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Cimetière de Saint-Félix, ad iiisalatos

i5. Cimetière de Generosa, ad sextum Philippi, sous le bois sacré des Arvales, iv^ siècle. Tombeau des martyrs Simplicius et Faustinus et de leur sœur Béatrix. Petite basilique damasienne.

V. Sur la voie Aurélia. — 16. Cimetière de Saint- Piincrace, m' siècle. Epitaphe souterraine portant la date de 454-

l'j. Cimetière de Lucine, ou des Saints-Processus et Martinien, le"" siècle. Les quelques galeries encore accessibles appartiennent à la fin du m' siècle et au ive.

18. Cimetière de Calépode, aujourd'hui entièrement ruiné, où fut enterré le pape saint Calliste.

iQ. Cimetière de Saint-Félix.

VI. Sur la voie Cornklia. — 20. Cimetière du Vatican, 1" siècle. Tombeaux de saint Pierre et des premiers papes. Détruit par la construction de la basilique. Le sarcophage de Livia Primitiva, dont nous avons parlé plus liant, et une stèle du ninsi'c Kircher, avec les mots symboliques IX0V2 ZiiXTlîN, poisson des i'iyants, en proviennent.

CATACOMBES

VII. Sur la voie Flaminia. — 21. Cimetière de Saint-Valentin. Crypte et basilique de ce martyr. Peintures du vu'" siècle.

vni. Sur la voie Salaria ancien.ne. — 22. Cimetière dit ad septem cohimbas, près du clivus cucumeris. Il fut aussi appelé ad caput S. Joannis, parce que la tète de ce martyr fut déposée sous l'autel de la basilique cimétériale. Les pèlerins des vii° et viii' siècles copièrent dans ce cimetière l'éloge d'un consul, martyr, nommé Liberalis, dont ni l'histoire, ni les fastes ecclésiastiques, ni même la légende ne font mention.

28. Cimetière de Basilla ovi de Saint-Hermès, 11° siècle. Chambre funéraire des saints Protus et Hj'acinthe. Sépulture d'autres martyrs, Hermès, Basilla, Crispus, Herculianus, Maximilianus, Leopaidus. Basilique souterraine.

IX. Sur la voie Salaria nouvelle. — il\. Cimetière de Saint-Pamphile, à la bifurcation des deux voies. Aujourd'hui inaccessible. A ce cimetière appartient lU'obablement une chambre vue par M. de Rossi en i865; des dessins informes, tracés à la pointe du pinceau par une main absolument ignorante, y reproduisent, outre les sujets habituellement représentés dans les catacombes, l'image d'un chrétien essayant de renverser une statue de Jupiter.

25. Cimetière de Maxime ou de Sainte-Félicité. Crypte où reposèrent cette illustre victime de la persécution de Marc-Aurèle et son flls Silanus.

26. Cimetière de Thrason et arénaire contigu. Sépulture des martyrs Saturninus, Sisinnius, Chrysanthe et Daria, Hilaria, Maur, Jason, Claude et d'un groupe de soixante-douze martyrs anonymes. Nombreuses et importantes peintures.

27. Cimetière des Jordani. Actuellement inaccessible. Trois des fils de sainte Félicité, Alexandre, Vital, et Martial, y reposaient.

28. Cimetière de Saint-IIilaria ou des sept Vierges dans le jardin de sainte Hilaria. Non encore découvert.

2g. Cimetière de Priscille, i" siècle. Etage supérieur incorporé à un arénaire. Très anciennes inscriptions. Admirables peintures. Crypte funéraire des Acilius Glabrion. Second étage, creusé au commencement du ivi^ siècle. Sépultures des saints Félix et Philippe, fils de sainte Félicité; des papes Mai-ccllin et Marcel ; du martyr Crescentio. Dans la basilique extérieure, sépulture des papes Silvestre, Libère, Sirice, Célestin et Vigile.

3o. Cimetière de Novellu. Contigu au précédent.

X. Sun LA VOIE Nomentaxe. — 3i. Cimetière de Saint-Nicomède, 11' ou iii<= siècle. Autre hypogée, contigu à celui-ci, peut-être consacré à la sépulture des prétoriens chrétiens.

82. Cimetière de Sainte-Agnès. Région antique, à quelque distance de la basilique. Régions entourant la basilique, postérieures à la paix de l'Eglise. Basilique semi-souterraine du iv^ siècle, refaite au vii"^. Tombeau de sainte Agnès.

33. Cimetière Ostrien, dans lequel M. de Rossi voit le cimetière appelé dans l'antiquité coemeterium majus, ad nymphas S. Pétri, fontis S. Pétri (contrairement à Maruggui, qui identifie le coemeterium majus avec celui de Priscille). Crypte en forme de basilique. Cryptes avec tribune et chaires taillées dans le tuf. Importantes peintures. Inscriptions très anciennes. Sépulture de sainte Emérentienne, des martyrs Alexandre, Félix, Papias, Victor.

34. Cimetière de Saint-Alexandre, au septième mille de Rome. Il est cité ici par exception, étant en dehors de la zone des cimetières romains et ne

dépendant d'aucun titre de la ville ; mais il fit partie de l'itinéraire des pèlerins du vii« siècle. Sépulture des martyrs Alexandre, Eventius et Théodule. Basilique semi-souterraine. Catacombe peu étendue; nombreuses épitaphes d'évêques locaux: beaucoup de tombes intactes.

XI. Sur la voie Tiburtine. — 35. Cimetière de . Saint-Hippolyte. Crypte de ce martyr, abside, tribune, trace de l'autel. Restauration au vi^ siècle. Peinture du martyre d'Hippolyte, vue par Prudence, mais non retrouvée. Emplacement d'une basilique semi-souterraine. Sépulture des martyrs Concordia, Tryphonia, Cyrille, Genès et dix-neuf autres.

36. Cimetière de Cyriague, m" siècle. Presque entièrement détruit par le moderne Campo-Santo. Sépulture des martyrs Romanus, Abondius, Irénée, Justin, Crescent, Agapit, Julien, Primitivus, Tatien, Nemesius, etc. Basilique semi-souterraine construite par Constantin sur la tombe de saint Laurent.

XII. Sur la voie Labicane. — 3'j. Cimetière de " Saint-Castulus, iv' siècle. Sépulture des martyrs Castulus et Stratonicus. Grande profondeur; tuf très friable.

38. Cimetière ad duas lauros ou des Saints-Pierre et Marcellin, un des plus vastes de Rome souterraine, iv« siècle. Sépulture des mai"tyrs Pierre, Marcelbn, Tibirrce, Gorgonius, Genuinus, etc. Nombreuses peintures ; scènes de banquets.

89. Cimetière des quatre Couronnés, iv' siècle. Contigu, comme le précédent, au mausolée de sainte Hélène, mère de Constantin. Vestibule, double escalier, très long et très large ambulacre.

XIII. Sur la voie Latine. — 4o- Cimetière des Saints- Gordien et Epimaque. Sépultures d'autres martyrs, Sulpicius, Sei'vilianus, Quintus, Quartus, Sophia, Triphenus. Bosio a lu l'épitaphe de deux de ces martyrs :

SIMPLICIVS MARTYR. SERVILIANVS MARTYR. AujOUrd'hui

inaccessible.

!\i. Cimetière de Saint-Tertullinus ou Tertullianus. Non exploré.

42. Cimetière de Sainte-Eugénie. Sépulture de sa mèi-e Claudia. Visité par Bosio et Boldetti. Non retrouvé de nos jouys.

J'arrête ici cette énumération. Je n'y ai compiùs (sauf exception) que les cimetières situés dans un rayon de trois milles autour de Rome et dépendant de l'administration ecclésiastique de la cilé. Les hypo- ■ gées de moindre importance ont été négligés, ainsi I que les catacombes juives et les cimetières des sectes ■ hérétiques. L'espace restreint dont je dispose ne me permet pas d'agrandir le tableau et d'indiquer les cimetières souterrains ou extérieurs, appartenant aux premiers siècles chrétiens, dont l'existence a été constatée dans l'Italie centrale, dans les provinces du nord et du midi de la péninsule, dans toutes les contrées d'Orienl et d'Occident éclairées par la lumière évangélique, Espagne, Gaule, Egypte, Cyrénaïque, Algérie, "Tunisie, Asie Mineure.

V. Bibliographie des catacombes. — Les sources littéraires de l'antiquité et du moyen âge les plus importantes pour l'histoire et la topographie des catacombes sont les suivantes :

1" Martyrologe hiéronymien. La dernière rédaction ne peut remonter plus haut que le vi* ou le vii<> siècle; mais il contient de nombreuses portions de mai*tyrologes plus anciens, appartenant à l'époque des persécutions.

2° Le recueil publié en 35/j par Furius Dionysius Filocalus. Parmi les pièces dont se compose cette collection chronographique, les deux tables d'anni-

CATACOMBES

vcrsaires, l'une des papes, Depositio episcoporum, l'autre des martyrs, Depositio martyrnm, renferment des indications précieuses sur les sépultures les plus illustres des cimetières souterrains. Edité d'abord par Gilles Bouclier, De Doctrina teniporum, Anvers, i634; puis par Mommsen, i'eber den Chronographen ^•om J. 354, dans les Abhandhingen de l'Académie i-oyale de Saxe, t. I, Leipzig, i85o.

3° Le Liber pontifîcalis, rédigé dans la première moitié du vi* siècle, mais en partie d'après les documents anciens. Edition Ducbcsne, 1. 1, Paris, 1884-1886. 4^ Les éloges composés par le pape Damase pour être gravés sur les tomlies des martyrs.

