‹ Dictionnaire apologétique de la foi catholiqueChapitre 202 sur 214 · Paul; ils prétendaient que Gai., iv, il\, I Cor., x · texte numérisé non relu

Paul; ils prétendaient que Gai., iv, il\, I Cor., x

6. II, leur donnaient le droit d'allégoriser et que II Tim., III, 16, les invitait à chercher dans l'Ecriture tout ce qui est capable de contribuer à la perfection de l'àme. On peut ramener à deux points ce qu'il y a de commun entre tous les tenants de l'allégorisme alexandrin, r^ En outre du sens corporel, il y a un sens spirituel qui est beaucoup plus relevé. Le sens corporel est à écarter dans certains passages, comme celui où l'on parle de l'inceste des filles de Loth, qui historiquement n'a jamais eu lieu; mais le sens spirituel se rencontre partout. Car, notre éducation religieuse et morale est le but de l'Ecriture. Du reste, sans ce sens spirituel, la Bible ne serait plus digne de Dieu, puisqu'elle ressemblerait à n'importe quel livre profane. 2° L'absence du sens corporel n'est qu'accidentelle. D'ordinaire, le texte doit être compris tout d'abord en un sens historique, et ensuite en un sens spirituel. Orig., Périarch., IV, xix; Comm. sur l'ép. à Philéni., cité par S. Pampiiile, Apol., vi. Cependant, il est à noter que Clû-ment d'Alex, allait i)lus

loin qu'Origène, il allégorisait jusqu'au Décalogue.

S. H1PP0LYTE de Rome n'appartient pas à l'école d'Alexandrie, mais c'est un contemporain d'Origène, le plus grand assurément. A-t-il eu des rapports ave lui? Y a-t-il eu influence de l'un sur l'autre ? Ce poini d'histoire reste encore à éclaircir. L'exégèse de S. Hippolyte est parfois si étrangement littérale qu'elle rappelle celle de Tertullien. D'autre part, il allégorise largement dans son £ommentaire de Daniel et du Cantique. Il est vrai que le sujet y prêtait. Cependant, mêiue ici, surtout dans le Cantique, sa manière n'est pas celle d'Origène. « Son exégèse, écrit M. A. d'Alès, La théol. de S. Hippulyte, p. i-ib, rappelle souvent celle de Philon et l'on y rencontre des traits de provenance juive. Mais tandis que le théosophe d'Alexandrie empruntait ses développements au spiritualisme platonicien, le prêtre romain s'inspire de l'Evangile ; l'opposition des deux Testaments remplace l'opposition entre la chair et l'esprit, ramenée assidûment par l'exégèse philonienne ». S. Hippolyte se complaît à interpréter les types bibliques. M. d'Alès, o/j. laud.,^. 111-120, a analysé ses plus beaux développements à ce sujet. Par la justesse et la fermeté 4e ses principes d'herméneutique, il l'emporte sur Origène. Ce n'est pas à dire qu'il soit toujours heureux, par exemple quand il suppose que les prophètes ont brouillé à dessein l'ordre des événements pour déconcerter le démon et lui soustraire l'intelligence des prophéties. On retrouve la même idée dans Tertullien, Adv. Marc, III, v; cf. xni, xiv.

Parmi les écrivains qui ont exploité Origène, il faut compter Eusèbe. Bien qu'il soit plus remarquable par ses œuvres historiques et apologétiques que pai" son exégèse, l'évêque de Césarée ne laisse pas d'avoir bien mérité de lEcriture. Il nous reste de lui trois volumes de commentaires. P. G., XXII-XXIV. Encore n'est-ce là qu'une portion de son œuvre. Malheiu*eusement, la plupaiH de ces textes ne nous ont été conservés que dans des « chaînes » ,' et cette circonstance donne à penser que leur teneur primitive a dû souffrir. Comme exégète, Eusèbe manque d'originalité; c'est un compilateur soigneux, toujours docte, rarement suggestif. Les Questions et solution sur les Evangiles (P. G., XXII, 879) valent mieur;. S. Jérôme a jugé sévèrement son œuvre exégétiquc. Il lui reproche de ne pas donner autant qu'il promet, de s'égarer dans des fantaisies allégoriques, de rapprocher violemment les textes. P. Z., XXIV, ïbl\, 17 j.

Freppel, Origène, II, p. 1 37-186. Reinkex, De démente alex., i85i. M. J. Denis, La philosophie d'Origène, i85i. Redepexxing, Origenes, 1841-1846, I, p. 365. Z0ELLIG, Die Inspirationlehre des Origenes, 1902. F. Prat, Origène, 1907, p. iii, 186. A. d'Alij.s, La théologie de S. Ilippolrte, 1906.

Apprécier l'œuvre d'Origène uniquement, ou même surtout, par les excès de son allégorisme, serait bien mal la connaître. Nonobstant cet écart, son exégèse a eu de grands mérites: elle est pénétrante, synthétique, déjà soucieuse des graves problèmes d'histoire et de psychologie, avec lesquels la critique moderne est encore aux prises. L'influence d'Origène sur les exégètes venus après lui, tant latins que grecs, a été unique, tellement que S. Grégoire de Nazianze (d'après Suidas) aimait à l'appeler h tm-zwj /;,</*> à/.dyr, « la pierre qui nous a tous aiguisés ». Le tort des allégoristes a été de porter arbitrairement atteinte à l'intégrité de l'histoire sainte. En cela, ils sont sortis de la tradition, aussi bien de la tradition juive primitive que de la tradition chrétienne. D'autre part, on ne doit pas perdre de vue que leur position s'explique assez nalurellement par les mœurs littéraires de leur milieu, les antécédents de l'école philonienne, les difficultés

