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GUANO

adjacentes, l'étendue consacrée àcette plante est de 25718 hectares. La production totale atteint 96000 tonnes de sucre, 69000 hectolitres de sirops et mélasses, et 25000 hectolitres de tafia, dont la valeur brute est évaluée à 38 millions de francs, et la valeur nette, défalcation faite des frais d’exploitation, à 15 millions de francs. La culture de la Canne ne donne plus d'aussi bons résultats qu’autrefois, à raison de la baisse générale du prix des sucres. C’est ce qui explique pourquoi cette culture, après un accroissement constant jusqu’en 1879, est restée stationnaire. On compte actuellement 145 sucreries, dont 33 usines à vapeur, 94 usines à eau et à vent, 10 usines à manège. En dehors des sucreries, on compte 274 plantations. La production du café progresse assez lentement ; celle du coton est, au contraire, en décroissance ; la culture du Manioc a pris une grande importance pendant les dernières années, en même temps que celle de l’Ananas s’implantait dans l’ile où elle était naguère inconnue. Les arbres fruitiers poussent généralement avec vigueur dans la plus grande partie de l’île; les colons pourraient en tirer des profits considérables, à l'exemple de ce qui se passe dans quelques-unes des îles voisines.

Comme dans tous les pays tropicaux, l'élevage du bétail est une des branches les plus restreintes de la production agricole à la Guadeloupe. En 1884, on y comptait 6060 chevaux; 2390 ânes, 6293 mulets, 10717 bêtes bovines, 9337 bêtes ovines, 10621 bêtes caprines et 14988 pores.

La population était, en 1884, de 155 310 habitants pour la Guadeloupe et la Grande-Terre, et de 182866 habitants, en comptant les iles adjacentes. Ce total se décomposait conime il suit : population du pays, 160172; immigrants, 22694. Depuis 1879, l'accroissement avait été de 27000 habitants.

Pendant les dix dernières années, le commerce total de la Guadeloupe a varié entre 50 et 56 millions de francs par an; en 1884, il s'élevait à 26 millions pour les importations et 30 millions pour les exportations. Le commerce avec la France entre pour les deux tiers environ dans le commerce total. Outre du sucre et du tafia, la Guadeloupe exporte surtout du café, des épices, quelques fruits, de la vanille et des bois de teinture provenant de ses forêts. H.S.

GUANO. — On désigne sous ce nom un engrais extrêmement actif qui se trouve dans plusieurs localités de l'Amérique méridionale, mais particulièrement sur quelques îlots de la mer du Sud, entre le 2° et le 21° degré de latitude australe. Les conditions dans lesquelles se sont déposées sur le littoral du Pérou les masses énormes de guano qu'emploie avec tant de profit l’agriculture européenne sont tout à fait particulières : 1° l'abondance extrême du poisson dans le courant d’eau relativement froide qui remonte du cap Horn tout le long de la côte du Chili et du Pérou, en se dirigeant d’abord du sud au nord, puis, à partir de la baie d’Arica, du sud-sud-est au nord-nord-ouest, et 2° l'absence de pluie. On rencontre certainement du guano dans des localités où il pleut, mais il ne présente plus la même richesse que celui du Pérou, car il a perdu presque tous les éléments solubles. Ce courant, étudié par de Humboldt, porte son nom.

« Nulle part au monde, dit M. Boussingault (Chimie agricole, Agronomie, t. III), auquel nous empruntons en grande partie les détails qui suivent, le poisson n’est plus abondant que sur la côte péruvienne. Il arrive quelquefois pendant la nuit, comme j'en ai été témoin, qu’il vient échouer sur la plage en nombre prodigieux comme s’il voulait échapper à la poursuite d’un ennemi (les requins sont en effet fort communs dans ces eaux).

« Un des navigateurs espagnols qui accompagnèrent au dix-huitième siècle les académiciens

