magnificat à Marie; en saint Jean, les versets relatifs à l'ange de la piscine probatique.
41. Finale de saint Marc, XVI, 9-20. — Au point de vue de la critique externe. — La finale canonique de saint Marc manque dans un certain nombre de manuscrits grecs anciens, surtout dans K et B, du iv siècle, et dans un manuscrit de la Vulgate antérieur à saint Jérôme, le Codex bobiensis, k, du v' siècle, qui la remplace par une autre finale plus courte. Elle ne figure pas dans la version arménienne, ni dans 1.1 \ ersion syriaque du Sinaï. Au témoignage d'Eusèbe, Quaest. ad Mar., I, elle faisait déjà défaut dans un grand nombre de manuscrits de son temps. — Cependant, on la trouve dans les manuscrits onciaux les plus anciens, autres que N et B. Saint Jérôme l'a conservée dans sa Vulgate. Tous les manuscrits de la Vulgate préhiéronymienne, à l'exception de k, la contiennent ; et de même les anciennes versions syriaques, Peschitto et Curetonienne. Enfin, elle était connue, au 11' siècle, de saint Irénée, Contra Haeres., III, x, 6, de Tatien, qui lui a donné place dans son Diatessaron, de saint
ÉVANGILES CANONIQUES
Justin, I ApoL, xlv, très probablement du Pasteur d'Herraas, Sim., ix, ib, peut-être même de l'Epitre aux Hébreux, ii, 3-4. Tn. Zaun, Einleitimg in das N. T., t. II, 2^ éd., 1900, i>. 227.
Au point de vue de la critique interne. — Au point de vue de la critique interne, on remarque que l'Évangile, terminé àxvi, 8, finit court : il n'a pas de conclusion. — D'un autre côté, la finale canonique ne se relie pas très bien à ce qui précède, et, avec ses phrases serrées, a l'air d'une compilation; on a même pensé qu'elle avait été simplement extraite des parties parallèles des autres Evanj^iles. — On ne connaît pas par ailleurs d'autre finale qui olTre de meilleures garanties. La linale plus courte que présentent certains manuscrits n'a pas d'attestation aussi ancienne chez les écrivains ecclésiastiques et est communément rejetée. La finale trouvée, en 1907, par M. Freer, dans un manuscrit du y" ou du vi" siècle, acquis au Caire, et qui est identique à celle que saint Jérôme lisait en quelques manuscrits de son temps, a toutes les apparences d'une composition artificielle, fabriquée après coup. C. R. Gregory, Das Freer-Logion, 1908 ; cf. Resue bibl., 190S, p. 45o-4Ô2.
Conclusion. — Dans ces conditions, — en mettant hors de question linspiration divine du morceau — que penser de son origine littéraire? Il est possible que le texte original de saint Marc ait fini à xvi, 8 ; cela expliquerait bien que la finale actuelle manque en un si grand nombre de manuscrits anciens, sans que l'on voie à cette omission tie motif tendancieux ni de cause accidentelle possible. Le brusque arrêt de l'évangcliste a pu être motivé par une nécessité d'ordre matériel et parce qu'il se réservait de compléter ultérieurement son œuvre par le récit des apparitions du Christ que ses données premières faisaient directement entreAoir. Si l'ouvrage a été mis d'abord en circulation dans cet état, on comprend que bientôt on ait désiré le voir poiu-vu d'une conclusion sortable. Cette addition a dû être faite par un homme autorisé : elle n'est pas un simple abrégé des autres récits évangéliques, mais contient des traits spéciaux et personnels. Rien n'enqiêche qu'elle ait été rédigée par l'auteur même de l'Evangile, en supplément à sou œuvre première. En tout cas le supplément est très ancien et a été ajouté de fort bonne heure à l'ouvrage : il doit reproduire à tout le moins une tradition primitive authenticjue. Cf. Knabkms.vufu, /// Marc, 189^, p. 444-4âi ; Mangenot, art. Marc (E^'ungile de S.), dans le Dictionnaire de la Bible, t. IV, 1908, col. 725-7^5; Van Kastbrkn, L'épilogue canonique du II' E\'angile. dans la Revue biblique, 1902, p. 24o-255; H. B. Swete, T/ie Gospel uccording to St Mark, 1902, p. cxin; F. Salmond, art. Mark (^Gospel of), dans le Dictionary of tfie liible. t. m, 1900, p. 252.
