I. EtVMOLOGIE ET SIGXIFICATIOX ORIGINELLE DU NOM
— Le nom de crt/'c?/Ha/esté\"idemment dérivé du latin cardo. Voici comment. Piimitivement, un évéque, un prêtre, un diacre s'appelait cardinalis quand il se trouvait, par ses fonctions, attaché de façon stal)le et permanente à une église ou à un titre ecclésiastique quelconque. Ce terme était synonj'ine de cardinatus, intitutatus. Pour le titulaire, l'église ou l'établissement en question devenait son cardo. c'est-àdire son point d'appui et d'attache, le centre et le foyer de son activité. Telle est du moins l'interprétation préférée par la plupart des canonistes et des érudits, notamment parHixscHius, Thomassix, Mura- TORi. D'autres ontvoulu, il est vrai, ne voir ici qu'une application particulière de l'adjectif cardinalis, pris dans le sens de principal. Ils allèguent surtout quelques passages des lettres de S. Grégoire I (-^-604), où cette acception serait la plus conforme au contexte. De fait, ce pape appelle l'évèque de Naples episcopum cardinalem, ne visant, semble-t-il, que sa (pialité d'archevêque ; il appelle également des évcques établis par lui en Sardaigne et ailleurs, soit cardinales sacerdotcs, soit cardinales presbyteros, et cela, apparemment, parce que l'évèque prime parmi les prêtres; et c'est par le même qualificatif qu'il distingue l'archidiacre ou premier diacre, comme tel, lorsqu'il écrit à l'évèque Janvier (Ep. lxxxiii, P. L., t. LXXXVII, col. 536) de reléguer au dernier rang dans la catégorie des diacres un certain Liberatus, coupable d'avoir brigué trop ambitieusement le grade de « cardinal diacre ». Mais en réalité cette seconde explication ne contredit pas l'explication historique proposée ci-dessus. Elle la conhrme plutôt, en la dé- ^•eloppant. Cai', suivant la juste remarque de Hinschius, l'épithète de cardinalis, interprétée d'après l'ensemble des monuments, implique dans ceux à qui on la donnait, outre une situation stable et conséquemment à cette situation, une certaine importance ou prédominance dont l'idée parait être en connexion avec l'acception générale et plus usuelle du mot. Quant à tirer, comme on l'a aussi prétendu (cf. André, Cours alphabet, de droit canon), le substantif cardinalis du verbe cardinalare employé au sens de précéder, surpasser, c'est non seulement méconnaître les règles ordinaires de la dérivation lexicologique,mais encore attribuer au verbe de basse latinité cardinalare une signification qui ne se rencontre pas dans les sources.
Des textes juridiques recueillis par Phillips, Kirchenrecht, t. VI, p. 43 suiv., il semble résulter qu'au viii^ siècle la dénomination de cardinalis ne s'appliquait qu'au clergé des églises cathédrales ou épiscopales; mais rien ne prouve, pour les temps antérieurs, l'existence de pareille restriction à la portée étymologique de ce nom. Plus tard, la spécialisation du mot alla encore s'accentuant :peu à peu les cardinaux devinrent l'ai)anage exclusif de l'Eglise romaine, de cette Eglise qui est pour toutes les autres, pour tout le clergé et pour tous les fidèles, ainsi que l'observait déjà S. LÉON IX, le cardo et le fondement de l'unité ecclésiastique. C'est Pie V qui réserva définitivement l'honneur de cette appellation aux premiers conseillers du pape.