‹ Dictionnaire apologétique de la foi catholiqueChapitre 210 sur 214 · J. DE GUIBERT · texte numérisé non relu

J. DE GUIBERT

FAMILLE. — Mariage et divorce. Puissances maritale et paternelle.

Section I. — La famille au point de vue philosophique ET SOCIAL. — § 1. Sa fonction et son utilité; % 2. Conditions essentielles d'existence de la famille ; § 3. La famille et la religion.

Section II. — La famille dans l'histoire. — § I. La famille dans l'antiquité ; § 2. La famille dans l'ancien droit français; § 3. La famille au.x temps modernes.

C'est par la famille que l'individu entre dans la société et, si l'on s'en tient à la période historique, toutes les nations qui ont figuré dans le monde ont connu la famille patriarcale dont les membres se groupent autour du père, centre, lien et chef à la fois. Ce fait indéniable n'est pas le résultat d'une convention entre les hommes, d'une loi faite par eux et susceptible d'abrogation de leur part. La famille est, à nos yeux, une institutionde droit naturel, aussi ancienne que l'humanité, pouvant être réglementée de façon diverse suivant les temps et les lieux, mais jamais

méconnue et niée, à peine de mettre l'ordre social en péril. Elle s'impose dans l'avenir comme dans le passé chez tout peuple qui veut prospérer ou même simplement vivre. En effet, formation aussi bien que génération de la vie humaine, la famille influera, et influera puissamment, sur les vertus ou les vices de l'individu, partant de la société. Réciproquement, les vertus ou les vices de l'individu et de la société ont sur elle un contre-coup immédiat et funeste. Il y a donc là une question de vie ou de mort pour l'avenir. Cette thèse a été cependant contestée doublement, au nom de la science, pendant le cours du xix'= siècle. On a mis en doute l'origine très ancienne de la famille patriarcale pour en déclarer la suppression possible ^ dans les temps futurs : elle constituerait une étape f dans la marche régulière et fatale de l'humanité vers le progrès ; inconnue des hommes au début du monde, elle serait appelée à disparaître dès que les besoins sociaux seraient autrement satisfaits. Mais la théorie évolulionniste, avec la horde promisque et le matriarcat comme formes primitives du groupement familial, n'est qu'une pure hvpothèso, contredite en général par l'oljservation et peu accréditée dans le monde savant : elle présuppose presque nécessairement ou

FAMILLE

la multiplicité d'origines de l'inimanilé ou l'idée que l'homme est la résultante perfectionnée d'une longue suite d'animaux inférieurs, ce qui est loin d'être généralement admis, même dans les milieux non croyants. D'autre part, la famille a dans la société un rôle propre, dans lequel nul pouvoir humain ne la remplacerait adéquatement. Elle doit donc être énergiquement défendue contre toute attaque.

Or, jamais ces attaques n'ont été plus violentes qu'aujourd'hui. Le néopaganisme moderne la veut supprimer. Romanciers et poètes, publicistes et législateurs, sophistes et réformateurs se liguent contre elle. On veut, contrairement à la doctrine chrétienne qui avait fait la iamille grande et féconde, se préoccuper exclusivement des intérêts, matériels surtout, de Tindividu, émancipé de toute autorité autre que celle de l'Etat. Avant donc de retracer l'histoire de la famille au cours des âges, il importe de mettre en lumière sa fonction essentielle et ses conditions nécessaires d'existence.

Section I. — La famille ac point dk vue

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