‹ Dictionnaire critique des reliques et des images miraculeuseChapitre 36 sur 96 · SUAIRE DE BESANCON · texte numérisé non relu

SUAIRE DE BESANCON

Le saint suaire que l'on révère à Besançon n'offre qu'iuie représentation de Jésus-Christ y vu par devant et sans ceinture. La peinture n'y est pas si forte qu'à celui de Turin , mais les membres y sont disposés de la même manière, ^ et il a pareillement huit pieds de long.

Le vénérable Bède , qui écrivait au huitième siècle , raconte que des Juifs l'enlevèrent am saintsépulcre -, que Mauvias , roi des Sarrasins , mit cette relique à l'épreuve du feu , mais qu'elle en fut garantie par un vent violent qui la poussa entre les bras d'un chrétien. On ajoute que cç suaire fut apporté de la Palestine à Besançon 5 on ne sait ni quand ni comment , ni par qui cela s'est fait. Chifflet donne pour raison de cetteigno-

(1) François I^r. alla à pied de Lyon à Chambéry honorer en pèlerin tt-flc pit^ce di* toile.

SUA loii

rance , qu eu Tanuée i 6J\q , un coup de tounerre étourdit tellement les cerveaux, apparemment faibles, des habitans de Besançon, que tout le monde y perdit la mémoire.

Ce suaire échappa à difierens incendies *, on assure même qu'il ressuscita plusieurs morts ^ et en i544 ^^ délivra la ville de Besançon d'une grande peste : c'est en mémoire de ce dernier événement qu'on établit , dans l'église de Saint- Etienne , la célèbre confrérie du Saint-Suaire.

On rend à cette relique le culte le plus solennel. On le montre tous les ans au peuple , le jour de Pâques et le dimanche d'après rAacennon* On prend de grandes précautions pour celle eéfé» monie *, et comme la foule est immense y et que l'on craint cpi'un excès de wAe ne porte le peuple à se jeter sur une si précieuse relique , on ne la montre que du haut d'une galerie qui règne audessus de la cdmiche du haut de l'église.

On porte tous les ans le saint .suaire en procession par la ville, le 3 de mai : alors il estisscorté d'un fort détachement de. troupes , et toutes les poi$es de Besançon sont fermées. La révolution n'a fait ijue suspendre un instant le Tx>urs de ces cérémonies.

SUAltlE DE COMPIEGNE.

Le saint suaire que l'on garde à G)mpiègne , dans Tëglise de Saint-Corneille, enfermé autrefois dans une chÀsse d'or , est .un linge long de deux aunes , qui parait être de colon ou de fil de lin ,

io4 SUA

tissu à la façon des toiles de damas , épaissi par les aromates , comme dit le procès verbal de la visite faite en 1628. Il ne porte aucune représentation ^ et les moines n'ont pas recouru aux peintres, pour abuser davantage la crédulité des dévots.

On prétend que ce suaire fut envoyé à Charlemagne, avec la robe sans couture ; que ce pridce le mit à Aix-la-Chapelle, et que Charles-le-dhauve le fit transporter à Compiègne , sa ville fiivorite.

SUAIRE DE CADOUIN.

Le saint suaire de Cadouin en Périgord, n^est. guère > moins « célèbre * que les précédens-, et il déviait être le plus vénéré , car il est autorisé par quatorze bulles de papes , tandis que le suaire de Turin ne peut s'appuyer que de quatre.

On commença de le connaître en France au douzième siècle , et oo^ le présenta comme une dépouille enlevée aux infidèles. Un prêtre périgourdin l'apporta , dit-on , vers Tan iii5 , dans le haut d'un tonneau de vin , qu'il avait séparé avec des planches. Il lé mit dans son église , tenfermé dans le même tonneau, et le tint^ bâché', parce qu'il craignait qu'on le lui volât. - •

Les religieux de Cadouin, sachant qu'il possédait ce trésor , crurent devoir profiter du malheur arrivé à son église , où le feu prit en son abscÀce. Ils accoururent, sous prétexte d'éteindre Tinoeu* die , enfoncèrent les portes , et emportèrent k petit tonneau dans leur monastère.

SUA io5

Le bon curé redemanda vainement sa relique.