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très réelles de l'exégèse biblique; mais surtout par la nécessité où ils se trouvaient de réagir contre un littéralisme outrancier, qui créait injustement à l'apologétique chrétienne et même à l'orthodoxie de multiples embarras. Les Juifs prétextaient, pour ne pas croire en Jésus de Nazareth, qu'il n'avait pas accompli toutes les prophéties ri la lettre; les millénaristes et les anlhropomorphistes chrétiens partaient du même faux supposé pour enseigner un christianisme grossier et charnel. Le principal mérite de l'effort qui s'est égaré dans l'exégèse allégoriste est d'avoir mis en relief le caractère spirituel de la Bible, en inculquant cette idée fondamentale, que, dans le plan même de Dieu, l'Ecriture a été donnée, avant tout, pour être comprise et goûtée de l'àme religieuse, c'est-à-dire de l'àme qui a reçu l'onction de l'Esprit-Saint.

cT) L'école d'Antioche. — Le mouvement d études bibliques qui se produisit en Syrie, du iii'^ au iv' siècle, est comparable à celui d'Alexandrie. Avec la controverse entre origénistes et antiorigénistes, il devint, dans la seconde moitié du iv' siècle, une réaction contre l'allégorisme; mais, en prenant cette position, l'école d Antioche restait bien dans sa tradition exégétique, qui était le littéralisme. Disciples d'Aristote en philosophie et, conséquemment, enclins aux méthodes empiriques, les Syriens se délient du mysticisme des néoplatoniciens. Ils ne rejettent pas le sens spirituel, mais ils entendent qu'il ne supplante jamais la réalité historique. Le caractère « figuratif » de l'A. T. leur suffît. Diodore dk Tarse l'appelait t/.icr/fiy.fiv.. Le même auteur admet trois sortes de prophéties : celle qui est purement messianique, et à la lettre; celle qui est messianique, mais en ligure; celle enfin qui n'intéressait que l'histoire juive. Il avait

écrit un livre intitulé ti? ôtaç-i/sà Qt'jtpiy.ç, zai yj)r:/opiy.i;

sur la différence à mettre entre le sens spirituel et le sens allégorique, qui malheureusement est perdu. A ce qu'il semble, il y soutenait que l'interprétation allégorique, d'après la manière des Alexandrins, n'était de mise que dans les passages d'un style figuré, comme sont les livres Sapientiaux. La spéculation (îîwccy) ne doit être rien autre chose que la recherche du sens spirituel dans la lettre de l'histoire (iTTî^ia). Du reste, a raison de son objet, on peut l'appeler mystique (prophétique) ou simplement morale.

En défendant les droits de la « lettre », l'école d'Antioche avait raison contre les Alexandrins; la postérité devait ratilier l'essentiel de leur système exégétique. Cependant, beaucoup d'entre ses partisans n'ont pas su éviter les excès du littéralisme. Dans leur commentaire, Ihistoire fait oublier, quand elle ne détruit pas, toute signification spirituelle. La Bible en reste singulièrement appauvrie et son texte risque fort de perdre sa transcendance. Le naessianisme de l'A. T. se trouve être extrêmement réduit, l'Evangile, ainsi interprété, ne donnerait plus guère à connaître que l'histoire extérieure de Jésus, celle qui révèle l'homme. Tels sont les déficits et les abus condamnés par d'anciens conciles, notamment le v« œcuménique, dans Diodore de Tarse et Tuéodork DE Moi'suESTE. S'il fallait juger l'école d'Antioche par les hérésiarques sortis de son sein (Paul dk Sa- MOSATE, Arius, Nestorius), OU encore par les hérétiques qui se réclament volontiers de sa méthode (les Pélagiens, sans parler des rationalistes modernes), on perdrait facilement confiance dans la valeur de ses procédés. Par bonheur, l'orthodoxie a compté aussi dans celte école des exégètes de première valeur : S. Curysostome, Thkodoret et S. Isidore DE PÉLUSE. L'attachement à la tradition les a préservés des écarts où d'autres sont tombés, sans rien enlever à la pénétration de leur exégèse.

A l'école d'Antioche se rattache celle dite des Ca/?^fl</oc/e7!s, exclusivement composée d'orthodoxes. Us ont essayé, mais sans y réussir complètement, de tenir une sorte de via média entre le littéralisme et l'allégorisme. Une commune admiration pour Origène avait fait concevoir à S. Basile et à S. Grégoire de Nysse le désir de retenir ce qui se pouvait de son œuvre exégétique; mais, tandis que celui-ci en conservait le plus possible, l'autre y trouvait Ijeaucoup moins qui méritât son approbation. Voir le commentaire consacré par les deux frères à i'Hexaméron de Moïse. S. Grégoire de Xazianze marche entre les deux.

L'Ecole syriaque, — d'abord à Edesse, puis à Nisibe après l'apparition du Xestorianisme, — relève davantage encore de celle d'Antioche. S. Epiirem, son plus glorieux représentant, professe et pratique un grand attachement pour la lettre. Néanmoins, son àuie poétique se laisse gagner çà et là par le mysticisme des allégoristes.

H. KiHN, Die Bedeutitng der antiochen. Schule auf deni exeget. Gebiete, 1866; Tkeudor von Mopsuestia iind Jiinilius Afric. ah Exegeten, 1880; et un article dans Tlieolog. Quaitalschrift, TUbingen, 1880, p. 55i. P. Hergexroether, Die antiochen. Schule und ihre Bedeutung auf exeget. Gebiete, 1866. Swkte, Theodori ep. Mops. in epist. Pauli comm ., 1880- 1882. A.Harxack, Antiochen. Schule dans « Protest. Realencyclopâdie », 1896, I, p. 592. DoBscniiTz, dans Encycl. of Religion and Ethics, 190g, II, p. 697. C. von Lengerke, Comm. critica de Ephraemo syro S. S. interprète, 1828; De Ephraemi syri arte hermeneutica, 18'ii. Lamy, L'exégèse en Orient au quatrième siècle ou les commentaires de S. Ephrem, dans la « Revue biblique », 1898, p. 5, 161, 465.