4S. Episode de la sueur de sang, Luc, xxn, 43-
44- — Au point de vue de la critique e.rterne. — Ce passage est omis en un certain noml)re de manuscrits, entre autres A etB; ilmanf[ue ilans un njanuscrit de la Vulgate préliiéronymienne, /, et dans la version sjriaciue duSinai. Au temps de saint Jérôme, Adv. Pelag., II, 16, il était absent de « la plupart des exemplaires latins et grecs ».
Par contre, le morceau se trouve dans les deux anciens manuscrits onciaux, X et D ; dans tous les manuscrits de la VuIgatc latine; dans ceux de la Vulgate préliiéronymienne, autres que /"; dans la version syria(|ue curetonienne, la Peschitto, etc. 11 ligure également dans des écrits fort anciens : dans le Diatessaron de Talien, dans saint Irénée et jusque dans saint Justin, Dial., cui.
Au point de vue de la critique interne. — Si l'on compare ces versets au reste de l'Evangile ou au livre des Actes, non seulement on n'y trouve rien qui tranche sur la manière littéraire propre à saint Luc, mais au contraire on y remarque plusieurs particularités qui semblent spéciales à cet auteur. Le verbe in^yùra ne se lit que dans notre passage et dans Act., IX, 19; l'idée de la prière prolongée, exprimée par iy.Tîjé—sp'-yj, se retrouve d'une façon identique dans Act., XII, 5 et xxvi, 7; àJj.ô/; àk y.ù-zôi est une expression affectionnée de notre écrivain : cf. Luc, i, 11 ; ix, 3i ; xxtv, 3'); Act., II, 3; vu, 2, 26, 3o, 35; ix, 17; xiii, 3i ; XVI, 9; xxvr, 16.
Conclusion. — Il est donc probable que les deux versets ont été supprimés dans les manuscrits où ils manquent : on aura sans doute trouvé indignes du Christ cette sueur de sang qui l'accable et cet ange qui vient le réconforter. — Aussi, le passage, déclaré par Westcott-Hort interpolé, est-il maintenu comme authentique par Tischendorf, Nestlé, Scrivener. D'après M. Loisy, Les Evangiles synoptiques, 1908, t. II, p. 574, l'hypothèse d'une suppression des versets est « non moins aisée à admettre que celle d'une interpolation ». Le critique ajoute : « La considération du style et l'emploi d'expressions qui appartiennent en propre à Luc, rendent peut-être plus probable l'hypothèse de l'authenticité. »
Cf. L. C. FiLLiox, Essais d'exégèse, i884, p. loi sq. ; E. Mangenot, Luc (Evangile de S.), dans le Dict. de la Bible, t. IV, 1908, p. 386-391 ; A. Brassac, Manuel biblique, t. III, 1910, p. 99-100.
43. Episode de la femme adultère, Jean, vu, 53-viii, II. — Difficultés objectées à son authenticité. — Ce passage manque dans les plus anciens manuscrits grecs, ceux des IV* et v" siècles, N, A, B, C; dans les plus anciens manuscrits de la Vulgate antérieure à saint Jérôme, a, f, l, q; de même dans les plus anciens manuscrits des versions coptes et syriaques.
Au point de vue de la critique interne, on objecte que le morceau ne se relie pas bien au contexte : dans le discours qui suit, Jésus est censé s'adresser aux mêmes interlocuteurs que précédemment, et ce sont les pharisiens qui répondent; or les pharisiens qui accusaient la femme adultère semblent, viii, g, s'être tous retirés jusqu'au dernier. Ce qui est dit, VIII, 2-3, de Jésus assis pour enseigner dans le temple, des scribes associés aux pharisiens, paraît convenir aux Synoptiques, non au quatrième Evangile. La démarche du Sauveur au mont des Oliviers, son retour, le luatin, au temple, où la foule se presse pour l'entendre, vni, 1-2, rappelleraient également la pure tradition synoptique. M. Loisv, Le quatrième Evangile. Hjo3, p. 534-535, ajoute que ce récit ne ])eut être jolianniiiue, parce qu'il a un cachet franchement historique et, comme tel, tranche sur le synd)olisme général île notre document.