5" Les sylluges épigraphiqiies recueillis par les voyageurs des viii* et ix' siècles. Ils sont publiés par de Rossi dans le tome II des Inscriptiones christianae iirbis Romae.

6" Les descriptions de monuments dans l'almanach de Polemius Silvius (449); ^^ Breviarium du Syrien Zacharie (54o); le paragraphe Je coemeteriis ajouté à la Notitia regionum urbis Romae (vi* siècle); le catalogue des huiles saintes recueillies par l'abbé Jean près des tombeaux des martyrs (vi^ siècle); les itinéraires des pèlerins des vii^ et viii« siècles; les listes des cimetières du x<^ ou xi" siècle dans les Mirabilia urbis Romae. Voir de Rossi, Rama sotterranea, t. I, p. 129-184.

^"J Les Passions des martyrs romains rédigées avant l'époque où les corps saints furent retirés des catacombes.

La découverte fortuite d'un hypogée chrétien de la voie Salaria, en 1 5^8, rappela sur les cimetières oubliés des premiers âges l'attention des érudits.

Les Annales ecclesiastici de Baronius témoignent (aux années 67, i3o, 226) de recherches faites par lui dans les catacombes.

Les dessins exécutés d'après les peintures et les sculptures des cimetières souterrains par les soins de CiACONNio et de Winghe sont encore inédits, mais l'ouvrage de Jean l'Heureux (Macarius), mort en 161 4» a été édité de nos jours par le P. Garrucci : Ilagioglypta, sive picturae et sculpturae sacrae antiquiores praeserlim quae Romae reperiuntur, explicatae a Jeanne l'Heureux {Macario); Paris, 1809.

Bosio conçut le premier l'idée et la méthode d'une exploration complète des catacombes. Sa Roma sotterranea, qui fonda la science de l'archéologie chrétienne, fut publiée après sa mort par Soverano. L'édition italienne est de i632; la traduction latine par Aringhi, de i65i, réimprimée à Cologne et à Paris en 1669; une édition latine abrégée parut à Ai'nheim en 1671.

Le prolit que la défense de la foi catholique pouvait tirer de la science et de la méthode inaugurée par Bosio excita de vives inquiétudes au sein du protestantisme : de là plusieurs chapitres de Burnet (Voyages de Suisse et d'Italie, 1687), do Misson ÇXou- \eau voyage d'Italie, 1691), de Bas.nage (Histoire de l'IigUse, 1699), ^^ "" écrit de ZoRN (Dissertalio liistorica tbeologica de catavumbis, 1708), pleins de faits inexacts, et auxquels les coreligionnaires mêmes de ces écrivains n'attachent plus aujourd'hui aucune valeur.

L'histoire sérieuse des catacombes recommence avec Fabrktti, qui consacre aux inscriptions chrétiennes et à deux cimetières inconnus de Bosio un chapitre de ses Inscriptiones anliquae, 1O99.

La même année parut le célèbre écrit de Mauillox, Rusebii ad Theophilum epislola de cultii sanrtoriini ignolorum; seconde édition latine et traduction française en 1705.

Dans le but de dissiper les scrupules respectables de Mabillon, et surtout de répondre aux attaques

des controversistes protestants, Boldetti, successeur de Fabretti dans la surveillance des catacombes, publia en 1720 ses Osseryazioni sopra i cimiteri dei sancli martiri ed antichi cristiani di Roma.

Le xviii' siècle a vu paraître de nombreux ouvrages d'archéologie chrétienne : Buoxarotti, Osservazioni sopra alcuni frammenti di \'ersi antichi di vetro, ornati ai figure, trovati nei cimiteri di Roma, 1716; Lupi, Dissertatiunes et animads-ersiones in nuper inyentum Severae martyris epitaphium, 1734;Marax- Goyi,Appendix de coemeteriis SS. Tlirasonis et Saturnini, à la suite des Acta S. Victorini, 1740; Bottari, Sculture e pitture sagre estratte dei cimiteri di Roma, réimpression des planches de la Roma sotterranea de Bosio, avec un commentaire, 1737-1764. Les livres ou dissertations de Mamachi, Olivieri, Zaccaria, BoRGiA, Marixi, doivent être seulement indiqués ici pour mémoire, car leurs auteurs n'ont pas exploré directement les catacombes. Au contraire, l'Histoire de l'art par les monuments, publiée de 1780 à 17S6 par SÉROux d'Aginxourt, reproduit et commente un grand nombre de leiu-s peintures.

On ne saurait citer tous les ouvrages composés dans notre siècle sur les diverses branches de l'archéologie chrétienne; nous nous contenterons de marquer les plus importants parmi ceux qui ont trait directement aux catacombes. En i834 et 1837, Raoul RocHETTE publia divers écrits sur les monuments chrétiens, en particulier son Tableau des Catacombes, réimprimé en i853. De i852 à i856, parurent, aux frais du gouvernement français, les six volumes de Perret, Les Catacombes de Rome. Le livre célèbre du P. Marchi, Monumenli délie arti cristiani primitive nella metropoli dei cristianesimo, avait vu le jour dès i844-

Mais l'œuvre principale du savant jésuite fut la formation de son disciple, J.-B. de Rossi, qui devait reprendre les glorieuses traditions de Bosio, étal)lir sur des principes certains la science de l'archéologie chrétienne et faire à lui seul plus de découvertes que tous ses prédécesseurs ensemble. Le tome I" de ses Inscriptiones christianae urbis Romae saeculo septimo antiquiores apavu en 1861 ; le tome II en 1888. En i863, furent publiées ses Imagines selectae deiparae Virginis in coemeteriis suburbanis depictae. Sa Roma sotterranea crisliana (1863-1877), malheureusement inachevée, a trois volumes, contenant les notions générales, la description du cimetière de Calliste et celle de la petite catacoiiibe de Generosa. Son Bullettino di archeologia cristiana n'a point été interrompu de i863 à 1894, date de la mort de l'illustre archéologue, et renferme d'innombrables dissertations sur les points les plus importants de l'archéologie chrétienne : toutes les découvertes de l'auteur y sont indiquées à leur place; Rome souterraine y est, pour ainsi dire, esquissée d'avance tout entière.

Des travaux d'une autre nature, touchant souvent à l'histoire de l'art primitif, sont dus au P. Garrucci ; outre Yllagioglypta de Jean l'Heureux, cité plus haut, il a pubUé les Vetri ornati di figure in aru trovati nei cimiteri dei cristiani di Roma, i858 et i864 ; Ciniitero degli antichi Ebrei in yigna lîandanini, 1862; Nuove epigrafe giudaiche di yigna Randanini; Epigramma crist. dei primi secoli; Les mystères du syncrétisme phrygien dans les catacombes romaines de Prétextât, i854, et enlîn sa grande Sloria delV arte crisliana, 1873. Les découvertes de Rossi ont été propagées par des résumés de ses ouvrages, dus, pour l'Angleterre, à MM. Northcote et Brownlow {Roma sotterranea, i86y, 1879; Epitaphs of the calacombs, 1878); pour la France, à MM. Desbassayns de Richemonl {Les nouycllcs études. dans les catacombes romaines, 1870), Paul AUard {Rome sauter-

CEREBROLOGIE

raine, iS^S, iS^^). Henri de rEpinois(Zfs Catacombes de Rome, i8;4. 1879, 1896); A. Baiidrillart (Zes Catacombes de Borne, 1908); Maurice Besnier {Les Catacombes de Home, 1909); pour TAUemagne, au docteur F.-X. Kraus {Romn sotterranea, 1874); pour la Suède, à M. Cenlerwall. Dans le voisinage immédiat du niaitre se sont formés de vaillants disciples, auteurs eux-mêmes de travaux importants sur les antiquités chrétiennes : Henry Stevenson, qui a décrit le cimetière de Saint-Zotique, au dixième mille de la voie Labicane (1876); Mariano Armellini, qui a étudié le cimetière de Prétextât (187^), le cimetière de Sainte-Agnès (1880), et a fait paraître en i884 une description populaire des anciens cimetières de Rome ; Orazio Maruccbi, qui a publié des études sur la crypte sépulcrale de Saint-Valentin (1878) et la basilique de Saintc-Symphorose (1878). des Eléments d^archéologie chrétienne (1899-1900), et dirige aujourd'hui le Nuovo BuUettino di archeologia cristiana, qui continue depuis 1894 le BuUettino de M. de Rossi. Le même savant a fait paraître, en mai 1909, le i*^'" fascicule de la continuation, dirigée par la Commission d'archéologie sacrée de la Bonia sotterranea cristiana de Rossi.

Pariui les ouvrages récents sur larchéologie des premiers siècles, nous ne devons point oublier les dictionnaires. Le premier Dictionnaire des antiquités chrétiennes a été publié en j865 par M. Fabbé Martigny, qui en a donné en 187'j une seconde édition très augmentée; puis a paru en Angleterre le Dictionary of christian antiquities, édité par Smith, 1875-1880, avec la collaboration de nombreux érudits appartenant presque tous à TEglise anglicane; enfin, le docteur Kraus a terminé (1882-1886) sa Real-Encyklopaedie der christUchen Alterthilmer. Un recueil beaucoup plus considérable, et qui dépassera par l'abondance des matières, comme par la richesse et l'exactitude de l'érudition, tous ses prédécesseiu's est le Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie, commencé en 1908 sous la direction de dom Cabrol. Citons aussi le savant Manuel d'archéologie chrétienne (1907, 2 vol.) publié par dom H. Leclercq. L'art chrétien a été l'objet de publications importantes; outre le lÎAre de Garrucci, on doit citer les Etudes sur les monuments primitifs de la peinture chrétienne en Italie (i885), de M. Lefort, consacrées surtout aux fresques des catacombes, L'archéologie chrétienne de M. Pératé (1892), et l'ouvrage posthume de Palmer, Early christian srmbolism (i885). édité par MM. Northcote et Brownlow. Les images de la vierge Marie dans les catacombes ont été étudiées de nouveau par M. Liell, Die Darstellungen der allerseligsten Jungfrau und Gottesbaererin Maria auf den Kunstdenkmaelern der Katakomben, 1887. Mais l'ouvrage capital sur l'art chrétien dans les catacombes est le livre de Mgr Wilpert, Borna sotterranea. Le pitture délie catacombe romane (Rome, in-folio, 1908).