e) L'exégèse des Latins aux LV^ et F* siècles. — C'est à l'école des Grecs qu'ils ont appris l'art de commenter l'Ecriture. Tout d'abord, l'influence d'Origène fut parmi eux prépondérante. La controverse origéniste n'ayant eu que peu d'écho en Occident, l'opinion publique n'était pas choquée des eniprunts faits au grand Alexandrin. S. IIilaire et S. Ambroise, ce dernier surtout, ne font souvent que le traduire. L'évêque de Milan se contente parfois de solutions franchement allégoristes. Cf. P. L., XV, 1790. (Conciliation de Luc, XVIII. 35 avec Mat., xx, 3o.) Ce n'est pas sans raison qu'on l'a appelé le « Philon chrétien ». Ihm, Philon und Ambrosius dans « Neue lahrbiicher fur Phil. und Padag., 1890 ». Souvent aussi, il emprunte à S. Hippolyte et même à des exégètes plus récents, par exemple aux Cappadociens.

i' S. JÉRÔME est de tous les Latins celui que son éducation avait le mieux préparé à l'exégèse. La connaissance de l'hébreu et du grec, son séjour en Palestine lui donnaient une incontestable supériorité. Il a formulé la règle souveraine dont il en entend relever : « Régula Scripturarum est, ubi manifestissima prophelia de fuluris lexitur, per incerla allegoriae non extenuare quae scripta sunt. » In Malach., i. 10; P. L., XXV, i55i ; cf. In epist. ad Gai., II, IV, 24, P. L., XXVI, 389. C'est un principe (jue nous avons déjà rencontré chez Tertullien. Voir cidessus, I, 2°, c. Le génie latin, qui a besoin de clarté, ne s'est jamais engoué pour l'allégorisme. Si la position de S. Jérôme au regard d'Origène et de son œuvre est écpiivoque, ce n'est pas à une indécision d'esprit qu'il convient de l'attribuer, mais aux vicissitudes des controverses dans lesquelles il se trouva engagé. D'habitude, son commentaire s'attache au sens littéral, sans détriment pour le sens typique et surtout pour les applications morales. Même, chose étrange! il a cru pouvoir surmonter, du moins une fois, ce qu'il appelle la « turpitude de la lettre », en recourant à

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l'allégorie proprement dite. A l'entendre, Abisag la Sunamite, introduite auprès de David devenu vieux. ne serait autre que la Sagesse. Epist,, lu, 3; P. Z., XXII. 528. Le fait que le S. Docteur a, ailleurs, C. Jovinian., I. XXIV ; P. L., XXIII, 2^3, interprété littéralement le même passage nous avertit assez de ne pas attacher trop d'importance à cette suggestion dune apologétique aux abois. C'est par sa traduction de l'A. T., beaucoup plus que par ses commentaires, que S. Jérôme a mérité le titre de « prince des exégètes latins ». En commentant, il écrit à la hâte, prend sans scrupule à ses devanciers, et souvent sans en avertir. Les représentations de ses adversaires et de ses amis l'ont amené à s'expliquer, dans plusieurs de ses lettres, sur ce procédé de compilation. Il n'a composé aucun traité d'herméneutique, car sa lettre lui' Ad Paulin., et même la lvii' De optiino génère interpretand'u doivent s'entendre plutôt de la manière de citer et de traduire que de la méthode à suivre dans un commentaire.

2° S. Augustin a été plus grand comme théologien et controversiste que comme exégète. Il avait abordé les Ecritures sans une préparation suffisante. Il ne savait rien de l'hébreu et assez peu du grec. De ce chef, il était forcément tenu à l'écai-t des textes et des commentaires grecs. Quant aux commentaires latins qu'il avait à sa disposition, même ceux de S. Ambroise, ils étaient notoirement insuffisants. Il est vrai cpie par la pénétration de son esprit, l'élévation de sa pensée et son sens très sûr de la tradition, il a suppléé en partie à ce déficit. Son esj)rit subtil, ingénieux et systématique, lui a fait trouver dans les textes beaucoup plus qu'il n'y avait. Spéculatif par inclination naturelle, il se laissa aller tout d'abord au plaisir d'allégoriser. Avec l'âge, il devint littéraliste; mais sur le sens littéral il échafauda, toujours davantage, des applications mystiques. L'étude des divers commentaires qu'il a donnés de la Genèse permet de suivre l'évolution de sa manière. Le plus grand défaut de son exégèse est d'avoir été dominée par des préoccupations dogmatiques, surtout au cours de la polémique pélagienne. Il a égaré pendant longtemps l'exégèse courante des Latins sur plusieurs passages doctrinaux de l'cpitre aux Romains, 11, i4, vil, integr., viii, 19, 28-3o, ix, 20-2^, xiv, 23.

On lui a fait un reproche plus graA'e encore, celui d'avoir jeté, pendant dix siècles, l'herméneutique des Occidentaux dans la confusion et l'arbitraire, par sa théorie malencontreuse de la multiplicité du sens littéral pour un seul et même passage. Cf. Confes., XII, xxxx; De doctr. christ., III, xxvii, 38; I, xxxvi, 37, 4i ; ^e Gen. ad lit., I, xxi, 4i ; Serino, vu, 3. On peut dire, à la décharge de S. Augustin, qu'il a proposé le sens littéi"al multiple comme une opinion pieuse et personnelle, « religiosius me arbitrer dicere ». Dans sa pensée, il n'était question que des interprétations seulement probables, là où le sens de l'auteur inspiré n'a pas encore été précisé avec certitude. Il ne s'agissait pas tant du sens objectif du texte que des explications qu'on en a données. Le S. Docteur pensait que ces explications avaient été non seulement « prévues » de Dieu, mais « procurées » par une disposition providentielle, et qu'à ce titre elles méritaient toutes d'être regardées comme « sens d'Ecriture ». Enfin, il ne donnait pas sa théorie pour servir de règle à l'exégèse dogmatique, celle qui est ordonnée à l'établissement des dogmes, mais comme un expédient, une aide offerte à la piété et surtout à la charité ; elle devait permettre d'accorder plus facilement les versions et les commentaires avec le texte, comme aussi les commentateurs entre eux. S. Thomas ne s'est avancé dans cette même direction que pour ne pas fausser compagnie à S. Augustin, Sum. theoL,

I, q. I, a. 10; De Potent., q. 4. a- i ; mais surtout Quodl., VII, a. l!^, ad. 5. Malgré tout, la multiplicité du sens littéral n'a jamais été enseignée communément par les scolastiques, pas même au xvi* siècle. Aujourd'hui, elle est délaissée. Cf. Corxely, Introd. in r. T. libros, i885, p. 523.