Le texte est regardé comme interpolé, par Westcott-IIorf, B. Weiss, Nestlé, IL J. lloltzmann, Loisy, et mènu> [)ar les commentateurs protestants conservaleuis, tels que Westcott, Godet, Zahn.
Preuves de l'authenticité. — Au point de vue de la critique e.rterne. — On a cepenchint de très bonnes raisons de croire à son authenticité. Au point de vue de l'histoire, il n'y a pas de conclusion bien ferme à tirer de ce que la péricope maniiue dans les plus anciens manuscrits conservés. Ces nuinuscrits sont du v' ou du iv* siècle : or, à cette époque, le morceau était lu dans le texte de saint Jean par divers auteurs ecclésiastiques. Saint Ambroise, Apol. David., Il, I ; Ep. xxvi, 2, et saint Augustin, Conjug. adult., II, 6; In Joan., tr. xxxui, 3-8, le tiennent pour authentique. Saint Jérôme, y/c/w, Pelag.., II, 17,
rapporte qu'il se trouvait dans beaucoup d'exemplaires de la Vulgate latine et de manuscrits grecs. Luimême l'a maintenu dans sa Yulgate, revisée sur les meillevirs textes anciens. Quant aux manuscrits des trois premiers siècles, leur état est difficile à apprécier d'après les écrits des Pères contemporains : la plupart n'avaient pas occasion de citer notre passage. M. LoisY, op. cit., p. 536, convient lui-même qu'on a dû le lire « en Occident dès le m* siècle, peut-être même dès la fin du ii' ». Cf. Les Evang. syn., 1. 1, p. i5; B. Weiss, Das Johannes Evangelium, ge éd., ig02, p.3i4; Zxiis. Einleif. in das .Y, T., t. Il, p. 558.
Une chose tend à assurer que la pièce a plutôt été enlevée des manuscrits qu'elle ny a été ajoutée : c'est le caractère même de Tépisode qu'elle contient. Saint Augustin, loc. cit., parle de maris faibles dans la foi ou ennemis de l'orthodoxie, qui auraient enlevé cette histoire de leurs textes, par crainte de voir enseigner à leurs femmes l'impunité de l'adultère. On peut surtout supposer des chefs d'Eglises qui auront supprimé, dans les exemplaires destinés à la lecture publique ou à l'usage ordinaire des fidèles, un passage qui pouvait donner lieu à quoique interprétation fâcheuse.
Au contraire, l'interpolation ne s'explique pas. Ou bien la pièce ne comprenait que le corps du récit actuel, viii, 3-1 1, sans la petite notice qui l'introduit, A'ii, 53-vni, 2 : dans ce cas, rien n'invitait à la mettre en rapport avec le quatrième Evangile, et l'on ne conçoit pas que le récit isolé ait été pourvu d'une introduction destinée à l'insérera cet endroit de notre écrit, surtout qu'on n'ait pas mieux fait la suture du morceau avec le contexte précédent, ni modifié l'introduction du discours suivant de façon à obtenir une correspondance exacte avec les données du récit interpolé.
Ou bien l'histoire se présentait déjàpourvue de son introduction : dans ce cas, il faut supposer qu'elle faisait partie d'un document étendu, lequel, à en juger par tout le morceau, ne pouvait être qu'un Evangile; mais alors on ne s'explique pas mieux que le récit ait pu jirendre place dans l'Evangile de saint Jean. La petite notice qui l'introduit, et où l'on voit Jésus se retirer à la montagne des Oliviers, puis revenir de l)on matin au temple oîi il enseigne la foule qui se presse vers lui, pendant que les y)harisiens se préparent à lui poser des questions insidieuses, rappelait tout naturellement les incidents que les Synoptiques rattachent à la dernière semaine : Luc, XXI. 3^-38; XX, 20 sq. et parallèles. On était donc positivement invité à joindre la péricope aux pi-emiers Evangiles; tout détournait de l'ajuster au quatrième.