De nombreux érudits protestants ont, en ce siècle, essayé de réagir contre les résultats obtenus par l'étude impartiale des catacombes chrétiennes. Le petit livre de Mac Caul, Christian epitaphs of the fîrst centuries, 1869, n'offre aucune trace de préoceupations confessionnelles ; mais il en est tout autrement des ouvrages de Kip, The catacombs of Bome, i854; Mariott, The Testimony of the catacombs, 1870; Parker, The catacombs, 1870; Ludwig, Ein Blick in die Boemischen Katakomben, 1876; Withrow, The catacombs of Bome and their testimony relative to primitive christianity, 1877; Schultze, Archeologische Studien iiber altchristliche Monumente, 1880; Die Katakomben, 1882; Roller, Les catacombes de Bome, 1881; Marignan, Etudes d'iconographie religieuse, 1 iSBn. I

L'étude des cimetières chrétiens situés hors de Rome n'entrant pas dans le cadre de cet article, je me contente de renvoyer à la Beal-Encyklopaedie de Kraus, Katakomben, t. I, p. ii4-i36.

P. Allard.

CEREBROLOGIE. — L Ses conditions. Introspection et observation. — II. Théories matérialistes. — III. Faits et expériences, — IV. Doctrine des localisations cérébrales, — V. Lobe de la mémoire Langage. — VI. Aliénation mentale. Mysticisme. Crime. — VII. Actions acquises. Ignorances. — VIII. L'intelligence et le cerveau. Le singe et l'homme. La non-localisation de l'intelligence. Conclusion.

I. — La cérébrologie est la science des fonctions du cerveau. C'est avant tout une science d'observation ; et, comme telle, elle est et doit demeurer étrangère à toute idée préconçue, à toute préoccupation doctrinale. Mais elle n'échappe pas à la condition commune : elle doit tenir compte de toutes les données du problème, user de toutes les sources d'information, elle veut être subordonnée à la raison en s'inspirant des faits. L'observateur doit être doublé d'un psychologue.

Deux sources distinctes mais également nécessaires : l'introspection ou observation interne et l'observation externe, cette dernière subdivisée ellemême en expérimentale et en clinique. Toutes les fois qu'elle méconnaît ou néglige l'une de ces sources, la cérébrologie s'égare nécessairement. C'est son triste sort depuis plus de cent ans. Le matérialisme s'en est emparé ; il l'a misérablement déviée et trahie, en faisant une machine de guerre contre le spiritualisme, contre la foi chrétienne. Il faut la rendre à elle-même, la restituer dans son intégrité et dans son honneur sur le terrain solide des faits. A ce titre elle devient une des ressources de l'apologétique et loin de porter atteinte à l'existence de l'àme, dépose en sa faveur.

D'ailleurs, le matérialisme n'est pas le seul ennemi de la cérébrologie sérieuse. Le spiritualisme cartésien en est un autre, non moins redoutable : il méconnaît les conditions physiologiques de la pensée, l'unité fondamentale de notre nature.

n. — Quelles sont les fonctions du cerveau? Elles sont multiples et complexes. On a tôt fait de déclarer que le cerveau produit toutes les manifestations psychiques. Il faut s'expliquer et s'entendre. De la boîte crânienne surgissent non seulement des mouvements et des sensations, mais des sentiments, des désirs, des volitions, des idées, qui n'ont pas de lien causal, pas d'identité, pas de mesure commune, qui dépassent manifestement le domaine de la matière inanimée. Dira-t-on que ces manifestations psychiques sont équivalentes aux modes vai'iés de l'activité commune? Mais cette activité même est d'un ordre nettement supérieur à celui de la matière brute. Demandez-le plutôt aux fameux laboratoires de psychophysiologie qui ont eu l'ambition d'en donner l'exacte mesure et qui ont piteusement échoué dans leur tâche. Il y a une gradation marquée, une hiérarchie manifeste dans les facultés psychiques. La sensation n'est pas la vie purement organique, la pensée est bien au-dessus de la sensation, la volonté est supérieure à la pensée qu'elle régit, le libre arbitre échappe à la fatalité animale qui le conditionne.

En dépit de ses principes. Descartes est avec son dualisme le père du matérialisme moderne. Sous son influence, lentement l'opinion s'est faite que le cer veau et siu'tout la couche grise corticale étaient le siège de la sensibilité consciente, de l'intelligence. La

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sensibilité vulgaire, brute était reléguée dans la protubérance et le bulbe. Plus tard les auteurs ont fait de l'écorce cérébrale le siège spécial des facultés supérieiu-es, le temple exclusif de la pensée.

FoviLLE plaçait dans les ganglions centraux le siège des mouvements volontaires, Luys le siège des sensibilités générale et spéciale dans les couches optiques. La doctrine des localisations cérébrales est venue en 1870 renverser cette étrange théorie : nous V reviendrons. Signalons seulement ici la dernière tentative qu'a faite le matérialisme pour enrayer la marche de la vérité : nous voulons parler de la théorie de FLECHsiG.|Le célèbre professeur de Leipzig a voulu départager les centres corticaux en centres de projection et en centres d'association, ou centres d idéation : mais sa théorie n'a pas tenu devant l'évidence des faits, devant la contradiction des maîtres et, après avoir été corrigée, atténuée, transformée par Fauteur, elle a dû disparaître du champ de la science. Les temps sont loin où un Karl Vogt pouvait dire : Le cerveau produit la pensée comme le foie secrète la bile.

III. — La cérébrologie s'éclaire de l'anatomie commune comme de la structure histologique de l'organe nerveux central. Et sur ce point les faits abondent (cubages crâniens, i)esées cérébrales) qui donnent des notions précises, importantes pour la philosophie et l'apologétique : indiquons les plus caractéristiques.

Il n'y a aucun rapport entre le volume ou le poids cérébral et l'intelligence, que l'on considère l'homme suivant les individus, suivant le sexe, suivant les âges, suivant les latitudes ou suivant les siècles. Cuvier avait un cerveau énorme. Gambetta un très petit.

La loi de croissance veut que le cerveau atteigne son maximum de développement entre i4 et 20 ans pour rester ensuite stationnaire puis diminuer lentement jusqu'à la vieillesse. Le volume de l'organe se montre en rapport avec celui du corps entier, avec le développement nerveux et musculaire.

Il n'y a pas de différence cérébrale entre les races. TiEDEMANN l'avait proclamé en 1887 ; et son opinion, vivement combattue pendant le xix' siècle, reprend définitivement faveur. La cérébrologie montre que le cubage des crânes oscille dans d'étroites limites (entre i.^';^ et i.588 ce.) et témoigne nettement en faveur de ïunité de l'espèce humaine (Topinard).

Nous ne nous arrêterons pas, avec les anciens, a comparer les différents animaux au double point de vue du volume cérébral et de 1' « intelligence ». C'est un jeu vain et sans portée. Mais si l'animal n'a pas l'intelligence, il jouit de la sensibilité sous toutes ses formes; et l'étude expérimentale de son cerveau est pleine d'intérêt et fournit les meilleurs résultats : on lui doit la doctrine des localisations. A côté de ces expériences indispensables de laboratoire, se placent les observations cliniques qui sont, on l'a dit, des expériences toutes faites et corroborent utilement les premières : elles ont le grand avantage de s'accomplir sur l'homme que le médecin soigne, soulage ou guérit. Les symptômes sont exactement notés chez le malade; si la mort survient, l'autopsie vient révéler les lésions qui les ont produites et conduit à la connaissance directe du fonctionnement encéphalique. Grâce à tous ces moyens, le cerveau commence à révéler son secret et la doctrine des localisations a pu naître et grandir.

IV. — Pressentie dès 1810 par Gall, la doctrine des localisations a été découverte eu Allemagne en 1870. Jusque-là, on tenait le cerveau pour inexiitable. insensible : n'était-il pas le siège de la pensée, le tenq)le de l'ànie? L'observation ramena les savants à des vues plus modestes. Explorant la surface céré-

brale d'un singe, les électrodes à la main, deux physiologistes Fritsch et HiTziG remarquèrent que le courant électrique déterminait invariablement la contraction de différents groupes de muscles suivant les points touchés. Ils complétèrent heureusement ces premières expériences par une contre-épreuve décisive : l'ablation d'une portion limitée et déterminée de la couche corticale détermine la paralysie des muscles que l'excitation électrique de la même portion a précisément pour effet d'actionner. Les centres moteurs étaient dès lors trouvés et démontrés dune manière irréfutable.

De nombreux travaux se sont inspirés de la même méthode et ont confirmé, étendu ses résultats. Bien mieux, la chirurgie en a tiré parti. Des épilepsies, des contractures, des paralysies, réputées naguère incurables, sont actuellement guéries, et parfois rapidement, par l'application de couronnes de trépan au niveau des centres moteurs irrités que le praticien devine à coup sur sans les voir. Le témoignage des malades guéris et sauvés vient ainsi s'ajouter à celui des faits innombrables que l'expérimentation et la clinique ne cessent d'apporter.