Encore que S. Augustin n'ait pas pratiqué l'exégèse avec autant de bonheur que ses devanciers grecs, la théorie qu'il en fait dans son traité De Doctrina christiana a de grands mérites. Les éloges ne lui ont jamais manqué. Hier encore, l'anglican Farrar écrivait à ce sujet : « Ses règles théoriques étaient excellentes. Pourquoi ne s'y est-il pas tenu fidèlement ! I . Le but de l'Ecriture est d'exciter en nous l'amour de Dieu. 2. Les exemplaires fautifs sont à corriger sur de meilleurs. 3. Il faut décider tout d'abord si le sens est littéral ou mystique. l\. Avant tout, donner son attention au contexte. 5. Les passages obscurs sont à comprendre d'après ceux qui sont clairs. 6. L'exégète doit mettre à profit l'histoire, la géographie, la grammaire, la rhétorique, l'archéologie, l'histoire naturelle, etc. » History of Interprétation, 1886, p. 239.

Les essais d'herméneutique sacrée antérieurs à S. Augustin sont : Mélitox de Sardes, H y/it:-. Ori- GÈ.NE, Usfil àpyûv lihri IV; Diodore de Tarsk, Ti; èiv.fOf.c/. 6îMpir/.t y.rjÀ i/Jl-rjorAu.:.: TicHoxius, De septem reguUs. Après S. Augustin : Adrien, E(aa/w/< £{'; rxiôna.: ■/pa^Ki; S. EucHER, Liber formulariim spiritalis intelligentiae; S. Isidore de Péluse, Epist. de interpret. diy. Legis; Junilius afr., Inst. reg. divinae Legis; Cassiodore. De instit. divin, litter.

Cf. Clausen. Aurel. Augustinus Script, sacrae inierpres, 1828, Trench, Augustine as interpréter of Scripture, dans l'ouvrage intitulé « Exposition of the Sermon on the Mount », 1869, p. i-i52.Mgr Douais, S. Augustin et la Bible, dans la Revue biblique,

1893, p. 62, 35 1 ; 1894, p. III, 126, 4 10. PORTALIÉ,

iS. Augustin, dans le Dict. de théol. cath. (Vacant), I, col. 3343. L. Hugo, Der geistige Sinn der heil. Schrift beim hl. Augustinus, dans Zeitsch. f. Kat. TheoL, 1908. p. 65-. L. Sanders, Etudes sur S. Jérôme, 1908, p. i5o. J. Van den Gheyn, ^\ Jérôme, dans le Dict. de la Bible (Vigouroux), III, col. i3o6. A. Delattre, Autour de la question biblique, 1904, p. i43, et l'important ouvrage de G. Griïtzmacher, Ilieronrmus, eine biographische Studie zur alten Kirchengeschichte, 1901-1908. Récemment, L. Schxde, Die Inspirationslehre des heil. Hieronymus, 1910.

4. Conclusion. — a) Il n'entre pas dans le plan de cette étude de pousser plus loin les recherches historiques sur l'exégèse traditionnelle. L'apologétique n'a pas besoin de ce surcroit d'information. A partir des iv' et v* siècles, l'herméneutique chrétienne est en possession de tous ses principes et de ses organes essentiels. On peut déjà la juger à sa valeur. Dans les siècles qui suivent, on reprendra le commentaire détaillé de chaque livre; on écrira des traités plus complets, mieux raisonnes sur l'art d'interpréter le texte sacré (voir Critique biblique, p. 779); mais la science des Ecritures restera, en substance, ce qu'elle était déjà avec S. Jérôme et S. Augustin. Le grand mérite du Moyen Age sera d'introduire dans la terminologie plus d'exactitude et de précision. On sait combien les termes de « cor porel », « figuré », « spirituel », a allégorique » avaiei prêté à la confusion sous la plume d'Origène et S. Augustin. Les scolastiques font rentrer tous l€ sens vraiment bibliques dans le sens littéral ou ' sens spirituel, en subdivisant le premier en sens li* téral propre et sens littéral figuré, par exemple le' anthropomorphismes. S. Thom., p. I, q. i, a. 10. "^

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reste, il ne faut pas leur savoir gré de la subdivision très défectueuse des sens bibliques, telle quils l'ont formulée dans le distique célèbre :

Littera gesta docet, quid credas allegoria, Moralis quid agas, quo tendas anagogia.

Cf. Prat, Origène, 1907, p. 178. Le sens littéral, aussi bien que le sens spirituel, peut être dit propliétique, moral, mystique et anagogique, d'après son objet.

De tout temps, aussi bien chez les Juifs que chez les Chrétiens, le commentaire des Eorilures a sup- ])osé l'existence du double sens littéral et spirituel. Cette persuasion ne s'explique pas suflisamment par le préjugé juif, accepté en partie par les premières générations chrétiennes, savoir qu'il y a dans la Bible tout ce qu'il est utile à l'houime de connaître. Au contraire, cette idée ne paraît avoir été qu'un corollaire de la foi dans la transcendance du Livre inspiré. J.-C. et les Apôtres ont cru au sens spirituel des Ecritures. Pour les croyants, ce fait est à lui seul d'une autorité indiscutable. Aussi bien, la tradition chrétienne est unanime à ce sujet.