Tout ce qu'il put obtenir fut d'être reçu au nombre des moines , en quittant sa cure , et d'avoir la garde du prétendu suaire , le reste de ses jours. Cette relique obtint dès lors un grand culte et attira de toutes parts les pèlerins. Il y eut tant de miracles , que les moines de Cadouin enricbis firent bâtir sept autres monastères de leur ordre.

A la fin du quatorzième siècle , l'abbé ayant eu avis que les Anglais avaient fait le projet d'enlever cette relique , la porta secrètement à Toulouse. Elle y fu^ reçue avec beaucoup de pompe, et resta dans celte ville jusqu'en l'an 1 398 , qu'on lui fit faire un voyage à Paris ; elle retourna au bout de cinq mois à Toulouse , et ne fut reportée qu'en 1455 à l'abbaye de Cadouin. Il fallut pour cela que les moines usassent d'adresse 5 car les Toulousains ne voulaient pas se dessaisir d'une relique aussi précieuse.

AUTKES SUAIRES.

Quoique Jésus-Christ n'ait du avoir qu'un linceul , et que nous en ayons déjà compté quatre , on en montre encoi*e beaucoup d'autres. Le saint suaire ne pouvait pas manquer d'être à Rome. On le révère à Saini-Jean-de-Latran , à Sainte-Marie- Majeure , à Saint-Pierre au Vatican. Ils sont tous entiers , et chaque sacristie assure que le sien est le véritable , c'est-à-dire celui qui fut acheté par Joseph d'Arimathie.

On en montre un huitième dans une ville

io8 SDP

Mais il y a beaucoup dVutrcs superstidons qui tienuent à cette matière et que nous n'avons pu indiquer. Nous en remarquerons quelquesunes.

Je ne sais si j'ai observé que beaucoup de bonnes gens ont bien soin de ne pas brûler de coques d'œufs , de peur de rôtir une seconde fois saint Laurent , qui avait sous son gril un brasier de coques d'œufs.

Dans certaines provinces , si quelqu'un meurt hors de chez soi , la personne chez qui il meurt met une croix au carrefour voisin : on prétend que 6ans cela le mort ne retrouverait plus le chemin de sa maison , s'il voulait revenir pour demander des messes.

D'autres villageois font une croix à la cheminée , pour empêcher leurs poules de s'égarer.

La plupart des dames espagnoles font quatre fois le signe de la croix sur leur bouche, en baillant, pour écarter le diable, quia pourtant d'autres entrées.

Il y a aussi des gens qui offrent à quelque image de saint , un morceau de cire ou un peu de laine d'agneau , pour en obtenir la * guérison d'une fièvre.

D'autres prétendent que le jour de saint Martin est un jour heureux , le jour des Innoçens un jour malheureux ; qu'on ne se baigne pas sans péril le jour de sainte Anne, le jour de saint Jacques-le-Majcur, le jour de la Madeleine -, qu'il ne faut pas filer le samedi après-midi , de peur de

sus . , I ,

chanta après le péché de saint Pierre. Appareiri-^ ment qu'on honore les coqs en les mange^tht.

C'est un grand péché de faire travailler lés chevaux, le jour de saint Eloî*, qui est leur patron.

Le blé ne profite point lorsqu'on le sème le jour- Saint-Léger. Cette superstition n'est qu'un jeu de mots.

En portant sur soi rÉvangile de saint Jean , un rosaire , un chapelet , un scapulaire , une ceinture de saint Augustin , un ceinturon de sainte Monique , un cordon de saint François , ou quelque autre instrument de piété , on ne sera jamais damné , quelque mal que l'on fesse.

On vend à Conflans des jarretières de sainte Honorine, lesquelles procurent d'heureux accoUchemens , etc.

B y a tant d'autres superstitions de ce genre , qu'on É& les indiquerait pas dans l'espace d'un gros volume.

SUSANNE. — Tout le monde sait la touchante histoire de la chaste Susanne de Babylone. Mais depuis que Daniel eut fait voir qu'elle était innocente du crime d'adultère dont les deux vieillards l'avaient accusée , il n'est plus question d'elle dans les saintes écritures. On vénérait pourU».nt son tombeau auprès de Babylone , et ses reliques plus récemment à Toulouse.

Au commencement du seizième siècle, un prêtre de Bordeaux , accusé d'avoir volé l'argent que les fidèles donnaient pour les réparations de

Page 1