Aujoiu'd'hui la doctrine des localisations est définitivement établie, incontestée; et le cerveau apparaît décidément comme un vaste organe de sensibilité et de mouvement. Rappelons brièvement les points essentiels de la topographie cérébrale actuellement connue. Les centres moteurs se groupent dans la région frjonto-pariétale autour de la scissure de Rolando et au-dessus de celle de Sylvius; on en connaît déjà un certain nombre, mais on ne les connaît pas tous. Les ce«/res se/!Si7//s sont répartis dans la moitié postérieure des hémisphères, mais leur étude est beaucoup moins avancée que celle des centies moteurs. Seul, le centre optique est bien établi au lobe occipital.

La zone antérieure ou prérolandique a longtemps résisté aux efforts des expérimentateurs, et son étude est très peu avancée. Il semble qu'elle n'est pas étrangère au jeu des muscles, qu'elle préside même à leur coordination. Certains auteurs lui attribuent encore la motilité stéréognostique ou significative, mais aucun n'oserait tenir le lobe frontal pour plus noble que les autres. Il est préposé comme eux à la vie animale.

V. — La mémoire siège au lobe temporo-pariétal gauche, sans délimitation encore plus précise. Cette localisation date seulement de 1906 et est due aux travaiix du D"" Pierre Marie qui a heureusement revisé la grosse question de Vapliasie. Résumons les données de cette belle découverte.

L'aphasie ou perte de la parole résulte d'une lésion du lobe temporo-pariétal gauche qui cause Vnmnésio. Sans mémoire, pas de parole. La mémoire est une faculté primordiale par laquelle toutes les autres s'exercent et se développent, elle est indispensable à la vie de relation, mais à son tour elle est commandée par l'esprit. L'homme est avant tout un être enseigné: et l'instruction serait impossible sans la coopération intelligente de l'élève avec le maître. On éduque un animal, on ne l'enseigne pas. Et si le singe ne parle pas, ce n'est pas parce qu'il manque des organes nécessaires au langage, c'est parce qu'il ne pense pas.

Les aphasiques sont des amnésiques : tous leurs troubles s'expliquent par la lésion de l'organe sensible, par la perte de la mémoire. Ils ont perdu tout le bénéfice de leur instruction première, ils ne savent plus même leur ABC, ils ne peuvent ni lire, ni écrire, ni compter, ils sont incapables, musiciens, de déchiffrer ou de jouer le moindre morceau, artisans, d'exercer leur métier. Les auteurs peu familiarisés avec

CEREBROLOGIE

l'analyse philosophique voient là un déficit intellectuel spécialisé. Ce n'est qu'un déûcit sensible.

Si la mémoire a son siègre, que l'avenir précisera plus étroitement, le langage articulé a perdu le sien, qxie Broca avait cru trouver dans la troisième circonvolution frontale gauclie (Marie). Tout son mécanisme est concentré dans la région ou dans le voisinage du noyau lenticulaire : il est subordonné à l'exercice des facultés sensibles qui sont lices aux facultés spirituelles.

VI. — L'aliénation mentale ou folie a des rapports certains avec le cerveau, mais demeure profondément mystérieuse dans sa cause. Les aliénistes tout les premiers se montrent incapables de nous en révéler la nature intime.

Leur science est à peu près nulle, manquant de sa base nécessaire, Y anaiomie pathologique. Ils ignorent les lésions propres de presque toutes les variétés de folies et ne sont pas d'accord sur les causes de la seule psychose définie, la paralysie générale. C'est pourquoi ils devraient être modestes, réservés, et porter tous leurs efforts à combler les immenses lacunes de leur science, au lieu de se perdre dans les domaines étrangers de la sociologie, de la philosophie et de la jiolitique.

Les aberrations de nombre de maîtres sont navrantes sur ce point. L'un d'eux, A. Marie {Mysticisme et folie, 1906), voit un lien entre la folie et le mysticisme : il professe cjue la religion est affaire de faiblesse cérébrale, que la foi ne se rencontre qne chez les esprits débiles ou fous. Et pourquoi admet-il que de la religion à la folie il y a une transition insensible et fatale? Parce que nombre de pensionnaires des asiles ont un délire religieux.' Quoi d'étrange? Les croyances religieuses sont encore très répandues de l'aveu même du préfacier D' Tbulié, elles se reflètent nécessairement dans les psj'choscs. Toujours les fous puisent dans le vaste réservoir du subconscient ou du sous-moi les éléments de leur délire, toujours leur vie psychique déviée tend à reproduire leur Aie psychique normale antérieure dont s'est imprégné en quelque sorte le cerveau.

On ne s'est pas borné à confondre le mysticisme avec la folie, on a cherché à établir que tous les criminels sont des fous. La cérébrologie n'a jamais appuyé ces dangereuses idées qui cherchent à s'introduire au prétoire. La tliéoric de Vhomme criminel imaginée par Lombroso. qui prétend confondre le crime avec la folie et nier la liberté et la responsabilité humaines, a eu une rapide et brillante vogue, mais s'est vue complètement démolie par les faits, elle n'est plus soutenue par personne. Parmi les criminels de profession ou d^habitude, il y a certes des criminels-nés ou plutôt des aliénés-criminels, dégénérés qui portent les stigmates physiques et psychiques de leur mal, incorrigibles et irresponsables dans une mesure variable (demi-fous de Grasset), mais il y a aussi et surtout de s'rais criminels sans aucune tare pathologique. Ceux-ci ne sont pas nés pervers, ils le sont devenus et portent la responsabilité de leurs actes.

VII. — La cérébrologie est une science bien jeune, mais qni présente déjà des notions importantes. Nous savons que le cerveau préside à la vie animale, qii'il est un organe sensible et moteur, nous savons que son lobe moyen gauche est préposé à la mémoire ; nous savons mieux encore par l'introspection, si mal écoutée des physiologistes et des médecins. La conscience nous est familière, toujours accessible et instructive. Toute la vie mentale s'y déroule. Au-dessous du moi, qui est conscient et responsable, il y a le sous-moi qui est inconscient ou plutôt subconscient, et joue un si grand rôle dans les actes psychiques. C'est de la collaboration intime et incessante du jnoi et du

sous-moi que dérivent toutes nos pensées. C'est incontestablement ce dualisme qu'a aouIu traduire le professeur Grasset avec sa fameuse théorie du centre 0 et du polygone.

Malheureusement, noire savant confrère a prétendu localiser à part ces centres supérieurs et inférieurs, intimement associés dans l'unité de la vie cérébrale, et il s'est misa la remorque du matérialiste Flechsig. Le centre intellectuel n'a pas de siège avouable, et le polygone n'est qu'un pur schéma, incapable de satisfaire l'esprit. Il faut rester dans l'introspection ou n'en sortir que pour allirmer des réalités, des faits établis.

On ignore absolument la l>ase physiologique delà conscience, le fonctionnement cérébral du moi et du sous-moi, bien qu'on soit exactement informé de l'unité de la vie encéphalique dans le jeu de ses multiples organes, de ses innombrables neurones.

La volonté et l'intelligence qu'accuse notre conscience sont deux facultés de l'àine spéciales et distinctes, quoique intimement unies dans l'élaboration des actes psychiques. Qui nous dira leur substratum organique respectif? Qui fera à chacune la part qni lui revient dans notre action consciente? Assurément ce ne sont pas nos savants matérialistes, dont la plupart confondent intelligence et volonté.

La question de la vie affective, associée si étroitement à la vie cognoscitive, se pose depuis longtemps devant la science. Qui la résoudra? Qui fera au cœur la place convenable dans le fonctionnement de la vie mentale? L'organe de cette vie affective est spécial, il n'est pas au cerveau : est-il au cervelet, comme nous le croyons, ou ailleiu's? C'est le problème qui appelle tous nos efforts. Tant qu'il ne sera pas résolu, nous resterons muets devant tous les faits qui accusent la dualité encéphalique et qui sont si importants. Qu'est-ce que le sommeil? Qu'est-ce que le rêve? Comment Vhypnose ou sommeil provoqué est-il possible? Quel est l'état second des médiums qui suscite tant de phénomènes bizarres en produisant dans l'inconscience le jeu du sous-moi ? Quel est le secret des sourciers, qui procède de la même cause?

Toutes ces questions sont capitales, et notre xx' siècle naissant les laisse sans réponse. Le sommeil par exemple demeure une énigme indéchiffrable, et devant l'incohérence des théories proposées, les savants semblent avoir renoncé à l'expliquer.

VIII. — Ce qui est acquis et certain, au milieu des obscurités du présent, c'est que les facultés supérieures de l'esprit, perçues clairement par la conscience, épanouies dans le triomphal progrès des sciences, des lettres et des arts, ne sont pas proprement fonction du cerveau. Tout l'organe a été exploré, aucun neurone ne s'y distingue par des qualités à part, aucun centre supérieur ne s'y révèle, aucune place n'y est reconnue à l'intelligence. La cérébrologie multiplie ses témoignages en faveur de l'indépendance relative de l'esprit. L'uu d'eux mérite d'être retenu : c'est la frappante ressemblance morphologique des cerveaux humain et simien. Cette identité, que les anciens s'ingéniaient à contester sous le mauvais prétexte de sauver le spiritualisme, est l)ien établie et ne compromet rien : car, loin d'autoriser à affirmer l'identité totale de la vie psychique chez l'homme et chez le singe, elle indique seulement l'équivalence de fonctions strictement limitées. Toute la question revient à savoir si les deux « intelligences » se ressemblent, sont même comparables. Poser la question, c'est la résoudre. Et il faut arriver à cette conclusion : L'homme et le singe ont un cerveau semblable; l'intelligence n'appartient qu'à l'homme : donc elle n'est pas une fonction du cerveau.