S. Justin, P. G., VI. 636, 566, 679, 781. S. Irénée, P. G., VII, io5i-io52.S. Hippolyte, P. G., X, 689, 698. Tertullien, P. L., II, ^85-488. Clément d'Alex., P. G., IX, 55, 87. S. Cyprien, P. L., IV, 628. Origène, P. G., XI, 119. S. Hilaire, P. L., IX, 687, 520. S. Ambroise, P. L., XIV, 432. S. Ephrem, Be^^. bibl, 1893, p. 21, 162, 471, 482. S. Chrysostome, P. G., LI, 285, 867 ; LV, 209. S. Basile, P. G., XXIX, 281, 3o6, 465. S. Grégoire de Nysse. P. G., XLIV, 755-760, 34d, 1829. S. Grégoire de Naz.,P. G., XXXVII, i56i, 1095. Théodoret, P. G.. LXXX, 457; LXXXII, 490; LXXI, 3i8. S. Jérôme, P. L., XXV, 1282, 1288, 147; XXIV, 260, 3i5; XXII, ioo5; XXV, 1027. S. Augustin, P. L., XLII, 2 1 8 ; XXXVIII, 876 ; XXXIV, 628 ; XLI, 626, 526.

Pour rincroyant lui-même, ce fait garde une signification considérable; car on ne saurait le négliger qu'en s'écartant d'une tradition exégctique aussi ancienne que l'étude de la Bible elle-même.

Cette croyance n'introduit nécessairement ni confusion, ni arbitraire dans l'intelligence du texte, puisque, pour affirmer, avec certitude, l'existence d'un sens spirituel, il faut avoir un témoignage à ce sujet dans les monuments de la révélation. (Sur la manière dont les auteurs inspirés eux-mêmes ont connu les sens spirituels, voir Inspiration biblique.) S. Thomas va même jusqu'à enseigner que toute exégèse dogmatique se fonde en définitive sur la lettre; il est d'avis que les sens spirituels de l'A. T. nous sont toujours enseignés quelque part dans le N. T. au sens littéral. Siim, TheoL, p. I, q. i, a. 10, ad i ; Qiiodl. VII, q. 6, a. i4, ad 4- Ce n'est, en définitive, qu'une application de la règle générale énoncée déjà par S. Irénée et Tertullien : Le texte oliscur doit se •comprendre à la lumière de celui qui est clair.

b) A toutes les époques, l'exégèse a eu ses déficits et ses écarts. Ceux qui la représentaient ont payé tribut aux préjugés et au mauvais goût de leur temi)s. Mais, étudiée de près et sans parti pris, son liistoirc force de convenir (jue, malgré tout, elle s'est appliquée à rester méthodique. Sa loi souveraine a été •celle du sens naturel des mots et du contexte. C'est précisément dans la détermination de ce contexte que les écoles et les générations ont différé, d'après leurs tendances philosophiques et littéraires. Les Scribes, qui étaient, avant tout, des juristes, ramènent toutes les Ecritures à l'intelligence de la Loi. Le théosophe Philon, ne voyant dans le récit l)ibli(iuc qu'une sorte de drame [)sychologiqiie, a suixn-donné son exégèse à la scieiuîe de l'àme humaine. Origène y a cherché surtout une révélation à la fois cosmique et historique donnant à connaître l'invisible dans le visible,

le présent dans le passé et l'avenir dans le présent. Les Pères des iv' et v* siècles, les latins principalement, préoccupés qu'ils étaient de formuler le dogme, ont demandé à l'Ecriture l'expression orthodoxe des doctrines qu'ils avaient à préciser et à défendre.Et ici, ils sesontattachésvolontiersàl'analogie de la foi. Cette même préoccupation sera plus sensible encore dans l'exégèse du xvi' siècle. Depuis la fin du xviiie, on lit la Bible à la lumière des découvertes modernes : textes et monuments. L'histoire, la connaissance des langues et la critique des textes, font incontestablement aux exégètes d'aujourd'hui une condition meilleure qu'à leurs devanciers. Tous les Pères, à l'exception de S. Jérôme, ont ignoré l'hébreu; — S. Justin, Origène, S. Ephrem, Dorothée d'Antioche, S. Epiphane et, peut-être, S. Lucien n'en ont eu qu'une connaissance très imparfaite. Cf. C. J. Elliot, Hebrew learning dans « Dict. of Christian Biography », II, 85o. La plupart des Pères latins, y compris S. Augustin, ne lisaient pas couramment le grec. Par malheur, la traduction latine, dont ils se servaient exclusivement jusqu'au v' siècle, était défectueuse. Ils ont racheté ces insuffisances par un sens très ferme de la tradition, et aussi parce qu'ils se sont attachés à la substance même des choses, qui restait identique, en dépit des infidélités accidentelles du traducteur. Que, dans ces conditions, l'exégèse des anciens ait donné néanmoins les résultats que nous connaissons, c'est là une preuve, et non la moindre, qu'elle n'allait pas à l'aventure.

IL Exégèse et dogme. — i. Les abus, a) Nous n'avons pas à justifier les abus. Que l'exégèse traditionnelle se soit parfois laissé conduire par des préoccupations dogmatiques, et qu'à cause de cela elle ait méconnu le sens et la portée du texte ; qu'elle soit devenue çà et là tendancieuse et polémique à l'excès, c'est un fait que l'apologiste doit reconnaître. Du moins, peut-il plaider ici les circonstances atténuantes.