Renan avait bien raison de dire, Vie de Jésus, i3' éd., 1867, p. 5oi, qu'on comprend « beaucoup mieux qu'un tel passage ait été retranché qu'ajouté ».
44. ^iii point de \'ue de la critique interne. — Au point de vue interne, le morceau n'offre rien qui autorise à suspecter son authenticité. — S'il paraît moins symbolique que le reste du quatrième Evangile, c'est qu'on ne veut pas lui appliquer la même méthode d'interprétation. — Si Jésus enseigne assis, non debout comme en d'autres endroits (vu, 3^ ; x, 23-24). cela peut tenir à ce qu'il se trouve justement dans la partie du temple où il était permis aux docteurs de s'asseoir. Cf. viii, 20 et Marc, xii. 4i- — H n'est pas certain que, dans le meilleur texte, à côté des pharisiens figvirent «. les scribes » ; des témoins très autorisés portent à leur place « les princes des prêtres » ; si la mention des scribes est authentique, elle a pu être motivée spécialement par le cas donné : il s'agit d'une interprétation de la loi concernant le châtiment
de l'adultère; cela était de leur ressort. — L'analogie des démarches attribuées au Sauveur avec celles que lui i)rètent les Sj'noptiques, la dernière semaine, se conçoit fort bien : le même péril devait lui inspirer les mêmes précautions à l'occasion de la fête des Tabernacles qu'à la Pàque suivante.
Quant au rapport de la péricope avec le contexte, voici ce que l'on constate : la péricope supprimée, on n'obtient pas de meilleure suite entre le discours de VIII, 1 1 sq. et le récit de vu, 45-52, qui précéderait immédiatement : Jésus est censé s'adresser aux mêmes interlocuteurs ; or la scène antérieure se passe hors de la présence du Sauveur, dans le sanhédrin. Au contraire, si l'on maintient la péricope, on y trouve bien comme interlocuteurs de Jésus les pharisiens : il n'est pas nécessaire de penser que tous soient partis au loin à la tin de l'incident; rien n'assure d'ailleurs que le discours suivant soit prononcé aussitôt après la scène précédente, sans que de nouveaux pharisiens, ou les mêmes, aient eu le temps de venir se joindre à l'auditoire.
Bien plus, on peut trouver que la péricope est, pour ainsi dire, réclamée par le contexte. Le retour des émissaires et la séance du sanhédrin ont leur place toute marquée au soir du dernier jour de la fête; les discours du chapitre viii viendraient tout à fait en surcharge, s'ils étaient prononcés à la suite, et non le lendemain, comme le marque la notice de viii, 2». Il y a une correspondance assez remarquable entre le détail sur Jésus enseignant « assis », vm, 2'', et la réflexion, annexée au discours suivant, sur la trésorerie du temple, viii, 20 ; entre le jugement de l'adultère, et le reproche que Jésus fait ensuite aux pharisiens de juger seulement sur les dehors, viii, l'j; entre le péché dont les pharisiens réclament le châtiment, et celui que le Sauveur va leur reprocher à eux-mêmes, viii, 21, 24; cf. 34, 46; ix, 4'' Enfin, on trouve dans notre morceau plusieurs particularités de style qui offrent un air de parenté assez sensible avec des formules afTectionnéesde saint Jean : au v. 2, 7ra/(v (cf, i, 35; IV, 3, 46; viii, 12; x, ■;, ig, 4o;
XI, ■; ; xxi, i);auA'. 5, /t^â^siv (cf. x, 3i, 32, 33; xi, 8); ojv ; v. j, ergo; au v. 6, « ils disaient cela en le tentant » (cf. VI, 6; II, 21; VI, 'J2 ; vu, 3g; xi, i3, 5i;
XII, 6, 33; xxi, ig. 23); au v. 11, /j.r,xézt Ku-y-prciL-je (cf.