La fonction encéphalique doit être cherchée ailleurs, ou plutôt elle est tout indiquée; c'est la sensibilité et

CERTITUDE

la motilitc (pii résument la vie animale et sont également indispensables à l'homme et au singe.

L'intelligence est une, simple, et elle ne saurait émerger du cerveau composé et nmltiple. La sensibilité, qui est à la fois une et multiple, leur sert de lien : c'est elle qui est fonction de l'écorce cérébrale et constitue le stihsfrafiim de l'esprit. Nous pensons sans org-ane, comme disait Aristote, jnais non sans Images. Et ces images nous sont abondamment servies par la sensibilité.

Le cerveau nous est nécessaire, indispensable : il conditionne médiatement l'exercice de la pensée, mais il n'est pas l'organe de l'intelligence, il n'est qn'un instrument à son service.

Les faits cliniques le démontrent, l'intelligence ne dépend absolument d'aucun centre particulier, d'aucun lobe du cerveau, elle n'est ni localisée ni localisable. Les savants, éclairés par les réalités vivantes, arrivent à le reconnaître. Le professeur matérialiste Labordk écrivait dès iSg-i qu'on ne saurait admettre la localisation en foyer de toute fonction psychicpie ou intellectuelle, volonté ou idéation. Plus tard le professeur Pitres déclarait nettement que c'est courir ajjrès une chimère, que de rechercher le siège de l'intelligence, du jugement et de la volonté. En 1900, le célèbre Hitzig ne voyait qu'une pure hypothèse dans la localisation de l'intelligence rêvée par Flechsig. Et le professeur Monakow déclarait insoutenable la doctrine qui place les fonctions supérieures de l'entendement dans des foyers corticaux limités. Nous nous en tenons au témoignage de ces maîtres autorisés, et nous laissons au lecteur le soin de conclure.

L'âme, en tant cjue principe d'intelligence, n'est pas une fonction du corps, n'a pas de siège organique, cérébral; et elle n'est pas XocvAisaXAe, parce qu'elle est spirituelle.

Bibliographie. — Gall, Anatoinie et physiologie du système nerveux en général et du cerveau en particulier, 1810-1819; Flourens, Becherches expérimentales sur les propriétés et les fonctions du système nerveux, 18^2, De l'instinct et de l'intelligence. De la yie et de l intelligence; Longet, .inatomie et physiologie du système nerveux, 1842; Lasègue, Les cérébraux, Etudes médicales ; FouTiiié, Recherches expérimentales sur le fonctionnement du cerveau; Topinard, L'Anthropologie, 1877, Eléments d'anthropologie générale, i885; Charllon Bastian, Le cerveau et la pensée ; Maudsley, Ze crime et la folie; Laborde, Traité élémentaire de physiologie, 1892; Francotte, Anthropologie criminelle, 1891; Grarnsel, Localisations dans les maladies cérébrales, Limites de la biologie ; Farges, Le cerveau, l âme et les facultés; Binet, Etude expérimentale de Vintelligence; Baltus, Ze cerveau; Sirot, Ame et cerveau; Pierre "hiiarïe. Semaine médicale, '2^ mai 190O, 1^ oct. i^o6,2Sno\.i^o(j, Revue de philosophie, mars 190;^.

Auteurs matérialistes : Béchird, Physiologie ; Beaunis, Eléments de physiologie ; Luys, Le cerveau et ses fonctions ; Lombroso, L'homme criminel; Sergi, Psychologie physiologique ; Wundt, Physiologie psychologique ; Ferrière, La vie et lame; Herzen, Le cerveau et l'activité cérébrale ; Debierre, La moelle épinière et l encéphale.

Siu'l)led : Le cerveau, 1890; Le problème cérébral, iS()2; Eléments de psychologie, 189^; Spiritualisme et Spiritisme ; La doctrine des localisations cérébrales; L'intelligence et les lobes frontaux; La vie affective; La conscience ; La folie; L.e sommeil; Le rêve; La raison; L'âme et le cerveau; Le sous-moi, 1908; Articles aux Etudes, à la Science catholique, à la Pensée contemporaine, 1891-1909.

D' G. SCRBLED.

CERTITUDE. — T. Nature. — II. Existence. — lU. Espèces. — IV. Causes de l'erreur. — V. Enseignement de l'Eglise.

I. Nature. — 1) Position de la question. — La certitude est l'un des états de l'esprit par rapport à la vérité. Tandis que l'ignorance ne se pose même pas de question, que le doute cherche sans trouver (doute négatif) ou du moins n'ose trancher (doute positif), que l'opinion incline d'un côté sans être pleinement satisfaite, la certitude met fin à l'enquête et se repose dans la possession de ce qu'elle tient pour la vérité. Qu'un tel état se rencontre, qu'il soit même très fréquent et comme naturel à l'homme, c'est un fait, que personne ne songe à contester.

Mais il arrive souvent qu'après avoir goûté ce repos sur un point, quelqu'un s'aperçoive (soit de lui-même, soit à l'aide d'un autre) qu'il « se trompait » ; que là où il croyait avoir la vérité^ il avait une fausseté, il était dans l'erreur. Dès lors une question se pose : y a-t-il des certitudes pour lesquelles on n'ait pas à redouter cette mésaventure, qui non seulement résistent aux objections faites, mais qui ne craignent aucune objection possible? en d'autres termes, y a-t-il un signe, un critère, permettant de reconnaître la vérité? On le voit, la question de la certitude ne se pose qu'à propos de certitudes contrôlées, justifiées, légitimées et par suite inamissibles.

2) Certitude et vérité. — La question de la certitude engage celle de la vérité, puisqu'il s'agit de reconnaître la vérité pour s'y reposer à l'aise. Qu'estce donc que la vérité? (il s'agit de la vérité logique, ou de la connaissance, non de la vérité ontologique, ou des choses en tant qu'elles sont conformes à leurs modèles, ni de la vérité morale, ou du langage, opposée au mensonge). Le bon sens ^"lllgaire répond : une connaissance est vraie quand elle est conforme à la réalité; de là la vieille formule : Veritas est adaequatio rei et intellectus. Il s'agit bien d'une réalité extérieure (extérieure au sujet pensant, ou tout au moins à l'acte même de connaissance; toute connaissance humaine suppose une dualité primordiale, irréductible, de sujet et d'objet : celui qui connaît, connaît qtielque chose, comme disait Aristote); nous n'avons nul besoin de recourir, pour définir la vérité, à « l'accord de l'esprit avec lui-même » ou à « la fécondité d'une doctrine au point de vue de la pratique » ; ceux qui définissent ainsi la vérité (idéalistes, pragmatistes) ne le font que parce que leur philosol)hie, sans motif valable, enlève tout sens à la formule traditionnelle.

Mais, et ceci est capital, la vérité ne se trouve pas, à parler strictement, dans tout acte de connaissance. La perception, l'appréhension (sensible ou intellectuelle), véritable regard qui atteint immédiatement l'objet (objet concret, ou bien note abstraite), l'atteint, lui, et non un autre, ni autrement qu'il n'est; elle ne comporte donc ni conformité, ni difformité puisqu'il n'y a rien de « formé « dans le champ de la vision; l'idée ou concept, fruit de la connaissance, n'est pas directement connue, et par conséquent sa conformité à l'objet n'est lias à considérer ici. Mais dans le jugement, resjirit exprime le contenu de sa perception dans une synthèse qu'il maintient sous son regard, il aflirme cjn'à tel objet appartient ou non tel caractère; là il y a vérité ou erreur, selon qu'en réalité l'objet est ou n'est pas comme on le dit.

3) Le scepticisme. — Le scepticisme se dresse à l'entrée même de la question de la certitude pour décourager d'avance tout effort : est-il possi ble, demandet-il, que nous arrivions au plein repos dans la possession d'une vérité quelconque? Remarquons d'abord qu'il ne peut se proposer que sous une forme intei"-

CERTITUDE

lOgatiA'e, dubitative, que pour lui se formuler en thèse serait se détruire, puisque ce serait donner comme certain qu'on ne peut de rien être certain : logomachie, contradiction trop évidente. Mais on nous pose une question, et on s'autorise pour cela j°) du fait de tant d'erreurs reconnues : ne doivent-elles pas faire suspecter toute source de connaissance, sens et intelligence ? 2°) d'un argument, valable contre quiconque essaie de faire des arguments auxquels il croit : pour reconnaître la vérité, il faudrait un critère, pour juger et déclarer bon ce critère, il en faudrait un autre, et ainsi de suite, à l'infini ; — sous une autre forme : pour savoir reconnaître la vérité il faudrait un critère; mais pour choisir ce critère, il faudrait savoir reconnaître la vérité, vous tournez dans un cercle. C'est le célèbre argument ou trope du diallèle.