D'abord, j)ourquoi reprocher aux exégètes catholiques ce qui a été le tort de tout le monde? Dans l'inventaire entrepris par la critique moderne des travaux des anciens, ceux qui représentent l'exégèse traditionnelle ont mieux résisté que les commentaires des hétérodoxes. Que reste-t-il des spéculations des Gnostiques? Les rêves que les millénaristes mettaient au compte des Prophètes et des Apôtres se sont évanouis. La discontinuité que les Manichéens disaient être entre la Loi et l'Evangile n'a pas été maintenue, même par la plupart des critiques incroyants. Dans la grande querelle arienne, les orthodoxes ont fait preuve d'une modération (ju'il est permis de trouver excessive, par exemple quand il s'agit du texte fameux tant exploité par leurs adversaires: « Le Père est plus grand que moi n, Jean, xiv, 28. Cf. Recherches de Science religieuse, 1910, p. 587.

C'est au cours de la controverse pélagienne que l'exégèse des Latins s'est peut-être trouvée le plus en défaut. S. Augustin, tout le premier, en a eu conscience; il ne pouvait pas ne pas s'apercevoir des incertitudes de son argumentation par l'Ecriture ; mais il proteste (jue, dans celle question, il entend relever île quelques idées chrétiennes fondamentales, aussi nettement affirmées dans l'Ecriture que dans la tradition, et dont la certitude domine toutes les difficultés qu'on lui crée avec certains textes. La même observation s'applique aux théologiens scolasliques. qui se servent parfois de l'Ecriture non ])as tant pour construire que pour meubler. Il suffit d'avoir feuilleté la Somme de S. Thomas pour constater que I le texte dont il accompagne chacun de ses articles

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est plutôt une formule du dogme qu'une preuve rigoureuse. Ce texte, il l'apporte dans le sens qu'on lui donne couramment, celui qui figure dans la Glose ordinaire. Du reste, le plus souvent, il est ad rem, encore que le S. Docteur ne s'attarde pas à le faire voir.

C'est surtout dans la grande controverse entre catholiques et protestants que les tendances confessionnelles ont influencé l'exégèse. Dans les deux camps, on a tiré à soi l'Ecritm-e. De quel côté a-t-on abusé davantage? A distance, nous pouvons mesurer le déchet subi respectivement par l'exégèse catholique et l'exégèse protestante des siècles derniers. Bien entendu, la comparaison ne doit porter que sur les textes vraiment représentatifs, qui, de part et d'autre, ont été proposés et défendus comme décisifs pour ou contre une position dogmatique. Or, du côté des catholiques, il y a bien peu de textes de cette catégorie qui soient aujourd'hui communément délaissés. Les plus compromis concernent le purgatoire et la nature de la foi. Encore faut-il observer qu'une interprétation ne doit pas être dite « catholique » par le fait seul qu'elle figure dans les Controverses de Bel- LARMiN, mais il faut voir encore si elle a eu pour elle le sentiment des grands exégètes d'alors, par exemple de Jansenius de Gand et de Maldonat. Plus d'une fois, ce dernier fait observer, à propos de telle ou telle explication qui lui plaît davantage, que son seul tort est d'être en faveur auprès des protestants, et, par contre-coup, en suspicion parmi les catholiques.

On n'a que l'embai'ras du choix pour faire voir combien l'exégèse protestante d'aujourd'hui, même quand elle entend rester confessionnelle, s'écarte de celle des grands exégètes réformés de jadis : Luther, Calvin, Mélanchton, etc. Ici, je me contente d'en appeler aux travaux sortis de l'école anglicane. Par leur science et leur méthode, Lightfoot, Sanday, Westcott, Hort, Liddon, Allen, Plummer, Milligan, Swete, Maj'or, Arm. Robinson, etc., sont, de nos jours, les a leaders » incontestés du renouveau des études bibliques à Oxford et à Cambridge. Or, que l'on compare leur exégèse des textes concernant la foi et les œuvres, la justification, le mérite, TEucharislie, l'Eglise : sa visibilité, sa hiérarchie, son magistère, le primat de Pierre ; et l'on constatera qu'elle se rapproche singulièrement de ceUe des catholiques, quand elle ne se confond pas avec elle. Il y aurait tout un livre à écrire à ce sujet. Je me borne à quelques brèves indications. A comparer W. Saxday, A crit. and exeg. comment, on ihe epistle ta tlie Bomans, 1900'', p. 28, 3i,34, 91, 12g, 147, 220 avec le commentaire de Calvin sur la même épitre. Quand on a lu, sur l'épître de S. Jacques, J. B. Mayor, The epistle of S.James, 1892 et Hort, The epistle ofS. James, 1909, on a une tout autre idée que Luther de « l'épître de paille », comme il l'appelait. Ces récents commentateurs trouvent que, siu" la justification parles œuvres, la doctrine de S.Jacques est compatible avec celle de S. Paul. Or, l'on sait que c'est le sentiment contraire qui avait amené Luther à retrancher l'épître du canon. H. B. Swete, The Apocalypse of S. John, 1906, p. ccix,et MiLLiGAX, .S'. Paul's epistles ta the Thessal., 1908, p. 169, avancent loyalement que l'exégèse protestante s'est égarée pendant deux siècles en entendant du pape et de la Rome pontificale ce qui est dit dans le N. T. de l'Antéchrist et de la Rome de Néron. Ch. Bigg, Crit. and exeg. comm. on the epistles of S. Peter, 1901, p. 269, est bien près de voir dans la II" Pétri, i, 20 « omnis prophetia Scripturae propria interpretatione non fit i> une condamnation du sens privé en matière d'interprétation scripturaire. A. Plummer, An exeget. comment, on the Gospel according to S. Matthew, 1909, p. 229, entend S. Matth.,

XVI, 18, d'une primauté réellement conférée à S. Pierre. H. J. Holtzmann, Hand-Comment. zum i\'. T., IV, p. iio, soutient que le chap. vi de S. Jean n'est intelligible que si on l'entend du rit eucharistique.

