‹ Dictionnaire critique et documentaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs & graveurs de tous les temps et de tous les paysChapitre 103 sur 271 · AVIGNON · texte numérisé non relu

AVIGNON

Avignon est une de ces villes types qui, comme Pompéi, Ravenne ou Aigues-Mortes, évoquent un monde disparu. Elle n’a plus ses trois cents maisons garnies de tours; elle a perdu beaucoup de clochers depuis que Rabelais l’appelait « la ville sonnante »; mais lorsqu’elle apparaît avec les clochers et les tours qui lui restent, avec ses remparts crénelés se reflétant dans le Rhône au pied du rocher des Doms que surmonte la masse formidable du palais des papes, elle est comme une résurrection du xv“ siècle. Lorsqu’on parcourt ses rues et ses places, on y retrouve aussi comme un rappel de la Rome des Farnèse, desBarberini et du Bernin, ce qui ajoute encore à sa profonde originalité. S’il n’y a pas eu d’école avignonnaise bien caractérisée, Avignon fut un centre artistique très important, centre cosmopolite, un peu comme l’était Rome, où peintres et sculpteurs se rendaient de divers côtés. Dans les œuvres que conserve cette ville si bien située aux bords du grand fleuve, principale et antique voie d’échange entre les pays de la Méditerranée et les pays du Nord, on saisit bien ce qu’il y avait d’international dans l’art du xiv® et du XV® siècle, cet internationalisme artistique se trouvant favorisé ici par le caractère politique du gouvernement du Comtat. Quoique Avignon eût dé>à sa cathédrale, l’abbaye de Ruff et son célèbre pont, elle ne compte vraiment dans l’histoire de la sculpture et de la peinture que lorsque les papes vinrent s’y établir au commencement du xiv® s. La sculpture française était alors la première de l’Europe. Il ne faut donc pas s’étonner que des papes français régnant en terre française aient eu surtout recours à des sculpteurs français, souvent même de la Bourgogne et du Nord. C’est ce que montrent les admirables tombeaux gothiques de Jean XXII (égl. des Doms) et d’innocent VI (Villeneuve-lèz-Avignon) et le non moins admirable tombeau du cardinal Lagrange avec sa statue du Transi (musée Calvet). Cependant les papes d’Avignon regardent volontiers vers l’Italie et les artistes qu’ils ont appelés ne demandent pas mieux que de faire de même. Ce caractère franco-italien parti d’Avignon, se retrouve parfois loin du Rhône, comme au Tombeau de Clément FI qu’on voit à la Chaise-Dieu, dont il avait été abbé. Parmi les sculpteurs d’origine avignonnaise, employés par les papes, on cite Imbert Boachon et Ant. ie Moiturier qui a sculpté la Pieta de St-Pierre d’Avignon et travailla fujsi pimr les ducs de Bourgogne. Au xvii® s. Bernus 'lu50-1738) et le Lorrain Michel Péru Avignonnais d adoption dont les deux fils Jean et Pierre et le petitfils P. -B. suivirent la carrière se rattachent à P. Puget dont on voit, entre autres, à la cathé., le Bepenlir de oi Pierre à coté d’une Vierge de Pradier. Citons aussi .es vantaux de la porte de l’église St-Pierre, sculptés jpar Ant. Volard, la Gloire qui s’étale sous le fronton arrondi de l’église des Pénitents gris et le Christ d’ivoire (sculpte en 1659 par Guilermin (musée Calvet), œuvre iplus célèbre même, parmi ies ivoires, que la Vierge de Villeneuve, datant de la fin du xiv® s. A la diflerence de ce qu’ils firent pour la sculpture et l’architecture, les papes d’Avignon préférèrent avec raison s’adresser pour la peinture à l’Italie dont la suiPénorité en cet art était incontestable. Il est peu proûue Giotto, quoique appelé, soit venu à Avignon. Mais ce que l’on peut voir encore des peintures de Siim.ne Memmi — qui y vécut de 1339 à sa mort, 1344 —

1 1 cathédrale, au palais des papes (les Pro-

uneles de la salle d’audience); celles des Matteo Giovaiietti de Viterbe à la chapelle St-Martial, celles d’un nconnu a la chapelle St-Jean, font à jamais regretter a lestruction parfois récente d’œuvres telles que le Jugenent dernier eX, la Crucifixion, peints par S. Memmi sur murs de la salle d’audience. Les fresques de la salle ^ e la garde-robe qui sont les mieux conservées repré-