Nous avons déjà remarqué que le scepticisme ne pouvait s'ériger en système; ajoutons qu'il n'est pas possible comme attitude : la nécessité, ou si l'on veut, le fait même de la- vie le proscrit; vivre, c'est agir, et agir c'est croire, tout au moins croire que les actes qu'on fait ont un sens et une portée. Nous pouvons d'ailleurs, tout en différant la réponse aux objections du scepticisme, apercevoir déjà le vice fondamental qu'il recèle : la question qu'il soulève n'a de sens qu'en fonction même du dogmatisme qu'il veut éviter. Dire que telle connaissance n'est pas certaine, — ou, si Ton veut, n'est pas certainement certaine, — demander si Ton peut reconnaître qu'on a la vérité, suppose qu'on sait ce que c'est que certitude et vérité, ce que c'est qu'avoir la vérité, — et donc qu'on a quelque vérité et qu'on le sait ; la critique, fût-ce sous forme purement dubitative, n'est pas plus possible, sans une vérité déjà possédée, que l'affirmation elle-même. A plus forte raison, reconnaître qu'on s'était trompé, voir à n'en pas douter la fausseté d'une affirmation qu'on avait émise, suppose la possession d'une affirmation vraie, en considération de laquelle la première est déclarée intenable.

II. Existence de la certitude. — i° Solution de la question. — La condition nécessaire et suffisante de l'existence de la certitude (c'est-à-dire de la possibilité d'un repos dans la vérité possédée et connue comme telle) est l'existence d'actes de connaissance à l'occasion desquels la question de vérité ne se pose même pas. Or, tels sont, nous l'avons déjà dit, les cas d'intuition: oubiennousne connaissons pas, et la connaissance est un vain mot, ou bien nous connaissons cjuelque chose et quand nous exprimons ce quelque chose, sans que notre affirmation déborde en rien notre intuition, il n'y a pas place à l'erreur. Qu'il y ait des intuitions sensibles, cela ressort du fait initial de la connaissance : dans la perception extérieure, l'esprit atteint un objet; qu'il y ait des intuitions d'images internes et, dans les phénomènes de conscience réflexe, des intuitions d'actes internes, cela ne peut faire difficulté pour personne. Il y a aussi des intuitions intellectuelles, les unes simples, les autres complexes, et ces dernières jouent dans l'évolution de notre connaissance un rôle très important : certaines notions abstraites ne peuvent être présentées à l'esprit sans que celui-ci voie entre elles un lien nécessaire; par exemple, dès que sont données dans une synthèse concrète (dans l'effort volontaire) les notions de cause et de commencement d'existence, l'esprit, dépassant le cas particulier, « désindividualisant », si l'on ose dire, les termes du rapport et le rapport luimême (c'est toujours le procédé de l'abstraction, le même qui donne les idées générales), en retient que le commencement d'existence, de soi, en tant que

tel. donc partout et toujours, requiert une cause. Affirmer cette relation perçue, c'est formuler le fameux principe de causalité. Il y a bien d'autres intuitions semblables : le tout est plus grand que la partie, deux quantités égales à une même troisième sont égales entre elles, tout ce qui est a une raison suffisante, etc.

En dehors de ces cas, quand nous voulons nous assurer de la vérité d'un jugement, connaître certainement si tel attribut convient à tel sujet, que faisons-nous? nous insérons entre les termes du jugement étudié un terme moyen (ou plusieurs, si c'est nécessaire), tel que son rapport aux deux autres soit objet d'intuition immédiate.

Bref, nous possédons un critère et un seul pour reconnaître la vérité, pour légitimer nos certitudes, c'est l'évidence.

Ce terme d'évidence demande à être exactement entendu, car on peut ou bien s'en permettre un usage trop facile, ou bien le frapper d'une suspicion injuste. Autrefois il signifiait la propriété de certains objets de se manifester en quelque sorte d'euxmêmes, de déterminer sans travail nécessaire et sans résistance possible l'adhésion à quelque jugement; c'est le vrai sens étymologique : « c'est évident « équivaut à « cela se voit », « cela saute aux yeux », « cela force l'assentiment » ; dès lors il était légitime d'admettre des certitudes d' inévidence, obtenues après un effort pour placer l'objet dans la lumière convenable, ou par une intervention de la liberté. Aujourd'hui le mot a pris un sens plus large : il désigne toute manifestation qu'un objet fait de soi, avec ou sans effort préalable du sujet connaissant; manifestation de l'objet au sujet, et corrélativement, appréhension par le sujet de l'objet. Or l'appréhension est le fait fondamental de la connaissance; celui qui prépare le jugement. Dire que l'évidence est critère ultime de vérité et motif ultime de certitude, c'est donc en revenir simplement à ce qui a été montré plus haut, que dans l'appréhension la question de vérité ne se pose pas encore, et que, quand elle se posera à l'occasion du jugement, elle se résoudra par un retour à la source, par une réflexion sur l'objet de la vision.

Il va sans dire qu'exiger une évidence pour toute certitude, ce n'est pas exiger une évidence intrinsèque ; il peut n'y avoir qu'évidence extrinsèque ou de crédibilité, comme il sera expliqué à propos de la Foi.

2* Réponse aux objections. — L'objection tirée par les sceptiques des erreurs si nombreuses que commettent les hommes, se retourne contre eux, comme nous l'avons vu, puisque reconnaître une erreur suppose la possession de la vérité. Et qu'on ne dise pas, comme Descartes, que les erreurs des sens étant reconnues par l'intelligence, font légitimement suspecter par elle la certitude sensible : l'intelligence ne corrige les sens qu'aidée par les sens eux-mêmes, et donc notre réponse conserve toute sa force. Nous compléterons plus loin la réponse au premier argument des sceptiques, en traitant des causes de nos erreurs.

Quant à l'argument du diallèle, il ne porte pas, parce qu'il part d'un faux supposé ; à savoir : que la démonstration est l'unique source de connaissance certaine; ce n'est ni l'unique, ni même la principale; c'est un moyen détourné de conquérir la vérité quand elle se cache; quand elle se montre, il n'est que de la regarder; et si elle ne se montrait d'abord en certains cas, nul ne songerait à la chercher quand elle se cache, parce que nul ne saurait qu'il y a une vérité. Au fond les sceptiques sont, l'histoire en fait foi, ou des sophistes qui ne veulent pas voir clair, ou des timides qui n'osent ouvrir les yeux, ou des faibles qui ne peuvent s'affranchir des contraintes

CERTITUDE

toutes factices que leur a imposées une mauvaise éducation intellectuelle. L'exposé même du moyen par lequel nous arrivons en fait à reconnaître la vérité, constitue la meilleure réfutation du scepticisme.

Nous avons déjà vu que le doute universel n'est pas possible, même à l'étal d'altitude; il faut aller plus loin encore, et dire qu'il n'est pas possible comme attitude pro^'isoire, à titre de méthode pour reconstruire ensuite l'édifice de la science humaine : devant certaines évidences immédiates, tout au moins, l'esprit humain ne peut suspendre son acte; et, le pùt-il, c'en serait fait de toute science, à moins de sortir du doute par un clioix de pur caprice, acceptant ici la même évidence qu'on rejette là. Descaktes n'est pas un sceptique, mais son système devait conduire, et a conduit souvent au scepticisme.

Il ne faudrait pas s'exagérer l'importance des objections du scepticisme; elles sont parfois difficiles à étreindre, et l'apparente prudence de l'adversaire peut masquer le caractère factice de son doute ; mais on trouvera toujours à le mettre en contradiction avec lui-même, c'est-à-dire à le prendre en flagrant délit de certitude : tout au moins sait-il le sens des mots qu'il emploie, et distingue-t-il nettement l'affirmation de la négation! N'oublions pas non plus les leçons singulièrement instructives de l'histoire : on ne peut nier quil y ait eu, dans tous les temps, des disputeurs faisant métier d'embarrasser l'adversaire, et des écrivains trouvant un facile succès à humilier la raison humaine, mais on peut douter que le scepticisme intégral ait jamais paru en philosophie. « Le père du pyrrhonisme paraît avoir été fort peu pyrrhonien », écrivait BROcnARO à la (in d'une étude sur Pyrrhon {Revue pliilosophique, i885, I, p. 52'j); Sextos Empiricus avertit son lecteur que ni lui ni aucun (( sceptique » n'a jamais mis en question les données immédiates de la conscience, les impressions subjectives; plus tard Hume et Stuart Mill parleront de même. Aujourd'hui le scepticisme universel paraît bien être un mythe. Voici ce que dit l'idéaliste Paulsen, après une énumération des divers systèmes philosophiques touchant la valeur de la connaissance : « Les historiens de la philosophie mentionnent encore d'ordinaire une autre forme de théorie, le scepticisme ; sa formule serait : nous ne pouvons absolument rien connaître. De temps en temps il se trouve encore quelqu'un qui se donne la peine de réfuter cette manière de voir. Peine inutile, ce me semble. Si le scepticisme réel a jamais existé, en tous cas, dans les temps modernes, il est bien mort. On n'y trouve plus un seul philosophe qui doute de l'existence d'une science véritable, différant de l'ignorance. » Et après avoir montré que c'est se méprendre que d'appeler Hume ou Kant des sceptiques, il ajoute : « Il n'en est pas autrement, que je sache, du reste des prétendus sceptiques : ils ne contestent ni la possibilité, ni l'existence des sciences, ils insistent seulement sur le caractère restreint et précaire de la science humaine, par rapport à un idéal possible de connaissance, tel qu'il peut être réalisé dans une intelligence divine. Le scepticisme dans la philosophie moderne est proprement la tendance à s'opposer, dans tous les domaines, aux prétentions de la spéculation transcendante; il a double visage et défend à la fois la croyance religieuse et la recherche expérimentale contre les empiétements de la spéculation. » (Eiiileitunf( in die Philosophie, 16" édit., Stuttgart 1906, p. 368. On trouvera une déclaration semblable dans Brociiard, /^e l'Erreur, 2' édit., Paris 1897, p. io4-io8.)