b) Une exégèse tendancieuse peut s'alliera la bonne foi. Elle résulte alors d'un sentiment qui est en soi très louable : le dévoîiment à ce que l'on croit être la vérité. C'est un fait qu'il n'est pas de reproche que les historiens s'adressent aussi souvent les uns aux autres. Comment expliquer qu'avec les mêmes documents ils arrivent à des conclusions si différentes, sinon par la diversité même des dispositions d'esprit qu'ils ont apportées à l'étude des textes? L'exégèse indépendante n'est pas à l'abri, tant s'en faut, de ces surprises du préjugé ; elle est, pour le moins, tout autant systématique que l'exégèse traditionnelle. C'est ce qui explique, pour une bonne part, ses variations, dont A. Scuwbitzer vient d'écrire l'histoire : Von Reimarus zu Wrede, 1906. 11 faudrait redire ici ce que nous avons écrit sur l'influence des préjugés et du parti pris dogmatique en matière de critique. Voir Critique biblique, c. 806. Qu'il suffise d'ajouter, aurisque deparaître paradoxal, que le croyant est en meilleure situation que l'incroyant pour faire une exégèse correcte des textes bibliques. Ces textes ont été écrits par des croyants, pour qui la religion n'était pas une pure afl'aire de curiosité et d'étude, pour qui Jésus n'était pas simplement un personnage historique, ni son œuvre un événement comme les autres. Les évangélistes et S. Paul nous ont fait part de choses qu'ils croient vraies et qu'ils ont aimées plus que leur vie : toute leur àine a passé dans leurs écrits. Qui donc est capable de les suivre jusqu'au bout: celui qui pense et aime comme eux, ou bien celui qui regarde du dehors, en spectateur indifl'érent? Il est à croire qu'un Grec du temps de Périclès, enraciné dans la terre d'Hellade, imbu de culture grecque, ayant foi dans les origines et les destinées de sa race, se trouvait beaucoup mieux préparé à comprendre Homère que le plus fin des hellénistes modernes. Cf. S. Aug., De utilitate credendi, vi, 6. On adit,et il faut le répéter, qu'un incrédule est radicalement incapable d'écrire la Vie de Jésus ; tout au plus composera-t-il une de ces histoires sans souplesse ni chaleur, qui ne laissent entrevoir que le dessin extérieur de son existence.

Prétendre que l'incroyant est en meilleure posture vis-à-vis delà Bible, parce que son incroyance même lui laisse la liberté nécessaire pour juger l'auteur qu'il entreprend d'expliquer, c'est confondre l'exégèse avec la critique. L'exégèse n'a d'autre objet que le sens du texte, son rôle est d'en dégager la pensée de l'auteur ; quant à savoir si cette pensée est vraie ou fausse, c'est l'œuvre ultérieure de la critique. (Voir Critique biblique, col. 806.)

2. Développement du dogme et exégèse historique. a) Le danger le plus sérieux que la formule actuelle du dogme fait courir à l'interprétation des anciens textes est de méconnaître le développement doctrinal qui s'est fait de l'A. T. au Nouveau, et de celui-ci jusqu'à nos jours. Voir Dogme {Développement du). Si l'on n'y prend garde, on ne tient pas compte de la distance qui sépare deux textes l'un de l'autre, on voit dans le premier une plénitude de sens qui n'est en réalité que dans le second ; ici, le dogme est épanoui, tandis que là. il se trouve seulement en germe. La croyance d'un Dieu en trois personnes est spécifiquement chrétienne. C'est donc qu'elle n'est passuftisamment enseignée dans l'A. T., et l'exégète ignorerait le progrès de la révélation, qui interpréterait tout uniment de la seconde et de la troisième personne de la Trinité les passages des Ecritures-

EXEGESE

où se lisent les termes de Fils et d'Esprit, qu'ils se rencontrent dans le Nouveau Testament ou dans l'Ancien. Une exégèse qui ne tient pas compte des précisions historiques concernant les origines du texte, qui envisage isolément les difîérentes propositions de l'Ecriture comme si elles se suffisaient à elles-mêmes en dehors de tout contexte; qui confond la signification absolue d'une proposition avec le sens qu'elle pouvait avoir raisonnablement sous la plume de tel auteur,étant donné Tépoquc et les circonstances où il vivait ; une pareille exégèse n'est pas historique.

Le plus grave reproche, et disons aussi le plus fondé, que l'on ait adressé au commentaire des anciens est d'avoir été conçu d'un point de vue trop transcendant, sans tenir suflisamnient compte des contingences de l'histoire. Tout en convenant de leurs torts à cet égard (encore qu'on les ait beaucoup exagérés), il est juste de distinguer ici entre la pratique, qui a été défectueuse, et la théorie. En principe, les représentants les plus autorisés de l'exégèse traditionnelle ont sauvegardé les droits de l'histoire et les exigences du contexte. S. Jérôme et S. Augustin s'accordent à enseigner que l'objet de l'exégèse est uniquement de préciser la pensée de l'auteur que l'on explique. S. Aug., De doctr. christ., I, xxxvixxxvm; II, v ; />. i., XXXIV, 35, 38; S. Jérôme, P. Z., XXII, 507; XXIV, 869, 38, 56; XXVI, 66, i55, 4oo. Quant au développement dogmatique, il a été expressément reconnu et même assez bien formulé par plusieurs d'entre les Grecs, notamment par S. Grégoire de Nazianze, S. Cyrille d'Alexandrie, et plus tard par S. Thomas.

b) D'ailleurs, il ne faut pas perdre de vue que l'inspiration, qui fait de Dieu l'auteur principal de toutes les Ecritures, amène forcément l'interprète croyant à se demander, si en précisant le sens voulu par l'auteur inspiré, il a épuisé toute la signification de son texte, telle que Dieu lui-même l'a entendue ; si l'intention divine est adéquatement mesurée par l'intention humaine. La question a de tout temps soulevé des controverses, et récemment encore. Cf. Lagraxge dans la Re<,ue biblique, 1896, p. 5o6; 1900, p. i4i; et F. Prat dans les Etudes, 1901, t. LXXXVI, p. 496; P. Perret, dans la Re\nie thomiste, 1910, p. 8.

