CATACOMBES CHRÉTIENNES DE ROME
— L'étude des catacombes romaines fournit aujourd'hui à l'apologétique catholique des arguments précieux et variés. Les découvertes que l'on fait chaque jour dans ces excavations funéraires touchent à une foule de questions religieuses, en particulier à celles du patrimoine ecclésiastique; de la prière poui* les morts et des diverses formes du culte que l'Eglise leur rend; du culte des saintes images; du culte des saints invoqués pour les vivants et pour les morts; de leurs reliques ; de leurs fêtes ; des pèlerinages à leurs tombeaux; du culte de Marie; de la primauté de saint Pierre; des sacrements, surtout du Baptême, de l'Eucharistie, de la Pénitence, de l'Ordre, etc. Les adversaires ont compris l'importance apologétique de ces preuves nouvelles exhumées du sein de la terre en faveur de l'Eglise catholique, et ils commencent à livrer bataille sur cette arène dans laquelle jusqu'ici les catholiques avaient presque seuls paru. Tel est le double motif qui nous a fait donner au présent article un développement assez considérable; il est ainsi devenu un véritable traité, dans lequel l'apologiste trouvera, au moins brièvement indiquées, presque toutes les preuves que fournissent les catacombes romaines pour la défense de la vérité.
I. Origine du mot « catacombes ». — On donne le nom de catacombes aux cimetières souterrains créés par les premiers chrétiens dans la banlieue de Uome et dans un grand nombre d'autres endroits du monde romain.
Ce mot n eut point toujours le sens général qu'on lui attribue aujourd'hui. A l'origine, les lieux consacrés au dernier repos des chrétiens s'appelaient coemeteriuiu, /.oiij-r.Tr.pi'yj (de /.'^ijj.y.76v.i dormir), qu'ils aient été creusés sous terre ou qu'ils s'étendissent à la surface du sol. Quand on voulait indiquer plus particulièrement une nécropole souterraine, on employait les expressions crypta, arenarium. Les cimetières à ciel ouvert recevaient i)lutot les appellations A'area, hortus. Le mot catacuniba n'eut d'abord qu'une signilication locale. 11 désignait la partie de la voie Appienne (|ui correspond au deuxième mille de l'enceinte actuelle de Uome, et sous laquelle sont les plus célèbres cimetières chrétiens, L un de ceux-ci, celui de Saint- Sébastien, s'appelait, au iv' siècle, le cimetière ad catacumbas. On a [U'oposé de nombreuses étymologies de ce mot. Plusieurs érudits le font venir de cumba, cavité, ravin, et l'entendent soit de la déclivité (jue présente sur ce point la ^■oie Appienne, soit des nombreuses sépultures souterraines qui s'y rencontrent. De llossi lui attribue plutôt une origine chrétienne. Il rappelle que le mol grec cuemeterium fut quehpiefois traduit en latin par accubiiorium ou
CATACOMBES
cuhile, et pense que ctimha avait été formé de cithare, avec intercalation de m; dans celte liypotlïèse, cata (fréquemment employé pour /y-v. dans la basse latinité) cHTO^as équivaudrait à crt/fl accithitoria eiawYaxi le sens de ad coemeteria. Le nondjre et l'importance des cimetières chrétiens en cette région de la voie Appienne lui auraient fait donner ce nom, accepté même des païens, car le cirque construit par Maxence près de Saint-Sébastien s'appelait c/rcz/s ad cataciimhas. Peu à peu, cette expression locale se généralisa et devint, dans la langue vulgaire, l'appellation commune de tous les cimetières chrétiens. On la trouve pour la première fois employée avec ce sens par Jean Diacre, an ix^ siècle.
II. Histoire des catacombes. — I/histoire des catacombes se divise en plusieurs périodes.
Pendant la première, les cimetières chrétiens restèrent des propriétés privées.
On connaît l'horreur des anciens pour la promiscuité des sépultures. A l'exception des plus misérables parmi les esclaves, enterrés dans les fosses communes ou puticnli^ les Romains de toute condition s'efforçaient d'aA'oir soit leur tombeau séparé, soit une place dans le tombeau consacré à la corporation, à la famille, à la clientèle ou à la domesticité à laquelle ils appartenaient. Les premiers chrétiens éprouvaient, pour leur compte, le même sentiment. L'Eglise, d'ailleurs, leur faisait une loi de ne point mêler leurs restes mortels à ceux des païens. Aussi les riches, qui entrèrent plus tôt qu'on ne croit dans la communauté chrétienne, considèrent-ils de bonne heure comme une œuvre méritoire d'offrir à leurs frères dans la foi l'asile de leurs domaines funéraires. Dans le champ, parfois très vaste, qu'une opulente famille avait originairement destiné à recevoir les tombeaux de ses membres, de ses serviteiu-s, de ses clients, ou dans un jardin auquel un pieux fidèle, une charitable matrone, donnait tout à coup une destination sépulcrale, on voyait s'ouvrir un ou plusieurs centres de sépultures, groupées parfois autour du tombeau d'un martyr. La forme de chambres ou de galeries souterraines, adoptée généralement, au moins à Rome, pour ces premières nécropoles chrétiennes, permettait d'enterrer dans le tuf de leurs parois un grand nombre de défunts. M. Michel de Rossi a calculé qu'une de ces cryptes primitives, celle de Lucine, sur la voie Appienne, circonscrite dans une aire de cent pieds sur cent quatre-vingts, pouvait contenir deux mille sépultures. Il résulte des calculs du même savant que la moyenne de l'excavation catacombale sur une surface carrée de la trois cent quatre-vingt-quinzième partie d'un mille carré comprend, en supposant un seul étage souterrain (et les catacombes en eurent quelquefois deux ou trois), mille mètres de galeries. On voit quelle multitude de cadavres trouvait place dans les espaces relativement petits que pouvait offrir la charité privée. Même en temps de persécution, ces pieux asiles, protégés par le caractère « religieux » ffue la loi reconnaissait à tous les terrains consacrés par des sépultures, se développèrent librement. Les plus anciens tombeaux chrétiens avaient soit leur escalier, soit leur façade, donnant sur la campagne ou la voie publique : on ne prenait nulle précaution pour en dissimuler l'entrée.
Cependant, le moment devait venir où la plupart des cimetières chrétiens seraient trop considérables pour rester la propriété des familles qui les avaient fondés. Beaucoup d'entre eux passèrent successivement dans le patrimoine ecclésiastique, c'est-à-dire devinrent la propriété commune de l'église établie au lieu où ils se trouvaient. C'est ainsi que la crypte où reposait sainte Cécile, avec de nombreux fidèles.
et qui appartenait à la famille des Caecilii, fut, vers la fin du second siècle, donnée par ceux-ci au pape Zéphyrin. Le pape confia au premier diacre, Calliste, l'administration de ce cimetière, le premier qu'ait possédé officiellement l'Eglise romaine. Rome n'est pas la seule ville où des terrains funéraires aient été ainsi donnés par des particuliers à l'Eglise. Un marbre trouvé dans les ruines de Césarée (Cherchell), en Mauritanie, a consacré par l'inscription suivante le souvenir d'un de ces actes de donation :
AREAM AT SBPVLCRA CVLTOR VERBl CONTVLIT
ET CELLAM STRVXIT SVIS CVNCTIS SVMPTIBVS.
ECCLESI.ÎÎ SANCT.ï; HANC RELIQVIT MEMORIAM.