Mais dans ces dernières paroles se cache le venin : la plupart des systèmes philosophiques actuels sont des scepticismes partiels, et n'évitent le scepticisme

total qu'au prix d'un illogisme. Admettre l'évidence du phénomène et rejeter celle de la chose (idéalisme), récuser l'évidence du px-incipe pour admettre celle du fait (positivisme), exclure l'évidence du témoignage quand il porte sur une intervention supra-humaine (rationalisme), c'est amputer sans motif sérieux notre faculté de connaître, et lui faire une blessure mortelle.

3° Les faux critères. — Divers critères de vérité qui ont été proposés (consentement universel, Lamennais; révélation divine, Huet, de Donald; instinct de nature, Reid; sentiment, Jacobi...) ne méritent pas de nous arrêter longuement. Ils procèdent d'une défiance injustifiée vis-à-vis de la raison humaine; ils n'ont de fondé que ce qu'ils empruntent à l'évidence, et, pour ne pas l'accepter partout, n'évitent le scepticisme qu'au prix d'un illogisme.

Une imprudence beaucoup plus grave et moins justifiable encore, consiste à faire de la certitude une pure affaire de volonté; l'homme croirait uniquement parce qu'il veut croire; aucune certitude ne pourrait être justifiée suffisamment par des motifs ressortissant à la seule raison, il y faudrait l'intervention de la volonté libre imposant l'assentiment. Cette théorie a été présentée de diverses façons par Kant, Jouffroy, Renouvier ; c'est la théorie de la croyance, très répandue aujourd'hui. Elle aussi, sous cette forme intransigeante, mérite les critiques faites; elle revient, en effet, à accorder que nous ne pouvons arriver à la pleine satisfaction que réclame impérieusement notre nature intellectuelle. Mais dans quelle mesure faut-il s'en servir pour atténuer un intellectualisme exagéré ? quel est le rôle de la volonté dans tout assentiment, et y a-t-il des assentiments, par exemple la foi, dans lesquels ce rôle est principal ou même unique? ces questions ont excité parmi les catholiques, dans ces derniers temps, des débats passionnés ; nous en dirons ce qui se rapporte à notre sujet en traitant des rapports entre la certitude et la volonté. Pour le reste, voir à l'article Foî.

III. Espèces de certitudes. — Nous avons vu que ce qui caractérise la certitude comme état d'esprit par rapport à la vérité, c'est le repos dans la possession, la cessation de toute recherche ultérieure, l'absence de crainte d'avoir jamais à revenir sur la chose jugée : ce côté négatif ne comporte pas de degrés; on est certain, tout à fait certain, ou bien on ne l'est pas du tout. Ce qu'on appelle parfois certitude morale et qui n'est qu'une grande probabilité, suffisante dans bien des cas pour baser une action prudente, ne mérite pas, en langage philosophique, le nom de certitude.

Mais considérée sous d'autres aspects, la certitude admet diverses espèces ou du moins divers degrés.

1° Certitude naturelle et certitude philosophi(/ue. — On appelle naturelles ou spontanées les certitudes qui n'exigent pas de préparation ni d'élaboration scientifique, celles auxquelles l'homme en possession de sa raison arrive sans peine; il s'agit pourtant de vraies certitudes, contrôlées par un regard sur les motifs, par une réflexion, et par conséquent le terme de « spontanées » ne doit pas être pris à la lettre; il s'explique par celui auquel on l'oppose. La certitude philosophif/ue, ou scientifique ou pleinement réflexe, substitue à la connaissance globale des motifs une connaissance distincte, chacun d'eux étant nettement distingué des autres et rattaché explicitement à des intuitions immédiates. La certitude naturelle porte sur l'ensemble des vérités nécessaires à l'homme pour qu'il puisse se conduire dans la vie, les unes banales et vulgaires, d'autres fort relevées; elle s'étend au reste plus ou moins loin; ce qu'on appelle

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le coup d"œil, le flair, le tact, le bon sens, le jugement, ne sont guère que des manifestations dans des ordres divers de ce pouvoir que nous avons d'atteindre la vérité; c'est dire assez l'importance de la certitude naturelle. On peut ajouter qu'elle est même supérieure à la science : l'effort que nous faisons pour analyser nos raisons de juger, pour débrouiller l'écheveau de nos motifs d'adhésion, pour substituer îme formule à une vie, reste pai-fois infructueux, si même il n'aboutit pas à nous enlever le repos. Pourtant la recherche d'une certitude philosophique est légitime, tout à fait dans le sens de notre nature, et si elle est entreprise avec la prudence et l'humilité voulues, ne peut donner aucun funeste résultat, "

2° Certitude absolue et certitude hypothétique. — Les jugements, matière à certitude, sont de deux sortes, les uns portant sur un fait, relatifs à un sujet concret, singulier (jugements d'existence), les autres portant sur une loi, exprimant le rapport d'un attribut à un sujet abstrait, universel (jugements d'ordre idéal). Occupons-nous d'abord des lois. De nouveau, on en distingue de deux esijèces : les unes sont nécessaires, c'est-à-dire indépendantes de tout choix d'une volonté libre; le Créateur lui-même n'aiu"ait pu faire que le tout fût plus petit que la partie, que quelque chose jjùt naître sans cause, que deux et deux ne lissent pas quatre : on appelle parfois ces principes « métaphysiques » ; l'épithète de « nécessaires )) les caractérise mieux. D'autres lois sont « contingentes », c'est-à-dire découlent des essences des choses, telles qu'il a plu au Gréateiu- de les constituer; ce sont les lois « physiques », par exemple « le phosphore fond à 44 degrés », « l'eau se décompose en oxygène et hydrogène, et les volumes des composants sont entre eux comme i et 2 » ; alors que les précédentes sont obtenues ou bien par une intuition immédiate, ou bien par déduction de jugements immédiats, celles-ci sont le résultat d'une induction. Mais cette double différence dans la matière, nécessaire ou contingente, et dans le mode d'acquisition, déductif ou inductif, n'en entraîne aucune dans le genre de certitude : c'est dans l'un et l'autre cas une certitude absolue. Et remarquons-le, cette certitude absolue s'étend même aux lois morales, qui ne sont qu une catégorie i)arlioulièrc des lois physiques, celles qui concernent la nature morale de l'homme, ou, comme on dit encore, le monde moral; elles seront sans doute plus complexes, et, en pratique, plus difficiles à dégager des faits, mais, une fois obtenues, si elles sont véritablement des lois, et non des formules empiriques exprimant ce qui se passe « le plus souvent », elles engendreront dans l'esprit une certitude absolue.

En est-il autrement des jugements de faits? Quand le fait affirmé est l'objet d'une intuition immédiate, sensible, par exemple : « ceci est rouge », ou quand il est déduit comme application d'une loi physique, par exemple : « ce bruit est une décharge d'électricité atmosphérique », ou quand il porte sur l'application future d'une loi physique, comme « le soleil se lèvera demain à telle hem-e », sa vérité est subordonnée à l'hypothèse qu'il n'y a pas, ou n'y aura pas miracle, c'est-à-dire suspension par la cause première de la loi qu'elle a posée; par conséquent on n'en peut avoir qu'une certitude hypothétique. Pour un fait futur, on voit facilement ce que produirait sur moi le miracle : je serais déçu dans mon attente; — pour un fait présent : Dieu pourrait, par exemple, avoir une raison de transj)orter ailleurs un corps que j'avais là devant moi, et de produire en moi les mêmes impressions sensibles que produisait ce corps. Cela posé, faut-il encore accorder le nom de certitude à un état d'esprit qui n'exclut pas absolument l'er-

reur'? l'expression de « certitude hypothétique » estelle acceptable? — Oui, répondaient sans hésiter les anciens; et ils arguaient du langage ordinaire qui répugne à appeler « probabilité » un tel état d'esprit, qui fait presque tout le fond de notre vie pratique. Il semble à quelques-uns que cette réponse n'est plus compatible aA'ec le sens strict, i-igoureux, et, poiu" tout dire, essentiellement absolu, qu'a pris de notre temps le mot « certitude ». Au reste il n'y a pas, à s'y accommoder, de danger sérieux. Pour la pratique de la vie, la « certitude morale ■, au sens large du mot, suffit; on l'appelle quelquefois certitude « prudentielle », et le mot est heureux; d'ailleurs, quand bien même l'hypothèse du miracle serait possible pour toutes nos intuitions sensibles prises distributivement, elle ne le serait que pour un très petit nombre de ces mêmes cas, pris collectivement. Quant aux nécessités de l'apologétique, il faut remarquer que les faits religieux, qui basent notre foi, ne sont pas objets d'une certitude simplement hypothétique : l'hypothèse d'un miracle produisant une illusion invincible dans une circonstance qui engage l'avenir moral de toute l'humanité, est absurde.

3° Certitude nécessaire et certitude libre. — Qu'il y ait des certitudes nécessaires, c'est-à-dire, déterminées fatalement, irrésistiblement par une évidence qui s'impose, la chose ne paraît pas contestable. Dans la parole célèbre « Dès longtemps on aurait nié que deux et deux fissent quatre si l'on y avait eu quelque intérêt », il ne faut sans doute voir qu'une boutade. Et ce n'est pas seulement en matière métaphysique, mais encore en matière morale qu'on rencontre la certitude nécessaire : suis-je libre de croireque Rome existe? qu'un roi de France s'est appelé Louis XIV?