sentent des scènes familières dans de riches paysages (chasse, pêche, cueillette de fruits, baignade), œuvres tort curieuses, car elles comptent parmi ies plus anciennes peintures de genre que l’on connaisse, l’antiquité mise à part. L’abbé Requin a relevé les noms de plus de soixante peintres (et la liste est forcément incomplète) employés par les papes à lu fin du xiv® et pendant le xv® siècle. Mais les trois peintres les plus connus, Enguerrand Charonton, auteur du Couronnement de la Vierge, 1353 (musée de Villeneuve), est de Laon; Pierre Viiatte, l’auteur de la I^iela aujourd’hui célèbre, que le Louvre vient d’enlever à Villeneuve, est Picard; Nicolas Froment qui intéresse plutôt la ville d’Aix et dont on voit à Avignon St Siffrian et V Annonciation, est d’Uzès. C’est Simonet de Lyon qui est sans doute l’auteur des fresipies de la Chartreuse de Villeneuve (XV® siècle). C’est Simon de Chàlons qui au siècle suivant peignit les deux grands tableaux de St Agricol. L’influence italienne ne pouvait manquer de se faire sentir plus encore que sur les sculptures, sur ces peintres du Nord travaillant on terre papale. Elle est sensible dans le Couronnement de la Vierge de Charonton (figure de la Vierge), dans les beaux tableaux anonymes du musée Calvet (Si Pierre de Luxembourg-, la Vierge et l’enfant Jésus adoré par un évêque et un chevalier), dans le Buisson ardent de Nicolas Froment, à la cathédrale d’Aix (figure de la Vierge); mais l’ensemble de l’œuvre de Froment prouve abondamment que, au xv® siècle, c’est l’influence du Nord qui domine chez les peintres de la région du Rhône (Voy. Aix).

Avignon continua, après que les papes l’eurent abandonnée, à être accueillante, ainsi que les autres villes du Comtat, pour les artistes, comme le prouvent, malgré tant d’œuvres détruites ou dispersées, les nombreuses peintures et sculptures de leurs églises et les cinq cents tableaux du musée de Carpentras. Nicolas Mignard de Troyes (1608-1668) y resta assez pour être connu sous le nom de Mignard d’Avignon. Ses deux fils, Paul Mio-nard, peintre (1639-1691), et Pierre Mignard, peintre et’architecte (1725), y naquirent. Louis Rarrocel, originaire de Brignoles, s’y établit et fut lefondateur de toute une dynastie de peintres etgraveurs avignonnais, qui setermina par trois sœurs dont la dernière mourut en 1835 (voy. ces noms). Mais la gloire artistique d’Avignon, ce sont les, Vernet. Celui qui illustra le premier la farnil e, Joseph Vernet était né le 14 août 1714 à Avignon même où vint mourir, en 1765, son graveur préféré Balechou. Citons enfin, Raspay (1748-1825) pour rappeler qu’il était affilié à la Confrérie des Pénitents blancs qui était aussi une sorte de société artistique (mélange bien caractéristique aes mœurs du pays d’Avignon), et rappelons qu’Eugène Devéria fit d’importantes peintures à la cathédrale. On peut rattacher à l’école avignonnaise le portraitiste Siffrein Duplessis (1725-1802) et les deux paysagistes Bidauld, nés à Carpentras. Enfin, si peu que i’on parle de l’art en Avignon, on ne peut oublier l’intelligent et généreux docteur Calvet qui, en 1810, légua ses collections à sa ville natale où elles sont le noyau du musée qui porte son nom.

Ribl. — Abbé Requin : Les artistes d’ autrefois en Avignon-,— Documents inédits sur les peintres... d’Avignon au .XV® siècle. — Eug. Muntz ; Les peintres d' Avignon pendant le régne de Clément VI, et autres études analogues.— André Hal'ays ; Avignon (dans la collection des villes d’art, éditée chez H. Laurens) où l’on trouvera une bibliographie étendue. — Ajoutons que la Bibliothèque nationale possède vingt ou vingt et un cartons de notes et documents, en grande partie inédits, d’Eug. Muntz, sur l’art en .Avignon. R. Peyre

AVIGNON (Musée d ) Vaucluse.

LJn premier Musée fut fondé a Avignon lors de la période révolutionnaire grâce aux saisies effectuées en e.xécution des arrêtés de la Convention sur les biens des nobles. Mais ce musée fut dissipé en partie en 1816, lors des revendications des anciens propriétaires. Cependant grâce au legs que le docteur Esprit Calvet avait fait à la ville d’Avignon en 1810, il resta encore quelques œuvres qui constituèrent un noyau d’où sortit le nouveau musée que la municipalité décida d’appeler Musée Calvet en reconnaissance de cette donation. D’autres legs vinrent grossir la richesse artisique de ce musée, notamment ceux deMM.Sauvan, Bayol, Peyre et du maître Horace Vernet. Enfin Avignon fut doté de nombreux tableaux par le Gouvernement. Le musée Calvet est installé dans l’ancien Hôtel de Ville, où il occupe les salles du premier étage. Plus de 500 tableaux y figurent, appartenant à toutes les écoles. Signalons dans l’école française un très beau Saint François d’ Assise de Pierre Pçrrocel, le Combat de Nazareth de J. -B. Géricault, Mazeppa de Horace Vernet, quelques belles marines de Joseph Vernet et de nombreux paysages dont certains admirables, tels

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