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français à l’Equateur, Antonio de Ulloa, rapporte que les anchois sont en si grande abondance sur cette côte, qu’il n’y a pas d'expression qui puisse en représenter la quantité. Il suffit de dire qu'ils servent de nourriture à une infinité d'oiseaux qui leur font la guerre. Ces oiseaux sont communément appelés guanaes, parmi lesquels il y a beaucoup d'alcatras, espèce de cormoran. Quelquefois, en s’élevant des îles, ils forment comme un nuage qui obscurcit le soleil. Ils mettent une heure et demie à deux heures pour passer d’un endroit à un autre, sans qu’on voie diminuer leur multitude. Ils s’étendent au-dessus de la mer et occupent un grand espace ; après quoi ils commencent leur pêche d’une manière fort divertissante; car, se soutenant dans l'air en tournoyant àune hauteur assez grande, mais proportionnée à leur vue, aussitôt qu'ils aperçoivent un poisson ils fondent dessus la tête en bas, serrant les ailes au corps et frappant avec tant de force qu’on aperçoit le bouillonnement de l'eau d'assez loin. Ils reprennent ensuite leur vol en avalant le poisson. Quelquefois ils demeurentlongtemps sous l’eau et en sortent loin de l'endroit où ils s’y sont précipités, sans doute parce que le poisson fait effort pour échapper et qu'ils le poursuivent, disputant avec lui de légèreté à nager... On a observé au Callao que les oiseaux qui se gitent entre les iles et les îlots situés au nord de ce port vont, dès le matin, faire leur pêche du côté du sud, et reviennent le soir dans les lieux d’où ils sont partis. Quand ils recommencent à traverser le port, on n’en voit ni le commencement ni la fin. »

On estime que la quantité de guano existant dans les iles du Pérou a dû être de 378 millions de quintaux métriques; les gisements sont tellement considérables que l’on a douté qu'ils fussent bien réellement fournis par des déjections d'oiseaux appartenant à l’époque actuelle.

Humboldt était très enclin à considérer ces dépôts comme antédiluviens, comme des amas de coprolithes ayant conservé leur matière organique originelle ; il reculait devant l'âge qu’il faudrait assigner à ces masses dont l'épaisseur atteint quelquefois 30 mètres, parce qu’il supposait qu'en trois siècles les déjections des oiseaux qui fréquentent les iles de Chincha ne dépasseraient pas une épaisseur de 1 centimètre.

M. F. de Rivero croit, au contraire, que cette prodigieuse accumulation de guano est tout naturellement expliquée par la multitude des guanaes ; si aujourd’hui, dit-il, malgré la persécution qu'ont soufferte et que souffrent encore les guanaes, on en voit néanmoins des milliards sur les récifs et sur les sommets escarpés des ilots, qu'était-ce avant

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l'occupation du Pérou par les Européens, lorsqu'ils étaient pour ainsi dire les seuls habitants du littoral? 11 ajoute que, pour concevoir la formation du guano des iles Chincha, évalué à 500 millions de quintaux espagnols, il suffit d'admettre, ce qui n’a rien d’exagéré, qu’un oiseau rend chaque nuit une once d’excrément et que, toutes les vingt-quatre heures, 264000 de ces oiseaux fonctionnent dans les huaneras.

En 6000 ans, M. F. de Rivero ne va pas au delà par égard pour la date du déluge, le guano déposé pèserait 361 millions de quintaux, et l’on ne doit pas, oublier qu'aux déjections se sont ajoutées naturellement les dépouilles des oiseaux. 264000 guanaes habitant à la fois les îles Chincha est un nombre que l'on ne répugne aucunement à accepter quand on à vu se mouvoir ces nuées de volatiles. Ce nombre peut d’ailleurs subir une sorte de contrôle. Les guanaes ne pêchent que pendant la journée; la nuit ils se retirent dans les huaneras; dans l'hypothèse de M. de Rivero, les iles de Chincha en recevraient 264000 ; d’après la surface des îles, chacun d’eux pourrait y occuper une surface de 4 mètres carrés sur laquelle il se trouverait parfaitement à l'aise.

Les premières notions sur la composition du guano sont dues à Fourcroy et Vauquelin ; dans un échantillon rapporté par de Humboldt des îles Chincha, ils ont trouvé (Annales de chimie, t. LVI, p. 258) :

1° De l'acide urique, en partie saturé par de l’ammoniaque et par de la chaux;

2° De l’acide oxalique combiné à de l’ammoniaque et à de la potasse;

3° De l’acide phosphorique uni aux mêmes bases et à la chaux;

4 De petites quantités de sulfate de potasse, de chlorure de potassium et de chlorhydrate d'ammoniaque ;

5° Un peu de matières grasses;

6° Du sable, en partie quartzeux, en partie ferrugineux.

M. Chevreul a soumis le guano à une étude très attentive qu'il a publiée dans les comptes rendus de l’Académie des sciences (années 1873 et 1874) ; il a notamment découvert dans le guano un acide volatil odorant auquel il a donné le nom d’acide avique.

Dans les analyses qui ont été faites depuis celles de Fourcroy et Vauquelin, en vue des applications agricoles, on s’est généralement borné à doser l'azote, l’'ammoniaque, les phosphates et la matière organique.

Nous donnons ci-joint un certain nombre d'analyses de guanos.

GUANOS AMMONIACAUX ET PHOSPHATÉS (analyses de M. Nesbit).

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