Dans ces conditions, on est autorisé à regarder la péricope de l'adultère comme un morceau authentique du quatrième Evangile. Cf. Renan, T7e de Jésus, i3' éd., iSô'j, p. 5oo-5oi; Fillion, EEvangile de S. Jean, 1887, p. 1O4-166; Knabenbauer, Commentarius in Evangelium secundum loannem, i8g7,p. 271- 273; Mangexot, art. Jean 1 E\uingile de S.) dans le Dicf. de la Bible, t. III, igo3, col. 1 1 75-1 182 ;Calmes, L'E^-angile de S. Jean, igo4, p. 276-284; Lepin, La s'aleur historique du quatr. Evang., igio, t. II, p. 62-8g.
45. La formule trinitaire du baptême, Matth., xxviii, ig. — Oh/ections à iautliciiticiié . — On a remarqué que la formule : 'i les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit », manque dans les citations du passage faites ])ar Eusèbe, antérieurement au concile de Xicée, et l'on a conjecturé qu'elle devait être absente des manuscrits consultés à cette époque par l'évêquc de Césarée; cela permettrait de croire qu'elle avait été interpolée après coup dans le texte authentique de saint Matthieu. Conybeare, Tlie Eusebian Form of the text Matth., xxviii, ig, dans la Zeitschrift ftir die neutest. ffissenschaft, igoi, p. 275-288. — D'après M. Loisy, Autour d'un petit lii're, igo3, p. 23 1-232, le discours, débarrassé de celte formule, se présenterait dans un meilleur équilibre, et nous aurions probablement affaire à
ÉVANGILES CANONIQUES
une glose suggérée par la liturgie baptismale. Cf. Les Evang. syn., t. II, p. 762, note i.
Réponse. — Mais les citations anormales d'Eusèbe n'ont pas la signilication défavorable qu'on leur prête : ce sont des citations obrégées; l'écrivain veut prouver la royauté et la puissance universelles du Christ; il ne reproduit du texte de saint Matthieu que ce qui va à sa thèse. Il est certain que la partie omise est citée ailleurs par l'évèque de Césarée. Bien plus, elle se trouve chez des auteurs plus anciens : au milieu et au début du 111° siècle, elle ligure dans Origène, Scholia in E^'. secundum Malt lia eu ni, xxviii, 18; dans saint Cyprien, Liber Testinioniuruni, lib. II, c.xxvi ; Ep.-s.iLii,n. 3; dansTertullien,Z)e baptisnio, xiii ; Liber de praescriptionihus, xx ; au dernier quart du 11' siècle, elle est citée par saint Irénée, Contra Ilaeres., III, XVII, I ; enlin, on la rencontre jusque dans la Didacké, vu, i. Aussi M. Loisy lui-même a-t-il cet aveu. Les Es'ang. syn., t. II, p. 731 : « Son emploi est attesté par la DidacJié, vu, i , et l'on peut croire qu'elle était universellement reçue dans les Eglises au commencement du second siècle. »
D'autre part, le contenu de la formule n'indique aucunement une époque récente. La doctrine trinitaire qu'elle exprime se retrouve équivalemment dans la I" Epitre de saint Clément, vers g5 :I Clem., L.\in, 2, et même dans saint Paul, II Cor,, xiii, i3 ; cf. I Peir., I, 2. Le fait que dans les Actes des apôtres nous voyons les fidèles baptisés au nom deJésus, Christ et Seigneur, n'empêche pas non plus que le premier évangéliste ait pu rapporter comme parole du Sauveur la sentence en question : la formule des Actes a pu n'être pas regardée dès les premiers jours comme devant être employée immédiatement et en toute occasion; mais il est fort possible aussi qu'elle ait été dès lors réellement employée : la formule : « baptiser au nom de Jésus-Christ » ou de « Jésus Seigneur », indiquerait simplement que les baptisés faisaient profession de croire en la glorification messianique de Jésus et lui étaient désormais consacrés. Cf. H. B. Swete, dans VExposilor, oct. 1902; l'Iie LIoly Spirit in the vYeu' l'estament, 1909; ïh. Riggi:mîacii, l)cr Trinitarische Taufbefehl nacli seiner arspninglichen Textgestalt und seiner Antlieritie untersucht, 1908; F. E. Chase, The Lord' s command to baptize, dans le Journal of theological Studies, 1906, p. 481-521 ; J. Lebretox, Les origines du dogme de la Trinité, 1910, notcE.