S. Augustin, Z?e doctr. christ. ,11, v, P.L., XXXIV.38, paraît autoriser la réponse afhrmative, tandis que S. Thomas, II^ Il^e, q. l'jS, a. !^, fait observer, en y insistant, que le prophète reste, entre les mains de Dieu, un instrument défectueux. A ce sujet, on peut, semble-t-il, se tenir aux conclusions suivantes. S'il s'agit du sens spirituel, il n'est pas douteux que l'hagiograplie ait pu l'ignorer. Quant au senslittéral, il y a lieu de distinguer. On ne a oit pas pourquoi l'hagiograplie n'aurait pas entendu pleinement son texte aux endroits où il ne présente qu'un intérêt historique. Les prophéties seules font difliculté.Mais peut-on raisonnablement douter qu'elles ne soient mieux comprises aujourd'hui qu'à l'époque où elle^ furent écrites? Celte circonstance tient à deux causes : les diverses prophéties ayant un même objet sont allées en se complétant les unes les autres, l'événement a éclairé d'un jour nouveau la prédiction qui en avait été faite. Ce surcroit do lumière n'ajoute pas en signification au texte lui-même, seulement il permet de le pénétrer davantage. S. Jkrôme, in epist. ad IJph.,^u, b; P.L., XXXI, 479; Encycl. Proi\ Deus, 16; Litt. apost. Leonis XIII, l'igilantiae, 3o oct. 1902.

L'exégèse, d'après « l'analogie de la foi r>, qui consiste à lire les Ecritures à la lumière du dogme catholique, envisagé à son point d'arrivée, est traditionnelle. Volontiers, les Pères ont entendu du Verbe incarne ce qui est dit, au livre des Proverbes, viii.

3 1, de la Sagesse divine, « mettant ses délices à habiter parmi les enfants des hommes ». Mais, ce faisant, ils n'ont pas prétendu que cette interprétation laborieuse fournit à la théologie de l'incarnation un point d'appui aussi ferme que la simple lecture du premier chapitre de S. Jean. Ils ne confondaient pas l'ombre avec la réalité, et, à maintes reprises, ils ont fait observer que l'Ancien Testament n'est tout à fait compréhensible que dans le Nouveau. C'est là un axiome sous la plume de S. Augustin : « In Veteri Voi'Hm iatet, et in iVoio Vêtus patet », Comme norme négative, pour écarter un sens erroné, l'analogie de la foi se suffit à elle-même; mais, s'il s'agit d'en faire une norme positive, on n'avancera ici qu'à bon escient, avec toutes les précautions commandées par la nature même du procédé.

c) De ce qui précède, on peut conclure dan squel sens un croyant doit entendre et pratiquer l'exégèse purement historique. Il va de soi qu'il ne saurait prendre comme point de départ la négation de l'inspiration, ni, par conséquent, se faire une loi de rejeter positivement toute explication qui suppose l'intervention de quelque facteur surnaturel dans la composition des textes canoniques. Mais faire abstraction n'est pas nier. On peut s'attachera l'étude des Ecritures comme si elles étaient uniquement l'œuvre de l'homme. N'est-ce pas la position de l'apologiste chrétien dans le traité de la Religion révélée, quand il envisage dans les écrits des Prophètes et desEvangélistes des monuments du témoignage historique ? L'exégèse conduite d'après cette méthode n'épuise pas nécessairement la portée du texte inspiré, surtout elle ne conclut pas toujours avec la même certitude, puisque, de propos délibéré, elle s'est interdit l'usage de certaines ressom-ces d'ordre surnaturel, dont l'auteur pinncipal des Ecritures a accompagné son œuvre pour en assurer la pleine intelligence.

Même si l'on tient compte de l'inspiration du texte, il peut se faire que l'exégèse purement historique ne rejoigne pas l'exégèse dogmatique, celle de l'Eglise retrouvant l'expression de son dogme dans un texte donné. Cette extension, cette précision de sens, qui se rencontre dans le commentaire ecclésiastique, n'est pas arbitraire, ni apportée du dehors, puisque Dieu, l'auteur premier des Ecritures, avait prévu et voulu qu'elle fût un jour reconnue par une exégèse authentique. Soit, par exemple, la doctrine du péché originel dans les chap. 11 et m de la Genèse, (cf Labauche, Z^fons de théol. dogm.. L'homme, i<^o8, p. 55); ou encore le caractère spirituel du Royaume messianique dans les prophètes de l'A. T. (Cf. Touzard, dans la Revue prat. d'Apologétique, t. VII, p. 88, 736; abl)é de Broglie, Questions bibliques, 1897, p. 377.) L'exégèse historique, réduite aux ressources d'ordre rationnel, n'est pas tenue de découvrir dans ces textes autre chose que ce que les premiers lecteurs pouvaient raisonnablement }• trouver. D'autre part, elle ne saïu-ait arriver légitimement à un résultat qui soit contraire aux données de l'exégèse dogmatique. Voilà pourquoi l'Eglise a condamné récemment plusieurs propositions affirmant ou supposant qu'il y a un conflit irréductible entre l'histoire et les conclusions certaines de la théologie; que le seul moyen d'accorder désormais la raison et la foi est de les confiner sur des terrains absolument séparés, sans rapi)orts possibles/ de l'une avec l'autre « parce que la foi n'est pas matière de science expérimentale, ni même d'histoire, à proprement parler, mais d'expérience morale ». A. Loisy, Simples ré/Je.rions sur le décret Lamentabib, 1908, p. 169. Voir les proposition, 1-7, 12, 23, 2li, 'd-2 du décrci /.amentabili sane exitu, du 3 juil. 1907.

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