Mais y a-t-il des certitudes libres? et quel rôle y joue la volonté ? Cette question, si importante pour l'étude de la foi, exige que nous traitions de l'influence de la volonté dans l'assentiment.

a) Dans tout assentiment, la volonté a au moins une part indirecte .■ si ce n'est pas toujours elle qui choisit l'objet de la recherche et qui y dirige l'attention de l'esprit, c'est elle entons cas qui l'y maintient, et cela peut-être malgré bien des obstacles, un découragement à la suite d'efforts infructueux, un désir de changer d'objet de recherche ou de passer promptement à l'action. Ne parlons pas du rôle de la volonté dans l'expression extérieure, par le langage, de la vérité perçue : c'est extrinsèque, consécutif à l'acte proprement intellectuel qui s'appelle le jugement.

b) Dans certains cas, le résultat d'une recherche est celui-ci : on a réussi à réduire la proposition étudiée à d'autres propositions déjà certaines, peut-être intuitives, mais, soit longueur de la chaîne des raisonnements, soit complexité ou difficulté du sujet, soit conséquences pénibles à accepter, toute inquiétude n'est pas calmée, des objections se présentent encore, et l'assentiment n'a pas lieu; tout au moins n'est-il pas durable, manque-t-il de cette stabilité, de cette constance, de cette vigueur calme réclamée par la vie intellectuelle ou morale; l'esprit, tiré fortement d'un côté, est en même temps tiraillé en sens dÎAcrs, et entravé dans sa marche. C'est alors à la volonté à imposer silence aux doutes, reconnus « imprudents », et à rendre ainsi possible l'assentiment: certitude valable, absolue, mais libre, conquise. Un exemple fera comprendre le cas. Supposons unhistolien qui veut savoir s'il peut se donner comme certain d'un fait, attesté par plusieurs contemporains; recherches faites, le nombre et la qualité des témoins sont tels qu'on ne peut douter que le fait n'ait eu lieu; mais il se trouve qu'un auteur, d'excellente information, bien placé pour observer ce fait, n'ayant aucun

CERTITUDE

intérêt à le cacher, au contraire, ayant, scniljle-t-il, intérêt à s'en servir pour le but qu'il poursuit, n'en dit pas mot. L'objection est sérieuse, elle met à mal l'esprit de notre historien, qui se retourne vers ses autorités, les critique de nouveau : leur témoignage résiste; « objection n'est pas raison >•, dira-t-il justement, et il écrira « je suis certain du fait >- ; l'objection, ainsi congédiée, ne s'évanouira pas pour cela, elle reviendra insolente, gênante, mais toujours la volonté lui imposera silence. Nous aurions pu prendre l'exemple d'un enseignement élevé, exigeant pour être compris, une purification de l'àme, un renoncement à des habitudes invétérées, à des passions entretenues... On entrevoit toute l'importance de ce cas pom* l'assentiment de foi, de foi surnaturelle surtout, où se réunissent tant de motifs de doutes imprudents, où par conséquent la part de liberté sera si grande; on dcAine le rôle qu'y joueront les dispositions morales, droiture, désintéressement, pureté, et on comprend la portée du mot de Platon si souvent cité <i II faut aller au vrai avec toute son âme )i.

c) Mais y a-t-il des cas où la volonté fait plus que cela, où, en l'absence de motifs suffisants pour l'intelligence, elle impose l'assentiment? Assurément il y en a; bien souvent on croit vrai ce qu'on souhaite, on se persuade ; et plus fortement on veut, plus fermement on croit. Mais cette croyance ne peut plus s'appeler \ine certitude au sens strict du mot (certitude objective, ou refléchie, ou justifiée) ; si elle coïncide avec la vérité, c'est pur hasard. Et elle ne peut plus servir à fonder une pratique raisonnable, conforme à la nature de l'homme ; ce n'est plus un ohsequium rationahile.

A dessein nous ne citons, comme tombant sous cette critique, aucune théorie particulière parmi celles qui ont été proposées de notre temps pour exi)liquer la genèse de l'assentiment de foi. C'est qu'en effet de tel ou tel de ces systèmes, exposés le plus souvent dans une langue imagée et chaude, on ne peut dire si la part qu'il attribue à la volonté n'est pas celle dont nous parlions tout-à-l'heure, s'il fait autre chose que marquer d'un accent plus fort, présenter dans un relief plus saisissant le rôle des dispositions morales du croyant. Il est certaines formules déconcertantes qui s'éclairent et se justilient par le contexte : telle la parole célèbre de Bi'unetière : « On ne croit pas pour des raisons de l'ordre intellectuel », parole qui prend un sens tout-à-fait acceptable à la lumière de la vie de son auteur : ce ne sont pas les froids syllogismes des écoles, la pure et sèche métaphysique qui jouent le plus grand rôle dans une conversion, ce sont les grandes leçons de l'histoire, transformations sociales opérées par le christianisme, résistance de l'Eglise à tant de causes de ruine, ou encore les leçons ])lus intimes de l'hisloired'une àme. Bien des phrases de Newman ne peuvent-elles s'expliquer de même?

Signalons encore une manière de parler qui pourrait donner le change. L'assentiment jjurement intellectuel, dit-on, n'est que l'auroi-e delà foi, ella foi n'est véritable, elle n'est assentiment com^/e/, que lorsque le croyant l'a fait pénétrer dans toute sa vie. Si l'on veut faire entendre (pie la foi ne produit pas tout ce qu'elle peut et doit produire, tant qu'elle n'est j)as une vie, une pratique et surtout un amour, rien n'est plus juste, et plus utile à rappeler. Mais si l'on prétend que l'assentiment intellectuel seul (déterminé i)ar la volonté comme nous avons dit) n'est pas une foi vraie, au sens strict du mot, alors la forniule n'est plus admissible ; en particulier, pour ce (jui est de Tordre surnaturel, elle est contredite par l'enseignement catholique, d'après lequel le péché, avec la perte même de lagràcesanctifiante, n'est pasdesoi destructifdela foi.

IV. Causes de l'erreur. — Il y aurait un long chapitre à écrire sur les causes qui produisent nos erreurs. Poiu" nous borner à l'essentiel, indiquons la solution générale de la question, et faisons-en l'application au cas particulier le plus important.

Toute certitude, avons-nous dit, est déterminée par des intuitions : on s'oit que la chose est ainsi qu'on l'affirme ; et puisqu'on le voit, cela est. Mais, en dehors des cas d'évidence immédiate, il faut, pour arriver à l'intuition, recourir à des intermédiaires, parfois en grand nombre; travail délicat, minutieux, pénible, où souvent la volonté perd patience; et l'on dit : je vois, quand seulement on croit Aoir, et l'on adhère à l'erreur. Bref toute erreur est un jugement qui déborde l'intuition. La part de volonté y est importante ; il y a toujours au moins de la précipitation, la recherche a été arrêtée trop tôt. Cela ne veut pas dire que l'erreur est toujours coupable : tantôt en effet il faut agir, et le temps manque pour prolonger l'enquête ; tantôt la matière n'est pas assez importante pour qu'on la prolonge, ou même pour qu'on soit sur ses gardes et qu'on ne donne qu'un assentiment « prudcntiel ». Mais cette part de volonté, qtii se retrouve dans toute erreur, fait qu'en matière d'assentiment certain, réfléchi, critiqué, il n'y a pas place à une erreur invincible : en revenant sur ses pas avec une attention et une prudence suffisantes, celui qui se croyait d'abord certain, arrivera tout au moins à voir qu'il ne voit pas.

Le cas le plus souvent objecté par les sceptiques est celui des erreurs des sens. Il suffit pour le résoudre de distinguer l'objet direct d'un sens (sensibile per se) et son objet accidentel (sensibile per accidens); l'œil par exemple n'est fait pour renseigner directement que sur les couleurs, et non sur les qualités sonores, olfactives, etc., ni même sur les distances, du moins avec précision : si donc au seul vu d'un objet je prononce qu'il est de telle nature, qu'il rendrait tel son sous le choc d'un marteau, qu'il est sphérique, qu'il est à trois mètres de moi... je ne le fais qu'en vertu de perceptions antérieures dont le souvenir est resté associé à celle qui se reproduit maintenant, en vertu d'une « éducation » du sens qui peut être plus ou moins parfaite. Si même les objets m'apparaissent à un simple regard comme situés nettement dans l'espace, et non comme des taches colorées sur un même plan à une distance indécise de mon œil, c'est que, par un lent et progressif travail de comparaison des données visuelles aux données tactiles, j'ai véritablement « construit » pour moi le monde extérieur. Or dans cette utilisation des perceptions acquises, l'abus est facile. Les erreurs des sens sont, comme toutes les autres erreiu's, des allirmations qui dépassent l'intuition; interrogé sur son objet normal, un sens, pas ])lus que toute autre faculté de connaissance, ne peut tromper.

V. Enseignement de l'Eglise. — La foi surnaturelle impliquant un assentiment intellectuel, laisonnable, certain, l'Eglise ne pouvait se désintéresser de la question. Aussi a-t-ellc maintes fois réprouvé les atteintes portées à la raison liumainc en matièi'e de certitude.

i) Le scepticisme était l'aboutissant normal du traditionnalisme et du fidéisme ; l'Eglise a exigé l'adhésion de Bonnetty et de Bautain à des propositions dont voici les princij)ales : « Le raisonnement peut jirouver avec certitude l'existence de Dieu, la sj)irilualité de l'àme, la liberté de l'iiomme... >■ (2" proposition souscrite par Bonnetty, 8 septembre i8/)0.) « La raison peut établir avec certitude l'authenticité de la révélation faite i)ar Moïse aux Juifs et par Jésus- C.iirist aux chrétiens. )> (6^' proposition souscrite par

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